DESCRIPTION DES PRINCIPALES VILLES DE L’EMPIRE DE MAROC
Fés ou Fez ( à 34r latitude nord et 7° 18' longitude occident. Paris; est une des plus anciennes villes de l’empire de Maroc (2). C’est la ville saintede l’empire, et I une des trois résidences du sultan. L’époque de sa fondation remonte vers l’an 800 de J. C. Edris-ben-Edris passe pour le fondateur de cette ville.
La ville de Eez est située dans une sorte d’entonnoir formé par des montagnes bien boisées, d’où descendent plusieurs ruisseaux qui arrosent la campagne et fournissent une tres-bonne eau.
Sa population a été diversement évaluée ; Ali-Bey la porte à cent mille âmes, d’autres a quatre-vingt mille. M. Renou, tenant compte des exagérations , ne l’estime que île trente a quarante mille iiabitants. Cette ville paraît avoir été plus peuplé» au seizième siècle qu’elle ne l'est aujourd'hui ; car, selon Nicolas Clcnard,
(i) Rennu, Description de l’empire de Maroc , p. 379.
(a) Le nom de Fcs, qu’on écrit indifféremment Fus et Fez, signifie en arabe une pioche. Suivant Léon l’Africain, Fcs signifie or. Kbn Saïd rapporte, d’après Kl-Hedjâzi, qu’eu creusant la terre pour jeter les fondements de la nouvelle ville, on trouva une bâche de fer (./as), dans le lieu où Ion creusait. Voy. Aboulfeda, Description des pays du Maghreb, trad. par Solvet, p. 53 (A Iger, 1 83ÿ, iu-8»>
elle contenait en 1540 environ quarante mille familles, sans compter quatre mille juifs (I). La ville estentourée d’une vaste esiceinte de murailles fort dégradées.
Dans cette enceinte sont compris le Nouveau-Fez (Fâs-Djedid) et plusieurs grands jardins. Sur deux hauteurs à l’est et à l’ouest on voit deux châteaux forts très-vieux ; ils consistent en un simple carré de murs d’une vingtaine de mètres de face. Ces espèces de forteresses communiquent , dit-on , avec la ville par des mines souterra ines; on y place des canons avec quelques soldats toutes les fois que le peuple se révolte contre le sultan. Iji ville passe pour très-facile à prendre.
Ses rues sont étroites, tortueuses, obscures et non pavées (2). « Pendant les pluies, dit Ali-Bey (3), on ne peut marcher dans les rues' sans avoir de la boue jusqu’aux genoux. Cependant lorsqu’il ne pleut pas elles sont assez propres, parce qu’en a soin de ne pas y laisser d’immondices; mais leur aspect est toujours aussi désagréable que dans les autres vdles de l’Afrique. » Caillé nous apprend tout le contraire : « Les rues de Fez, dit-il, sont de la plus grande malpropreté ; j’y ai vu dans quelques endroits des chiens et des chats morts depuis longtemps, qui exhalaientune odeur infecte. » A qui faut-il ajouter foi?
Les maisons sont assez élevées et construites eu briques; elles ont au premierétage une saillie qui contribua beaucoup à ['obscurcissement des rues. Cet inconvénient est augmenté par des espèces de galeries qui réunissent des deux côtés la partie supérieure des maisons ,
(i) Dans sa lettre datée de Fez le ta avril 154:, Nie. Gciiard s'exprime ainsi : Pesa biparti la est : urbs vêtus populosa ad L miUia famitiaram , longaque tractu ferme se-
mileucie Hic rex vieil cl proceres alit/ui ,
et populus item r depuis ad numerum justi oppidi ; huic adjacet Judica , suis rtiam septa maris, suntque Itic Judœorum circitcr quatuor millia ; inter hos habita , propterca quod ' nec in urbe vetere nec nova Jamiliam aasim ai re. ( Nie. Clenardi Peregrinatioaam ac de rébus mahometicis F.pisluhe elcgantissinur ; Lovanii , i56t.)
(a) Caillé ( Voyage à Tombouctou, tom. III) dit, au contraire, que les rues de Fez sont pavées.
Ç3) Voyages en Afrique, etc., tom. I, p. 1 13.
L'UNIVERS
ainsi que par des murailles élevées de distance en distanre et percées sous forme d’arceaux. Ces arceaux se ferment pendant la nuit, de manière que la ville se trouvedivisée en plusieurs quartiers, oui ne peuvent nullement communiquer les uns avec les autres. Chaque maison se compose d’une cour en tourée de colonnes qui soutiennent des arcades et qui forment des corridors en bas et en haut.
C’est par ces corridors qu’on entre dans les chambres attenantes , qui ordinairement ne reçoivent le jour que par la orte, à laquelle on a soin de donner eaucoup d’ouverture. Ces chambres sont très-longues et très-étroites; le plafond , fait de planches , est extrêmement haut, sans aucun ornement dans les maisons ordinaires. Dans quelques autres , les plafonds , les portes des chambres et les arcades de la cour sont ornés d'arabesques en relief, peints en toutes sprtes de couleurs, même en or et en argent. Le sol de toutes les pièces et celui de la cour sont en briques, et dans les maisons riches en carreaux de faïence ou de marbre , formant des dessins variés. Lesescalierssont tous étroits etles marches hautes. Les toits sontcouverts de terre glaise à la hauteur de
Îtlus d'un pied ; celte lourde chargeécrase es murs, sans les garantir des pluies, et donne bientôt à toute la bâtisse un aspect de ruine ou de dégradation.
Fez renferme une multitude de mosquées. Clénard en porte le nombre à trois cent soixante. Mais il n’y en a que trois où l’on récite la khnlhba (l). Ce sont les mosquées métropolitaines. La principale s’appelle El Caroubin. On y voit trois cents piliers, un grand nombre de portes et plusieurs belles fontaines. Au milieu de la muraille du fond, qui regarde au sud-est. se trouve et mehreb, ou la niche dans laquelle l’inian se place pour diriger la prière; au côté gauche, on voit le petit escalier
(i) La khôl lita est le domine sa/vum de l'islamisme, elle précède la prière solennelle du vendredi ; on prie |Kiur Mahomet, sa famille, ses compagnons, les quaire premiers califes , et eiiliu pour l'empereur régnant , regardé comme te chef et le pontife suprême de tuus les rroyanls. Le droit de kliotliha et celui de battre monnaie sont les droits régaliens des potentats musulmans.
ou la tribune appelée el menbar, pour la prédication aes vendredis. Comme dans les autres temples de l’islamisme, il n’y a aucun ornement de peinture, et le sol est couvert de nattes. La tour contieut trois mauvaises pendules servant à régler les heures des prières; sur la terrasse sont placés deux cadrans solaires horizontaux, pourobsrrver le point de midi. On trouve encore dans la tour un globe terres’re, une sphère armillaire et un globe céleste. Le tout fut construit en Europe il y a plus d’un siècle ; et comme on ne doit pas en faire usage, ces instruments sont abandonnés a la poussière, à l’humidité et aux rats (1). La mosquée la plus vénérée est celle de Mouley Edris, fondateur de Fez. Ce temple a une cour entourée d’arcades ; la partie couverte est un grand salou carré, sans arcs ni piliers. La toiture, très-élevée, est en bois et ornée d’arabesques; elle forme une pyramide octogone, appuyee seulementsur lesquatremurailles du salon. Le sépulcre d'Edris est placé à la droite de la niche de l’iman et couvert d’une toile bigarrée de differentes couleurs. Aux deux côtés du sépulcre sont placés deux grands coffres, pour recevoir l'obole des fidèles. Cette mosquée, garnied'un très-beau minaret, est située au centre et dans la partie la plus basse de la ville. C’est le sanctuaire le plus respecté de l’empire. Tout criminel y est en sûreté : personne n’oserait l’y arrêter.
Le palais du sultan se compose d’un grand nombre de cours, les unes à demi construites, les autres à demi ruinées; elles servent d'entrée aux appartements intérieurs, qui n'ont encore été visités par aucun Européen , pas même par le célèbre Badiana l'Espagnol, voyageant sous le nom d’Ali-Bey, et fort bien accueilli auprès de l’empereur. Au milieu de l’une des cours du paiais se trouve une maisonnette en bois ; on y monte par quatre degrés; elle est tapissée d’une toile peinte; un lit avec des rideaux est placé vis-à-vis de la porte ; d’nn côté est un fauteuil de l’autre un petit matelas. Ce cabinet n'a pas plus de cinq mètres carrés. C’est l’endroit où le sultan, assis dans le fauteuil ou couché sur le lit,
(i) Voyage s <T Ali-Bcy, tom. I, p. 1 17.
EMPIRE DE MAROC
reçoit les personnes qui ont obtenu la permission de lui être présentées, et qui ne franchissent jamais la porte ; les favoris seuls y entrent, et s’asseyent sur un matelas. Dans la même cour est une chapelle ou petite mosquée où le sultan fait sa prière journalière; les vendredis seulement, il se transporte dans la grande mosquée du palais , qui est ouverte au public au moyen d’une porte donnant sur la rue. Dans la seconde cour du palais se trouve le bureau du ministre. Cest une pièce étroite, humide, de chétive apparence; il n’y a d’autres meubles qirun vieux tapis qui couvre le plancher. Dans un coin de ce réduit, le ministre setientordinairementaccroupi par terre; à son côté est placée une ecritoire de corne ; quelques papiers sont dans un mouchoirde soie, ainsi qu’un petit livre ou un mémorial pour des notes. Quand il sort, il ferme son encrier, enveloppe dans le mouchoir les papiers et le livre, et emporte ainsi avec lui toutes ses archives fl J.
11 existe auprès du palais impérial un jardin qui n’est qufun simple potager, avec quelques arbres et quelques édifices d’ornement. Suivant Ali-Bey , ce jardin s’appelle Bouchelou{ 2). La rivière deFez traverse le palais, qui estsituédans l’un des faubourgs. En entrant dans la ville, elle se divise en deux bras, qui fournissent des fontaines à presque toutes les maisons, et alimentent un grand nombre de moulins (3). Léon l’Africain parle déjà de ces moulins à eau : « Dedans cette cité (Fez) il y a, dit-il, près de quatre cents moulins (4), c’est à savoir des lieux
(i) Ali-Bey, tom. I, p. ma.
(a) Ali-Bey n’a point donné ce nom au palais. ainsi que le dit M. Renou ( Description de l’empire de Maroc, p. 07a ). Comparez Ali- Bey, Voyages en Afrique et en Asie, tom. I, p. 122. D’après M. Delaporte, bou-djeloud signifie père des peaux, c’est-à-dire tanuerie.
(S) « Les eaux de la rivière, dit Abou’I-féda, eoulent dans les marchés , les maisons , les bains, de sorte que, soit dans l’Occident soit dans i’Orient, la ville de Fàs n’a pas sa pareille sous ce rapport. » ( Description des pays du Maghreb ; Irad. par Solvel ; Alger, 1839, p. 53.)
(4) Àbou’l féda porte le nombre de ces moulins ou meules à six cents. Ouvrage cité, p. 53.
auxquels sonties moules, car autrement il en pourroit y avoir un millier, pource qu’ils sont faits en manière d’une grande salle, soutenue par des colonnes, et dans aucuns endroits il y aura quatre , cinq et six moules , tant qu’une partie du territoire vient moudre dans la cité, où il va certains marchands qu’on appelle fari’niers , qui arrêtent les moulins où ils font moudre le bled qu’ils achètent, puis vendent la farine dans des boutiques qu'ils tiennent à louage , et de cecy en retirent un grand prolit. Car tous les artisans qui n’ont pas la puissance de faire leur provision de bled achètent la farine en ces boutiques ; puis font faire leur pain en leur maison. Mais ceux qui ont bien le moyen achètent le bled, qu’ils font moudre aux moulins, estant dépêché pour les citoyens; et payent un grand blanc pour faire moudre” le setier. La plus grande partie de ces moulins dépend des temples et collèges, de sorte qu’il se trouve peu de citoyens qui en ayent, et est grand le louage comme de’deux ducats pour moule (I). »
Les differents métiers se divisent par classes dans des rues séparées; le quartier où se trouvent les magasins de draperie, de soierie, s’appelle El-Caïssaria (2). Ce quartier, ainsi que beaucoup d'autres rues, présentent des galeries qu’on pourraiten quelque sorte comparer aux galeries du Palais-Royal à Paris.
Caille rapporte que pour la sûreté des boutiques on lâche toutes les nuits des chiens dans les rues. « Ces animaux, dressés exprès , font leur service avec une telle ardeur que si des hommes couchés à proximité 11e les surveillaient pas, ils dévoreraient les passants que le hasard ou auelque affaire conduirait vers le lieu confié à leur garde (3). »
Fez renferme un grand nombre de bains publics. Quelques-uns sont composés de différentes pièces graduelle-
(1) Description de t Afrique , p. 137 (édition de i556 in-fol.).
(2) Léon l’Africain (p. 143 ) fait venir ce mol de César, ajoutant que les empereurs romains tenaient dans toutes les villes africaines des quartiers où les questeurs gardaient les tributs.
(3) Caillé, Voyage à Tombouctou, tom. I, p. 1 15.
20' Livraison. (Empire de Maboc. )
L’UNIVERS
ment plus chaudes les unes que les autres. Danstoutesces salles on trouve des vases qui reçoivent continuellement de l’eau chaude; il y a aussi des cruches pour l'aire les ablutions légales. La température des bains est de 22 a 30° Réaumur. Toutes les salles sont voûtées et sans fenêtres; elles ont seulement de petites ouvertures au toit pour recevoir le jour, et ces ouvertures sont fermées par des verres.
Le sol est très-bien carrelé en couleurs. Les bains sont ouverts au public toute la journée ; les hommes y vont le matin , et les femmes le soir.
Les fondacs ou hôtelleries de Fez ne ressemblent point à nos auberges. Les etrangers n’y trouvent qu’un abri et une natte, pour se coucher. Quant aux vivres, ils sont obligés de les acheter et de les apprêter eux-mêmes. Les voyageurs qui ont des bêtes de somme y vont coucher par terre à côté d’elles , et se pourvoient de fourrage pour les nourrir. C’est à la mosquée qu’ils vont ordinairement prendre leurs repas; ils y passent la majeure partie du jour, et ils y dormiraient si on voulait le leur permettre (1). Léon l’Africain comptait deux cents de ces hôtelleries à Fez. « Elles sont, dit-il, somptueusement fabriquées, dout il s’en trouve aucunes fort grandes, qui sont faites à trovs étages ; la plus spacieuse contient cent vingt chambres, et y en a encore d’autres qui en ont encore davantage , estant toutes garnies de leurs fontaines, et latrines avec canals, par où se vident toutes les immondices hors la cité. Toutes les portes des chambres répondent sur les galeries; mais on est souvent trompé par la belle montre de ces hôtelleries , car il y fait très-mauvais loger, à cause qu’il n’y a liet ni couches; mais les hôtes donnent à ceux qui y logent une esciavine ou quelque natte pour dormir dessus; et s'ils veulent manger, il faut qu’eux-inâmes voisent acheter la viande (2). »
Cependant Ali-Bey nous apprend qu’on trouve à Fez, comme dans les grandes villes d’Europe, dessalons de restaurateurs où l’on vend des mets tout préparés. Il y a des marchés en grand nombre où l’on vient vendre des denrées de toutes
(i) Caillé, yoy.à Tombouctou, t. I, p. n5.
(a) Description de Cstjii'juc , p. i35.
sortes ; on apporte du Taûlelt beaucoup de dattes et de cuirs tannés; les montagnards y vendent du miel et de la cire. Les aliments sont sains. Le couscous forme la base de la nourriture du peuple. On mange beaucoup de viande, et très-peu de legumes. La viande de mouton est préférable à celle de bœuf. La volaille est abondante; pour quatre ou cinq francs on peut avoir une douzaine de poules. Pour le même prix on a une vingtaine de livres de viande. Le pain des boulangers est assez bon; mais presque tous les habitants sont dans l’habitude de pétrir chez eux. De petits enfants vont par les rues, et sont chargés de porter au four une planche sur laquelle sont quatre à six pains qu’on leur donne dans chaque maison ; après la cuisson, ils les rapportent à ceux à qui ils appartiennent (1).
Les fabriques de Fez fournissent des haïks en laine, des ceintures, des mouchoirs de soie, des pantoufles ou babouches en cuir parfaitement tanné, des bonnets rouges , connus sous le nom de /es, de la toile de lin, d’excellents tapis, de la mauvaise faïence, des armes, des objets de sellerie et des ustensiles en cuivre. 11 y a au>si des orfèvres, des bijoutiers, etc. ; mais comme on craint de faire paraître trop de luxe, les arts manquent d’encouragement, et restent infiniment au-dessous de ceux d’Europe , excepté dans la préparation des cuirs, des tapis et des haïks, que les ouvriers savent faire aussi Uns et aussi transparents qu’une gaze.
Fez possède un hôpital richement doté et particulièrement destiné au traitement des aliénés. Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’une partie des fonds a été léguée dans le but de soigner et d’enterrer dans le même hôpital les grues ou les cigognes malades ou mortes. On croit que les cigognes sont des hommes de quelques lies lointaines qui, a une certaine époque de l’année, prennent la forme d’oiseaux pour venir dans ce pays; qu’à un moment donné ils retournent chez eux , et redeviennent hommes jusqu’à l’annee suivante. C’est pourquoi on regarde comme un crime de tuer ces oiseaux , au sujet desquels on fait mille contes absurdes.
(i) Ali-Bey, tom. I, p. 140.
La rille contient un très-grand nombre d’écoles ; les plus considérables sont établies près des mosquées El-Caroubin et de Mouley-Edris. Fez est le siège de L’universite marocaine, des sciences et des lettres. Nous en avons déjà parlé à l’occasion de l’état de l’enseignement dans l’empire de Maroc (t).
Maroc (Marrokeseh). La ville de Maroc (31° 37' latitude nord 019“ 55' longitude ouest de Paris) fut fondée en 1073 par Youssouf-ben-Tastin (2). Elle jouissait anciennement d’un haut degré de splendeur, mais aujourd’hui elle tombe en ruines et ne fait que déchoir de plus en plus. Au commencement du seizième siècle c’était encore une des villes les plus considérables de l’Afrique, comme nous l’apprend Léon (3). L’auteur de la relation du royaume du Maroc porte la population de Maroc à cinq ou six cent mille âmes vers le commencement du dix-septième siècle (4). Mais sa population a rapidement diminué, soit par des maladies épidémique», soit par suite d’un gouvernement despotique; maintenant on n’y compte guère plus de trente à cinquante mille habitants. Les murailles qui forment l’enceinte de la ville embrassent une circonférence de
(i) Voyez pag. 170
(») « Ce prince y fit arriver de l’eau par des aqueducs, et le peuple y multiplia les jardins. Mais celle ville esl Irès-iusalubre : un étranger peut à peine y échapper à la lièvre. Marrokeseh a sept milles de circonférence et dii-sept portes. La chaleur y est extrême. > ( Abou’l-féda, Description du pays du Maghreb; trad. parSolvet, p. 57.)
(3) Description de l'Afrique , p. 69-76 ( édition de 1 556 ).
(4) « Mai roque , ville plus grande que Paris, où il (le roi) a son palais, plus somptueux et plus magnifique qu’aurun autre du monde; il y réside ordinairement, et ne s’en éloigne jamais plus de trente ou quarante lieues, crainte que ses eituemisue viennent le saisit. Ladite ville est située à sept lieues du moût Atlas, vingt-trois lieues de Sali. Il peut y avoir cinq à six ceut mille habitants ; mais iis ne savent défendre leurs murailles, et ne sont aguerris connue les autres Maures. » ( Relation du royaume de Maroc et des villes qui en dépendent, dans le u“ 778 des manuscrits fraudais de la Bibliothèque du roi ( fonds Samt- Ceruuùu ).
trois lieues, et cet espace est en partie couvert de ruines ou transformé en jardins ; le reste compose la ville actuelle. Les rues et les maisons ressemblent a celles de t’i z. Les murailles, construites en tabby, ou terre battue avec de la chaux, sont garnies de tours et pereées de neuf portes. Les avenues des principales maisons sont presque toujours formées par des ruelles tellement étroites et tortueuses qu’un cheval y passe difficilement; quatre ou six hommes suffisent pour défendre une de ces ruelles. C’est ce qui facilite les révoltes des chérifs et marabouts contre l’autorité de l’empereur.
Parmi le grand nombre de mosquées ou remarque celles d’El-Koutoubia , El- Moazinn et Beuious. Le palais de l’empereur est en dehors de l’enceinte de la ville du côté du sud-est. C’est un groupe de bâtiments tres-vastes, qui, outre les habitations du sultan, de ses fils et de leurs femmes, contiennent les logements des personnes de la cour, du service et des gardes. Il y a aussi deux mosquées et des cours immenses dans lesquelles le sultan donne ses mechouarsou audiences publiques. Tous ces édifices forment un labyrinthe de murs, et comme une seconde ville, dont l’enceinte extérieure peut avoir une lieue et demie de cin onférenee. Pour entrer au palais proprement dit il faut traverser d’abord les trois immenses cours du mechouar; on passe ensuite dans une quatrième cour, où se trouve le corps de garde; enfin on pénétré dans une cinquième cour, au milieu de laquelle est un cobba ou pavillon carré, elevé de quelques pieds au-dessus du sol. L’intérieur de ce pavillon est couvert de tapis et garni de quelques coussins. C’est l’eudroit où les officiers de service restent assis en attendant les ordres du sultan; c’est une espèce d’antichambre. De là on entre dans un vestibule où se tiennent les pages de service; enfin ou arrive dans un jardin où sont deux cobbas , dans l’un desquels le sultan reçoit ordinairement. Ce jardin, de forme régulière, est plante d’orangers; il est beau et bien orne de végétaux aromatiques. Les femmes n’y entrent point; elles ont des jardins qui leur sont exclusivement réserves, et dans lesquels 011 ne pénètre pas. Le sultan ( père du sultan actuel) moutra un jour à Ali-Bey, dans
308 L’UNIVERS
l’intérieur de son palais, de beaux appartements construits à l’européenne, avec de grandes croisées donnant sur le jardin , et un très-beau salon carré, mais qui n’avait d’autres meubles que quelques tapis (1).
Sidi-Belabbès est le patron de la ville de Maroc. Sa mosquée, comme celle de Mouley-Edris , à Fez, se compose d’une salle carrée, surmontée d’uue coupole octogone, dont les poutres sont taillées et peintes en arabesques , et couvertes en dehors par des tuiles vernissées de couleur. Ce sanctuaire sert d’asile aux malheureux persécutes par ledespotisme.
Tout à côte se trouvent plusieurs cours avec des arcades et des chambres destinées à loger les pauvres, les estropiés, les invalides ou les vieillards. Le chef de cet établissement porte le titre de el emkacklem, et passe pour un saint personnage.
Le quartier des juifs est situé entre l’enceinte du palais et la ville. Il est occupé par environ deux mille juifs, qui ne peuvent entrer dans la ville que pieds nus. Les femmes juives sont la plupart blondes et d'une rare beauté.
La ville de Maroc était jadis entourée de jardins et de plantations qui s’étendaient à une très-grande distance.
Pour arroser ces jardins , on avait amené l’eau par des aqueducs ou des conduits souterrains; de ces vastes ouvrages il ne reste plus que des ruines.
L’arbre le plus commun aux environs de la ville est le dattier. Il s’élève à une hauteur prodigieuse, mais ses fruits ne sont pas aussi bons que ceux du Taülelt; on les appelle billo/i, et il est impossible de les conserver secs pendant toute l’année. On aperçoit de la ville la chaîne des sommets neigeux des monts Atlas. Ali-Bey en estime la hauteur à i3,2uo pieds au-dessus du niveau de la mer.
Tanger (Tandja). C’est de toutes les villes de Maroc celle que les Européens connaissent le mieux. Elle est bâtie sur la pente orientale d’une colline qui termine à l'ouest une baie peu abritée des vents ; sa position , assez pittoresque , présente quelque analogie avec celle d’Alger. La ville a une forme presque
(i) Ali-Bey, tom. I, p. 275.
carrée , et ses remparts ont un mur flanqué de tours assez rapprochées; la partie qui regarde la mer a beaucoup souffert du dernier bombardement (6 aodt 1844). Tanger parait occuper l’emplacement de l’ancienne Tingis, capitale de la Tingitane; seulement le sol paraît s’être exhaussé, soit par l’entassement des décombres , soit par l’effet de quelque tremblement de terre.
Les seuls édiGces de quelque apparence sont les maisons des consuls d’Europe. Toutes les autres maisons sont basses, irrégulières et toutes taillées sur le même modèle. Ce sout de grands cubes blancs , uniformes et sans croisées.
Parmi les rues , étroites , pleines de cailloux et d’immondices , il n’y en a qu’une seule de passable : elle traverse toute la ville du haut en bas , et descend vers les bords de la mer. Cette rue est coupée eu deux par une place, l’unique de Tanger, et bordée dans sa partie supérieure de deux rangs de boutiques. Ces boutiques sont des espèces d’antres noirs, creusés dans le mur, sans porte, avec unefenétre à hauteur d’appui, où la marchandise est étalée, et par laquelle 011 sert le chaland, qui reste en dehors. Le château ou kasba, bâti au sommet d’une colline, est la seule partie de Tanger qui attire l’attention du voyageur. On y monte par un rude sentier eu zig-zag, et l’une des portes donne sur la campagne. Le châteaufortestaujourd’hui dëlaisséet tombe en ruines. On pénètre dans l’intérieur par un couloir obscur, et l’on entre dans une première cour, ornée de colonnes évidemment romaines, et sur laquelle s’ouvrent plusieurs appartements dans le style de l’Alcaçar de Séville. Les plafonds, concaves et sculptes en bois avec une délicatesse extrême, sont encore charmants quoique à moitié tombes. Les portes, qui ont été sculptées avec le même art que les plafonds sont vermoulues et hors d’usage; du reste, il n’y a rien à fermer, car tous les appartements sont abandonnés aux hirondelles et aux palombes. Les cours sont pavées de dalles de pierre, quelques-unes avec assez de goût. Un escalier dégradé , comme tout le reste, mene aux terrasses supérieures. L’ascension est difficile; mais en atteignant le faîte on est bien dédommagé des difficultés de l’entreprise, par l’air
lized fc
EMPIRE DE MAROC
pur qu’on y respire et par le vaste horizon qu'on a sous les yeux. Ces terrasses ne composent (joint uiie plate-forme unie, mais elles sont échelonnées en gradins inégaux et séparés par les cours intérieures (1).
La campagne de Tanger est pittoresque. Les jardins des consuls, situés très-près de la ville, l’environnent d’une ceinture de verdure fraîche et parfumée. On y trouve beaucoup de figuiers d’Inde, que les Maures, en nous rendant le compliment, appellent figuiers des chrétiens , k/iermous en nasran. A quelques milles de la ville, en all.int au cap Malebatte, on rencontre une ruine romaine, le vieux Tanger (5). Les Maures en avaient fait une batterie qui commandait la baie, et qui est aujourd’hui réduite à un canon sans affût. Aux pieds des murs de Tanger, du côté de la campagne, est une place toute creusée de fosses profondes et circulaires où l’on conserve le blé. Le sol résonne et même quelquefois s’enfonce sous le pied des chevaux. C’est sur cette place que se tient deux fois la semaine, le lundi et le jeudi, le marché ou sauk (3).
La fondation de Tanger remonte à une époque fort reculée. Cette ville passa successivement au pouvoir des Romains et des Goths. Au commencement du huitième siècle elle fut prise par les A rabes , qui la conservèrent jusqu’à l’année 1471 , où elle tomba au pouvoir des Portugais. En 1662 la princesse Catherine apporta cette ville en dot au roi d’Angleterre Henri II.
Mais, rebuté par les attaques réitérées des Maures, le gouvernement anglais se décida , après vingt-deux ans d’occu-
(:) Charles Didier, Promenade au Maroc, p. 47, 58, 64.
(a) L’ancien Tanger paraît avoir été habité encore au treiiième siècle, a Cette ville, dit Àbou’l-féda , est ancienne ; niais dans les temps modernes les habitants en ont bâti une autre à un mille au delà sur le haut d’une montagne , pour s’en faire un rempart. L'eau est apportée de loin à Tfaandjah , au moyen de canaux souterrains, et le sol de celte ville produit beaucoup de fruits, particulièrement du raisin et des poires. Les habitants sont connus par leur faible intelligence. » Description des pays du Maghreb , p. 49.
(3) Ibid., p. 67 et 79.
pation, à abandonner cette place, en ruinant le môle et les fortifications.
Depuis lors Tanger est resté sous la domination de l’empereur du Maroc; il n’y est pas arrivé d’événements dignes de remarque jusqu’au 6 août 1844 , où la ville fut bombardée par l’escadre du prince de Joinville.
A l’ouest de Tanger est situé le cap Spa'tel, l’ Ampelusium des anciens. Il regarde la mer de Ceinture, la mer des ténèbres. Bahr-ed-Dholma, ou la grande mer, Hahr-el-Kibir ; c’est ainsi que les Arabes appellent l’océan Atlantique, pour le distinguer de la Méditerranée.
C’est un promontoire taillé en pic et jeté en éperon dans les flots. La vague a creusé dessous plusieurs cavernes, dont une, plus spacieuse que les autres , était consacrée à Hercule, le patron du détroit. Aujourd’hui elle est toute percée a jour. Les habitants en extraient des meules, qu'ils détachent des parois après les avoir taillées sur place, de manière que la grotte se trouve criblée d’une énorme quantité de trous ronds à travers lesquels on voit le bleu du ciel et de la mer (1).
Au nord-est de Tanger se trouve Ceuta ( Septa ), qui doit son nom aux montagnes que les Romains avaient appelées Septem Fratres. Cette ville, qui appartient aujourd'hui à l'Espagne, a été tour à tour romaine, vandale, gothe , arabe , génoise. Elle était encore très-fortiliée du temps d'Aboul-féda.
Elle fut attaquée par les Portugais en 1409, et enlevée aux Maures six ans après par le roi Jean; elle resta deux siècles et demi au pouvoir du Portugal , qui la regardait comme une sorte d’école militaire où les jeunes gens allaient apprendre la guerre en ferraillant contre les infidèles. Le célèbre poète Camoens y fit lui-même son apprentissage de soldat, et perdit un œil dans une affaire contre les Maures. Quelque temps après, Cervantes, également soldat et poète, perdit une main à la bataille de Lép iote. En 1668, le Portugal céda Ceuta à l’Es-
Epar un article du traité de Lis- 1. Ceuta est bâti sur une presqu’île ; à l’est se trouve le mont Abyla , aujourd’hui Acho, qui, avec la montagne de
(1) Charles Didier, p. api.
L’UNIVERS
Calpé (Gibraltar) sur la côte d’Espagne, formait les fameuses colonnes d’Hercule, au delà desquelles il n'y avait que des ténèbres, me plus ultra.
Arzille (Acéla). Cette ville, baignée par l’Océan (à 35° 25' latitude nord et 8U 20' longitude orientale de Paris) n’intéresse que par ses souvenirs historiques C’est le Zilia des Carthaginois et la Julia Traducta des Romains. Plus tard elle passa des mains des Goths dans celles des Arabes, vers 713 de J. C.
D'après Léon l’Africain et Marmol , elle fut, à l'instigation des Goths, saccagée par les Anglais, vers l’an 940. Elle resta environ trente ans déserte, jusqu’à ce
3 u 'elle fût rebâtie par le khalife de Coroue Abd-rl-Rhaman-ben-Ali. En 1471 elle fut prise par les Portugais, qui la conservèrent pendant quelque temps, ainsi que la contrée environnante.
Entin elle repassa sous la domination mahometane après la bataille d’El- Kaçar. Arzilla n’est plus aujourd’hui qu’un bourg de six cents habitants. Voici la description qu’en donne un voyageur, au commencement du dix-septième siècle : « Argille ou Arzille est une petite ville située sur le bord de la mer océane; ses murailles sont basses et ruinées , et ne paraissent que comme vieilles masures; elle est neanmoins assez peuplée et abondante en blé, qui fait que les navires y abordent. Les habitants sont maures; ils ont quelques doubles chaloupes pour la pesehe, et mesme se meslent depuis peu d’estre pirates, attaquant les vaisseaux marchands , lorsqu’ils les connaissent faibles (1). »
C’est près d'Arzille que débarqua, en 1578, l’armée portugaise de ce chevaleresque don Sébastien qui venait à la conquête du Maroc. A quelque distance de là , dans les plaines d'El-Kaçar-Kébir, il perdit la bataille et la vie.
El-Kaçar-Kebir ( le grand palais ).
Cette ville, qu'on nomme ordinairement Aleassar ou Alcazar, fut fondée parle calife El-Mansor. Léon l’Africain raconte qu’un soir ce prince, s’étant égaré à la chasse, reçut l’hospitalité
(i) Relation du royaume de Maroc, a* 778 des manuscrils français, de la Bibliothèque du roi (fonds St. Germain).
dans la cabane d’ttn pêcheur; il lui fit construire pour récompense plusieurs maisons et palais, entourés de murailles. qui devinrent l’origine d’une ville. El-Kaçarest situé dans une plaine riche en pâturages; il y a des inondations fréquentes, qui amènent des fièvres intermittentes Cette ville est, suivant Ale Bey, plus grande que Tanger. Les maisons sont construites en briques, et le* toits couvertsde tuiles comme en Europe. On y voit un grand nombre de boutiques tenues par des Maures, et beaucoup d’ateliers dans lesquels les juifs travaillent. Du temps de Léon l’Africain il y avait plusieurs temples, un collège et un hôpital. « Mais, ajoutées géographe , il ne s’y trouve puys ni fontaine, faute de qnoy les citoyens s’aident de citernes, et sont gens de bien et libéraux ; mais plutôt simples qu’autrement, se tenant bien en ordre, avec certains draps en manière d'un lineeil qu’ils entortillent autour d’eux. Hors la cité se trouvent plusieurs jardins et possessions, ayant le terroir qui produit merveilleusement bons fruits, entre lesquels le seul raisin se trouve de mauvais goût, à cause que toutes les terres son en prez(l). » — Cette fille compte aujourd'hui de trois à cinq mille habitants. C’est sous les murs d’El- Kaçar qu’était campé Abd-el-Mélek, en 1578, lorsque don Sébastien quitta Arzille pour marcher contre lui. C’est aussi près de cette ville que tomba , en 1673, Ghaïlan, chef rebelle, dans un combat contre Mouley-lstnael.
El-Araiche (Larache), c’est-à-dire jardin des fleurs. Cette ville ne paraît pas être fort ancienne; sa fondation remonte au quinzième siècle. Au seizième siècle elle y avait environ trois cents familles espagnoles. D’après M. Graberg de Hemso , elle contient actuellement quatre mille habitants, et d’après M. Ariett, deux mille. Au rapport de M. Drummond Hay, El-Araiohe exporte principalement du liège, de la laine, des peaux , des écorces , des fèves , des grains, et reçoit, en échange, du fer, du drap, des cotonnades, des mousselines, du sucre et du thé. Son commerce a
(1) Description de C Afrique , p. IQI ( édition de i556 ).
EMPIRE DE MAROC
été autrefois plus important qu’il ne l’est aujourd'hui.
La rivière voisine d’El-Araiche s’appelle El-Kos ou Loukkos; elle présente a son embouchure une barrière de sable ; elle est assez profonde cependant pour admettre des navires de cent tonneaux, et des bâtiments de guerre de moyenne dimension. Les environs sont beaux , fertiles et riches en bois'de construction. Les aneiens v avaient placé, diton . le jardin des Hespérides (1). Tout près d’El-Araiche on voit les ruines de Lixus , ville romaine qui occupait -un mamelon situé sur la rive droite du Loukkos. Vers la lin du quinzième siècle, El-Araichefutfortifié par Moulevben-Nassar; en 1610, cette ville fût livrée aux Espagnols, et en 1689 reprise par Mouley-Ismael. En 1765 les Français échouèrent dons une tentative qu’ils* tirent pour s’en emparer.
Tétouan (Titâouân ). Cette ville fort ancienne, au sud du cap Negro, est située à six kilomètres de la mer (Méditerranée), sur le penchant d'une colline rocailleuse. Sa population est de douze à seize mille habitants dont les juifs forment le quart. Tétouan a un caractère plus maure que Tanger. Beaucoup de rues sont couvertes et forment de véritables souterrains comme la grotte de Pausilippe ou les sombres galeries du Simplon. Ces obscurs couloirs ont des portes ou des grilles qui se ferment la nuit. D’autres rues sont couvertes de treilles, et cette verdure inattendue entretient une précieuse fraîcheur. Les boutiques s’y trouventen grand nombre, et presque toutes sont tenues par des Algériens, dont le costume brillant contraste avec la simplicité marocaine.
Il y a une vingtaine de mosquées.
La ville a de loin l’apparence d’une place fortifiée. Elle est ceinte de murailles flanquées de tours carrées de distance en distance, et commandée par un château isolé. Elle est séparée de la Mediterranée par une lande solitaire et triste. Le tleuve Marti! ou Martine traverse silencieusement ce désert, et va se jeter dans la mer à deux lieues au-dessous de la ville. L’embouchure de ce
(i) G. Jackson, An account oj the empire of Marocco , p. 34.
fleuve est assez large et assez profonde pour recevoir des navires fl).
Tétouan fut saccagé par les Castillans au commencement du quinzième siècle.
Beaucoup de Maures vinrent s’v réfugier après leur expulsion d’Espagne.
Cette ville fut la résidence des consuls européens jusqu’en 1770. Un Anglais ayant tué un Maure, tous les consuls reçurent l’ordre de quitter la place et de s’établir à Tanger. C’est à Tétouan que s’approvisionne en grande partie la garnison anglaise de Gibraltar. A vaut la bataille d’Aboukir, la flotte de Nelson stationna longtemps dans la baie de Tétouan (2).
Parmi les villes de la côte méditerranéenne du Maroc nous mentionnerons la ville de Mélilla ( Mlîla), qui appartient à l’Espagne depuis 1496, époque où elle fut prise par le duc de Médinn-Sidonia. Elle a été souvent en butte aux attaques des Marocains, notamment en 1563 et en 1774. La dernière fois elle fut assiégée par l’empereur Sidi-Mahomedbrn-Abdallah. Le préside espagnol de Mélilla renferme aujourd’hui environ deux mille habitants. C’est le Hijssadirium des Romains, près du cap Ras Ed -dir {Très Forçasses Espagnols). Suivant Leon l’Africain, le port de Mélilla était jadis célèbre pour la pèche des huîtres aux perles : c’est la contrée au sud-est de Mélilla, connue sous les noms de Caret, It'arct ou Akkalaya, qui a souvent sersi de refuge a Abd-el- Kader. On y trouve le village d'Ourhda, dont la position a été fixée par Ali-Bey à 34° 40 54” latitude nord , et à 4" 8' longitude occidentale de Paris. Il renferme environ cinq cents habitants. Les maisons , construites en terre, sont petites et si basses qu’on peut à peine y rester debout. Une source assez abondante, qui jaillit à une demi-lieue d’Ouchda , donne une eau très-bonne; elle arrose les jardins ou vergers qui entourent le village.
Téta ( Taza ). Cette ville est à moitié chemin de Fez en partant de la frontière occidentale de l’Algérie. Elle avait acquis une certaine importance par la po-
(i) Charles Didier, Promenade au Maroc , p. aoî, i83, 194, etc.
(a) G. Jackson, An account , etc., p. 3i.
L’UNIVERS
sitionqu'y avait prise récemment. 4bd-el- Kader. Nous n’avons pas de documents
f»récis sur IVtat actuel de cette ville de 'intérieur. Nous devons nous contenter de la description qu'en a donnée Léon l’Africain : « Téza, dit-il , est voisine de l’Atlas environ cinq milles, et distante deFez de cinquante; elle peut avoir environ cinq mille feux, mais elle est pauvrement bâtie, hors les palais des nobles, temples et collèges , qui s< nt d’assez belle montre et bien édifiés. De la montagne d’Atlas provient un petit fleuve qui traverse la cité, entrant par le temple majeur; mais les montagnards parlois détournent son cours , quand ils ont quelque chose à démesler avec les habitants de la cité, ce qui porte grand dommage aux citoyens, à cause qu’ils ne sauroient faire moudre leur blé ni avoir bonne eau pour boire. Cette cité est la tierce (de l’empire) en civilité, honneur et dignité; il y a un temple qui surpasse en grandeur celui de Fez. Outre
filusieurs gens de lettres qui se trouvent à, les habitants sont courageux et très-libéraux à comparaison de ceux de Fez, et riches, parce que leurs terres rapportent le plus souvent trente pour un. Autour de cette cité il y a de grandes vallées , parmi lesquelles s’écoulent divers fleuves, avec plusieurs beaux jardins, où sont produits des fruits fort savoureux et en grande abondance. On voit encore dans la cité une grande et grosse forteresse ( là où demeure le gouverneurde Fez), que les rois ont coutume de bailler à leur second enfant.
Mais certes ils la devroient retenir*pour eux-mêmes, et y colloquer le siège royal pour la douceur de l’air bien tempéré tant yver comme été, et aussi pour défendre leur pays des Arabes du désert , lesquels s'y acheminent tous les ans pour se fournir de vivres, et apportent des dattes de Segelmesse pour les troquer contre des grains. Les citoyens retirent une grande somme de deniers de leurs grains, qu’ils délivrent pour bon prix à ces Arabes , tellement que cette cité est fort bonne pour les habitants , et n’y a autre incommodité sinon qu’en temps d'yver elle est toujours pleine de fange- » ,
Nous avons lieu de croire que ces renseignements sont parfaitement exacts,
et qu’ils sont en grande partie vrais encore aujourd’hui.
Segelmesse ( Sedjelmâsah). Nous n’avons pas sur cette ville d’autres renseignements que ceux d’Abou’I-féda.
Voici comment s’exprime ici le plince des géographes arabes : " Sedjelmâsah est à l’orient de Dar’ah. C’est la métropole d’une province bien connue.
Elle a une rivière qui vient du sud-est, et sur les bords de laquelle il y a nombre de jardins : cette rivière se partage en deux bras, et passe à l'est et à l'ouest de- la ville. Il y a à Sedjelmâsah huit portes, et quelle que soit celle d’ou l’on sorte, on aperçoit la rivière, les palmiers et d’autres arbres. Tous ses jardins et toutes ses plantations de palmiers sont entourés d’un mur dont l’étendue est de quarante milles, pour les mettre à l’abri oes incursions et des déprédations des Arabes. Cette ville toucne au désert qui sépare les pays du Magreb des pays des Noirs, et il n’y a pas de Jieu habité auprès d'elle ni du côté de l’occident ni du côté de l’orient. Ibn- Saïd dit que ses habitants engraissent les chiens pour les manger , et que son territoire est un sol mou et imprégné de sel (t). »
Méquinez (Mekness). Cette ville (à 34” latitude nord ) est la résidence favorite de l’empereur. C’est la capitale du nord, comme Maroc est la capitale du midi. Nous devons à M. d’Augustin les renseignements les plus récents et les plus détaillés sur la ville de Méquinez (2). Cette ville est située sur le penchant d’une colline qui s'étend , au milieu des branches de l’A tlas, jusqu’à l’Océan. Elle est entourée de fossés et d’une triple muraille. L'enceiuteimmédiate est assez bien conservée. I.a population est évaluée à quinze mille âmes. La ville, de forme ovale, a quinze portes et douze mosquées; le palais du sultan occupe
(i) Abou’I-féda , Description des peuples du Maghreb, p. 68-69. Segelmesse parait avoir été connu des Romains. Léon l’Africain dit qu’elle s’appelait anciennement Messa , victoire, et qu’un général romain, y ayant vaincu les Numides , lui donna le nom de Sigillum M essor , le sceau de la victoire.
(o) Marukko , in seinen geographischen , historischen, etc. Zustasnden; Pestli, 184 S.
EMPIRE DE MAROC
avec ses dépendances un vaste emplacement. C'est là que se trouve le trésor impérial. Le quartier des juifs est situé en dehors de la ville; il est environné de murs élevés, qu’on ferme la nuit.
Au nord de Méquinez coule un petit fleuve, le Misley, sur lequel est jeté un pont de pierre; il reçoit plusieurs ruisseaux, et se gonfle considérablement pendant la saison des pluies. Ses rives sont ornées d’une riche végétation ; les environs forment les plus beaux jardins du monde : tous les voyageurs en parlent avec enthousiasme.
Au nord de Méquinez, on trouve, dans une belle vallée de l’Atlas , la ville de Sarhaoun (Zaraon), qui conserve le tombeau de Mouley-Edris, santon le plus vénéré du pays. L’entrée de cette ville sainte est absolument interdite aux chrétiens. Au nord de Sarhaoun ou voit les ruines d'une ville romaine. Les archéologues v trouveraient de riches moissons à faire. M d'Augustin a déchiffré, sur deux pierres détachées d'un arc de triomphe , les traces de cette inscription latine :