‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 34 sur 65 · L UNIVERS · texte numérisé non relu

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cate. La mer qui baigne cette côte, dont l'aspect donne de la tristesse, est poissonneuse au delà de tout ce qu’on saurait imaginer. Un phénomène qui frappa singulièrement Sait, et qui se renouvela deux fois pendant le trajet du cap üas Baxas au cap d’Orfui, c’étaient des bancs de plusieurs milliers de poissons morts qui flottaient sur l’eau. Le navire, avec un vent favorable, mit plus d’une demi-heure à traverser l'un de ces bancs (à 8° lat. nord), qui se composaitde poissons d'une grosseur considérable appartenant aux genres Spartis, Labrus et Tetrodon. « D’après la rougeur de leurs ouïes, dit Sait, on pouvait croire qu’ils n’étaient pas morts depuis longtemps. » Un autre banc, qu’il rencontra vers 10° lat. nord , était formé de poissons qui avaient déjà subi un commencement de putréfaction. Quelle est la cause qui frappe de mort simultanément des milliers d’êtres vivants ?

Est-ce une substance vénéneuse, accidentellement mêlée aux eaux delà mer?

Les habitants de l’Océan sont-ils, comme ceux de la terre , affligés d’épidémies mortelles? Nous ne saurions faire à cet égard que des conjectures. Mais ce qui est incontestable, c’est que ces bancs de poissons pourris , jetés sur la côte , deviennent des foyers d’infection, et doivent contribuer à la mortalité des habitants du littoral.

P AV S D’ADEL (des ADBL8 ), BBRBEBEB.

BARRAR.

En sortant du détroit de Bab-el-Mandeb , on trouve à la droite une contrée aride : c’est le pays d’Adel ou des Adels. Onestdésagréablement impressionné par l’aspect d’une grève blanchâtre et ardente où sont adossées les unes contre les autres les misérables huttes -qui forment le village deToujourra. Cette plage désolée est bordée à l’horizon par des montagnes d’origine volcanique , -qui s’étendent du sud-est au nord-est, et présentent de l’est à l’ouest leurs gradins dépouillés. • Iln’ya, dit M. Roehet d’Héricourt, nulle part dans le monde autant de cratères éteints , autant de laves répandues sur le sol. Si les anciens avaient connu cette contrée , ce n'est point en Sicile qu’ils auraient placé la guerre des Titans , ou les ardents fourneaux des Cyclopes. Aucune eau fécon-

dante ne parcourt les brûlants replis de cette terre ravagée de tout sens par les feux souterrains et embrasés par le soleil des tropiques. » Quelques arbres rabougris sont les seules traces de végétation qu’y rencontre la vue attristée. Le village de Toujourra est situé au fond d’une large baie dont l’entrée est défendue par un grand nombre d’ilots. Les trois cents cabanes qui le composent, groupées sur la rive droite de la b3ie, sont construites en forme cylindrique , avec des pieux enfoncés dans le sable; les toits, couverts d’herbes desséchées , s’arrondissent en dôme. Une population de cinq à six cents âmess’abrite sousces chétives cabanes. Les habitants sont musulmans et les intermédiaires du commerce qui se fait entre l’Abyssinie méridionale et l’Arabie. Us obéissent à un chef qui porte le titre de sultan. Son autorité ne s’étend guère au delà de Toujourra ; car le pays situé entre la province d’Éfate (royaume de Choa) et le Toujourra est occupé par des tribus arabes indépendantes, qui rançonnent les caravanes.

Au sud de Toujourra , on trouve Ambabo, sur la côte de l’océan Indien.

C’est un très-petit hameau , et une ancienne station de caravanes. Le site d’Ainbabo est moins désolant que celui de Toujourra. La chaîne de montagnes qui s’élève à une lieue de la mer est arnie de quelques bosquets touffus e mimosas : les torrents qui s’en précipitent pendant la saison des pluies, laissent sur la plage des flaques d’eau saumâtre, entourés de gazons vigoureux. Zey la, à trente lieues environ plus bas de Toujourra , forme la limite du pays d’Adel et du pays des Somautis. Son port était déjà célébré au seizième siècle; les Portugais, maîtres alors de l’océan Indien, venaient souvent y relâcher. Aujourd’hui il entretient des relations fréquentes avec Moka ; c’est un des points où se font des échanges commerciaux de cette partiede l’Afrique.

Zeylaest entourée d’une muraille haute de trois à quatre mètres, qui lui sert d’abri contre les agressions des tribus somaulis du voisinage. Cette ville , où l'on voit trois ou quatre maisons de pierre, était autrefois soumise à l’autorité d’un gouverneur nommé par le chérif de Moka; mais la souveraineté du porta

été récemment achetée par un Somauli, riche, intelligent et actif, nommé Ali- Cher-Markeh (1). C’est dans le port de Zeyla que furent assassinés, il y a près de deux siècles, les jésuites Maxado et Pereira, que le roi abyssinien Socinios avait appelés dans ses Etats (2).

Toute la côte d'Adel test parcourue par de nombreuses tribus de peuples nomades et pasteurs, connues de tout temps par leurs brigandages , et qui opposent de grands obstacles à l'exploration de cette contrée. Elle faisait autrefois partie du royaume de Dankali. C’est pourquoi ses habitants s'appellent encore aujourd’hui Danakiles. Ils se disent mahométans; mais ils n’ont ni prêtres ni mosquées. Ils exercent entre eux des vcndettes terribles; jaloux de leur indépendance , ils ne se déplacent que pour chercher des pâturages pour leurs chameaux , et sont sans cesse prêts à prendre part à toutes les querelles, lorsqu’ils espèrent y trouver leur avantage. Ils sont très-actifs, résolus, rusés, mais pauvres et mal armés. Au sud de Zeyla habitent les tribus des Taltal , parents des Shiho; puis viennent les Dobas, les Guedéboursi, les Djibril-Habokor , les Bagobos, enfin les Somaulis, qui s’étendent jusqu’au mont Félix , près du cap Guardafui.

Le meurtre, partout en exécration , passe pour une action glorieuse dans le paysd’Adel. L’homme qui tue un homme conquiert parmi ces tribus le renom de guerrier : il a le droit d’attacher à sa chevelure, enduite de suif, une blanche plume d’autruche, de passer un bracelet de cuivre autour de son bras , et d’ajouter à ses armes quelques ornements d’argent. D’ailleurs, qu’il ait plongé son poignard au cœur d’un voyageur, ou qu’il ait percé son ennemi d’une lance en'combattant, la gloire est la même. Les organes sexuels mâles que le meurtrier s’empresse de couper à la victime servent de trophée. Cette atroce coutume est aussi en vigueur dans le royaume de Cboa. (M. Rochet d’Héricourt. )

! (i) Rochet d’Héricourt ( Second Voyage sur les deux rives de la mer Rouge , dans le pays desAdels et te royaume deClioa, p. 084.

| (») Lobo, Voyage en Abyssinie, première partie, p. 70.

A une certaine distance de cette côte si inhospitalière on trouve plusieurs lacs d’eau salée. Parmi ces lacs, on remarque particulièrement celui que les Danakiles appellent Mel-el- Assal (eau de sel), et qui est leur plus grande richesse. Le Mel-el-Assal présente un des pays les plus désolés du pays d’Adel. « Du haut des versants qui plongent vers lui, on voit ses eaux dormantes s’étendre en un bassin circulaire de plusieurs lieues de diamètre, autour duquel une ligne non interrompue de montagnes voicanisées forme une ceinture lugubre. C'est sur les parois de cette cuve que la chaleur solaire, pompant les eaux depuis des siècles , amène la cristallisation naturelle du sel. Le sel entoure la surface verdâtre du lac d’une frange blanche, large de près d’un kilomètre , assez solide pour porter les chameaux d’une caravane. Sur le bord de ce nouveau rivage flottent de grands dodécaèdres qui élargissent In croûte cristallisée, à laquelle ils finiront par adhérer. Une bande blanchâtre haute de cinquante pieds, qui couvre les montagnes autour du lac, indique sans doute le niveau primitif des eaux , et mesure les progrès de l’évaporation. C'est une vue affreuse au milieu du jour, sous un ciel incandescent , que le spectacle de cette véritable mer morte qui s’engourdit, qui s’épaissit, qui se solidifie lentement ; de cette mer déserte de navires, emprisonnée par une révolution volcanique, et qui se laisse impunément insulter par le sabot du dromadaire (f). »

Ce qu’il y a de remarquable , c’est que le niveau de ce lac est considérablement au-dessous du niveau de la mer. M. Rochet, par des observations barométriques exactes , a trouvé cette dépression de 217 mètres 700 millimètres. Il pense que ce lac est le fond d'un ancien golfe qui aurait été séparé de la mer, et se serait trouvé intercepté par suite d’un soulèvement de terrain. Un ancien volcan coupe l’espace intermédiaire entre le lac et les bords de la mer, et deux coulages auraient répandu une lave diverse et inégale, l’un descendant vers la mer, et l’autre aboutissant au lac. Mais

(1) Rochet d’Héricourt ( Second Voyage), P- 7°-

LTJHIVERS.

la tourmente qui a soulevé ce volcan et les montagnes qui l’entourent a pu affaisser le lit du golfe dont elle faisait un lac; et c’est ce qui permet, selon M. Rocliet, d’expliquer la dépression extraordinaire de ses eaux comparativement au niveau de l’Océan.

A l’est de ce lac salé se trouve un lac d’eau douce ( Aoussa), dans lequel se jette l’Aouache , principale rivière du pays d’Adel, et qui parcourt une grande partie du royaume de Choa. L’Aouache prend sa source a plus de 100 lieues au sud , et coule du sud au nord-est. Son courant est très-rapide ; la largeur de son lit est de 50 à 60 mètres. Pendant les grandes pluies il déborde, et prend en quelques endroits un développement considérable; ses rives sont garnies d’épaisses forêts. Ces forêts sont peuplées de lions, de léopards, d’éléphants , d’hippopotames , de zèbres, d’antilopes, et de milliers d’oiseaux aux plumages éclatants (I). A Malkakouyou, la hauteur de l’Aouache est, suivant les observations barométriques de M. Rochet , de 725“ ,660 au-dessus du niveau de l’océan Indien.

A plus de 80 lieues de Zeyla on trouve plus bas, sur la même côte, ia ville de Barbara ou Berbereh. C’est le marché le plus considérable de cette partie de l’Afrique ; il s’y tient tous les ans une foire très-renommée. Cette foire commence après les moussons du nord , et dure pendant trois mois. On y trouve un excellent mouillage dans un bassin formé par un banc de sable et de corail, qui s'étend parallèlement à la côte. La ville occupe le fond de ce bassin. Le banc de sable ressemble à une jetée qui aurait été construite dans l’intention d'établir un port pour la commodité des navires. Quatre à cinq cents huttes sont entassées ies unes à côté des autres sur le rivage. •Chacune d’elles se compose d’nn toit formé avec des nattes de feuilles de palmier ou avec Tle longues herbes sèches, ou bien encore avec des peaux à demi tannées et étendues sur le bâton qui sert ordinairement de squelette à toutes les cabanes. Les habitations d’un petit nombre de marchands étrangers, des Banianset des

(i) Hochet d'Héricourt ( Premier Voyag*).

Arabes, indiquent des prétentions à une certaine recherche :ellesont!es murs formés avec des nattes d’une hauteur d’environ deux mètres; leur toiture inclinée se compose de bambous, posés transversalement sur des pieux et recouverts de feuilles desséchées. Berbereh est la propriété de quatre tribus somnulis ( Yal- Horch, Yal-Chardone, Yal-Aclimet, Yal-Guiditte ). Tout étranger est oblige de choisir parmi ces Somaulis une sorte de protecteur, qui sert à la fois de cieerone et de courtier. Le principal personnage de la ville est le même Cher-Markeli , qui possède la souveraineté du port de Zeyla. Il y a environ quinze ans le gouvernement des Indes le récompensa généreusement de l’assistance qu’il avait prêtée à un brick anglais, la Mary-Miuu, attaqué et brillé pendant la nuit pardft indigènes, lors d'un mouillage sur ia côte; il lui conféra, en outre, ies privilèges d’un sujet anglais, avec liberté d’arborer le pavillon britannique sur ses baquéias. Cher-Markeh est aujourd'hui le principal agent de l'Angleterre dans cette partie de l'Afrique (1).

Dans l’intérieurdu désert des Somaulis , h peu près à moitié chemin entre Berbereh et le royaume de Choa , se trouve la principauté ou le royaume d’Harrarou d'Hurrur, avec la capitale du même nom. Les Harraris appartiennent à la race des Somaulis, quoiqu’ils neménent pas, comme ceux-ci, une vie nomade. Dans ces plages désertes de l’Afrique orientale qui s’étendent entre l’Abyssinie les pays habités par des Gallas, et l'Océan, les Harraris sont la seule population qui ait un siège flxe, et qui soit réunie dans une ville. Aucun Européen n’a encore visité Harrar ;et les renseignements que M. Rochet nous donne sur ia ville d’Harrar et ses habitants lui ontéte fournis par le représentant de l’émir d’Harrar auprès au roi de Choa.

« Harrar est bâtie dans lecreuxd’un vallon arrosé par plusieurs petites rivières ; ce vallon paraît être un des points les plus fertiles de la zone torride; il est couvert deeaféiers qui donnent un grain supérieur à celui de Moka, et qui alimentent le principal commercedes Harraris.

(i) Rochet d'Hèrieourt ( Second Kojtge), p. 288.

On y trouve aussi le safran , des cotonniers, avec leproduitdesquelson fabrique des étoffes pour vêtements. Une population de deux à trois mille âmes estenfermée dans la ceinture créneléequi entoure la ville. LesHarrarissontdouésd’aptitudes extraordinaires pour le commerce, auquel ils se consacrent exclusivement.

Le commerce d’Harrar se divise en trois grandes branches. Une partie de la population mobile qui forme les caravanes se dirige sur le Clioa, une autre parcourt les tribus voisines des Gallas, une troisième descend le territoire encore trèspeu connu d’Augadène , au sud de la région occupée par les Somaulis; ceux qui vont dans le Choa en tirent des toiles de coton , du café , du tabac , des esclaves , etc., qu’ils rapportent à Harrar, et qu’ils vont ensuite vendre à Berbereh. Les caravanes qui font leur tournée chez les tribus gallas s’y procurent du safran, du café, de l'ivoire et des cornes de rhinocéros; enfin, celles quise dirigent sur Augadène y achètent de la gomme, de la gomme-myrrhe, de l’ivoire, des plumes d’autruche (1). »

Si ces renseignements sont exacts, les habitants d’Harrar sont appelés à jouer un rôle important du moment où i’industrieeuropéenne pourra ieter ses produits dans ces contrées de l'Afrique orientale.

BOYAOMK DE CHOA.

A l’est du Nil bleu (Bahr-el-Asrek) et au sud-ouest du pays des Adels s'étend le royaume de Cnoa, dont les limites ne sont pas exactement définies. MM. Rochet d’Héricourt, Ch. Johnston, Krapf, Harris, Lefebvre et Petit paraissent être les premiers Européens qui aient bien visité ce royaume , sur lequel on n’avait encore que de vagues renseignements.

C'est surtout à la relation toute récente de M. Rochet que nous en devons une connaissance exacte. Les traités de commerce que la France et l’Angleterre viennent de conclure avec le roi Sahlé- Salassi témoignent de l’importance que cette riche contrée pourra acquérir par la suite.

Quand on arrive dans le Choa, après

( 1 ) Rochet d’Hérieonrt ( Second Voyage ),

avoir parcouru le pays des Adels , on est frappe du changement brusque qu'éprouvent la température, la configuration du sol et meme l'aspect des hommes.

C’est qu’on s’est élevé, par de véritables gradins, sur un immense plateau, qui est a plus de 1 ,000 métrés au-dessus de la plaine des Adels. • On escalade cette pente, dit M. Rochet (1), par une route, a chaque instant entrecoupée de rochers, qui se déroulé en mille replis, qui rase souvent le bord d’effrayants précipices, et que l’on ne traverserait pas quelquefois sans péril , si l’on n’etait protégé par l’adresse miraculeuse des mules d'Abyssinie. On monte jusqu’à Métatite par de véritables gradins; chaque coteau que l’on gravit se couronne d’un petit plateau , dominé lui-même par une colline supérieure. Ou avance à travers des sentiers embaumés , bordés de haies de jasmin toujours en fleur; à chaque pas, des ruisseaux limpides emportent brusquement devant vous les belles eaux des montagnes , que les accidents du terrain brisent en petites cascades. Partout, aux flancs et au sommet des collines , une culture soignée entretient une somptueuse végétation. Sur les pentes, de vertes oasis sont enchâssées au milieu des roches ; dans les plateaux , les cultures s’étendent en grands carrés symétriques divisés par des haies vives. A cette époque de l'année ( commencement de novembre ) tout était vert encore : le blé , les fèves , les pois , le coton. Les champs de dourali (maïs) pâlissaient déjà cependant; à l’approche de la maturité , les hautes tiges, au milieu desquelles l’homme le plus grand aurait disparu , s’inclinaient légèrement sous leur tête; le vent y faisait courir, aux reflets du soleil, des vagues argentées , au-dessus desquelles des troupes de cardinaux , aux plumes écarlates tachetées de bleu ou de noir, voltigeaient comme de petits nuages de flamme. »

M. Rochet nous dépeint le Choa, et particulièrement la province d'Éfate, comme un magnifique oasis , entouré de

(i) Second Voyage sur Us deux rires de la mer Rouge, dans U pays des Adels et le royaume de Choa, par M. Rochet d’Héricourt; Pari* ( Arthui Bertrand ), vol. in-8°; «*47-

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contrées arides et désolées. Dénémali , dans la province d’Éfate , est la porte douanièredu Choa. Les caravanes venant du pays des Adels sont obligées d’y acquitter u n d roi t en nature de 1 0 pour 1 00 . A deux lieues de Dénémali, à fa station d’Asbouti (972 mètres au-dessus du niveau moyen de l’océan Indien), commencent les premiers mamelons du versant oriental du plateau du Choa. La montagne de Métatite est le plus élevé de ees mamelons ; son sommet est , d’après les observations barométriques de M. Rochet, à 3,278 mètres au-dessus du niveau moyen de' l’océan Indien. L’air, raréfié et très-frais , quoique à 9" latitude nord, y rend la respiration difficile. Sur le versant occidental, le terrain ne s’incline plus que par des ondulations douces et des pentes peu sensibles. La végétation ne cesse pas d’être vigoureuse ; seulement on n’y trouve plus le dourah : la température n’est plus assez chaude pour cette céréale.

Au sommet d’une de ces montagnes coniques qui marquent les étages du plateau du Choa, est situé Aleyou-Amba.

C’est le point d’intersection des routes commerciales de cette partie de l’Afrique. C’est là qu’arrivent les produits de l’intérieur, le café, le coton , le tabac, les esclaves que les marchands de Toujourra , de Zeyla et d’Harrar vont porter sur les côtes; c’est là que les verroteries, les cotonnades, les soieries qui arrivent de l’Inde viennent se troquer contre les productions du pays. La population d’Aleyou-Amba est très-mêlee :

on y voit des Amharras , des Gallas , des Danakiles, des Somaulis et des Harraris. Les monnaies dont on se sert dans les transactions commerciales sont des pièces de sel elliptique, de deux centimètres d’épaisseur sur huit à dix de long; on les appelle amoulehs. A Aleyou-Amba, 20 amoulehs valent 1 talaro de Marie-Thérèse (environ 5 francs), la seule monnaie connue et reçue en Abyssinie, où, à cause de son effigie, les naturels l'appellent « la femme d’argent. » Les amoulehs sont exposés à des détériorations qui les mettent bientôt hors de cours; ainsi, dans la saison des

Fiuies , ils sont en partie dissous par humidité, et on ne les reçoit plus qu’au pri x marchand du sel . Pour deux pièces de

sel on peut avoir un bel agneau, et le plus beau mouton ne coûte pas plus de S amoulehs (1 fr. 25 cent.) (1).

Angolola est la résidence ordinairedu roi, et située à six ou sept lieues du sommet de Métatite. C’est une agglomération de chaumières circulaires, surmontées d'un grand toit conique et entourées en partie de verdure. Le toit lui-même est coiffé d’un pot de terre par lequel s’échappe la fumée du foyer. Assises devant ces chaumières , les femmes sont occupées à broyer le blé sur un banc de pierre pour faire la farine nécessaire au repas du jour. Angolola est une ville toute récente : c’est Sablé- Salassi qui l’a fondée, afin de se rapprocher des Gallas , auxquels il fait chaque année la guerre. Elle est située au confluent de deux rivières, dont la plus considérable s’appelle Tchia-Tchia. Elle couvre deux hauteurs : le roi s’est réservé la pins élevée. Il y a fait construire pour lui et sa garde plus de cinquante chaumières entourées d’une enceinte. La chaumière que le roi destine aux réceptions solennelles est divisée en deux étages : une

fiorte basse, à (leur de terre, indique e rez-de-chaussée , et ce rez-de-chaussée sert d’écurie. Une autre porte s’outn au-dessus : c’est celle du premier étage, de l’appartement du roi; on y arme par des degrés de bois. Voici le portrait que M. Rocnet trace de Sahlé-Salassi, qui attendait avec une vive impatience l’arrivée des présents du roi des Français.

n Sahfé-Salassi est un homme de plus de cinquante ans, au teint cuivré, et dont la physionomie a conservé son caractère à la’ fois noble, spirituel et bienveillant, malgré l'infirmité qui a terni un de ses yeux; comme tous les Abyssins, il garde. la tête nue , et ses cheveux sont frisés en mille boucles. Au moment où je parus devant lui, il était assis sur un pliant de cuir que l’on appelle en Abyssinie un sérir, couvert d’un matelas de velours cramoisi. Il avait sa petite croix d’or suspendue au cou par un cordon de soie bleue. Le taubé , bordé de broderies de plusieurs couleurs, dans lequel il était drapé, laissait voirsur sa poitrine une veste de brocartd’or des Indes,

(1) Rocbet d’Héricourt ( Second Vo yage ), p. a6a.

etb ses poignets deuxépaisbraceletsd’or rent pas réunis avant la lin du jour ; et massif. Lorsque je fus près de lui, ii me comme il était trop tard pour les détendit la main d'un air riant. Moi , sans baller, je demandai au roi la permission me conformer aux usages du pays , qui de me retirer, afin de mettre tous les forcent ses sujetsàlui parler à genoux, je ballots en ordre et de me préparer à lui l'embrassai rondement et affectueuse- en faire le lendemain l’exhibition comment , et , sans plus de façon , je pris plète(l). •

plaeeà côté de luisur lesérir. « Bonjour, Les habitants de Choa sont pour la Rochet, me dit-il; bonjour, moti ami; plupart chrétiens, d’après le riteabysbonjour, mon fils! Tu as surmonté le dan- sinien. Ils ont une vénération extrême ger par ton courage ; j’ai été souvent bien pour la sainte Vierge : ils célèbrent en inquiet sur ton compte. Les Danakiles son honneur trente-trois fétesdans l’ant’ont-ils maltraité? J’avais écrit à tous les née.'Cette vénération est poussée si loin ras; s’ils t’avaient chagriné, je t’aurais par un grand nombre, qu’ils vont jusbien vengé. » Et il continua en me faisant qu’à mettre la sainte Vierge au-dessus de longues questions sur mon voyage; de Jésus-Christ. Cette croyance est répuis, voyant que je succombais à la fati- pandue dans la province üe Faligar; à gue de ma marcheforcée, il me congédia. Angobar et dansie célébré monastère de Ilm’avaitfaitpréparerunechaumièreque Devra-Libanos , on repousse cette erj’avais déjà habitée pendant mon premier reur. Les disputes religieuses s’échaufséjour : j^y trouvai une table copieuse- fent souvent à un tel point, que le roi est ment servie de viandes rôties, de légu- obligé d’interposer son autorité. Le mes bouillis et d’hydromel. Je mangeai, clergé est très-nombreux dans le tandis que l’intérieur de ma chaumière royaume de Choa, et y forme la classe était éclairé pardes hommes qui tenaient la plus éclairée de la population : il comdans leurs mains des torchesforméesd'é- prend les prêtres, les moines et la corpopais rouleaux de toile de coton trempée ration des def teras, de laquelle sont dans de la cire : les bougies étaient aussi tires les écrivains, les chantres, les maîprimitives que les flambeaux. Puis je me très de cérémonie et les directeurs des couchai sur un sérir que l’on avait re- biens temporels des églises, auxquels on couvert de moelleuses étoffes de coton , donne le nom A'alaka ». Tous les prêtres et je m’endormis avec l’indicible bien- sont ordonnés par l 'aboutie ( père ), chef être qu’éprouve tout voyageur la nuit de suprême de TÉglise d’Abyssinie. L’a ■ son arrivée. boune est institué, moyennant une forte

« Le lendemain, Sahlé-Salassi , qui la redevance, par le patriarche cophtc du veille avait sacrifié sa curiosité à sa Dien- Caire.

veillance, crut pouvoir se dédommager Dans la province d’Efate il y a beausans scrupule. lime fit appeler de bonne coup de musulmans. On distingue les heure; il me reçut, cette fois, dans l’in- femmes chrétiennes à leur costume : térieur de sa chaumière, auprès d’un bra- elles ont les cheveux courts et bouclés, sier dont la fraîcheur de la température et portent une longue tunique blanche, faisait apprécier le voisinage. Lorsque fermée au cou, descendant jusqu’aux je me fus assis, il me demanda si la let- pieds, serrée par un cordon autour de tre qu’il m’avait chargé de remettre de leur ceinture , et à laquelle sont attasa part au roi des Français avait été chées de longues manches. Les musulbien accueillie, si j’avais fait ses commis- mânes ont la tunique d’un rouge somsions, si je lui avais apporté de bons re- bre, et laissent croître leurs cheveux, ■nèdes. Je lui répondis que le roi des qu’elles tressent, et dont elles rejettent Français avait reçu sa lettre avec beau- les nattes derrière leur tête Les unes coup de plaisir, ‘ et que la meilleure et les autres ont pour principale parure preuve que je pusse lui en donner était des pendants d'oreilles. « Le matin, par dans les cadeaux que j’étais chargé de le silence de ces lieux, où l’air est aussi lui présenter. Il me questionna alors sonore que limpide, on entend les fentsur les objets que je lui apportais : sa mes abyssiniennes causer du sommet curiosité redoublait à mesure qu’il les

voyait arriver dans la cour; iis n’y fu- (i) Rochet d’Héricouii , y. i»3-i»3.

13e Livraison. (Afrique Orientale.) 13

L’UNI V tas.

d’une colline à l’autre et s’adresser d’une voix amicale des questions affectueuses. Si un Abyssin travaille au champ près duquel vous passez, il s’approche avec curiosité de la route, au bruit des grelots de votre mule, et vous salue avec cordialité (1). »

Dans le Choa, comme dans presque tout l’Orient, le souverain est considéré comme le propriétaire de toutes les terres. llaseulleuroitd'avoirun harem. Ses officiers sont investis du gouvernement des provinces. Les principaux habitants ne remplissent aucune charge, vivant dans une oisiveté à peu près complète, flânant au soleil, jouant à des jeux qui rappellent assez le trictrac et les échecs. Les grands personnages sont constamment entourés d’une cour de parasites.

L’abondance des denrées leur permet de soutenir cette hospitalité, dont le roi ilonne si généreusement l'exemple.

Comme pour tous les oisifs , les disputes et les procès sont ici une occupation. La justice se rend avec solennité : elle est confiéeà un tribunal dedix-neuf juges. Le roi est le juge suprême. Tous les matins, de très-bonne heure, aprèsavoir accompli ses devoirs religieux et visité ses écuries, Sahlé-Salassi monte devant la porte de sa chaumière sur l’estrade qui lui sert de trône, et pendant des heures entières il juge les appels présentés devaut lui contre les sentences du tribunal.

M. Harris porte la population du royaume de Cnoa à deux millions cinq cent mille âmes, dont un million de chrétiens , et un million et demi de païens gallas et de musulmans. Le royaume est divisé en quatre cents districts ou choumats, dont chacun a pour chef un gouverneur. Il faut y ajouter cinquante abogases, chargés de veiller à la sûreté des frontières, comme les margraves du vieil empire allemand. Les insignes de ces dignités sont le sabre, la lance, le bouclier de cuir garni d’argent, l’anneau, le bracelet d argent et I espèce de diadème d’où une triple chaîne descend sur le visage. Sahlc-Salassi. pour récompenser les services uue M. Rochet d’Herirourt lui avait rendus dans une expédition contre les Gallas,

(i) Second Voyage de M. Rochet d’Hérirourt , p. 119.

conféra au voyageur français la dignité et les insignes ue challaga : c’est le titre que portent les généraux et les gouverneurs dans le royaume de Choa.

Sahlé-Salassi fait remonter l'antiquité de sa race à la reine de Saba et à Salomon, parce que le rovaume de Choa faisait autrefois partie de l’empire d’Abyssinie. Cet empire était arrivé, au seizième siècle, à sa période la plus critique : deux invasions terribles vinrent fondre sur lui, à l’ouest celle des Gallas, et à l’est celle de Somaulis conduits par une sorte d’Attila, nommé Mehemet Gragne. Resserrée entre ces deux débordements de peuples conquérants , la mère de l’empereur David appela au secours les chrétiens. Cinq cents Portugais arrivèrent en Abyssinie, en tournant l’Afrique par la "route que Vasco de Gama venait d’ouvrir. Un soldat portugais tua dans une bataille cet affreux Mehemet Grague, dont la légende s’est conservée jusqu’à ce jour.

Les Adels et les Somaulis, privés de leur chef, se dispersèrent, et retournèrent a \a vie nomade du désert. Mais pendant gue l'Abyssinie portait à l’est tout l'effort de sa résistance, les Gallas l’avaient coupée au sud par le milieu : leurs tribus, introduites au cœur du Choa, s'accumulèrent el s’avancèrent vers le nord et vers l’est comme par une alluvion lente, mais irrésistible; elles prirent racine sur le sol, qu’elles couvrirent de leurs hameaux et de leurs cultures. Ce n'était pas par le sort d'une bataille qu’on pouvait regagner sur eux tout ce qu'on avait perdu; on 11e pouvait pas les chasser : il fallait les soumettre et leur faire changer de mœurs et de coutumes; c'est l’œuvre a la fois religieuse et nationale à laquelle ont travaillé les ancêtres de Sahlé-Salassi, œuvre que Sahlé-Salassi continue chaque jour.

C est pendant une de ces expéditions que M. Rochet eut l’occasion de faire des recherches arcliéologiquesd'un grand intérêt. Près de Fine-Fini, sur le sommet de la montagne Kathafn-Gallas, il trouva les ruines d’un éditice qui parait avoir servi à des réunions religieuses à l'époque où le christianisme fut introduit en Abyssinie. « Le monument s'annonce par une chaussée creusée horizontalement dans une roche schisteuse; à mi-

chemin elle s’élargit en cercle, puis elle aboutit à une voûte qui perce le roc élevé verticalement comme un mur. On pénètre par la voûte dans une espèce de cour à ciel ouvert qui forme un carré long; au bas d'une des parois de cette cour, on voit l’entrée a un souterrain aujourd’hui obstrué par des décombres.

Le temps, en dégradant les roches, a ouvert une fissure par laquelle on entre dans unegrotte creuséede main d’homme et à laquelle le souterrain maintenant fermé devait autrefois conduire. La grotte est partagée en deux pièces éclairées par des lucarnes percées dans le roc. Une sorte de banc de pierre est taillé au fond de ces chambres, etservait probablement de siège aux hôtes de cette mystérieuse retraite. Des piliers carrés, qiii s’élargissent au sommet et à la base, soutiennent les voûtes; un filet est sculpté à la demi-hauteur de ces colonnes. Tout a été taillé dans le même roc ; d’ailleurs aucune inscription ne peut mettre sur la voie de la date et de la destination de cette construction étrange. Au midi de la grotte, à 200 mètres de distance, on voit encore les fondements d’un édifice qui devait couvrir une vaste superficie, et dont la grotte était sans doute une annexe (1). »

Non. loin de là, sur le bord de la rivière Galléna, M. Rochet trouva une grotte creusée dans une roche schisteuse. Cette grotte se compose de deux pièces circulaires dont le plafond s’arrondit en coupole , et elle est décorée au centre d’une petite guirlande de losanes entrelacés. Une corniche, située ans le bas, servait de support aux flambeaux. Dans la plus grande des chambres on remarque , sur un des côtés , trois grandes cuves taillées dans le roc, au-dessus desquelles le plafond est noirci de fumée; dans l'autre chambre il n’y a qu’une cuve, mais elle a été creusée au milieu de la pièce : on dirait qu’elle était destinée à des ablutions.

On n’y voit aucune inscription. S’il nous était permis de hasarder quelque conjecture, nous dirions que cette grotte a servi jadis de demeure a quelque ermite. On sait que , dans les premiers siècles du christianisme , la

(i) Rochet d Héricourt, p. 110.

Thébaïde et l’Abyssinie étaient, pour ainsi dire, peuplées de cénobites.

Iæ sol du royaume de Choa se compose généralement de granit, de porphyre, de syénites et de roches cristallines qui leur sont associées, tandis que, par suite des éruptions de basalte et de traebyte , les terrains anciens ont été surmontés de cônes qui atteignent souvent une hauteur considérable. On y trouve differentes variétés d’obsidiennes , déjà connues des anciens.

Parmi les plantes, dont il y a plusieurs espèces nouvelles , M. Rochet signale particulièrement le Cousso, employé pour expulser le ténia, dont la plupart des habitants du Clioa sont affectés. Ce qu’il y a de singulier, c’est

3ue la tige de ce végétal rappelle l’aspect u ver solitaire.

Les hippopotame* sont fréquents dans les rivières d’Aouaehe et de ï’cliia- Tchia, qui va se jeter dans le Nil bleu. Mais , ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que l'Iiippopotame d’Abyssinie, identique avec l'hippopotame du Sénégal , diffère complètement de celui du Cap. C’est pourquoi M. Duveruoy propose d'appeler le premier Hippopotamtts typus. connue le plus anciennement connu, et le dernier, Hippopolamus australis (1).

Kordoian. Cours du Bahh-el-Aiiiai> et du Bahr-ei.-Asrek. Montagnes de la Lune.

Le nom de Kordofun dérive, suivant M. Ruppel, de konlu, qui signilieAomnie dans la langue des indigènes ; il s’applique à la région d’Afrique comprise entre les 10* et 1 5e degrés de latitude nord, et les 25e et 29* degrés longitude orientale de Paris. Cette région est bornée au sud par le Babr-el-Abiad ou fleuve Blanc, au nord et à l’est par des steppes arides. Bruce, G. Browne et Caiilaud ont donné les premiers renseignements, quoique fort incomplets, sur le Kordofan (2). Cette contrée fut plus tard visitée (de 182» à 1827) par M. Rup-

(i) Note de M. Duvernoy sur le squelette d'une lète d'hippopotame d’Abyssinie , rapportée du royaume de Choa par M. Rochet d’Héricourt (krvile nouvelle, t. V, p. A3o).

(2) fi. Browne, TraecU, etc., * *«>• ln-*°; London, i8ou.

L’UNIVERS

pel, à qui nous devons à peu près tout ce que l’on saitde positif à cet égard (1). Les différents districts du Kordofan ne

fiaraissent jamais avoir été réunis par un ipn politique de manière à former un état ou un royaume indépendant. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’à l’époque où la’ domination des rois de Sennaar s’étendait sur les pays baignés par le Nil jusqu’au 20' degré de latitude, le chef du pays plat, autour de la ville d’Obéid , était leur tributaire , et exerçait une influence indirecte sur les républiques nègres du voisinage. Il paraît que des le milieu du dix-huitième siècle les princes du Darfour commencèrent à disputer aux souverains de Sennaar la suzeraineté du Kordofan. Enfin , dans les premières années du dix-neuvième siècle, le mélek (chef) Makdoura-el- Moussalem, commandant des troupes du Darfour, chassa le mélek El-Hachma, allié du roi de Sennaar. Moussaleui établit sa résidence à Obéid , et y gouverna au nom de Mehemet ibn Fatei, sultan du Darfour. En 1820, il fut défait et tué à la bataille de Bara, par Mehémet-Bey-Tefderdar. Depuis cette epoque, les musulmans ( égyptiens ) sont maîtres du pays. Ils ont établi près d'Obéid un camp retranché, et placé de petites garnisons à Bara, à iMolfat et a Abou-Haraza ; chaque année ils font des incursions dans les montagnes ha-' bitées par les Nubas ( Negres ); ils s’y emparent de tous ceux qui ne se sauvent point par la fuite, et, en vertu du droit du plus fort, les emmènent en esclavage. On a calculé qu’ordinairement les deux tiers de ces infortunés périssent faute de nourriture avant d'arriver au Caire; là un grand nombre meurt de maladie (2).

La ville d’Obéid, capitale du Kordofan, où résidait jadis le mélek qui gouvernait au nom du sultan du Darfour, a été en partie détruite par les troupes du vice-roi. Aux environs de ces ruines se sont formés trois établissements : 1° IVadi-Naghélê, gros bourg habité par les marchands indigènes et

(i) Dr. Ed. Ruppel .Afése in sVuliien, Kordofan, etc., in-8“ ; Francfort, i8ay. — Nouvelles Annales des voyages, t. LX.XII, p. a65.

(a) Kuppel, fl «ira, etc., p. 1 34.

étrangers ; 2" El-Orta , ou le camp retranché des Égyptiens , renfermant des casernes et des magasins : ce sont des baraques en terre ; 3° IVadi-SaJi , village dont la population se compose resque exclusivement de Nègres haitant jadis une chaîne de montagnes, situés plus au sud et qui furent transportés ici par Mélek Moussalem. Le seul édifice public dans ces trois établissements est la mosquée de Wadi-Naghélé , construite en briques. L’aire des habitations consiste en une surface dure faite de petits fragments de quartz; ce qui les protège longtemps contre les termites. Trois à quatre maisons appartenant aune même famille sontentourées d’une épaisse haie d’épines; il y a ordinairement au centre de remplacement un puits d’environ sept mètres de profondeur : il fournit en abondance une eau un peu saumâtre, qui est assez malsaine, surtout pour les étrangers ; aussi font-ils, ainsi que plusieurs indigènes, presque exclusivement usage de bilbil et de mérisé , boisson fermentée préparée avec du doura.

La nourriture habituelle des indigènes est I ’asidé, espèce de galette faite de farine de doura, et arrosee d’une décoction de bananes sèches. Jadis les habitants d'Obéid mangeaient presque tous les jours de la viande; car avant l’invasion des Égyptiens le marché de la ville était bien pourvu de très-beau bœuf, ainsi que de beurre , de miel, de doura : toutes ces denrées étaient à trèsbon marché. Aujourd'hui le Kordofan partage le sort des pays possédés par Méhémet: ses habitants, écrasés par les impôts, sont réduits à la pauvreté ; le gouvernement s’est même réservé exclusivement le droit de trafiquer avec les Nègres libres. Autrefois ce commerce était une source intarissable de richesses pour les marchands du Kordofan; ils recevaient des caravanes de l’Égypte une grande quantité d’objets fabriques qu’ils allaient revendre aux Nègres libres de leur voisinage; ceux-ci leur donnaient en échange les productions de leurs pays; les Kordofani faisaient de très-gros bénéfices : ils avaient ordinairement de grands approvisionnements d'objetsfabriqués, et traitaient les affaires assez rondement. Maintenant cette res-

source est complètement tarie pour eux.

La population des trois établissements situés sur l’emplacement de l’ancien Obéid parut à M. Ruppel être de 5,000 âmes, dont 2,000 appartiennent à Wadi- Naghélé, 2,000 à El-Orta , et 1,000 à Wadi-Safi. -Nagliélé possède beaucoup d’esclaves des deux sexes, chargés de tous les travaux du ménage; les esclaves mâles adultes sont rares, parce que, faute de jardinage, on n’a pas d’occupation constante pour eux : ils ont, de même qu’à Bara , généralement les fers aux pieds, et on a peu d’attachement pour eux, parce qu’on ne peut pas compter sur leur fidélité.

Les femmes des marchands sont généralement très-belles; leurs traits rappellent plus ou moins ceux des Dongolaoui, leurs ancêtres; elles vivent dans une oisiveté complète, et restent ordinairement couchées à l’ombre sur un lit de repos; aussi leur teint est-il d’un brun clair plutôt que noir. Leurs mœurs sont extrêmement dépravées. Le costume est le même que celui des habitants des bords du Nil ; toutefois, les vêtements n’y sont pas autant noircis par la saleté. Les sandales sont faites artistement en cuir de couleur. Les femmes ont , outre leurs ornements en or , en argent , en succin et en grains de verroterie , des bagues de bois d’ébène et d'ivoire. Les hommes se rasent la tête, portent de grandes tuniques à manches très-larges et de petits bonnets blancs.

On fait à Wadi-Naghélé de très-jolies corbeilles et des plats avec les feuilles du Palma thebaïca coloriées : on les tresse si artistement, que l’eau ne peut s'en échapper. On se sert, pour les menues dépenses, d’une monnaie particulière:

ce sont des morceaux de fer longs de trois pouces et de la forme d'un T dont la barre transversale serait courbée : on les appelle hachache; autrefois on en échangeait 150 contre une piastre forte, aujourd'hui on en a 250 pour la même valeur; le gouvernement actuel, de même que le précédent, en a mis en circulation. Dans les marchés considérables, le prix des choses était représenté par une mesure déterminée de doura ou par une toile de coton grossière , fabriquée dans Je pays. Trois pièces équivalaient à une piastre forte. Autrefois , il ne circulait

parmi les marchands que des piastres à i’effigie de Charles IV, et, par une singulière bizarrerie, ils exigeaient que ce nombre fdt exprimé sur la pièce par quatre traits perpendiculaires et parallèles, llll. La présence des soldats du vice-roi a mis en circulation forcée les piastres d’Égynte et les petites pièces d’or turques'de bas aloi.

Habitants du Kordofan. Trois races d'hommes différentes habitent le Kordofan ; mais le profil de la plupart annonce qu'aucune d'elles ne s’est maintenue pure de tout mélange de sang etranger. J,es Nubas ou Nègres, les véritables indigènes, se subdivisent en Nègres libres et païens, qui vivent dans la contrée montagneuse au sud d'Obéid, et en Nubas musulmans asservis , demeurant dans les plaines autour d’Obéid, et reconnaissant depuis longues années l’autorité du chef qui y réside. Les Dongolaoui, venus dans le Kordofan a différentes époques, forment la seconde race. La troisième se compose des tribus d’Arabes- Bédouins arrivés du Hedjaz après que l’islamisme se fut répandu eu Égypte.

Chacun de ces peuples a sa langue particulière ; cependant les Nubas agriculteurs établis dans la partie septentrionale du Kordofan parlent de préférence l'arabe , quoiqu’ils paraissent savoir bien leur langue maternelle , qui est presque identique avec, les dialectes de Haraza et de Koldagi.

L’absence d’uniformité dans la physionomie des Nubas indique de frequents mélanges avec les autres races ; ils ont, à la vérité, les cheveux laineux et les lèvres passablement grosses , mais le nez bien proportionné plutôt que plat et écrasé. Ils habitent de petits villages. Leur principale occupation est l’agriculture ; cependant tout leur travail se borne à nettoyer la terre des broussailles qui la couvrent, à enlever le gazon avec un instrument de fer ; et , lorsque la saison des pluies a commencé, à semer du doura , du doghen ou du simsin.

Quand le temps est favorable , la moisson nul rit à merveille , sans qu’on s’en occupe davantage. Les ondées fréquentes , qui dans la plaine sont très-avautageuses, nuisent aux récoltes dans les cantons montagneux du sud , ce qui provient de la différence des terrains ;

L'UNIVERS

au sud il est argileux , au nord sablonneux : cette dissemblance aide puissamment au commerce entre les deux territoires. On se contente de couper les épis, et on laisse manger les tiges par le bétail. On extrait de la graine du simsin une huile employée principalement à oindre la peau et la chevelure. Les Nubas cultivent aussi du coton pour leur propre consommation , et fabriquent eux-mémes les étoffesdont ils s'habillent. Ils ont peu de moutons et de chameaux, mais de très-beaux troupeaux de bœufs, dont la chair n’est pas bonne ; ils ne se servent de ces animaux que pour bêtes de somme ; de leurs peaux , qu'ils tan nent parfaitement avec la gousse du séné , ils font de grandes outres à eau, appelées rai, meuble indispensable pour les voyages dans le désert. Ils tannent aussi très-bien et teignent en vert, en rouge ou en jaune, avec le suc de diverses plantes, les peaux de moutons et de chèvres. Du reste, l’usage de ce cuir est très-borné , puisqu'on se contente d’en orner les sandales , les gaines des couteaux, et d’en recouvrir les formules magiques. Tous ces Nubas sont musulmans ; ils passent pour pacifiques et méfiants. Chaque village a un chef électif; sa dignité est héréditaire dans sa famille : il n’a pas le droit de lever des impôts; et tout son revenu fixe consiste dans une sorte, de dîme de toutes les récoltes : en revanche il est tenu d’exercer l’hospitalité envers tous les étrangers ; quelquefois ces chefs abusent de leur autorité en s'emparant par force , et à un prix qu’ils fixent , du bien de leurs subordonnés , pour le vendre avec profit aux marchands. Un tribut régulier en bétail et en esclaves est envoyé à Obéid.

Voici les noms des tribus arabes qui, à différentes époques , ont quitté le Hedjaz pour aller dans le Kordofan, en traversant l’Égvpte : llaouasmé , el- Ghiommé , LLserra , llabanii , Derihamat , Mousirir , Hammer , Seiattié, Mughianié , Ghelidat, Moalem, Ha bahin. Les cinq dernières se sont récemment retirées dans le Darfour, pour échapper au joug du gouvernement égyptien; les quatre premières sont désignées par le nom générique de Bakara ( pasteurs ) , parce qu’elles s’adonnent

principalement à l’éducation du bétail ; elles habitent les campagnes au sud et au sud-ouest d’Obéid , et p iss-èdent de grandes richesses en bœufs, eu chevaux, et en esclaves. Les autres tribus arabes établies, soit à l’ouest, soit au nordouest d’Obéid, élèvent beaucoup de chameaux , et , après la saison des pluies , sèment du dnura et du doghen. VL Rappel a eu l’occasion d’observer de près les Hammer, ayant passé un mois au milieu d’eux près du puits de Nedjer. Ils vivent dans des huttes de paille, dont ils changent l'emplacement à volonté, quand les termites les y contraignent. Tout le pays est couvert de broussailles; les collines sont également revêtues de terre végétale; les puits sont dans la plaine argileuse , et ne tarissent pas. A l’ouest de Nedjer, les Arabes ont défriché des étendues considérables de terre, où ils sèment du doghen dans la saison des pluies. Au temps de la récolte, on creuse dans la terre des trous profonds, et on y enfouit les grains, qui s’y conservent plusieurs années en très-bon état. Le froment réduit en farine sert à la nourriture des hommes ; on le donne entier aux chevaux , et on en fai t du mérisé. Une autre boisson , trèsrecherchée, se compose d’un mélange de lait de brebis et de miel ; on la tire des cantons méridionaux habités par les Nubas libres. Les chevaux du Kordofan proviennent en partie de la race dongolaoui, en partie delà race baiabra, et ressemblent à toutes les deux par la forme de la tète, la hauteur et la vigueur du corps. On les laisse boire du lait de vaehe à discrétion jusqu’à l’àge de quatre ans; outre le foin , on leur donne tous les jours une ration dedoura, et on les laisse constamment courir en plein air. Ce régime parait contribuer a leur donner la force et la vitesse qui les distinguent: il y en a qui atteignent à la course les girafes et même les autruches. Les bons coureurs sont appréciés , et quelquesuns ont été payés jusqu’à mille francs.

Les Bakaras font régulièrement la chasse aux éléphants. Ces animaux arrivent par grandes troupes, durant la saison des pluies , dans les cantons que les Arabes habitent. Voici comment on a dépeint à VI. Ruppel cette chasse : quelques cavaliers, munis chacun de plusieurs javelots, vont à la recherche d'un éléphant

qui s’est séparé des antres ; quand iis eu ont trouvé un, ils se partagent en deux bandes; tandis que les uns s’efforcent de tenir l’éléphant en échec par-devant , les autres lui lancent par-derrière leurs javelots pour le blesser aux jambes. Des qu’il se sent atteint il se retourne furieux contre les assaillants , qui se sauvent en toute hôte ; alors les autres cavaliers poursuivent l'animal, et, à leur tour, lui lancent leurs javelots. Ces attaques se répètent jusqu'à ce que l'animal tombe vaincu par la douleur et la perte de son sang ; alors les chasseurs lui font de larges blessures avec un sabre très-tranchant, et l’achèvent. La peau de l’éléphant est trop épaisse et trop pesante pour être employée à autre chose qu’à faire des boucliers ; sa chair est très-estimée , et quand elle a été convenablement séchée à l’air, elle se conserve longtemps. Toutefois, on lui fait principalement la chasse pour se procurer ses défenses ; les marchands d'Obéid les achètent à bas prix ; il en est de si colossales, que deux composent une charge do chameau.

Indépendamment des tribus arabes nommées plus haut, celles des Kababiches, des Ilussanié et des Béni-Gérar, toutes les trois très-puissantes, habitent la partie orientale du Kordofan, dans le voisinage du Bahr-el-Abiad ; les deui premières passent pour être de sang arabe pur ; la dernière , au contraire, s’est fortement mélangée avec les Nègres, parce que ses dissensions continuelles avec les deux autres l'ont souvent obligée de se retirer dans les montagnes occupées par les Nègres libres.

Pour le combat les Arabes du Kordofan s’arment d’un casque de fer hémisphérique, d’une cotte de mailles et de brassards fabriqués soit en Égypte, soit au Yémen, et qui sont apportés par les caravanes. Quelques chefs garantissent même leurs chevaux au moyen d’une sorte de cuirasse en fer, ou dé couvertures de coton ouatées qui sont faites dans le pays.

Les Nègres des cantons montagneux du Kordofan se subdivisent en un grand nombre de petites peuplades ; chacune habite ordinairement une montagne particulière ;elles parlent des dialectes un peu différents les uns des autres, et qui

paraissent dériver, d’après M. Ruppel, de quatre langues dissemblables entre elles; savoir : celles de Koldagi, deChaboun, de Tackeléet de Deïer. Toutes ces peuplades ont beaucoup d’affinité entre elles : cheveux complètement laineux et peu fournis, lèvres épaisses, nez camard, voilà les traits qui les caractérisent; cependant ils n’ont ni les mâchoires aussi proéminentes, ni les pommettes des joues aussi saillantes que les peuplades nègres plus méridionales. Les hommes sont, en général, bien faits et de taille moyenne. Un singulier usage déforme la plupart des filles dans leur jeunesse : elles ont coutume de porter toute la jouruée les petits enfants, qui s’accrochent sur leurs hanches; il résulte de cette habitude que la colonne vertébrale forme peu a peu un angle obtus avec le bassin, de sorte que les parties postérieures deviennent plus saillantes qu'elles ne le seraient naturellement.

Cette difformité ne se retrouve pas chez les jeunes Nubiennes amenées des leur bas âge en Égypte ou au Dongola ; mais on l’observe chez toutes celles conduites en esclavage chez l’étranger, après leur uatorzième année. Le teint des Nègres u Kordofan est souvent châtain, comme celui des Barabras ou des Abyssins. La peau des eufauts, au moment de leur naissance, est d’un gris-clair; on assura a M. Ruppel qu'on la leur lavait avec une déeoction végétale qui contribue a la noircir; le but de cette opération est probablement de garantir la peau des rayons du soleil. Au bout de quelques semaines l’enfant estcomplétement noir.

On rencontre aussi des Albinos ou Kakerlacs : on dit que leur chevelure est lisse et blonde; ils sont en horreur à leurs compatriotes, quoique l’on sache que leur couleur est due a une maladie.

Les villages des Nubas libres sont bâtis sur des rochers d’un accès difficile, et défendus contre toute surprise par de fortes haies d’épines. Tous les Nubas adultes ont les reins enveloppés d’une pagne de toile qu'ils fabriquent avec le coton qu’ils ont récolté. Le bonheur suprême des femmes et des filles paraît consister dans les colliers de grains de verroterie dont elles ornent leur cou, et elles en parent même la conque de leurs oreilles, qui est, à cet effet,

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L'UNIVERS

percée en plusieurs endroits; elles portent aussi des bracelets de verre et d’ivoire. Des entailles faites avec la pointe d’un couteau, dans un ordre symétrique , sur les bras et le ventre des filles , sont regardées comme une parure.

Les Nubas ne se servent, dans le commerce, d’aucune monnaie d’or ou d’argent : toutes les affaires se font par échange. Leurs armes sont des lances empoisonnées, qu’ils décochent avec beaucoup d’adresse, et qui peuvent même percer les cottes de mailles des cavaliers ennemis; ils fabriquent des kourbatchs ou sabres recourbes dont la poignée est garantie d'un côté par une saillie droite, et avec lesquels ils parent très-adroitement les coups des ennemis; enfin ils ont des boucliers de cuivre de diverses formes. Les arcs et les flèches semblent être entièrement inconnus. En temps de guerre , les femmes se mêlent aux combattants pour les encourager; la mêlée est opiniâtre et sanglante ; sûrs d’être réduits en esclavage s’ils sont vaincus, lesNubasaimentmieux périr les armes à la main que de se rendre. Quant aux femmes et aux enfants , ils deviennent, sans murmurer, la propriété du vainqueur. Quoique permise, la polygamie est rare chez les Nubas. La jeune fille est achetée de ses parents.

Plusieurs des tribus nubas du Kordolan ont embrassé l’islamisme; la plupart sont restées païennes. Chacune a un fakir ou grand-prêtre héréditaire.

Ces Nubas croient à un être suprême, dont ils pensent que la lune est l’image, et lui adressent leurs prières. Ils n’ont pas d’idoles; ils observent des jours de jeûne vers la fin du mois lunaire. Après la première pluie d’été , et après la moisson, ils immolent des victimes dont les fakirs mangent la chair. Les Nubas croient à une vie future, où la vertu sera récompensée dans la maison de Dieu. La morale de la religion naturelle semble régler leurs actions, tant que les passions ne sont pas enjeu , et cellesci ont souvent le dessus. Quant aux événements malheureux, les Nubas les attribuent tous à l'influence des génies malfaisants, auxquels, du reste, ils ne rendentaucun culte. Les Nubas de Koldagi déposent leurs morts avec beaucoup de soin dans des fosses profondes,

sur des lits de repos en bois, et enterrent avec eux des vivres. Dans quelques contrées on a la coutumedecircoucire les garçons; mais cette coutume ne paraît impliquer aucune idée religieuse. Ils ont une division du temps en sept jours, empruntée sans doute des phases de la lune. Chez les Koldagi, le premier jour de la semaine est, dit-on, le mardi ; ils calculent d’ailleurs le temps d’apres les mois lunaires; comme ils ne savent ni lire ni écrire, leurs dates nesont pas très-exactes. Sous le nom d’année ils entendent le temps qui s’écoule entre la fin dedeux saisons de pluies, sans avoir égard au nombre des mois. Le ciel est leur calendrier. Quand Ankareb n’est plus visible après le coucher du soieil , ils disent que la saison des pluies approche. Aussitôt que les sept étoiles de la grande Ourse paraissent à l’horizon avant le lever du soleil, la saison des pluies tire à sa fin : ifs donnent à cette constellation le nom de Dareihé.

Les Nègres des montagnes du Kordofan sèment, vers la fin de la saison des pluies , du doura , du doghen et du simsin. La terre est extrêmement fertile; les tiges de doura atteignent une dimension gigantesque. L’étendue du sol cultivable étant très-grande en proportion de la population , et la culture exigeant peu ae travail, chaque récolte fournit des provisions pour plusieurs années; cela est d’autant plus nécessaire que parfois la moisson tout entière d’une tribu est détruite par des pluies excessives , par des essaims de sauterelles, par les dévastations d’une troupe d’éléphants , ou par celles d’une tribu ennemie d’Arabes nomades. Dès ue la récolte de l’année est achevée ou onne presque tout le reste de la récolte précédente aux cochons et aux chèvres, et très-peu aux chameaux et aux chevaux.

Leurs moutons, quoique de petite taille, ressemblent, par la longueur de la laine de leur tête pendant sur la partie antérieure du cou, à l’ Ovis tragelaphus, qui est sauvage dans cette contrée. Les chèvres sont petites, sans barbe, à petites cornes peu courbées. Les bœufs ont généralement des cornes courtes, et sur le garrot une bosse pleine de graisse.

L’industrie de ces Nubas esttrès-bor-

,gle

m'e; cependant ils savent façonner le 1er en armes, mais ils ignorent l’art de le tremper; ils coulent toutes sortes d’ornements en étain , métal que les marchands leur apportent d’Égypte. Ils s’entendent assez bien à préparer et à travailler le cuir; leur poterie est grossière et peu solide. Ils cultivent le coton et en fabriquent des étoffes , seulement pour leur propre usage ; il n’y a que les habitants de Takélé qui en vendent beaucoup au* marchands, qui les exportent. Sans être aussi paresseux que le sont, en général , les Nègres , les Nubas du Kordofan ont de l’aversion pour tout travail prolongé. Habitués à l'indépendance, ils sont emportés,- entêtés et extrêmement sales sur leur personne et dans leurs demeures; ils sont obligeants entre eux, et on peut se fier à leur parole mieux qu’à celle d’un Arabe ou d’un Dougolaoui. Chaque tribu estsubdivisée en familles indépendantes les unes des autres: cependant, elles reconnaissent .un chef politique, qui, de concert avec le grand fakir, juge les différends , mais dont le pouvoir exécutif est très-restreint. L’in- Quence de ces chefs tient surtout au droit qu’ils se sont arrogé de faire seuls le commerce avec les marchands étrangers qui visitent leur horde , et qui achètent leur protection par des présents.

Les principaux objets d’exportation sont : la gomme, les plumes d’autruche, le tamarin , le miel , et surtout les esclaves. Dans les temps de disette, malheureusement trop fréquents dans ces montagnes, il arrive que le plus fort vend le plus faible comme esclave; le père met en vente son fils, le frère adulte sa soeur en bas âge. « Ces famines périodiques, s’écrie M. Ruppel, dans les contrées intertropicales , ne seraientelles pas la cause primitive du commerce des esclaves qui y existe depuis un temps immémorial? »

M. Ruppel entendit parler d’un ser-

Îient long de huit mètres , dont les écailes ont un éclat métallique. Ce serpent habite, dit-on, les marécages, et faitlachasse aux chèvres et aux petites antilopes ; il n’est pas venimeux. Dans les lacs périodiques qui se dessèchent en été, on trouve de nombreuses espèces de poissons. Les indigènes parlent aussi d’un animal qui paraît avoir beaucoup d'ana-

logie avec la licorne des anciens. M. Ruppel ne l’a point rencontré.

Climat et maladies du Kordofan.

« Du 15au 18 février 1823, dit M. Ruppel , étant au puits de Nedjer, nous eûmes de l’orage et des ondées de pluie, avee un vent d’est variable; cela parut extraordinaire aux indigènes, et leur causa des inquiétudes. Je cherchai vainement à m’instruire de la signification fâcheuse de ce météore ; on me répondait toujours par cette phrase si usitée parmi les musulmans; « Tout vient de Dieu. »

A peu près à la même époque, M. Hey, compagnon de voyage de M. Ruppel, éprouva, dans la Haute-Égypte, des orages accompagnés de pluie, et qui furent également regardés comme quelque chose d’étrange. L’été suivant la sécheresse fut très-grande dans le nordest de l’Afrique équinoxiale , et l’insuflisancede l’inondation du Nil fit manquer partout la récolte. Arrive-t-il donc constamment que. les pluies d’orages, en hiver, dans la Haute-Égypte et la Nubie, annoncent un été comparativement sec dans les montagnes des contrées équinoxiales situées plus au sud ? Alors cela expliquerait ce que dit Hérodote (livre III, ch. 10), qu’à Thèbes en Égypte la pluie passe pour un pronostic très-mauvais ; ce qui doit s'entendre des pluies d'hiver, puisque aujourd'hui quelques personnes prétendent avoir observé que lorsqu’en mai les orages du sud s’étendent jusqu’à la Haute-Égvpte il y a inondation complète du Nil. Il est également singulier que ces orages d’hiver éclatent ordinairement dans les monts Gourna , près de Thèbes : c’est peut-être une des causes qui firent regarder ce lieu comme sacré.

« On m’a dit, au Kordofan, que les mois d’avril et de mai sont les plus chauds de l’année , parce que l’air est alors absolument calme. Les terribles lièvres pernicieuses qui se développent vers le milieu de la saison des pluies, en juillet, sont probablement produites par l’usage de l’eau chargée d’animalcules infusoires; c’est la même maladie qui règne à cette époque dans le Dongola, le long du Nil. Au Kordofan , dans les étés pluvieux , les étrangers sont attaqués d’une inflammation de poitrine d’un genre particulier; elle emporta,

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en 1822, une grande partie de l’armée du vice-roi. La petite vérole est un fléau horrible pour les Nègres libres. Les lièvres de la saison des pluies leur paraissent bien moins dangereuses qu'aux habitants de la plaine, vraisemblablement parce qu'ils boivent de l'eau de source, et que ceux qui vivent dans les montagnes respirent un air plus pur. Mais a la même époque ils sont exposés à une dyssenterie violente, qui est, dit-on, fréquemment mortelle. Chez les iS’ubas on observe aussi des cas de lèpre et de maladies du même genre. Le ver de Médine est très-commun parmi eux dans le temps des pluies. C'est un entozoaire qui se développe dans la masse charnue des pieds à une certaine époque ; il perce la peau probablement pour déposer ses oeufs au dehors; car on a remarque que les personnes qui foulent le sol sur lequel a passé un Nègre atteint du ver (le Médine gagnent facilement la même affection. »

Le Kordofan et les pays environnants ont été explorés en 1837, particulièrement sous le rapport géologique, par M. Uussegger (1). Au sud, la contrée que parcourt le Bahr-el-Abiad est unie et couverte d’une belle forêt primitive, très-intéressante pour le zoologiste, moins pour le botaniste, s'il arrive avant la saison des pluies. Du Bahrel-Abiad jusqu’à Obéids'étend une plaine cultivée, entièrement plate, qui pendant la saison des pluies se couvre de graminées; elle est peuplée des animaux les plus intéressants des régions équatoriales, tels que des girafes, des antilopes, des lions, des autruches, etc. Rien dans cette plaine ne vient reposer l’œil, si ce n'est quelque groupe de montagnes qui s’élève isolément et sans se rattacher à rien. Les montagnes dans le nord du Kordofan sont : Djebel-ed-Diour, Djebel- Araschkol, Djebel-Mougiios, et plusieurs autres de moindre importance; elles sont composées en général de porphyre et de granit, ou bieu de granit porphyroïde.

lies fragments qui en ont été détachés roulent dans la plaine en blocs disséminés, sans qu’on puisse rien en connaître de plus particulier. En approchant d’O-

(i) Journal de MM. Leonhardt et Brouu, 1*38.

béid, à peu près vers le milieu de cette vaste plaine, le nombre des îlots montagneux augmente, et à une distance de vingt lieues de la ville on aperçoit les groupes d’Abou-Sounoun, de Kourbatsch , de Djebel-el-Kordofan, vers les limites du Darfour. On reconnaît là une nouvelle formation géologique. LeDjebelel-Kordofan, d’apres les mesures hvpsométriques de M. Russegger, est à 1,833 pieds au-dessus du niveau de la mer, et seulement a 70ô pieds au-dessus d'Obéid.

«Toutesces montagnes, dit M. Russegger, vues de loin, paraissent plus elevées qu'elles ne le sont réellement; elles sont d’une couleurbieue si foncée, que si je les avais vues figurées ainsi dans un tableau je ne les eusse pas crues naturelles.

Cette nuance est probablement un effet d’optique produit par la surface unie de la plaiueet par l'intensité de la lujnière du soleil, qui, lorsqu’il est arrivé au zénith ou dans le voisinage, atteint ce brillant qu’on voit difficilement ailleurs que dans les régions équatoriales. » La grauwacke granitique est la roche qui domine autour d’Obeid, et qui fait le fond de toutes les citernes : elle retient la nappe d'eau, à laquelle on n’arrive quelquefois qu'après avoir traversé deux cents piedsde terre, végétale ou de terrain de transport. La plupart des chaînons isolés viennent se réunira l’est à une masse montagneuse, -nommée Teghelé, habitée ar un prince nègrequi exerce sur les N’uas uucertain empire, modifié dediverses manières. Les Teghaouis ne permettentà aucuu blanc de pénétrerdans leur pays; et comme ils sont très nombreux, il n’est pas aisé d’v entrer de force. M. Russegger s’est avancé jusqu'à deux journées de Tisin, résidence de ce prince nègre. Tous ces divers groupes de montagues paraissent se rattacher à trois lignes principales qui traversent le Kordofan et le pays des Nubasdu sud-ouest au nordouest. Leur roche constituante est le granit à grain moyen , dont le mélange de feldspath, de quartz et de mica est très-intime. On y trouve, dit-on, de riches minerais de fer, de cuivre et de quartz aurifère (1).

(i) Nous ne saurions passer ici sous silence quelques observations de M. Russegger, du plus haut intérêt pour la géologie. Ces obser-

Bahr-el-Abiad (fleuve Blanc ou Nil blanc). — Ce fleuve parcourt, de l’ouest au nord-est, toute la partie méridionale du Kordofnn. Le long de ses rives se trouvent répandus les Nègres Fertits et (Jhilouks.Ces peuplesse sont avancés, en remontant le fleuve, jusqu'aux cantons dont les Méhamoudies, les Hassanié, Reni-Ciérar et les Kababiches, quatre tribus de Bédouins, se sont emparés. Le Uahr-el-Abiad est un des affluents les plus considérables du Nd. Ses sources sont dans le pays de Dinka (Donga des Arabes). M. Russegger a remonté le Ralir-el-Abiad depuis Khortoum, dansle Sennaar, jusque dans le pays des Nègres Chilotiks. Dans tout ce trajet la contrée < st plate et couverte de belles forêts. Le cours méridional et occidental est beaucoup moins connu. M. Hey, compagnon de voyage de M. Ruppel, trouva que ce fleuve présente , dans une étendue assez, considérable, une masse d’eau stagnante dont on ne saurait indiquer le courant. Il paraît aussi, au rapport des indigènes, que dans son trajet méridional le Bahrel-Abiad présente une masse d’eau bien

vations viennent à l’appui de l’opinion qui admet que primitivement les roches ignées , granitiques, oui exercé une action vitrifiante sur les grès. ■« Je suis arrivé , dit M. Russegger, dans une localité où le phénomène était si palpable , que j’appelai les autres membres de l'expédition pour me servir de témoins sur le lieu et sur le fait, car à peine si j’usais en croire mes yeux. Dans le voisinage du granit ( près de Syène , vers la première cataracte, où la formation de grès est traversée par une puissante rbaine granitique ) , la texture schistoide du grés a disparu , l’action du feu l’a fondu en une masse vitreuse, et elle a calciné l’argile et la marne au point qu'elles ressemblent à la brique. J'ai trouvé dans le désert , près de la tuer Rouge, un plateau de grès d’tm quart de mille d'étendue, au-dessus duquel s'élèvent une quantité innombrable de petits cônes de granit à l’entour desquels le sable est vitrifié. » Un autre fait noii moins remarquable , ce sont les concrétions siliceuses qui ressemblent à des bois siliciliés , et qu’on trouve particulièrement entre Suez et le Caire. Suivant M. Russegger, aucune matière organique u’a pris part à la formation de ces concrétions, qui imitent les libres ligneuses ; elles seraient dues à une sorte de cristallisation par voie ignée au sein d'une masse calcaire.

plus considérableque le Nil après la jonction de ses deux affluents, Bahr-el-Abiad et Bahr-el-Asrek.

liait r-el-Asrek 'fleuve Bleu, Nil bleu).

— Le cours de ce fleuve , égalant un affluent du Nil, a été relevé par M. Russegger depuis Khortoum, dans une étendue de 132 lieues. Ses rives sont en général formées d’un terrain d’eau douce; on y remarque, depuis la surface jusqu’aux couches inférieures : 1" le limon ordinaire du Nil; 2° le limon du Nil mêlé de sable, arraché par les khors ou torrents dévastateurs que produisent les eaux pluviales vers l’époque des solstices; ce sable est amené, soit des montagnes de formation keupériennede l’intérieur, soit des roches granitiques ou même des collines de schiste argileux situées au sud ; 3° des couches d’alluvions, » très-dures, dans lesquelles on trouve des rognons de grosseur variable , de calcaire argileux et de marne sablonneuse ; 4° des conglomérats de sables venant des montagnes de l’intérieur ; il eu résulteunerocliesolide,emplovéeciimme pierre à bâtir ; b" le calcaire d'eau douce compacte, d’un gris- noirâtre, sonore, montrant une tendance à la structure cristalline. Tous ces terrains sont disposés horizontalement; les strates sont de puissance très-variable. Les pélrifi- , cations qu’on trouve dans les masses d’argiles calcaires sont des fragments de Mimosa nilotica, d 'Asclepias procera ( que M. Russegger a trouvés aussi dans le bassin du Bahr-el-Abiad), d’Osf/a’a nilotica, etc. (t). Sur les deux rives du Bahr-el-Asrek l’œil n’aperçoit, à perte de vue, que des plaines et des prairies immenses, entrecoupées de forêts de mimosas, d’adansonins, de palmiers, de broussailles impénétrables qui servent de repaire à de nombreuses troupes d’é-

(i) M. Russegger signale ici un fait très-curieux : c’est que les fragments deMimosas, d’un bois tres-dur et complètement enveloppés dans les marnes calcaires-srgileuses , présentent souvent dans leur centre une structure eu cristaux rayonnant du centre à la circonférence, tandis que les asclépias , dont le bois est très-teudre et spougieux , imbibé d’un suc laiteux, ont souvent conservé leurs anneaux ligneux , qui , ainsi que la partie centrale , sont remplis par la substance environnante.

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léphauts, de girafes, de lions, de léopards,etc. Les alluvions du Bahr-el-Asrek, près de Dundaï, contiennent des ossements humains. La texture de ces os est bien conservée, mais la matière animale est entièrement détruite. L’extérieur est enduit d’une couche d’un noir brun brillant; la matière est dure, sans que l’os soit pétrifié.

Le Bahr-el-Asrek , qui est le fleuve du Sennaar par excellence, commence à se gonfler dans la Haute-Nubie, vers le milieu du mois de mai, par suite des pluies qui tombent dans les montagnes de l’Abyssinie. A cette même époque le fleuve du Kordofan , leBahr-el-Abiad, subit aussi un commencement de crue, mais dans une proportion bien plus faible; enfin, les premiers jours de juillet il décharge brusquement dans le Nil une masse d’eau si énorme, qu’au commencement d’août la crue monte, au Caire, de plus d’un mètre et demi dans l’espace de quelques jours. Cette eau, d'abord trcs-faible, et puis tout à coup si forte, est un phénomène très-singulier (I). Pour l’expliquer, M. Ruppel admet comme probable l’existence cTun lac de l’intérieur, immense réservoir avec lequel communiquerait le Bahr-el- Abiad. Ce lac, débordant à des époques régulières, verserait périodiquement ses eaux dans l'affluent du Nil. Cependant M. Ruppel avoue qu’il n’a pu se procurer le moindre renseignement sur l’existence d’un pareil laccentral. Ce lac est sans doute le Tchad, dont nous parlerons, en faisant la description du Soudan. r

Le pays de plaine où se circonscrivent les deux affluents du Nil, le Bnhr-el- Abiad et le Bahr-el-Asrek, a été comparé avec raison par Ritter à la Mésopotamie de l’Euphrate, au Pendjab dcrindus,etauDuabduGange. Ce pays, c'est le Sennaar.

Montagnes de ta Lune. Il règne encore une obscurité profonde relativement à l’existence des montagnes de la Lune, dont il est question chez les anciens géographes. Ptolémée parle, sur la foi d’un ouï-dire, d’une montagne de la Lune, -ri ttc opos, dont les neiges,

(i) Ruppel, Beise, etc., p. 171,

en fondant, fournissent de l’eau aux marais du Nil. Le géographe arabe Edrisi (1) cite trois chaînons de montagnes que M. Ritter n’hésite pas à rattacher au mont de la Lune de Ptolémée. Il appelle le premier Djebel-Heikal-Masour, ou montagne du Temple peint; le second, Djebel-Addeheb, ou montagne d’Or, et le troisième, la montagne dès Serpents.

Macrizi distingue deux différentes chaînes de montagnes ; le Djebel-el-Komr , ou montagne des Colombes, et le Djebelel-Kamar, ou montagne de la Lune. C’est ,à des renseignements aussi peu certains ue M. Ritter a rattaché son système e terrassesdu continent africain. « Il est probable, dit-il , que la montagne ou le pays des Serpents forme le dernier gradin qui unit le plateau aux basses terres. La chaîne moyenne est le pays de l'Or; car toutes les terrasses qui contiennent de l’or nous apparaissent dans le Monomotapa, leBambouck, etc., comme terrasses moyennes et absolument dans les mêmes rapports. La première chaîne appartiendrait alors au plateau même , et correspondrait aux chaînes des montagnes limitrophes qui entourent aussi Narea. »

Cependant, I.udolf (2) avait déjà nié l’existence des montagnes de la Lune, que les cartes placent vers lessources du Bahr-el-Abiad. M. Russegger partage l’opinion de I.udolf. Voici comment il s’exprime à cet égard : « J’avais touché au but de mon voyage : je m'étais avancé jusqu’à 10° 34' làt. nord; d’après mes calculs, je n'étais guere éloigné que de quarante à cinquante milles au plus des prétendues montagnes de la Lune, en supposant qu’elles se trouvent là où les placent quelques géographes. Tous les individus que j*ai pu questionner là-dessus, Nubas ou autres, n’ont aucune notion d’une chaîne de montagnes située plus loin au sud ; personne ne parle de montagnes couvertes de neige. Le nom de Djebel-el-Kamar est totalement inconnu ; et lorsque du sommet du Cheiboun (à 1983 pieds au-dessus du niveau de la mer), je portais mes regards vers le sud, je ne voyais que la plaine im-

(1) Edrisi, Africa, cura Hartmann ; 1796, p. 8a.

(î) Historia Ælliiop., p. raa.

mense du Fertit, des pâturages et des bois. Voici ce que j’ai appris : Depuis le pays des Nubas jusqu’aux sources du Bahr-el-Abiad, dans le pays de Dinka, il existe effectivement des montagnes qui n’égalent pas en hauteur celles de Nuba, mais qui, comme elles, forment des groupes isolés, sans ëlrejamais en chaînes continues comme les Alpes, les Pyrénées, le Caucase, les Andes. Ces montagnes ne dépassent point le fleuve; car sa rive droite est toujours plate. Ses sources sortent d’un canton marécageux et presque inaccessible, et là où sont ces marais on ne voit point de montagnes.

Ceci me semble très-probable; car je connais dans l’intérieur de l’Afrique plusieurs bassins pareils, dans lesquels, au temps des pluies, se ramassent des quantités d’eau considérables ; et quand le temps de la sécheresse est arrivé, le sol en reste assez imbibé pour qu’en enlevant seulement un peu de terre, on obtienneuneassezbonneprovisiond’eau.

Un amas de ce genre ne peut se former ue dans un bassin et dans un marais isposé pour recevoir toutes les eaux d’un pays de montagnes comme la Nubie, qui, par leur affluence, viennent sans cesse l’alimenter. La chaîne du Djebelel-Kamar (montagnes de la Lune) me paraît donc purement imaginaire. Cette fable se transmet de bouche en bouche ; mais en réalité ces monts sont un simple groupe comme ceux qu’on rencontre si fréquemment dans ces contrées, et qui, ne contenant aucun minerai précieux, offre un trop faible intérêt aux indigènes pour qu’il soit connu au loin; je ne pense donc, pas qu’il existe dans la contrée dont je m’occupe une chaîne de montagnes développée comme les Alpes.

<• Il est certain qu’une ligne de roches primitives traverse l’Afrique, dans le voisinage de l’Équateur, du nord-est au sud-ouest; cette ligne sejalouneparde petits groupes isolés; quelques montagnes sont assez étendues, mais elles sont toutes indépendantes entre elles et séparées alternativemfipt par de vastes plaines. Ainsi, en allant au sud au nord , vient la masse rocailleuse d’Abvssinie, avec ses pics élevés où la neige tombe fréquemment : mais elle n’y séjourne pas; puis les plaiues interposées entre le

Bahr-el-Asrek et le Bahr-el-Abiad; les monts du Nuba , du Fertit et du Darfoungara; les plaines du Borgou, du Bornou, de Tombouctou; enfin, les montagnes du Djoliba, du Sénégal et de la Gambie. Mais nulle part je ne vois une ligne centrale, comme il y en a une en Amérique, en Asie et en Europe. »

Bertat (Dar-el-Bertat). i

Au sud-est du Kordofan sont les pays nommés Akaro, K.oely, Tabavo, Kassan , Oby, Kamamil et Changalla, habités par des Nègres indépendants, et compris sous le nom générique de 11ertat. Tout le Bertat est une contrée montueuse, c’est-à-dire un plateau élevé (à près de 1 ,000 mètres au-dessus du niveau de la mer), parsemé d’un grand nombre de montagnes isolées comme les îles sur la mer. Ces montagnes ont une direction générale du nord-est au sud-ouest. Les montagnes les plus hautes de ce plateau sont dans le Galla et le Changalla , qui forme le point austral du système; cependant M. Russegger n'en a point vu dont la hauteur excédât 1,800 mètres au-dessus du niveau delà mer. C’est là probablement qu’il faut placer les montagnes de la Lune des anciens. Toute cette région est sillonnée par plusieurs rivières importantes, comme le Bahr-el-Asrek, le Tournât, PYabous, le Djounbo, et par une quantité innombrable de khors ou torrents qui tous se dirigent vers le nord. « Au sud de cette chaîne de montagnes, dit M. Russegger, dans la grande plaine des Gallas, qui se déroule aux yeux du spectateur placé au sommet du Gevesch, coule la branche principale du Bahr-el- Abiad, dans la direction del’està l'ouest ; elle prend sa source dans les montagnes du Galla, au sud-est de Fadassi; arrivée à la plaine de Dinkous , elle se réunit avec les autres branches qui viennent de la partie méridionale de la Nubie et vont à l’ouest; puis elle baigne la masse montueuse du Bertat, et s’échappe vers le nord. Ces indications manquent sur toutes les cartes que j’ai sous les yeux (1). • — Tout le pays montagneux

(i) Nouvelles Annales des voyages , ton). LXXXII, p. 3iK.

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du Bertat est formé de granit et de gneiss , tout à fait semblables à ceux de nos Alpes.

Suivant M. Russegger, le pays de Bertat s’étend en longueur de 9* 30' à tt° latit. nord, en largeur de 31° à 33° longit. orient, de Paris. Le territoire est divisé en petits royaumes dont le chef prend le titre de roi (mélck) ; ces petits États nègres sont continuellement eu guerre entre eux. Au Djebel-Toul , le

point le plus occidental duChangalla, l’or se trouve dans un quartz grenu, gris, si riche, qu’on en tire plus de 400 grammes parquintal. A Tout, les Nègres ont plusieurs coutumes particulières-, ainsi, pour la chasse et la guerre, ils se servent d’arcs et de flèches, tandis que ceux du Bertat emploient le javelot et l’épée. Tous font usage de grands boucliers ronds.

PAR M. FERD. HOEFER

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