‹ Afrique australe, Cap de bonne-espérance, Congo, etcChapitre 44 sur 65 · CM · texte numérisé non relu

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A cent quarante pas de cet arc de triomphe ou rencontre les vestiges d’un temple; plusieurs chapiteaux et d’autres ornements d'architecture sont parfaitement conservés. Malheureusement il est difficile d’examiner à loisir ces ruines, auxquelles le fanatisme des indigènes rattache des croyances superstitieuses.

Aux villes maritimes de la côte oeéaoique, qui jadis servirent de refuge à de nombreux pirates , nous ajouterons les suivantes :

Salé ( Slâa ). Cette ville ( à 34° 4' latitudènord) était jadis riche et florissante ; elle jouissait même de quelques libertés municipales. Aux quinzième et seizième siècles , les habitants de Salé étaient les plus audacieux pirates de toute la côte, "lisse sont, dit l’auteur de la Relation ou Maroc , grandement enrichis du buhu qu’ils ont fait sur la mer, où ils ont

depuis dix ans pris et pillé plus de mille vaisseaux chrestiens de toutes nations, faisant les hommes esclaves et les traitant comme chiens, à la honte et confusion de la chrestienté, dont le moindre prince, voire la moindre ville maritime peut ruiner ces forbans infidèles par le moyen de trois ou quatre bons vaisseaux de guerre qui les tiendroient assiégés dans leur port, comme M. de Razilly a fait ces deux annés passées (1629 et 1630), en sorte qu’après leur avoir pris et bruslé dix navires et harassé les autres qui ne pouvoient entrer dans leur port, il les a contraints à demander la paix au roi de France , rendre tous les esclaves françois, et promettre n’en prendre plus à l'advenir (1). „

En 1782 il y avait encore un conseil composé des habitants les plus notables , qui jugeaient toutes les questions en dernier ressort. Tous les ans, au mois de mai, deux gouverneurs, l’un de la citadelle, l’autre de la ville, y étaient élus; et ces deux chefs ou kaids, assistés de quatre ou cinq de leurs prédécesseurs, y décidaient souverainement de tout ce qui ne touchait pas aux affaires d’État. Quant à l’administration de la justice civile et criminelle, elle appartenait aux cadis, qui continuaient à l’exercer dans les formes rapportées d’Espagne par les anciens Maures fugitifs (2). Aujourd’hui ia ville de Salé est complètement déchue de son ancienne splendeur ; ses murs et sa citadelle tombent en ruines. Les maisons et le caïssaria ou bazar ressemblent à ceux des autres villes maures. Jackson y vit le cachot souterrain où l’on entassait autrefois les malheureux chrétiens tombés au pouvoir des pirates marocains (3).

Salé est situé sur la rive septentrionale d’un fleuve formé par la jonction des rivières Bouragrag et Ghérou. Ce fleuve, qui est très-grand, reçoit le flux de la mer Atlantique. Le sol des environs est un sable rouge. Sur la rive opposée se trouve la ville de Rabat. A l’einbou-

(i) Manuscrit n° 778 de la Bibliothèque du roi ( fonds Saint-Germain).

(a) Thouiassy, Relations de ta France avec le Maroc, p. 3aa.

( 3) An account of the empire, etc., p. 36.

L’UNIVERS

chure du fleuve est un vaste banc de sable qui rend difficile l’approche des navires.

Rabat ( Rbat) , Mahadyyah d’Aboulféda. Cette ville est moins' ancienne que la précédente. Elle fut fondée par Abd-el-Moumen. Les maisons sont d’une meilleure apparence, mais leur distribution intérieure est la même qu’ailleurs.

Comme la ville est bâtie sur une hauteur, les rues ont des montées et des descentes, ce qui les rend fort incommodes. Du côté de la mer elle est défendue par quelques batteries mal montées; le port est assez sûr tant que les forts vents d’ouest ne soufflent pas. Les vivres et l’eau sont de bonne qualité. Les habitants sont intelligents, et beaucoup plus spéculateurs uue ceux des autres villes. On y trouve plusieurs familles d’origine espagnole ou portugaise.

Près de l’embouchure du fleuve on voit, sur une éminence, le vieux château d’El-Mansour, bâti au douzième siècle.

On y trouve quelques batteries mal construites et des magasins à l’épreuve des bombes. Au sud de ce château existe le mausolée de Sidi-Mohamed, qu’on ne permet pas aux chrétiens de visiter. Il y a aux environs les ruines de l'antique cité de Chella, que Chénier pense avoir été la métropole des colonies carthaginoises. On y remarque une tour trésélevée, qui paraît avoir anciennement servi de fanal. Suivant Léon l’Africain, Rabat fut bâti sur le modèle de Maroc; c’était le séjour favori du calife El-Mansour, qui pour approvisionner la ville d’eau fit construire plusieurs aqueducs remarquables dont on voit encore les vestiges.

En continuant à longer la côte océanique du nord au midi on rencontre successivement les villes d’AsIi ou Sali, Mogador et Agadir ou Sainte-Croix.

Asfi (Safi, Assali). Cette ville, qui avait appartenu quelque temps aux Portugais, fut jadis le centre a’un commerce important; mais depuis la fondation de Mogador elle perdit peu à peu son ancienne splendeur. Asfi est situé dans le fond d’une baie de ce nom, et s’élève en amphithéâtre entre deux petites collines ; sa population est de six à sept mille habitants. La ville a trois portes , et quelques rues mal percées ; elle est

commandée par un château servant de demeure à l’un des fils de. l’empereur. Quelques mauvaises fortifications la défendent du côté de la mer. Les brisants rendent la côte presque inabordable à nos chaloupes ; mais les Maures ont pour les franchir des canots à fond plat et très-élevés aux deux extrémités. Ils affrontent avec ces canots les plus grosses lames, d’où ils retombent avec une rapidité effrayante pour ceux qui ne sonr pas habitués à un pareil spectacle. Chénier, qui de 1767 à 1768 passa à Asfi la première année de son consulat , décrit les environs comme tristes et déserts. Les marchands hollandais et anglais entretenaient jadis avec Safi un commerce très-relatif.

Au rapport d’Abou’I-féda, la ville d’ Asfi n’a d’autre eau douce que celle des pluies. Son eau de source n’est pas bonne a boire; car elle est imprégnée de sel. Ce n’est qu’auprès des puits a rouesque l’on trouve des jardins. D’Asfi à Marrokesdi (Maroc) il y a quatre journées de marche (1).

Mogadob. Cette ville moderne (31° 32' 40" lat. nord, 11° 55' longit. ouest Paris), appelée Souéra (2) par les Arabes, a été fondée en 1760 par le sultan Sidi- Mahommed. Elle est bâtie sur une plage sablonneuse stérile, qui la sépare de la contrée cultivée. Elle est défendue contre l'envahissement de l’Océan par des rochers qui s’étendent de la porte septentrionale à la porte méridionale. Elle est de forme régulière ; ses édifices, qui sont assez élevés, présentent une asez belle apparence; le grand marché est entouré d’arcades ; les rues sont tirées au cordeau, mais trop étroites. La ville est entourée de murailles, et défendue du côte de terre par quelques pièces de canon qui la garantissent des incursions des Arabes. On a établi du côté de la mer une batterie très-élevée, qui bat de face ; mais les embrasures sont disposées de manière que les canons ont peu de ieu, et le service ne peut se faire que difficilement. Le port est formé par le canal qui circonscrit une île au sud-ouest

(i) Description des pays du Mngreb , trad. par Charles Solvet; p. iy.

(a) Saura signifie , dessin , peinture , par allusion à la régularité du plan de la ville.

EMPIRE DE MAROC

de la ville. L’embouchure de ce port est occupée par une batterie beaucoup plus élevée que l’autre. Entre ces batteries sont placés de grands magasins, d’assez bonne construction. L’tle qui ferme le port a, d’après Jackson , deux milles de circonférence; sa distance de la terre est d’environ un demi-mille.

Quelques pièces de canon servent à sa défense; on v renferme les prisonniers d’ÉUt

Malgré ces fortifications , Mogador ne pourrait tenir contre une attaque tant soit peu vigoureuse ; car sa position est tout à fait isolée, et la ville ne peut avoir d’autre eau que celle d’une rivière qui est a plus d'un mille de distance.

Mogador est la résidence des vice-consuls et d’un grand nombre de négociants européens. C’est la ville commerciale la plus importante de cette côte.

Sa population est de cinq à sept mille habitants.

Au dix-septième siècle Mogador n’était qu’un petit château royal, occupé par une garnison de quatre-vingts hommes. « Enfin, il y a, dit l’auteur de la Relation du Maroc, une Ile inhabitée, qui commande le chasteau et le rt , car elle est tellement située que d’un ut elle commande audit fort et le peut battre en ruine, et de l’autre elle commande dans le port, qui est la retraite ordinaire des forbans pendant l'hiver; il y a une rivière d’eau douce, dont les navires prennent de l’eau en despit de tous les Maures (1). »

Agadir (2) ou Santa-Cruz est le dernier port de la côte occidentale de l'empire de Maroc. C’est la ville de Guaryuessem de Léon l’Africain. Cette ville, est située sur le sommet de l’Atlas, et tout à fait imprenable. Ses murs sont défendus par des batteries dont la principale domine l’entrée de la baie. La ville, que les Portugais appellent Ponté et les Berbèies Agurem , est située au pied de la montagne et regarde la mer. C’était l'entrepôt des marchandises des négociants de Sauta-Cruz. La eonstruc-

(i) Mamisc-rit n° 778 de la Bibliothèque du roi ( funds Saint-Germain ).

(a) Le mol agadir ou agndrr est, dans le langage vulgaire, synonyme de saur, qui signifie le mur d’une villa.

tion des murs et des batteries qui défendent la cité remonte à l’année 1503. Cette place appartenait primitivement aux Portugais , ellefut prise par les Maures en 1536. La baie d'Agadir est large, profonde, bien abritée contre les vents; c’est, suivant Jackson, le meilleur point de mouillage de toute la côte marocaine. Les environs abondent en plantations d’oliviers , de dattiers et d'orangers. La ville entretenait autrefois un commerce très-actif avec le Soudan, et particulièrement avec Tombouctou.

D’apres Davidson, Agadir n’est plus qu’un misérable village, renfermant 47 musulmans et 02 juifs. Fonti est un village de 200 habitants , tous musulmans (l). A trente milles d'Agadir, dans l’intérieur du pays, se trouve la ville de Taraudant (30* 13' lat. nord, et 1 1" 20' ioug. occidentale). C’est une ville assez ancienne; en 1516 les chérifs l’agrandirent considérablement; quant à son étendue , elle est comparable à Kaçar-el-Kébir ou à Tanger. La route d’Agadir à Taroudant a été parcourue par Lcmprière et Cochelet; c’est un chemin très-facile, quoiqu’il passe à travers des landes incultes et des broussailles. Taroudant était autrefois la capitale du royaume de Sous; c’est aujourd'hui la résidence d’un gouverneur.

Sa population est beaucoup diminuée.

Les environs sont d’une fertilité extrême. Suivant Abou’I-féda , la ville de Taroudant est située sur le bord septentrional d'une rivière venant du versant orientai du mont Lamthah (2).

Tout le littoral depuis Ceuta jusqu’à Santa-Cruz mérite de fixer l'attention des archéologues et de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des peuples de l’antiquité. On y trouve, en effet, des * ruines nombreuses, vestiges d'établissements phéniciens , carthaginois et romains sur cette côte, d’où les regards plongeaient dans l’océan de l’inconnu.

Une exploration intelligente deces ruines permettrait peut-être de combler quelques lacunes regrettables de l'histoire de la civilisation.

(1) Davidson ’s African Journal, pag. 7 3 et 176.

(a) Description des pays de Magt'cb, traduit par Charles Solvct; Alger, i83g, ia-8*.

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