‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 38 sur 65 · GRAND DÉSERT DE SAHARA OU SAHRA · texte numérisé non relu

GRAND DÉSERT DE SAHARA OU SAHRA

Le grand désert de Sahra, limité au nord par l’empire de Maroc et les États barbaresques , au sud par le Soudan , à l’ouest par l’océan Atlantique , et à l’est ar l'Égypte et la Nubie, est ce grand oulevard de sable derrière lequel se sont retirées et se retirent encore toutes les populations jalouses de leur indépendance et indociles au joug de l’étranger. Les Araires l’appelbnt Bahar billa ma (mer sans eau). C’est à l’abri de cette mer sa s eau que se sont élevées ces grandes cités de l'Afrique centrale, objets de notre curiosité autant que de notre admiration , et que l’industrie et le commerce ont pu se développer à leur aise.

C’est ainsi que cet océan de sable , épouvantail des voyageurs, est devenu un bienfait pour l’humanité opprimée.

Le désert de Sahra n’a pas seulement l'étendue que nous lui voyons ; il s'étend encore, invisible à nos yeux, fort au loin dans la mer qui baigne la côte occidentale de l’Afrique, entre les 18° et 30°

Crescentia cujete, Plum., delà famille des Gcsnéraciées? Il vit permis d’en douter Déjà l’on sait que le Tancecium Jarowa mèrile tout aussi bien que le Crescentia cujete , le nom de calebassier; et que le Crolon sebiferum donne, tout comme le Bassia butyracea, une matière butyracée. Le petit nombre de plantes recueillies par le docteur Oudney dans le Bornou , aux environs de Kouka, a été classé par Robert Brown. On n’y trouve pas un seul genre nouveau.

(1) Voyez la traduction de ce voyage dans \* Journal asiatique, mars «843.

LTJN1VKRS.

latitude nord. C’est sur cette côte brûlante et inhospitalière que le courant circulaire, de l’océan Atlantique et la violence des vagues ont causé la perte de bien des navires : une atmosphère remplie de sable couvre la mer comme un brouillard (hazy weather des Aillais), et cache aux marins l’approche u danger qui les menace.

Tout nous retrace dansle désert l’image de lamer : une surface plane, offrant quelques rares élévations, borne uniformément l’horizon ; des tourbillons de sable rappellent l’Océan et ses dangers. Des caravanes entières sont englouties par des ouragans qui se déchaînent annuellement sur cet océan sablonneux, à l’époque des équinoxes; les vents prédominants s’y dirigent, comme les moussons, de l’est à l’ouest.

Un faitqui frappe l’observateur, et qui s’explique par la direction constante des vents, c est que toute la partie orientale du Sabra est beaucoup moins garnie de sable que la partie occidentale:

elle présente beaucoup de strates calcaires et des écueils dégarnis de sables. C’est aussi ce qui explique pourquoi la partie orientale du désert est plus riche en oasis que la partie occidentale.

Les oasis, ces bouquets de végétation où les caravanes viennent prendre de nouvelles forces pour continuer leur voyage périlleux, sont un des traits les plus saillants de la physionomie du sol africain. Nulle part on ne trouve un sol fertile séparé aussi nettement par des terrains d'une stérilité désolante; il n’y a pas de transition : tout est contraste. Les contrées les plus riches y sont des oasis d’étendue très-variable, bordées par des

f daines de sable et entrecoupées par des acs de natron. C’est ce qu’on rencontre au nord comme au midi, à l’ouest comme à l’est de l’Afrique.

Au nombre des maux qui affligent le plus le voyageur du désert, il faut mettre la soit et la chaleur. La nature du sol rend parfaitement compte du manque d’eau : le sable e-t le contraire de Largile ; au lieu de retenir l’eau et de L’empêcher de se perdre au sein delà terre, il la laisse passer comme un filtre. Plus la couche sablonneuse est épaisse, plus il faudra creuser profondément pour atteindre une nappe d’eau. Dans les

grandes oasis du Sabra oriental, où il y a moins de sable, l’eau jaillit presque a fleur de terre, ou du moins on n’a pas besoin de ereuser profondément pour eu trouver. Dans la partie occidentale, au contraire, où le sable est beaucoup plus accumulé, on ne rencontre nulle part de sources vives, et les puits sont forés, avec une peine inouïe, à une trèsgrande profondeur.

Il y a d’excellentes sources sur la roule de Siwah ; Macrizi en compte quarante; Hornemann et Browne y trouvèrent un wadi (ruisseau) et plusieurs sources d’eau douce ; mais ces dernières étaient presque tièdes, ce qui fait supposer qu’elles ne jaillissent qu’à peu de distance de la surface du sol. L’eau ne manque pas non plus sur la route d'Augila au Fezzan; mais elien’est pas toujours potable, à cause des parcelles salines qu’elle renferme.

Dans cet océan de sable, garni de quelques Iles verdoyantes (oasis), points de stations pour les caravanes, les règnes de la nature n’ont que de faibles représentants.. Quelques espèces rabougries d acacia, de mimosa, d 'hedusarum, de tamarix, de palmiers et de lichen paraissent former, en grande partie, la Flore du Sabra. D’après un rapport tout récent de M. le docteur Raymond, on rencontre dans le désert une espèce de lichen, peut-être identiqueavcc le lichen esculenlus, riche en fécule, qui peut servir d’aliment à l'homme et aux animaux.

Ce lichen se développe surtout apres la saison des pluies; puisa l'epoque de la sécheresse, il se détaché du sol, en présentant l’aspect d’une membrane racornie, à rassure blanche* amylacée. Si l’on parvient à le priverdu principe amer propre à tous ses congénères , ce lichen du désert pourra avantageusement remplacer^ blé et toutes les autres céréales. Quant à la Faune, elle y est principalement représentée par quelques ophidiens ou des serpents énorme-, par des autruches et des gazelles de diverses espèces. Les Touaricks et les Tibbous y représentent tristement la race humaine.

Mais nous devons ici une mention spéciale au navire du désert. Avec le vaisseau et la boussole, on a franchi l'Océan ; sans le chameau et l’étoile polaire

AFRIQUE

on n’aurait jamais franchi le grand-désert.

« Plongé dans nos réflexions , s’écrie un célèbre voyageur, au milieu duSahra, je pensais à la sagesse de la Divinité, ui a su tout prévoir. Le chameau, me isais-je, n'est-il pas un des plus beaux chefs-d’œuvre de la nature! Sans le secours de cet animai étonnant, qui reste huit jours sans manger et même sans boire, comment connaltrait-ou ces déserts? Nul mortel n’oserait y pénétrer sans lui. S'il s'en trouvait un assez téméraire pour l'entreprendre, une mort certaine serait le prix de sa témérité. Ces réflexions ne sont pas neuves ; mais elles étaient naturelles dans la position où je me trouvais: j'ai cru devoir compte de mes pensées comme de mes sensations et de mes souffrances (I). »

Cet animal patient, après avoir reçu sa charge à genoux , s’achemine lentement sans qu’on ait besoin de lui indiquer la route. Les feuilles de quelques plantes épineuses, que dédaigneraient tous les autres bestiaux, lui serveut d’aliments (2). Son lait, et même l’eau de son estomac, empêche l’homme égaré dans le désert de mourir de soif et d'inanition. Son cou allongé, levé perpendiculairement, écarte sa tête du sol et des vagues sablonneuses ; ses veux sont défendus par des paupières charnues, fortement garnies de poils et a demi fermées ; les vestiges de sa marche sont peu profonds , à cause de la forme des pieds en moignons; ses longues jambes lui facilitent les moyens de fran-

(i) Caillé, Journal <Cun voyage à Tombouctou, tome II, p. 398.

(3) Caillé décrit ainsi une de ces plantes épineuses : « Les feuilles sont très-cyui tes et flexible»; le piquant est assez court , mais trèsdur. Par une sage prévoyance de la Nature, cette plante, seide ressource des animaux dans le désert, a la propriété de se conserver verte toute l’année, malgré les vents brûlants de l'est, qui se font sentir si souvent; les chameaux , quoique peu délicats, ne mangeraient pas la feuille desséchée. Celle plante est vivace; elle pousse de longues racines à (leur de terre, et ne s’élève pas à plus de dix-huit pouces audessus du sol ; elle croit dans les endroits sablonneux. Les racines sont grosses et remplacent le bois à brûler. » Cette plante parait être X Hedysartim alhogi.

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