‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 37 sur 65 · CENTRALE · texte numérisé non relu

CENTRALE

et'en croix; des nattes de feuilles de ronnier sont placées dessus et recouvertes de terre.

« Cette mosquée a cinq portes de différentes grandeurs à l’est, trois au sud et deux au nord. Du côté de l’ouest, ce sont les ruines qui forment les limites de la mosquée, en même temps que celles de la ville. A l’est et au nord, le terrain est de niveau; mais du côté du sud on y entre en montant quatre marches. Sur le mur de l’est , à l’intérieur, il y a des ornements appliqués et faits de terre jaune; ils sont en forme de chevron ou de feston triangulaire, d’un pied et demi d’ouveriure et de deux pieds de haut; ils commencent à un pied et demi audessusdu sol. Les piliers qui soutiennent les arcades, en face, ont aussi quelques dessins faits de même matière et qui sont assez corrects; il y en a beaucoup d’efiacés. Une espèce de niche creusée au milieu du mur de l’est est destinée au marabout qui fait la prière; dans un autre enfoncement de ce genre, on voit une grande chaire en bois, dans laquelle ce ministre du culte monte par deux ou trois gradins, les jours qu’il donne lecture de quelques passages du Coran.

Le sol de la mosquée est couvert de nattes sur lesquelles on se prosterne pour prier. Ayant pensé que la description seule ne donnerait pas une idée juste de la construction de cette mosquée, je me suis hasardé à eu prendre un croquis, ainsi qu’une vue de la ville : l’un et l’autre rendront peut-être mieux que des paroles les objets que je désire faire connaître au lecteur.

- Pour faire l 'esquisse de la mosquée, je m’assis dans la rue, en face, et je m’entourai avec ma grande couverture, que je repliai sur mes genoux; je tenais à la main une feuille de papier blanc, à laquelle je joignais une page du Coran ; et lorsque je voyais venir quelqu’un de mon côté, je cachais mon dessin dans ma couverture, et je gardais la feuille du Coran à la main , comme si j'étudiais la prière. Les passants, loin de me soupçonner, me regardaient comme un prédestiné, et louaient mon zèle. La mosquée de l'est est beaucoup plus petite que celle de l’ouest. Elle est egalement surmontée d’une tour carrée, de même forme et de même dimension que celles

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de la grande; les murs sont entièrement dépouillés de leur crépissage : on a mis beaucoup de contre-forts pour soutenir l’édilice : il y a trois avenues d’arcades; les galeries ont six pieds de large, et trente pas de long. La mosquée ellemême a trente pas de long sur vingtcinq de large ; les arcades, qui ont trois pieds et demi d’ouverture et sept et demi de hauteur, sont construites en mêmes briques que celles de l'ouest; il y a une cour intérieure dans laquelle on entre pour monter dans la tour. Cette mosquee n’a aucune de ses parties en ruine; mais elle parait très-ancienne :

la construction en est peu régulière. J'y ai remarqué deux portes au sud et une au nord. Les côtés de l’ouest et de l’est n’ont pas d'ouvertures. Auprès de la mosquee, à l’orient, on voit une petite dune de sable peu élevée, et quelques maisons couvertes par les sables mouvants poussés par le vent de l’est. Au milieu de la ville , on voit une espèce de place entourée de cases rondes ; on y trouve quelques palma-christi et un palmier-doum, le seul que j’aie vu dans ie pays : au centre de cette place , on a pratiqué un grand trou pour recevoir les immondices. Deux énormes buttes élevées hors de la ville, au sud de la mosquée, m’ont paru aussi n’être qu’uu amas d'ordures ou de décombres ; je suis monté plusieurs fois dessus (tour examiner la ville dans sou ensemble et en faire l’esquisse.

« Une troisième mosquée, un peu remarquable , -e trouve à peu près au centre de la ville; elie a aussi une tour, mais moins élevée que les autres : il n’y a que des arcades carrées; les nefs ont sept pieds de largeet vingt-cinq de long ; le mur de la façade de cette mosquée est garni de beaucoup d’œufs d’autruche; il y en a au sommet de la tour. Une cour très-grande se trouve dans la partie de l’est : il y a au milieu un balanitr» ægyptiaca qui en fait l’ornement. Derrière la mosquée, à l’ouest, il croit quelques pieds de salvadora. On compte encore cinq autres mosquées : mais elles sont petites et faites comme les maisons particulières; seulement elles sont dominées chacune par un minaret; toutes ont une cour intérieure; on s’y rassemble le soir pour faire les cérémonies religieu-

ses. Les crienrs qui appellent à la prière ne reçoivent pas de salaire; mais à des époques fixes ils crient du haut des minarets pour rappeler aux fidèles que le moment est venu de les payer de leur peine. Je me suis trouvé à l'une de ces époques à Tombouctou chacun s’empressa de leur faire son offrande, qui consistait en pain, millet , riz . poisson sec, pistaches et cauris; tout fut déposé sur une naite étendue par terre devant la porte de la mosquée (1). »

La petite ville de Cabra, située à l’ouest, est en quelque sorte le vestibule de Tombouctou. C’est là qu’on débarque les marchandises qu’on transporte ensuite à Tombouctou, à dos d’ânes ou de chameaux. Cette occupation fournit aux habitants de Cabra , au nombre d’environ douze cents, leurs principaux moyens de subsistance. L’inondation continuelle des marais qiu avoisinent Cabra ne leur permet pas de cultiver le riz. Les Sourgous ou Touariks reçoivent à Cabra les droits qu’ils exigent des embarcations; ils rodent souvent autour de la ville , où ils commettent des actes de brigandage.

Djenné ou Djennie est, après Tombouctou, la plus forte ville commerciale du Soudan occidental. Puis viennent, dans leur ordre d'importance, Ségo, Sansanding et Yamina. La ville de Djennie est située sur une île formée par une des branches du Niger; elle peut avoir deux milles et demi de tour; elle est entourée d’un mur en terre d'euviron quatre mètres de haut. Les maisons sont bâties en briques cuites au soleil ; elles sont aussi grandes que celles des villages en Kurope. La plupart n’ont qu’un étage, et les chambres, n’ayant pas de fenêtres à l’extérieur, ne reçoivent d’air que par une cour intérieure. Leur unique entrée, de grandeur ordinaire, est fermee par une porte en planches assez épaisses. Les murs sont très-bien crépis en sable. Les rues sout assez larges pour que neuf personnes y puissent marcher de front; elles sont très-propres et balayées presque tous les jours. La ville est bruyante et animée; tous les jours il part et arrive des caravanes nombreuses, chargées de produits

(i) Journal de Caillié, etc, Tome II, p. 334.

de toutes sortes. On y remarque une grande mosquée en terre, dominée par deux tours massives et peu élevées; elle est abandonnée à des milliers d'hirondelles qui y font leurs nids. Tous les habitants de Djennie sont mahométans; les Foulahs sont les plus fanatiques ; ils ne permettent pas l’entrée de leur ville aux infidèles; et quand les Bambarras idolâtres viennent à Djennie, ils sont obligés de faire la prière, sans quoi ils seraient impitoyablement maltraités.

Caillié estime la population de cette ville à huit ou dix mille habitants. On y parle le mandingue, le foulah, le bambarra et l’arabe, et, de plus, un idiome particulier, appelé kitsovr, qui est la langue adoptée jusqu'à Tombouctou. La ville de Djennie, autrefois indépendante, fait aujourd’hui partie d’un petit royaume dout Ségo-Ahmadou est le chef. L’industrie y est très-florissante. On y trouve des tailleurs, des forgerons, des maçons, des cordonniers, des emballeurs; enfin tout le monde se rend utile. Pour emballer les marchandises, on se sert de nattes faites en feuilles de ronnier; ce sont les habitants des villages voisins qui les fabriquent et les apportent au marché; on recouvre ce premier emballage d’un second en euir de beeuf, si toutefois les marchandises en valent la peine. Les emballeurs sont aussi chargés d'ensacher les grains ; et pour qu’il en entre davantage dans le sae, ils les foulent avec un grand piquet en bois ; des que le sae est plein , ils mettent une poignée de ille par-dessus, et la cousent avec sac.

Les Djennéens se nourrissent trèsbien. Ils mangent du riz, qu’ils font cuire avec de la viande fraîche; ils font avec le millet du couscous mêlé de poissons frais ou secs, lis assaisonnent tres-bien leurs mets. Une personne dépense à peu près vingt-cinq à trente oauris pour sa nourriture (i); la viande est a vil prix : un morceau de la valeur de quarante cauris (vingt centimes) suffit pour le repas de quatre personnes. Les enfants comme les grandes personnes sont habillées très- proprement; iis portent un coussabe lait d’rtoffe du Soudan, le plus ordinairement bleu, qui est la couleur

préférée; un pantalon qui leur descend jusqu’à la cheville; la ceinture en est à coulisse : on y passe un cordon qui s’attache au-dessus de la hanche. Les habitants ne vont jamais pieds nus, pas même les enfants ni les esclaves; leurs souliers, faits avec assez de goût, ressemblent à nos pantoufles et sont tous de différentes couleurs. Les Maures ont des magasins bien fournis en marchandises d’Europe, telles que toile de coton, guinée blanche, indiennes, papier, fusils, poudre, quincaillerie, aiguilles, soieries, soufre, etc. ; ils vendent toutes ces marchandises en gros; ils ont aussi du sucre blanc, et du thé; mais il n’y a que les personnes très-riches qui s en permettent l’usage. Comme il n v a pas d’auberge dans la ville, les étrangers prennent un logement chez les particuliers; ils payent le loyer en marchandises. Presque tous les habitants savent lire l’arabe.

La ville est ombragée de baobabs, mimosas, dattiers et ronniers. Les environs de Djennie sout marécageux et dénués d’arbres. Les plaines sont labourées un peu avant les pluies, et toutes ensemencées en riz. Les esclaves sont chargés de la culture; sur les bords du fleuve ils récoltent un peu de gombo, de tabac , et des giraumons. Dans les endroits qui ne sont pas exposés aux débordements du fleuve on ne cultive que du millet et du maïs.

Le chef de Djennie , Ségo-Ahmadou, estuu musulman fanatique et un brave guerrier : avec une poignée de soldats il a conquis plusieurs partiesdu Bambarra; il va établi son culte et s’y fait obéir. Trouvant que le grand commerce de Djennie troublait ses habitudes religieuses et détournait les vrais croyants de leur dévotion, il fonda une nouvelle cité sur la rive droite du Niger, et lui donna le nom de El-Hamdou Lillah (à la louange de Dieu). Il y a établi des écoles publiques où tous les enfants vont s’instruire gratis. Les hommes ont aussi des écoles suivant les degrés de leurs connaissances. Ségo-Ahmadou est frère du roi do Massina, pays situé sur la rive gauche du Niger. Ce pays est habité par des Foulahs mahométans ; ils portent presque tous leurs cheveux en tresses fines, et viennent fréquemment à

(i) Deux cauris équivalent à an centime.

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Djennie pour y faire le commerce : ils y vendent des bœufs et des moutons de la plus belle race.

Caillié se loue beaucoup de l'hospitalité des Djennéens: « Pendant tout mon séjour à Djennie, les Maures, dit-il, me comblèrent de soins; ils me traitèrent très-bien ; je ne fis aucune dépense pour ma nourriture, et ce que je paraissais désirer on s’empressait de me le donner. A la vente de mes marchandises près, je n’eus qu’à me louer de leur conduite. J’étais souvent assis avec eux, sur une natte tendue à l'ombre, devant la porte : je les voyais faire leurs marchés; je voyais aussi beaucoup de Nègres qui, en passant devant le chérif, venaient le saluer et lui baiser la main. Ce dernier leur donnait beaucoup de cauris; il en avait auprès de lui un petit sac destiné à cet usage. Un jeune Maure , nommé Hassan, qui me taisait un très-bon accueil, me conseilla, quand je serais arrivé àTombouctou, de prendre la route de Tafilet et de Fez, d’où je partirais pour Alger, et irais de là à Alexandrie. J’appris de lui qu'il était venu à Tombouctou un chrétien qui avait été arrêté dans la route et accablé de coups; qu’il était resté longtemps dans cette ville pour se rétablir, mai- qu’il y était mort; il ne put me dire comment. Je lui demandai ce qui avait pu amener ce chrétien à Tombouctou ; il me dit que c’était seulement pour écrire la terre ( lektoub torab). Je supposai bien que cet Euro-

éen était le major Laing , que je savais

tre parti de Tripoli pour arriver à cette capitale du Soudan par le grand désert. Je déplorai le destin malheureux de l’intrépide voyageur, et je pensai tristement que si l’on venait à connaître mon travestissement je subirais le même sort (I). »

bambarra. Ségo est la capitale du Bambarra. Mungo-Park est le premier Européen qui l'eût visitée. Elle se compose en quelque sorte de quatre villes distinctes : deux sont situées sur la rive septentrionale du Djoliba ( Niger ) , et s’appellent Ségo-Korro et Ségo-Bou; les deux autres sont sur la rive méridionale , et portent les noms de Ségo-Sou-

(i) Journal d'un voyage à Tombouctou , tome lï, p. 22 r.

Korro et Ségo-Si-Korro. Toutes sont entourées de grands murs de terre. Les maisons sont construites en argile; elles sont carrées, et leurs toits sont piats; quelques-unes ont deux étages; plusieurs sont blanchies à la chaux. Les rues, quoique étroites, sont assez larges pour tous les usages nécessaires dans un pays où les voitures à roues sont absolument inconnues. Le roi du Bambarra réside à Ségo-Si-Korro; il emploie un graud nombre d’esclaves à transporter les habitants d’un rivage à l’autre du fleuve. Le salaire qu’ils reçoivent, quoiqu’il ne soit que de dix cauris par personne ( cinq centimes ), fournit au roi, dans le cours d’une année, un revenu considérable. Mungo-Park estima la population de Ségo à près de trente mille âmes. L’aspect de cette grande ville, ces nombreux canots qui couvraient ta rivière, cette population active , les terres cultivées qui s’étendaient au loin à l'entour, présentaient au célèbre voyageur un tableau d’opule ice et de civilisation qu’il ne s’était pas attendu à rencontrer dans le centre de l’Afrique (1).

La ville de San-Sanding est située au nord-est de Ségo, à peu ae distance du Niger. Elle paraît contenir onze mille habitants. On n’y remarque aucun édifice public, à l’exception dos mosquées, dont deux, quoique construites en terre, ne sont pas sans élégance. La place du marché forme un grand carré ; et les différents articles de marchandises sont étalés sous des échoppes couvertes de nattes, pour les mettre a l’abri des rayons du soleil. La foule remplit le marché de puis le matin jusqu'au soir.Quelques-unes des boutiques ne contiennent que des grains de colliers; d’autres, de l’indigo en boules; d’outres encore , des cendres de bois en paquets d’autres enfin , des étoffesde Haoussaetde Djennie. Mungo- Park remarqua une boutique qui ne contenait que de l'antimoine en petits morceaux; une autre, que du soufre; et une troisième, où il ne vit que des bagues et des bracelets de cuivre et d’argent. Dans les maisons qui bordaient le marché on vendait du drapécarlate, de l’ambre, des

(i) Traveh in the interior of Africa , in the ycar* 1795-1797. ( Premier voyage de Mungo-Park.)

soies de Maroc, du tabac semblable à celui du Levant, et qui est apporté par la voie de Tombouctou. Le marché au sel occupe un coin de cette place. Une barrique de sel se vend ordinairement huit miile cauris. Au centre de ci-tte même place est une vaste échoppe de boucher, où l’on vend tous les jours de la viaude, aussi bonne et aussi grasse que celle que l’on mange en Angleterre. A quelque distance de là , on a établi le marché à la bière, sous deux grands arbres, où sont étalées ordinairement quatre-vingts ou cent C 'Iebasses de bière, contenant environ chacune deux gallons de cette boisson (1).

Les fabricants de bière, boisson commune dans tout le Bambarra, s’établissent les jours de fête dans les lieux d’assemblée, et ils sont bientôt entourés d’une foule d’amateurs, qui le soir rentrent ivres dans leurs maisons. On se croirait transporté en Angleterre ou en Allemagne.

C'est à Sansanding que s’arrête la relation du second voyage de Mungo-Park.

A partir de ce moment on n’en eut d’autres nouvelles que le bruit de sa mort tragique à Boussa , qu’on n’apprit d'une manière certaine que vingt ans après.

La ville d’Yaminaprésente de loin un fort bel aspect. Elle couvre presque la même étendue de terrain que Sansanding.

Quatre ans avant l’arrivée de Mungo- Park elle avait été pillée par Daisy , roi deKaarta. Cette ville est située à ta" 52' latitude nord ^correction de Bowdich (2) ).

Bammakou , ville moins grande que Yamina, est célèbre par son marché de sel. Scs habitants passent pour très-riches. Mungo-Park s’y arrêta quelque temps dans son premier voyage.

(i) Second voyage de Mungo-Park. ( Collection des voyages en AJrique, par Walckenaer, tome VII , p. 83. )

(») Il importe de rappeler ici que toutes les déterminations de latitude que Mungo- Park a faites pendant son second voyage, à dater du i er mai, sont entachées d'erreu r. Cet te erreur provient de ce qu'il avait compté trente et un jours pour le mois d'avril. Or, la déclinaison du soleil ( d’après laquelle Park avait déterminé les degrés de latitude) variant rhaque jour, il se trompait, dans son calcul, d’une quantité appréciable. Les déterminations de Park ont été plus tard corrigées par Bowdich.

Kankan , visité par Caillié , est une ville très-commerçante. Il s’y tient un marché trois fuis par semaine. Le voisinage de Bouré contribue à la richesse des habitants. En temps de paix, ils vont à Bouré vendre du riz, du millet et d'autres denrées qu’ils échangent contre de l’or. La ville de Bouréestlechef-lieudu pays de ce nom. Ce pays est couvert de montagnes, riches en mines d’or. Des esclaves sont continuellement occupés à tirer le minerai ; ils emploient à cet usage des panniers faits avec des branches d’arbres : les femmes lavent le minerai dans des calebasses; elles l’inondent d’eau, et après l'avoir bien remué, elles le transvasent. Après plusieurs lavages, hs morceaux d’or se déposent au fond de la cale basse. Cet or est ensuite fondu et reduil en lingot. L ’or de Bouré se répand dans tout l’intérieur, ainsi que dans les établissements français et anglais de la côte.

Le Ouassolo est un pays habité par des Fellatahs idolâtres, pasteurs et cultivateurs. Le sol est très-fertile et bien arrosé. Les habitants sont doux et trèshospitaliers. Ils mangent le fruit du baotiab délayé dans de l’eau ou du lait. Les femmes fabriquent de la poterie, en outre de leurs travaux domestiques. Elles tissent la toile, et filent le coton qu’on cultive dans le pays. Il y a des forgerons

?{ui fout des poignards, des bracelets en er et des instruments aratoires.

Le Bambarra comprend la plus grande partie du Soudan occidental. Il est gouverné par une multitude de chefs indépendants qui se font ia guerre entre eux. La religion mahométane n’y a point encore pénétré. Les habitants vont presque tout nus. Ils portent ordinairement une ceinture brodee en cauris, qui leur passe autour des reins, entre les cuisses, et vient se rattacher sur le devant. Ces ceintures sont garnies de petites tresses en coton , qui leur descendent devant et derrière jusqu’au genou. Les femmes ont des pagnes, qu'elles se passent autourdes reins, et fontdescendrejusqu’au genou. Les hommes se rasent la tête, mais ils laissent quelques touffes de cheveux plus ou moins grosses, suivant le goût de chacun. La couleur de leur teint estla même que celle des Fellatahs; ilsont comme eux le nez aquilin, les cheveux crépus et les dents aiguës ; ils se font

16' Livraison. (Afrique Centrale.)

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tous des incisions à la figure et sur le corps. Ils s’enivrent avec une espèce d’hydromel fait avec du miel et du millet fermentes.

Les Rambarras, en général, parlent le mandingue, mais ils se servent au«si d'un idiome particulier. Ils passent chez les Mandingues, leurs voisins, pour voleurs; cependant leurs petits magasins en paille, situésau milieude leurs cours , sans défense, sont toujours respectés. Ils suspendent au dehors de leurs cases les têtes désossées de tous les animaux qu’ils mangent, ce qui est regardé comme une espèce de luxe. Ils connaissent l’industrie du fer. Caillié, étant un jour logé chez un forgeron bambarra, décrit ainsi le procède employé pour fondre et forger le fer : On concasse avec un marteau les minerais de fer, et l’on fait, dessus et dessous, un grand feu, dans des espèces de hauts fourneaux. Le fer étant fondu, on lui donne une forme convenable; on le porte ensuite à Djennie, pour l’échanger contre du sel. Les soufflets sont faits de deux peaux de mouton ou de cabri; deux marteaux frappent sur une petite enclume. On emploie le charbon de bois, quoique très-rare. L’emplacement des forges est un bâtiment long et étroit.

Dans quelques contrées du Bambarra, on fait de petits pains avec les fruits du Rhamnus lotus, qui paraît être le même arbrequccelui des Lotophagesdont parle Homère. Ces pains ont la couleur des pains d’épice, et sont un peu aigrelets. Caillié leur trouva un goût très-agréable.

Parmi les peines que les Bambarras infligent à ceux qui sont convaincus de vol ou de tout autre crime, on est étonné de trou' er l’épreuve du feu, si commune au moyen âge. Cette épreuve consiste à passer un fer rouge sur la langue : l’accusé est acquitté si le fer 11e la brûle pas; mais alors l’accusateur est obligé de subir la même épreuve : celui des deux qui s’y refuse est condamné.

Sur les confins de la Guinée et du Soudan se trouve le Sangara. C’est une vaste contrée riche en bétail, en chevaux, en pâturages, en blé et en riz. Les naturels , qui sont divisés en un grand nombre de petites tribus, sont aussi guerriers que les Soulimas, leurs voisins, et les surpasseut tellement en courage,

qu’avec un peu plus d’union ils eussent réduit ces derniers à leur obéissance.

Plus grands et mieux faits que les Soulimas , ils portent le même costume, à l’exception des chefs, qui dédaignent de se couvrir du manteau noir. Leurs manufactures d’étoffes sont célèbres; ils en échangent les produits à Bouré, près de Ségo , contre de l’or. Ce précieux métal est ensuite transporté par eux riiez les Foulahs et les Soulimas, et échangé pour des marchandises venues de Sierra- Leone, qui, au moment où elles tombent dans leurs mains, ont déjà produit un bénéfice de deux cents pour cent.

L’arc et la lance sont leurs armes ordinaires; on voit peu de fusils sur la rive du Niger qu’ils occupent. Le major Laing remarque que ces peuples sont dans un état moral très-favorable à l’introduction de la religion chrétienne parmi eux. Le monarque étant mahométan , et les sujets idolâtres, il résulte de cettedissidence même une sorte de tolérance qui existe rarement chez les peuples où domine une seule religion , surtout lorsque cette religion est le mahométisme. Le roi est aussi éloigné du fanatisme ordinaire aux adorateurs du prophète, que les simples particuliers eux-mêmes sont loin de croire aux grossières superstitions des autres nègres(l).

Au sud du Sangara est situé le pays de Baleya. Les habitants sontguerriers "et cultivateurs. Ils fabriquent de la poterie et des toiles blanches , qu’ils échangent pour du sel. I,es femmes y sont vives, jolies et coquettes : elles mettent beaucoup de sorn à leur coiffure , qui consiste en deux touffes de cheveux de chaque cêté de la tête ; plusieurs en ont quatre; elles y ajoutent des grains de verre de couleur , artistement arrangés.

Elles portent au cou un collier de petits grains de verre noirs , parmi lesquels elles meitent un peu de verroterie dorée ; ce collier est large de trois doigts, et leur serre le cou comme une cravate. Leur coiffure serait agréable si leurs cheveux n’étaient couverts d’une couche de beurre, dont elles se graissent aussi le corps , ce qui leur rend la peau luisante, et leur donne une odeur forte.

(l) Major Q. Laing, Travcls in l/ie westêrn AJrica ; London . in-S”, i8»5.

Elles sont très-enjouées et douces ; elles ont le teint noir foncé , de beaux traits, les cheveux crépus, le nez légèrement aquilin , les lèvres minces et grandes.

Leur vêtement consiste en une bande de toile de cinq pieds de long et de deux de large, dont elles s’enveloppent les reins. Pendant les jours de fête elles en mettent une seconde sur leurs épaules, et se couvrent le sein; elles portent aussi des sandales. C’est à peu près le costume général des femmes du Soudan (1).

Au nord du Sangara est située la ville de Timbo , dont le territoire forme en quelque sorte la pointe orientale de la Nigritie. C’est jusque-là que pénétra , en 1818, M. Mollien, qui avait si miraculeusement échappé au naufrage de la Méduse. Cette ville, Coupée ppr de nombreuses rues, peut contenir environ neuf mille habitants. On y voit une grande mosquée, et trois forts, dont les murailles en terre tombent en ruines.

La ville parait être fort ancienne. Ses habitants entretiennent des relations de commerce avec le Rio-Nuiiéz et Sierra- Leone (2).

Dans ces derniers temps , les Anglais ont tenté de pénétrer dans le Soudan par une voie qui semble être la plus naturelle, par le golfe de Bénin, en remontant le cours du Niger depuis son embouchure. Mais cette route, quelque facile qu’elle paraisse, n’est pas sans de grandes difficultés , comme le prouve l'expédition de MM. Laird et Oldfield , qui essayèrent de remonter le Niger sur deux bateaux à vapeur.

Le capitaine Clapperton, le même qui avait pénétré jusque dans le Mandara par la voie de Tripoli, parvint, dons un second voyage, jusqu’à Sovcatou, où il mourut en 1827, ainsi que nous l’avons déjà raconté. Richard Lânder, qui avait accompagné le capitaine Clapperton dans ce dernier voyage, lut chargé, par l'Association africaine, de renouveler l’entreprise commencée. Il retournadonc en Afrique, et arriva en 1830 jusqu'à Yaourie, à plusieurs journées au-dessus de Bousso, où avait péri Mungo-Park ; et le premier il exécuta ce que Clapperton

-(i) Journal de Caillié, tome I, p. 363.

(a) Mollien , Voyage aux sources du Sénégal, en t#i8.

lui-même avait regardé comme impossible : il descendit le Niger jusqu'à son embouchure dans la mer. Richard Lânder, accompagné de son frère John, déchira ainsi le voile oui nous avait si longtemps caché un des poims les plus obscurs de la géographie. Nous allons communiquer ici sommairement les documents précieux sur les contrées que ces derniers voyageurs ont parcourues dans le Soudan" méridional et oriental.

« Yaourieest un royaume étendu, florissant, uni; borné à I est parle Haoussa. à l’ouest par le Borgou, au nord par le Cubbie, et au sud par le royaume de Nyffé. La couronne est héréditaire , et le gouvernement despotique et absolu.

Le dernier sultan a été déposé par ses sujets pour sa violence et sa ma vaise conduite. Son successeur règne depuis trente- neuf ans. Il a sur pied une force militaire considérable, qui a repoussé avec succès , dit-on , les attaques répétées que les turbulents Fellatahs ont dirigées depuis nombre d'années sur la ville et le royaume de Yaourie. L’armée est maintenant employée à réprimer, dans une province éloignée, une insurrection naissante, causée en partie par l'impossibilité où sont les naturels de payer le tribut accoutumé, et en partie pa r les mesures acerbes qu’on a prises pour les y forcer. La ville de Y aourie est d'u ne étendue prodigieuse, et on la croit une des plus populeuses de tout le continent, ou du moins de la partie du continent que visitent les marchands arabes. Ses murailles , de vingt à trente milles de circuit, sont hautes et fortes, quoique de terre. Elle a huit vastes entrées ou portes, bien defenduesàla manière du pays.

Les habitants fabriquent une sorte de poudre à fusil grossière et de qualité très-médiocre. Cependant, c’est la meilleure, et, à ce que nous croyons, la seule manufacture de ce genre qui existe dans cette partie de l’Afrique. Ils font, en outre, de très-iolies selles, des toiles, etc., et culti vent riudigo, le tabac, les oignons, le froment, diverses sortes de grains , et quantité de riz d’une excellente qualité. Les habitants ont aussi des chevaux, des bœufs, des chèvres, etc.; mais , malgré leur industrie et les avantages dont iis jouissent , ils sont pauvrement vêtus, ont peu d’argent, et se plaignent

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sans cesse de leur misère. Un marché assez mal fourni se tient tous les jours dans la ville sous des hangars commodes. Toutes les denrées que nous venons d’indiquer y sont ex oseesen vente. Les femmes les plus distinguées, ou celles qui disposent de leur temps et de leurargent, portent leurs cheveux très-artistement tresses et teints en bleu avec de l’indigo; leurs lèvres sont également barbouillées de jaune et de bleu, ce qui leur donne un air des plus étranges. Elles se noircissent aussi les yeux avec de la poudred'iinti moine, ou quelque autre drogue qui a les mêmes propriétés, et que l'on apporte d’un pays appelé .lacoba. Il en est de même du henné; les femmes les plus riches s’en servent avec profusion ; elles appliquent simplement les feuilles pilées de la plante sur les dents, et en font une pâte dont elles couvrent les ongles des mains et des pieds le soir en se couchant (1). Quant aux femmes pauvres, elles se privent, par nécessité , de ces ornements, et le tatouage est le seul artifice qu’elles emploient pour rehausser leurs charmes naturels.

« Ainsi que les maisons de plusieurs des principaux habitants de la ville, la résidence du sultan a deux étages; un escalier en terre massive et grossière conduit aux appartements supérieurs, qui sont assez élevés. Les portes de toutes les communications sont assez hautes pour au'on puisse les traverser sans être obligé de se courber. La plupart des maisons sont de forme circulaire. Quelques habitants en ont cependant de carrées ; et celles du sultan , groupées ensemble , n’ont aucune forme régulière, il est assez extraordinaire que les naturels de l'ouest , du centre, et aussi du nord de l’Afrique, arrosent les planchers de leurs cabanes et les parois intérieures des murailles , deux ou trois fois par jour , avec un mélange de bouse de vache et d'eau , et ils répètent cette opération aussi souvent qu’ils peuvent se procurer les ingrédients nécessaires. Celte ablution, qui offense l’odorat d’un Européen, entretient dans l'intérieur de l'habitation une fraîcheur à laquelle contribue encore l’obscurité qui y règne.

(i) Le henné est un arbre ( Lawsonia elha ) de la famille des Lithrariacees.

« Entre les groupes de huttes qui forment la ville de Yaourie, beaucoup de terrains fertiles sont abandonnés aux bestiaux ou consacrés au jardinage et à l'agriculture. Dans l’intérieur même de la ville, il y a une grande variété d’arbres : citronniers, palmiers, arbres à beurre et dattiers. Ces derniers, qui paraissent se plaire dans le terrain , et qui sont de la plus belle végétation , ne donnent cependant jamais de fruits (I). »

En descendant le Niger, depuis Yaourie à Boussa, les frères Lânder exécutèrent la dernière partie du voyage tracé par Mungo-Park. La navigation ne devient réellement dangereuse qu'aux environs de Boussa, ainsi que nous l'avons dit plus haut. La ville de Boussa se compose d’un amas de huttes, a peu de distance les unes des autres. Elle est défendue d’un côté par le Quorra ( Niger ), et de l’autre par une muraille garnie de tourelles et entourée d’un fossé demi-circulaire. Malgré sa forte assiette, cette ville a été prise par les Feilatahs, il y a plusieurs années : les habitants s’enfuirent avec leurs biens dans une des petites îles du Niger; mais les chefs de Niki, de Wowou, de Kiama, àla nouvelle de ce désastre, se réunirent, et , se joignant aux habitants de Boussa, repoussèrent leurs ennemis communs, les Fellatahs , dans le Niger, où il en périt un grand nombre. Depuis lors la ville n’a jamais été envahie.

Le "territoire de Boussa est fertile, et produit en abondance du riz, du blé, des ignames. Ledowah, grain d’une espèce particulière, y réussit parfaitement ; il forme la principale nourriture des habitants, ricnes ou pauvres. 11 y croît, suivant MM. Lânder, une autre espèce de blé , qui donne huit épis sur une seule tige; ce grain est petit et d’un goût agréable. L’arbre à beurre ( Bassia butyracea) fleurit dans la ville et aux environs. L’huile de palmier est apportée du N’yffé, maisn’estemployée que comme nourriture, et seulement par le roi et ses officiers, car elle est rare et fort chère. On retire de très-bon sel d’un lac salé qui se trouve sur les bords du fleuve ,

(i) Richard et John Lânder, Journal cT une expédition pour explorer le cours du Niger (trad. de M" Belloc), tome II , p. 53 et suiv.

)gle

à environ dix jours de marche, au nord de Boussa. Le poivre croît dans toute la contrée. Le poisson du Niger, quoique coriace et sans saveur, forme une partie de la nourriture journalière de toutes les classes d'habit.mts. Les daims, les antilopes, la pintade, le faisan, la perdrix et quantité d'oiseaux aquatiques y sont très-abondants.

Les nombreuses villes entourées de murs, et les villages ouverts qui se pressent sur les bords du Niger etsursesîles, sont, pour la plupart, habités parles Cumbrieus. race méprisée, mais industrieuse et infatigable au travail. Les Cumbriens habitent aussi certaines parties du Haoussa et d’autres contrées; iis parlent plusieurs idiomes différents, m.iis conservent des mœurs semblables.

Leurs superstitions, leurs amusements, sont uniformes, et tous tiennent scrupuleusement à leurs coutumes traditionnelles dont ils ne s’écartent ni chez eux ni à l’étranger, malgré le mépris et les railleries qu’elles leur attirent. Ils sont connus pour s'attacher jusqu’à la mort à leurs usages nationaux, avec autant de constance que les Hébreux en montrent pour la foi de leurs pères. D’une nature paisible et timide, ils sont une proie facile pour ceux qui veulent les exploiter. Ils baissent le cou sous le joug sans murmurer, et l’esclavage est pour eux un état comme un autre. Il n’y a peutêtre pas au monde de peuple moins capable de sentiments passionnés. Enlevé à ses occupations, à ses amusements favoris, arraché du sein de sa famille, le Cumbrien se résigne à tout sans plainte. Des milliers de ce peuple vivent dans le royaume de Yaourie et dans la province d'Engarski, qui en fait partie. La redevance qu’ils payent au sultan pour la terre qu’ils cultivent consiste en une charge d’homme, en blé, pour chaque portion de terrain. Cependant quand la récolte manque ils sont libres de donner une somme de cauris à la place de l’impôt ordinaire de grain.

Les Cumbriens cultivent du blé et des oignons en abondance. C’est leur moisson qui nourrit en grande partie les sujets des monarques de Boussa et d’Yaourie, dont ils sont eu quelque sorte les esclaves. La plupart sont malpropres , et le peu d’ornements qu’ils

portent sont de l’espèce la plus commune. lisse percent d’énormes trous dans la partie charnue de l'oreille, où ils placent des morceaux de bois de couleurs variées, et à travers la partie mo ledu cartilage du nez, perforé de même, ils passent un long morceau de verre bleu. Les femmes coquettes se percent les deux lèvres avec une dent de crocodile, dont la saillie en avant égale celle du nez. Ces ornements donnent à leur physionomie l’expression la plus féroce.

« Dans tous nos rapports avec les Cumbriens, disent MM. Lânder, nous les avons trouvés doux, innocents, et même aimables dans leurs manières, et ils se sontconduits avec toute la civilité, l'hospitalité, la bouté de leur naturel, ne nous montrant jamais ni tiédeur ni fausseté (1). »

Les Cumbriens qui habitent les bords du Niger ont des huttes portées sur des pilotis de bois. Il n’y a point de marches pour y monter, et les propriétaires y grimpentcomme ils peuvent. La porte, seule ouverture de ces espèces de ruches, se ferme par une natte suspendue a l’intérieur. Les Cumbriens y passent seulement la nuit pour dormir ; car c’est la cougie (hutte commune) qui leur sert pour les usages de la cuisine. Ces huttes a dormir ont environ trois mètres de large; elles sont presque circulaires, faites d’argile, couver tes de feuilles de palmier, et élevees au-dessus du sol , afin de préserver les habitants de l’humidité et des attaques desfourmis, des serpents, et même des alligators qui rôdent la nuit cherchant leur proie. Ces animaux ont plus d'une fois depecé les bras ou les jambes des naturels qui s’étaient exposés imprudemment à leurs attaques. Lps Cumbrieus tuent les alligators a l’aide d’un pesant épieu d’environ trois mètres de long. Un des bouts e-t fait d’un pesant morceau de bois de fer destiné a lui donner de la force, et l’autre d’une longue pointe de fer acérée et barbelee. Cette aime fo'midable est attachée par le haut à la proue du canot, à l’aide d’une Corde d’herbes tressees.

Un épieu plus petit et de même forme sert à tuer les poissons , exercice dans

(i) Journal d'un voyage , etc., tome II,

p. IOO.

L’UNIVERS

lequel les indigènes sont très-habiles.

Dorgou ou Niki. Le monarque de Niki prend le titre de sultan ou de roi de Borgou. Voici les noms des différents États qui composent sou empire, rangés d’après l'ordre de leur importance :

I" Niki , 5® Kingka ,

2° Bouoy , 6° Korokou ,

3° Kiamn, 7°Lougou,

4° Saudero , 8® Pundi.

Niki paye un léger tribut au roi de Boussa, dont il reconnaît la supériorité , car, dit un sage du pays, au commencement du monde, le Tout-Puissant établit l'ancêtre de ce monarque pour régner sur toute l’Afrique centrale ; néanmoins le présent roi est trop faible pour exiger le payement de ce tribut.

Dans l'origine, offert volontairement, ce tribut fut continué par courtoisie jusqu’à ce jour; mais le zè.e du Niki commence à se refroidir singulièrement.

La disposition suivante pourra donner un idee approximative des cinq principaux Étatsdu Borgou :

Uouoy,

Kincka , O.; Niki, K.; Kiama,

Sam» no.

Niki est à sept jours de marche à l’ouest de Wowou, et les quatre États qui l’environnent sont situés à troisjournées, chacun dans sadireclion respective.

Korokou est à seize jours à l’ouest de Wowou ; Lougou, à vingt jours sudouest de la même ville , et Pundi à vingt jours à l’ouest.

Niki , le plus étendu et le plus puissant des États du Borgou, possède une capitale du même nom, dont la population e-t très-nombreuse. Cette ville est, dit-. m, aussi grande que celle de Yaourie. Le monarque n’a pas moins demille chevaux, qui sont sa propriété particulière, et il est riche en proportion. Ses soldats ont la réputation de gens braves, hardis, entreprenants; les fantassins ont un côté de la tête rasée pour se distinguer des autres habitants. Niki est presque le seul royaume de l’ouest que les Fcllatahsn'aii ntpasencoreosé attaquer.

On y compte au moins soixante-dix villes, grandes et importantes, qui toutes ont dans leur dépendance plusieurs pe-

tites villes et villages, affranchis de tout tribut en argent. Ces soixante-dix villes sont soumises à une redevance fort singulière : une fois dans sa vie le gouverneur de chacune d’elles est obligé d’envoyer en présent à son souverain une jeune et jolie fille, pour être admise au rang de ses femmes. S’il arrive qu’elle ne plaise pas au sultan, si même par la suite il lui découvre quelque vice ou imperfection, elle est renvoyée sur-lechamp, et le gouverneur qui l’a fournie est obligé de la remplacer. Cette taxe entretient le sérail du roi.

Après Niki vient Bouoy, État qui , comme le précédent, possède soixantedix villes impoi tantes, et acquitte également sa contribution en femmes. On tr uve beaucoup de chevaux dans la principauté de Buuoy et dans celle de Sandero ; mais il n’y en a pas un seul dans Kingka, Lougou et Korokou. A l’exception de Lougou , on y trouve toutes iegi hoses nécessaires à la vie. Des milliers de marchands, qui tous les ans traverseutle pays et vont à Gonja chercher des noix de goura, accroi-sent la prospérité de cet État, dont le chef est le plus opulent de tout le Borgou.

Pundi était autrefois uue dépendance du Niki; mais depuis peu cet État s’est proclamé indépendant. Cette liberté, acquise par la rev olte, a bientôt dégénéré en licence. Sans chefs , sans lois reconnues, les habitants, affranchis île toute contrainte, ont passé du vol privé au pillage public; ils ont rançonné et dévalisé sans miséricorde tous les étrangers ou voyageurs obligés de traverser leur pays. Ce même esprit d’anarchie et de rapine existe encore à Pundi; les habitants commettent chaque jour de nouvelles violences; aussi sont-ils redoutés et évités par tous. Même parmi leurs voisins les moins estimés, ils passent pour le plus méchant peuple du monde.

Tels sont les renseignements que MM. Lânder ont recueillis sur les differents États du Borgou, qu’ils n’ont pas eu l’occasion de visiter par euxmêmes.

Yarriba. Le royaume de Yarriba est •séparé de celui de Borgou par la rivière Moussa. Les habitants passent pour indolents et beaucoup moins industrieux que ceux des nutresEtats duSoudan. Les

gle

Yarribauis diffèrent complètement des Borgounis , bien qu’ils sqient leurs voisins. Les premiers sont toujours occupés à trafiquer d’une ville à l'autre; les derniers no quittent jamais leurs demeures qu’en cas de guerre, ou puur quelque expédition de pillage; les uns sont pusillanimes et poltrons, les autres hardis, courageux, entreprenants, pleins d’énergie, et ne semblent jamais plus à l'aise qu'au milieu d’anciens guerriers; les Yarribanis, généralement doux, tranquilles, sont humbles , honnêtes , mais froids et apathiques; les Borgounis, hautains, orgueilleux, sont trop vains pour être civils, trop rusés pourétre probes; cependant ils comprennent la passion de l'amour, les affections sociales, ils sont ardents dans leurs attachemeuts,et vifs dans leur haine. On a peine à croire que deux nations d’un naturel au>si différent soient séparées l’une de l’autre par une simple ri' ière.

Kalunga est la capitale du Yarriba Tous lesjours il y a marché où l’on vend toutes sortes de denrées. On y trouve aussi des couteaux, des hameçons, des aiguilles, produits de manufactures indigènes. Il y a des bagues en plomb et en étain ; dès bracelets et des anneaux de fer, des objets d'antiquaire, des verroteries , du savon, etc. « On offre aux passants, disent MM. Lânder, quantité de comestibles, du bœuf, du mouton, roulés en petites boules de deux onces environ , d une mine peu appétissante.

Nous remarquâmes aussi des rats, des souris, des lézards, les uns cuits, les autres crus , tous avec la peau , et cnlilés par légions (1). »

Kalunga ressemble à la ville de Gand eu Belgique : elle est très-gr.inde , mais peu peuplée. Elle est située dans une vaste plaine fertile. Le roi , qui s’appelle Mansolah, est aussi pusillanime que ses sujets sont timides : il ne prend aucune mesure pour empêcher des bandes d’étrangers de s’établir dans les plus belles provinces de l’empire; encore moins pense-HI à les en expulser une fois qu’ils en ont pris possession. Cette incurie a servi la cause des Fellatalis, qui se sont attaché uu parti puissant, compose d’individus de différentes nations de l’inté-

(x) Journal (Ton veyoge, etc., tome I,

(>■ ai*-

rieur, qui ont émigre à diverses époues dans le Yarriba, et qui secondent e toutes leurs forces les entreprises des ambitieux envahisseurs. Les Fellatalis sont , de fait, solidement établis au centre même du royaume; iis se sont retranches dans de fortes villes murées, et ont, tout récemment encore, arraché à Mansolah la déclaration de leur indépendance. Outre ILika, entièrement peuplée de Fellatalis qui l’ont parfaitement fortifiée et rendue excessivement populeuse, on a vu surgir depuis peu une nouvelle ville d'une immense étendue, et qui surpasse de beaucoup Katuugaen richesse et en population. Dans l’origine, c’était le remlez-vous d’uue bande de Fellatalis. Ils lui donnèrent le nom A' Alorie, et encouragèrent tous les esclaves à venir y chercher un refuge coutre l’oppression de leurs maîtres.

Ils leur promirent, en échangé des maux qu’ils enduraient, liberté, protection, et mille autres avantages, s'ils se déclaraient indépendants du Yarriba. Les mécontents accoururent à Alorie de lusieurs milles à la ronde, et furent ien reçus. Cela se passait il y a cinquante ans environ ; depuis lors , d'autres Fellatalis de Soccatou et de Rabba onl rejointleurs compatriotes; et malgré les guerres , si l’on peut donner ce nom à de misérables brigandages qui se réduisent à l'enlèvement de quelques individus, Alorie est devenue la p us grande et la plus llm issnutu ville du Yarriba. sans eu excepter la capitale même. Sa circonférence est, dit-on, de deux jours de marche, c’est-a-dire de quarante, à cinquante milles. Une forte muraille et des fossés la mettent à l'abri d'un coup de main. Les habitants possèdent de grands troupeaux (le gros et petit bétail , et plus de trois mille chevaux , nombre qui parait considérable lorsqu’on pense qu'a Katung.i on en compte à peine trois cents. Jamais on n’a tait le dénombrement de la population d’Alorie, mais suivant MU. Lânder elle doit être immense. Assez récemment son indépendance a été proclamée, et il a ete permis aux habitants de trafiquer avec les naturels, à condition qu’on n'admettrait plus de nouveaux Fellatalis dans la ville. Celle-ci est gouvernée par douze chefs , chacun de nation dilïé-

L’UNIVERS

rente , et tous égaux en pouvoir, le chef t'ellatah n’ayant ni plus d’influence ni plusd'autorité que les autres. Raka n’est qu’à une journée de Kalunga au ' ordest.et A lorie à trois journées au sud-est.

Les Fellatalis qui habitent Acba sont tous nés dans cette vide , et y ont été élevés. L’éjioque où leurs ancêtres vinrent s'y établir est si reculée, qu’il a été impossible de se procurer des renseignement. sur ce poiut 11 semble même u’il n’existe à cet égard aucune traition. Enfants du sol , menant une vie douce, tranquille, que des événements passagers ne viennent jamais troubler, ils n’ont point l'ambition de se réunir à leurs compatriotes, plus remuants et plus entreprenants, qui sc sont emparés d’A lorie et de Raka , et ne cherchent pas même à se mêler des affaires publiques ou particulières de leurs proches voisins de Kishi. Formant un peuple distinct et a part de tous les autres, ils ont conservé le langage de leurs

ftères, la sunplic.té de leurs moeurs, et eur existence s'écoule sereine, heureuse, embellie par la jouissance de ces plaisirs domestiques, et de cette bienveillance réciproque, qui font le charme des sociétés les mieux civilisées, et dont leurs compatriotes vagabonds n’ont pas même l’idée (Lânder).

Kakunda est la capitale d’un Etat ou royaume du même nom, voisin du Nvffé et du Yarriba. Elle se compose de trois à quatre petites villes , isolées et à trèspetite distance les unes des autres. Le chef ou roi gouverne en souverain absolu. Cependant, dans les cas graves, il ne s’en remet point à son propre jugement, mais en appelle aux anciens du peuple. Kakunda trafique presque exclusivement avec les divers peuples qui habitent au sud, les bords du Niger, et les esclaves achetés ici sont, dit-on, dirigés vers la mer. Les naturels sont grands, bien faits et robustes; ils portent peu d’ornements. Celui qu'ils affectionnent le plus est un collier de cornalines rouges, taillées un peu en forme de coeur, plates, minces et du plus beau poli. Pour tout vêtement, i s se ceignent les reins d’un morceau d'étoffe de coton, fabriqué par eux, et teint de diverses couleurs. Les femmes portent de petits pendants d’oreilles en argent, mais ne

sc teignent ni ne se barbouillent le corps. Les marques distinctives des habitants de Kakunda sont trois cicatrices des tempes au menton , ce qui leur donne un aspect étrange. Du reste, la population est douce, inoffensive et très- laborieuse.

Egga est la principale ville du Nyffé.

Elle est, suivant MM. Lânder, d'une étendue prodigieuse, et sa population est immense. Comme presque toutes les villes des bords du Niger, elle est souvent inondée. I.e sol des environs se compose d’un terrain gras et noir, extraordinairement fertile, et qui produit abondamment et presque sans culture toutes les denrées necessaires à la vie. Aussi les provisions y sont-elles à très-bas prix. Les habitants mangent fort peu de viande et beaucoup de poisson. On assure que les hyènes, qui se trouvent par bandes dans les bois voisins, sont si audacieuses et si rapaces, qu’elles ont emporté presque tous les moutons des habitants. La moitié de la population est mahométane, l’autre moitié professe le paganisme primitif. Le drap portugais qu'on remarque ici est apporté par eux d’un endroit appelé Ciittumcurrafi: c’est un marché célèbre pour les toiles de Nyffé, le trôna (soude), les esclaves, les couteaux de fabrique indigène, brides, éperons, ornements de cuivre, cuir teint, et autres articles. Les grands canots qui sont ici dans la crique ou port d’Egga apportent toutes ces marchandises du marché de Rabba.

La plupart des villps du Borgou, du Haoussa, du Yarriba, du Nyffé, que nous venons de mentionner’ avaient été déjà visitées, avant le voyage des frères Lânder, par Clapperton, dans son second voyage au Soudan (1). Ce serait nous répéter que d’en donner ici un résumé.

Tout le bassin du Niger est, comme nous venons de le voir, en grande partie occupé par les Foulahs ou Fellatahs , qui paraissent appelés à jouer un grand rôle dans les destinées de cette partie centrale de l’Afrique. Ce sont, suivant le major Rennell , les Leucœthio-

(i) Journal of a second expédition into the interior of Africa, etc.; London, 1839, vol. in-40.

pes de Pline et de Ptolémée. Cette nation diffère, au physique comme au moral, des Nègres , dont ils forment une race bien distincte. Elle conserve une tradition qui en fait remonter l’origine à une race blanche. M. Gustave d’Eichthal (1) a comparé l'idiome des Fellans ouFellatahs avec les langues parlées dans l’archipel Indien, et il est arrivé à ce résultat remarquable, que ce peuple africain se rattache à la filiation des races polynésiennes , et particulièrement à la race malaise. M. Hodgson (2) hésite à admettre l’opinion de M. d'Eii hthul;et M. Pritcbard ( Histoire naturelle de r homme) pense que les Foulahs sont une nation aborigène de l’Afrique. ,

L’expédition de Laird et d’Oldfleld , conduite par Richard Lânder, n’a pas ajouté beaucoupde nouvelles connaissances à ce qu'on savait déjà sur le cours inférieur du Niger. Dans cette expédition, on essaya de remonter en bateaux à vapeur la rivière. Tchadda , pour pénétrer jusqu'au lac Tchad. Mais les dispositions hostiles des naturels obligèrent les hardis navigateurs de rebrousser chemin (3). Il reste donc encore à découvrir si la rivière Tchadda se jette dans le lac Tchad (4).

Les différentes routes qu’on a sui-

(i) Histoire et origine des Foulahs ou Fellans (dans les Mémoires de la Société Ethnologique de Paris).

(J) Notes on northern Africa, etc. ; New- York, (844-

(3) Pag. 4aa-a3. t vol. Narrative of an expédition into the interior oj Africa, by the river Niger, in the steam-vessels Quorra and Alburkch , in i83a, (833 ani 1 834; byMacgregor Laird and Old&eld. ( Lond , a v. 1 837.)

(4) Le Soudan est un vaste champ ouvert aux iuvesligalions des naturalises; car les voyageurs si peu nombreux qui ont visilé celte contrée ne nous onl donné que des détails botaniques et zoologiques Ires-incomplets, CaiHié, Lânder, Cla| perton, parlent souvent de l'arbre à beurre (Shea, Hicadania ), du calebassieretdequelques autres plantes utiles auxquelles ils auraient dû, à défaut d'herbier, consacrer une plus longue description. Ainsi, l’arbre à beurre du Soudan est- ce le Bassia butyracea, Roxb., de la famille des Sapotilées, ou bien y a-t-il d'autres arbres de genres tout diflérents, dont les graines donnent une espèce d’huile épaisse ou stéaroptène? Les calebasses sont-elles exclusivement fournies par le

vies jusqu’à présent pour tenter l'ex-

f dotation du Soudan sont : 1° par a Gambie ; c'était la voie la plus ancienne (Thompson en 1588, et Rob.

Johson en 1620); 2° par l'Égypte et le Nil supérieur (Hornemann, Browne); 3“ par l’embouchure du Niger (Lânder, Laird et Oldfield) ; 4° par le Maroc; 5° par Tripoli et le Fezzan. En prenant les deux dernières routes , on a le grand désert de Sahara à traverser.

Le chemin par le Maroc paraît être connu et suivi depuis fort longtemps , ainsi que nous l’atteste le récit d’ibn- Batouta (F'oyage dans leSoudan, entrepris dans l’année 753 de l’hégire, année 1552 de J. C.)(l).

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