LOANGO, ANGOLA ET BENGUËLLA
PAR M. FERD. HOEFER
Aperçu histohique.
Les Portugais découvrirent le Congo en 1484; mais les riches conquêtes des Indes Orientales et Occidentales leur firent bientôt oublier ou négliger cette côte de l’Afrique : ils ne songèrent à y fonder des établissements que vers 1560.
Marmoi raconte de la manière la plus détaillée les premières relations des Portugais avec ce pays (1). Il indique à l’est du Congo le lac Zambère (Zambèze). « Ce lac , dit-il , contient des îles habitées par les Azingues et les Mondequites; il confine aux Pangelinguos, Cuylas, Condongos, Sonnos et Bancares , dont les pays sont traversés par des rivières qui se jettent dans le Zaïre , et portent le même nom que ces peuples. Le Zaïre prend sa source dans le lac Zambère. Au midi sont les montagnes de la Lune, qui séparent cette contrée de la haute Éthiopie, du pays des Abyssins et des Cafres, et qui obéit au Benomotapa , qui possède aussi Sofala , et que les Portugais nomment l’empereur d’or.
Au nord du Congo est le royaume de Benii (Bénin). Ambas est la capitale du Congo, et Songo (Sogno) le premier pays que l’on rencontre. » Voilà tout ce que Marmoi rapporte sur le Congo.
Avant la relation de Lopez, rédigée par Pigafctta (2), les Portugais eux-mêmes ne savaient pas grande chose sur le Congo. Livio Sanuto (3) y consacre à
(i) Les deux premiers volumes de Marmoi sur l'Afrique parurent à Grenade en 1 573 ; mais le dernier, où il est question du Congo, ne fut public qu’en 1699 , à Mataga.
(a) Rclazione di Congo; Rome, 1 5 g I .
(3) Geographia, in-folio; i5S8, p. 90,
peine une demi-page , et ne donne que des notions vagues sur le fleuve Zaïre.
Feo Cardozo a publié , eu 1825 , un ouvrage fort intéressant sur l’histoire d’une partie des colonies portugaises do la côte occidentale de l’Afrique. C’est à cet ouvrage que nous emprunterons la plupart des détails qui vont suivre (1).
C’est à l’instigation d’un des chefs de cette côte que Paul Diaz de Novaès, neveu du célèbre Bartholomé Diaz. y fut envoyé à la tête d’une expédition.
Paul Diaz partit de Lisbonne, en septembre 1559, avec trois caravelles, quelques hommes de guerre et un présent pour le roi d’Angola. Ses instructions étaient d’ouvrir avec ce roi des relations commerciales et de le convertir au christianisme. Diaz arriva à l’embouchure de la Couenza en mai 1560. Le roi d’Angola, qui avait envoyé des ambassadeurs en Portugal , était mort ; mais son fils, qui lui avait succédé, montra les mêmes dispositions bienveillantes qne son père. Paul Diaz débarqua avec vingt hommes , et ordonna à ceux qu’il laissa à bord des bâtiments de faire voile vers le Portugal si après un temps déterminé il n’était pas de retour. Il se rendit ensuite à la résidence du roi
(i) Feo Cardozo, Memorias contendo a biografia do vice almirante Luis da Motta Feo e Torres; a historia dos governadores e capitaens generaes de Angola, desde rit y 5 aie 1 8î5, dcscrinçao gcogrnftca e polilica dos reinos de Angola e de Benguella. Paris, i8»5, in-8°. Feo Cardozo était aide de camp de son père , gouverneur général du royaume d’Angola et de Reuguella. Il était donc parfaitement bien placé pour se procurer tous Ica documents nécessaires à la publication de sou ouvrage.
L’UNlVËUS.
d’Angola, où il fut accueilli avec de grandes démonstrations de joie. Au bout de quelques jours, il voulut retourner vers ses vaisseaux-, niais le roi le retint, sous prétexte qu’il avait besoin de son aide pour les guerres où il se trouvait engagé ; la nouvelle qu’il reçut ensuite de la révolte d’un de ses plus puissants vassaux, le sôva Quiloango Quiacango, le détermina à renvoyer Paul Diaz en Portugal , afin de demander des secours plus efficaces.
Paul Diaz, de retour en Portugal , fit au roi Sébastien le récit des heureux succès de son expédition. Il lui dit que ces peuples étaient déjà préparés à recevoir la religion chrétienne, et qu’il avait remarqué entre leurs mains des missels, des pierres d’autel et d’autres ornements, indices certains que déjà des prêtres missionnaires avaient pénétré parmi eux, et y avaient jeté les . germes de la foi.
Le roi Sébastien renvoya de nouveau Paul Diaz à Angola, avec le titre de conquérant et de gouverneur; il lui donna en même temps les pouvoirs les plus étendus pour fonder une colonie dans ce pays.
Paul Diaz partit de Lisbonne le 23 octobre 1574, avec sept bâtiments montés par sept cents hommes de guerre.
Apres trois mois de navigation, il aborda a 11 le .de Loanda, un peu au nord (le l’embouchure de la Couenza. Là il débarqua avec sou équipage , marqua l’emplacement de l’église qu’il se proposait de construire, y fit dire messe sur un autel portatif, et prit possession du pays*au nom du roi de Portugal. Un grand nombre de nègres , sujets du roi de Congo, furent présents à cette cérémonie. Paul Diaz . fit part de son arrivée et de ses projets au roi d’Angola , en lui envoyant des présents. Le monarque nègre le lit complimenter par des ambassadeurs, qui luiremirent:de sa part des bestiaux et des esclaves , pour son usage et celui de sa troupe, ainsi que du bois rouge et des bracelets d’argent et de cuivre, destinés au roi de Portugal. Paul Diaz, voyant que l’ile de Loanda ne réunissait pas les avantages convenables, transporta son nouvel établissement sur le continent , et jeta les fondements de la nouvelle ville dans l’endroit où est
actuellement la forteresse de San-Miguel : il lanomma Saint-Paul de Loanda.
Il secourut ensuite le roi d'Angola contre le sôva de Quiloango, son vassal, et conclut avec le monarque nègre un traité qui assura aux Portugais la liberté du commerce. Paul Diaz fréquenta souvent sa cour, et vécut avec lui dans la plus grande intimité et la plus parfaite union endant l’espace de six ans; mais au out de ce temps , le roi d’Angola , par le conseil de ses macottes et d’un transfuge portugais , fit massacrer tous les esclaves tiegres convertis au christianisme , au nombre de mille , ainsi que tous les Portugais qui sur la foi des traités s’étaient aventurés dans l’intérieur pour affaires decommeree. Dès que Paul Diaz fut instruit de cet acte de perfidie, il s’avança dans les États du roi d’Angola , accompagné de cent cinquante hommes et de quelques pièces d’artillerie , contraignit le roi à se soumettre, et lit aussitôt périr tous les macottes qui lui avaient conseillé le massacre des Portugais.
Paul Diaz, ayant reçu de nouveaux renforts du Portugal, entreprit de nouvelles conquêtes. En 1 580 il soumit les sôvas de Quissama, qui s’étaient opposés a son passage dans la rivière, de Couenza, et l’année suivante le sôva llonga, ainsi que toute cette province. L’année suivante, en 1581, il triompha pour la seconde fois du roi d’Angola dans Ife Mucambe et le Quissama. Dans ces deux dernières batailles, les sôvasde Muxima, de Quitangombe et de Quizua étaient les alliés de Paul Diaz et combattaient avec lui. Il expulsa ensuite de ses États le puissant sôva d’iilamba, nommé Angola Quitaxo , et donna sa place à un autre. Cette même année un de ses officiers , Louis Serrâo, défit plusieurs petits souverains qui avaient suivi le parti du roi ; et ce même officier fit la conquête d’une grande partie de l’Illamba, et d’une portion du Quissama. Le peu de soldats portugais dont Diaz pouvait disposer fut la seule cause qui l’empêcha de s’emparer de toutes ces provinces. II résolut cependant de se rendre maitre des mines d’argent qu’il croyait exister dans les environs de Cambaiiibe. Il traversa les États du sôva Bamba-Tango, et s’arrêta à Tacandongo, à peu de dis-
CONGO
tance des mines, où il se fortifia. Il y fut attaqué par le roi d’Angola, et remp'orta sur lui une troisième victoire , le 2 février 1588. Il fit couper le nez à tous les prisonniers nègres qui avaient échappé au massacre, elles envoya à Saint- Paul de Loanda , afin que leyr vue inspirât la terreur à tous ceux qui entreprendraient de lui résister. Paul Diaz , persuadé qu’il n’avait vaincu que par la protection de la sainte Vierge, célébra son triomphe par une fête à Mass ingauo. Il fonda ensuite dans ce lieu le premier préside de l’intérieur, sous l’invocation de Notre-Dame de la victoire.
Cependant le roi d’Angola , désespéré de sa défaite , voulut encore, avec des forces plus nombreuses, tenter le sort des combats. Il fut de nouveau défait; les Portugais, animés par leurs succès et la présence de leur vaillant gouverneur, soumirent cinquante autres sôvas, et pénétrèrent dans l’intérieur jusqu’à la rivière de Lubala, où ils trouvèrent une nouvelle armée du roi d’Angola, qu’ils mirent en déroute.
En 1584 Paul Diaz reçut de Portugal un nouveau secours de deux cents soldats ; en 1580 on lui en envoya quatrevingt-dix; enfin, en 1587, deux cents autres; mais ceux-ci étaient des habitants des Pays-Bas , moins propres que les Portugais a supporter les inconyeuieuts d’un climat brûlant. Aussi presque tous périrent des fièvres putrides.
Cependant la ville de Saint-Paul, nouvellement fondée, augmentait en population et ai richesses ; ses habitants s’adonnaient en toute sûreté a des spéculations commerciales. Ils commençaient à se porter sur ia côte du sud , et y envoyaient leurs bâtiments, qui en revenaient chargés d’esclaves, d'ivoire, de cuivre , de troupeaux , et de toutes sortes de provisions. Pour étendre encore le commerce et lui donner plus de stabilité, Paul Diaz envoya à Benguella Antonio Lopez Peixoto son cousin, avec soixante-dix soldats, afin d’y former un établissement. Peixoto, bâtit un fort en bois à Morro de Benguella; mais, s’étant laissé surprendre par les indigènes , il fut massacré avec toute sa troupe. Deux soldats seulement se sauvèrent de ce désastre , et vinrent en apprendre ia nouvelle au gouverneur.
Paul Diaz n8 put supporter ce revers, le seul qu’il eût éprouvé après quatorze aus de succès et de glorieux travaux. Il mourut à Massangauo, à la fin du mois d’octobre de l’année 1588.
On l’ensevelit dans l’église de Notre- Dame de la Victoire, qu’il avait fondée. Depuis , en l’année 1609 , ses cendres furent transportées dans ia ville de Loanda, où elles reposent encore dans l'église qui a appartenu aux jésuites.
Paul Diaz est le véritable fondateur de la puissance des Portugais au Congo ; il y était resté quatorze ans; mais ses successeurs, lors même qu’ils auraicut eu son génie et son courage , u’ont pas eu assez de temps pour accoraplird’aussi grandes choses.
Selon la méthode constante des rois d’Espagne et de Portugal, pour le gouverueiiieut des colouies, les gouverneurs d'Angola étaient changés tous les trois ou quatre ans , et-quelquefois plus souvent. On les envoyait ensuite, avec le même grade , au Brésil , où l’on choisissait les gouverneurs du Brésil pour les envoyer à Angola. Les jésuites s’introduisirent dans l'Angola des la premiers année de sa conquête.
L’esprit dominateur qui caractérise leur institution se fit sentir dans cette colonie avec plus de force que dans toute autre. Ils s’arrogèrent une part très-activedansi’administration. Quand on leur résistait ils excommuniaient les gouverneurs, qui se virent fréquemment contraints de partager avec eux l’autorité.
Enfin iis troublèrent souvent, par des luttes intempestives, la tranquillité de la colonie.
En 1589, Jérôme d’Almeida , élu gouverneur par intérim, entreprit de faire la conquête des mines d’argent de Camhambe ; mais trois sôvas , dont la soumission pour la réussite de son projet était indispensable, bravèrent tous les efforts de ses armes. Ils se retirèrent avec leurs sujets dans des bois épais et inaccessibles. Jérôme d’Almeida prit alors le parti d’établir un préside et de construire un fort dans le voisinage des mines de sel. Il y trouva le double avantage de se faire un point d'appui pour pousser ses couuuêtes plus avant et de sc rendre maître de l’exploitation du sel, substance precieuse qui
L’UNIVERS
servait de monnaie dans ce pays. Chaque pierre d’une dimension donnée valait une macoute ou cinquante réaux.
Jérôme d’Almeida continua sa marche par le Quissama,;avec l’intention de soumettre le sôva de Cafuxe Cambare , voisin des mines d’argent; mais Almeida tomba malade , et revint à Saint- Paul de Loanda.'I.e lieutenant auquel il avait confié la suite de son expédition se laissa battre par les Nègres, le 2 avril 1589. Deux cent six Portugais et un grand nombre de Nègres, leurs alliés, restèrent sur le champ de bataille. Jérôme d’Almeida se disposait à partir de Massangano avec une-nouvelle armée, pour réparer cette défaite, et en tirer vengeance, lorsqu’il apprit, le 1er août 1595, l’arrivée de son successeur, Jean Furtado de Mendoça, qui débarqua à Saint-Paul de Loanda avec quatre cents hommes de guerre et douze femmes blanches, les premières qui eussent encore paru dans la colonie , où elles se marièrent toutes.
Jean Furtado marcha aussitôt contre les sôvas qui s’étaient révoltés. Son armée eut beaucoup à souffrir des malad ies causées par l’abondance excessive des pluies et la disette. Cependant il réussit dans son entreprise, et parvint à dégager le préside de Massangano , qui était menacé par les rebelles. Undétachement de l’armce portugaise descendit la Couenza pour soumettre les sôvas de la province de Quissama , qui s’étaient soustraits à l’obéissance des Portugais; et, afin de prévenir de nouveaux soulèvements , Furtado construisit le préside de Muxima , dans la province de ce nom ; et nonobstant l’opposition du sôva , on avait déjà abandonné l’ancien préside que Jérome d’Almeida avait fait construire près des mines de sel.
C’est sous le gouvernement de Furtado, qui se termina en 1602, qu’il est fait mention pour la première fois des inquiétudes que donnaient aux Portugais les incursions des Français dans ces parages. Quatre vaisseaux 'français abordèrent au port de Pinda , et ravagèrent tous les environs. Les Portugais les forcèrent à s’éloigner; mais pour protéger le pays contre de semblables attaques on fortifia , par des tranchées et des palissades, le mont San-Miguel.
Jean Rodrigues Coutinho , qui succéda à Furtado , avait reçu du roi Philippe II l’ordre de conquérir les mines d’argent de Cambambe. Il s’avança dans l’intérieur avec une armée plus’ nombreuse et plus forte qu’aucune de celles qu’avaient commandées ses prédécesseurs ; mais la mort le surprit dans un lieu nommé Cacullo Quiaquimone.
Ses soldats accompagnèrent son corps
C’a Muxima, où on lui rendit les surs funèbres. Un de ses capitaines, nommé Manuel Cerveira Pereira, fut , par les voeux unanimes de tous les chefsdel’armée, choisi pour lui succéder. A peine eut-il été reconnu comme gouverneur, qu’il se mit à la tête de ses troupes pour achever la conquête que son prédécesseur n’avait pu même commencer.
Cerveira battit le sôva de Cafuxe, sur le même champ de bataille où les Portugais avaient été précédemment défaits. La soumission de cette province ouvrit au gouverneur une route facile jusqu’aux montagnes de Cambambe , objet de la guerre. C’est en vain que le sôva de ce pays voulut lui résister; l’armée de ce prince, fut détruite, ses villages anéantis , et toute la population massacrée , ou réduite en esclavage. Cerveira construisit dans ce lieu un fort ou préside, qu’il plaça sous l’invocation de Notre-Dame du Rosaire, et il y laissa garnison. Il retourna ensuite à Loanda, qu’il enrichit de plusieurs édifices.
Il venait de dompter et de châtier sévèrement le sôva d’Axilambanza , gendre du roi d’Angola , qui voulait soulever toute la province de Mossique, lorsqu’une intrigue de cour lui fit perdre le commandement. On envoya à sa place , en 1606, dom Manuel Pereira Forjaz. Le nouveau gouverneur tenta de signaler son administration par un voyage de découvertes dans l’intérieur, et il envoya un Aragonais, nommé Balthazar Rebello, pour traverser l’Afriquedans la direction de l’est, et atteindre la rivière de Senna dans le Mosambique. Mais cette entreprise n’eut aucun succès , et Balthazar revint au fort de Cambambe , après avoir fait , à ce qu’il parait, beaucoup de chemin dans l’intérieur. Il en fut de même d’une autre expédition tentée par Forjaz *1
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COJNGO.
pours’emparerdes mines de cuivre qu’on disait être dans le royaume de I)enguella. Ce gouverneur fut plus heureux dans ses tentatives contre les Hollandais, qui s’étaient établis au port de Pinda pour le commerce des esclaves : il parvint à les expulser et à les obligeraese rembarquer. Il fit aussi changer le fort de Muxima , et en construisit un nouveau dans l’emplacement où se trouve celui qui existe aujourd'hui. Il assujettit les sôvas, soumis aux Portugais, à un tribut annuel de quinze mille cruzades, et mourut après quatre ans de gouvernement. Son successeur , Bento Benha Cardozo, remporta en 1611 une victoire complète sur le roi d’Angola ; il fit prisonnier et ensuite décapiter le sôva de Quilonga, son allié. Il battit également le sôva de la province de Quissama et celui de la province de Naboangango , et il construisit un nouveau fort dans le district d’Ambacca , sur les bords de la rivière Lucala, à huit lieues de Massangano.
Après cela il revint en Portugal.
Il n’avait pas été difficile à Manuel Cerveira Pereirade se justifier auprès de Philippe II des accusations dirigées contre lui, et de faire connaître les services qu’il avait rendus à la colonie d’Angola. Il y fut renvoyé de nouveau avec le titre de gouverneur d’Angola , de conquérant et de fondateur des colonies dans le royaume de Benguella. Par des lettres patentes en date du 14 février 1615 le roi sépara, l’Angola et le Benguella en deux gouvernements distincts, et en donna le commandement à un seul.
Cerveira aborda à Loanda , et resta un an et demi dans le royaume d’Angola.
Après avoir, par diverses victoires , consolidé la puissance portugaise de ce pays, il s’embarqua avec cent cinquante hommes, des armes* des munitions et des vivres, pour se rendre dans le Benguella, le 1 1 avril 1617; il construisit un fort à l'endroit de son débarquement , à la baie Saint-Antonio. Il essaya ensuite de pénétrer dans l’intérieur du pays, afin de se rendre maître des mines de cuivre, dont on vantait la richesse. Mais après avoir triomphé de plusieurs sôvas de Jagas, ses officiers , fatigués des dangers auxquels il les exposait , conspirèrent contre lui , le dépouillèrent de tous ses vête-
ments, le'mirent dans un bateau pourri, et le lancèrent à la mer , espérant bien qu’il n’échapperait pas à une mort certaine. Par bonheur une tonne d’eau et quelques provisions avaient été oubliées dans ce frêle esquif, et Cerveira parvint à atteindre Loanda , où le roi lui avait envoyé un successeur sept mois après son départ. Deux ans après, Cerveira consentit encore à entreprendre une nouvelle expédition dans l'intérieur de Benguella ; mais il succomba à la fièvre dans les déserts de ce pays, avant d’avoir pu atteindre les mines qu’il cherchait.
Ce fut sous le gouvernement de son successeur , Louis Mendès , que les Portugais eurent à combattre Sala Bandi, ce féroce roi d'Angola , qui , pour écarter tousses compétiteurs du trône, avait assassiné le fils de sa soeur, depuis si célèbre sous le nom de la reine Zinglia. Après avoir hattu deux fois le roi d’Angola , et avoir fait avec lui la paix aux conditions auxquelles il lui plut de le soumettre, Louis Mendès marcha contre le roi de Dongo , dispersa son armée, et lui imposa un tribut de cent esclaves par an.
Pour éviter toutes les vexations que les Portugais se permettaient envers les sôvas tributaires, Mendès interdit, sous les peines les plus sévères , l’entrée de l’intérieur du pays aux marchands blancs ou mulâtres qui s’y rendaient pour acquérir des esclaves ; il ne permit qu’aux seuls trafiquants nègres désignés par le nom de purnbeiros de voyager librement dans l’intérieur pour affaires de commerce.
Ce fut vers son successeur, Jean Corréa de Souza, que Sala Bandi envoya sa soeur, Zingha, pour négocier un traité de paix. Féo rapporte aussi la conversion de cette princesse à la religion chrétienne, à Vâge de quarante ans, ainsi que la solennité de son baptême, qui eut lieu au milieu d’un grand concours de peuple, dans l’église cathédrale, en Tannée 1622 : le nom de Anna de Souza lui fut donné par le gouverneur, son parrain. Barbot dit qu'elle entretenait pour ses plaisirs cinquante jeunes gens, qu’elle habillait en femmes, tandis qu 'elle-même était vêtue en homme.
Après la mort de Sala Bandi , qui fut
L’UNIVERS
empoisonne par sa sœur, Souza eut à lutter contre le Jaga Cassangé, qui dépouillait les pumbeiros ou les courtiers des négociants portugais. Souza en triompha facilement ; mais il n’en fut pas de même des jésuites, dont il s’était attiré la haine, et contre lesquels il avait procédé avec violence. Leurs intrigues le forcèrent de retourner en Portugal; et les chagrins qu’ils lui suscitèrent à son retour causèrent sa mort. Le gouvernement de son successeur ne dura que cinq mois , et fut suivi de celui de Pévéque Simâo Mascarenhas , qui eut à s’opposer àla fois aux tentatives des Hollandais pour se procurer des esclaves à Benguella, et aux révoltes des Jagas de Zenze Angumbe et de Bengo , et aux attaques du sôva de Cafuxe. Il triompha successivement de tous ces ennemis.
Fernand de Souza , qui succéda à Mascarenhas, en 1627 , s’est rendu célébré par la victoire qu’il remporta sur la reine Ginga ( Zingha). Cette héroïne, après la mort de son frère, avait été proclamée reinp d’Angola et de Matemba ; et des lors abjurant, pour plaire aux féroces Jagas, la religion chrétienne, elle sembla vouer une haine mortelle aux Portugais. Elle n’osa pas d’abord les attaquer ouvertement; mais elle livra la guerre aux sôvas du Dongo et de Lucala, qui leur étaient soumis. Souza lit marcher contre elle une armée, sous le commandement de Paio de Arauyo ; une bataille sanglante fut livrée à Quilombo, sur les terres du sôva de Matemmo. La reine Ginga éprouva une défaite complète; ses deux sœurs et presque tous ses inaeottes, ou principaux officiers, furent faits prisonniers. Elle-même n’échappa qu’avec peine et à la faveur de l’épaisseur des bois à ceux qui la poursuivaient. Elle se réfugia dans le pays de Songo. Le gouverneur portugais traita ses sœurs avec beaucoup d’égards , et les convertit à la religion chrétienne.
Cependant les Hollandais, maîtres du Brésil, continuaient toujours à fréquenter les côtes du Congo et d’Angola pour l’achat des esclaves. Ils envoyèrent une escadre de huit vaisseaux pour s’emparer de Loanda ; mais Souza parvint , après trois mois de résistance, à faire
échouer leurs projets, et à les forcer de s’éloigner.
Sous son successeur Manuel Pereira Coutinho , les sôvas de Quigilo , de Sambangone, de Calurnbo,de Moulondo el d’Acamahoto se liguèrent, et rassemblèrent toutes leurs forces pour se soustraire à l’obéissance des Portugais. Pereira Coutinho, par une prompte défaite , les força de rentrer dans la soumission. Il en fut de même des sôvas d’Angombe-Acabonda et de Quigoanga, qui avaient aussi profité de cette circonstance pour se révolter , et auxquels il imposa de nouveaux tributs.
Encouragé par ses succès , Pereira Coutinho envoya une armée, sous le commandement de Saint-Antonio Britto, pour soumettre le souverain d'Ambuiladua , qui , régnant dans un pays en apparence impénétrable , avait toujours délié la puissance des Portugais.
Antonio Britto surmonta tous les obstacles qui semblaient devoir l’arrêter dans sa marche; il parvint, après des fatigues inouïes, à atteindre le monarque nègre dans les inaccessibles retraites ou il s’était réfugié , et le força d’accepter la paix aux mêmes conditions que les autres. Le succès de. cette entreprise répandit une grande terreur parmi les souverains nègres , et affermit la puissance des Portugais datis ces contrées. Manuel Pereira ne fut nas moins heureux dans les efforts qu’il fit pour repousser les attaques des Hollandais , et il parvint à s'emparer de deux de leurs batiments qui'furent conduits à Loanda. Vasconcellos da Cunha , qui prit apres lui le Commandement , fut plus pacifique, et, par la seule voie des négociations, il fit consentir la reine Ginga à ouvrir ses États au commerce des Portugais , et à conclure la paix avec le sôva Caboco.
Cependant les Hollandais, s’apercevant qu’ils ne pouvaient tirer parti de leurs possessions d’Amérique que par le moyen des esclaves africains , se décidèrent à équiper une flotte nombreuse, pour aller attaquer en Afrique les Portugais, qui s’opposaient à leurcommerce avec les souverains du pays. Vingt navires hollandais , charges de troupes et de munitions, abordèrent à Loanda le 24 août 1641. Pierre César de Menezès, qui était alors gouverneur d’Angola et
Digitizei
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de ses dépendances, n’ayant pas le nombre suffisant d'hommes pour résister à une attaque aussi soudaine, se retira a Bembein, dans le Bengo; et, toujours poursuivi par les ennemis, il s’enferma avec toutes ses forces dans la forteresse de Massangano. Là il eut beaucoup à souffrir de l’inlluence du climat ; la contagion se mit parmi ses soldats , et lui en enleva la plus grande partie. Les sôvas , profitant de l’affaiblissement des Portugais, se révoltèrent contre eux, et reprirent leur indépendance. César de Alenezes , quoique convalescent , marcha contre quelques-uns, qu’il força de se soumettre; mais la résistance vigoureuse que firent les sôvas de Camucambo et Naboangono l’obligea de s’arrêter ; il ne put empêcher que la reine Ginga ne fit alliance avec les Hollandais et n’entraînât dans sa défection plusieurs petits souverains quelle rendit ses tributaires. Cependant on apprit que la paix était faite entre la Hollande et le Portugal ; et d’après ces nouvelles Menezès crut pouvoir se fier à une suspension d'arines qu’il conclut avec les Hollandais. Mais ceux-ci, ayant su , par un de leurs directeurs récemment débarqué , que plusieurs de leurs compatriotes , retenus prisonniers à i’île de Saint-Thomas, y étaient indignement traités , voulurent en tirer vengeance.
Ils tombèrent à l’improviste sur César de Menezès ; ils lui tuèrent cent quatrevingts soldats, et le firent prisonnier avec plusieurs de ses officiers. Miranda prit alors le commandement de ce qui restait de forces aux Portugais. César de Menezès, étantparvenu à s’éehapçerdesmains des Hollandais , se réfugia à Massangano. Depuis lors, les Hollandais se montrant disposes à respecter la trêve qu’on avait renouvelée. César de Menezès en profita pour faire la guerre aux Jagas, et détruire leurs camps ou quilemhos. Il soumit plus de trente sôvas rebelles , et fit rentrer dans l’obéissance tous ceux de la province de I.ibolo. Aprescesderniers exploits, Menezès mourut. Francisco de Santomaior, gouverneur de Hio-Janeiro, fut appelé en Afrique pour prendre le gouvernement d Angola. Il obéit, et débarqua à Quicombo, le 20 juillet 1045. Il parvint à se rendre, avec des troupes et quelques pièces d'artille-
rie, à Massangano, par des routes détournées , sans que les Hollandais , qui l’auraient traversé dans sa marche , eu eussent la moindre connaissance. La reine Zinglw , fortement influencée par les Hollandais, réunit ses forces pour s’emparer des différents présides ou forts qui appartenaient aux Portugais.
Le gouverneur fit marcher contre elle son armée, et lui enleva la victoire. Deux mille Nègres restèrent sur le champ de bataille , et parmi eux on trouva cinq Hollandais; mais dans le nombre des prisonniers faits par les Portugais était dona Barbara, la propre sœur de la reine, qui déjà avait été prise parFernand de Souza ; de sorte qu’on pourrait presque soupçonner que cette princesse nègre aimait a tomber entre les mains des blancs, dont elle fut toujours, au reste , parfaitement traitée. Peu de jours après cette victoire, les Hollandais, sans egard pour là trêve qui avait été conclue, s'emparèrent d’une gabare portugaise.
François de Santomaior, outré d’une telle perfidie , leur déclara la guerre, et se préparait a marcher contre eux, lorsque! tut saisi de la fièvre et mourut.
Les llollaudais, maîtres de la navigation de la Coueuza, voulurent profiter de cette circonstance pour s’emparer du fort de Muxima; mais ils furent repoussés, et trois capitaines, qui avaient pris le commandement de la colonie pendant i’intérini , parvinrent à secourir le fort de Muxima , et à y faire entrer de nouvelles troupes. Ils firent, en outre, réparer le tort de Massangano , et iis maintinrent la puissance portugaise en Afrique jusqu’à l’arrivée de Salvador Correa de Sà e Benavides , qui quitta le gouvernement de Rio-Janeiro pour venir prendre celui d’Angola.
Ce célèbre gouverneur, dont le nom est encore aujourd’hui vénéré à Angola, aborda dans la baie de Quicombo dans le mois de mai 1648, avec neuf cents hommes de guerre.
Aussitôt après son débarquement il marcha droit sur l’ennemi , qui se réfugia dans le fort San-Miguel; il le força de capituler. Il rentra ainsi en possession de la capitale d’Angola, dont ii changea le nom en celui de Saint-Paul de l’Assomption de Loanda , parce qu’il avait remporté cette victoire le 15 août.
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jour de l’Assomption. Il fit poursuivre ensuite par deux vaisseaux les Hollandais, qui s’étaient dirigés du côté de Benguella ; il les força a s’éloigner des côtes d’Afrique; il lit raser en même temps les factoreries au’ils avaient à Pinda , à l’embouchure au Zaïre et dans le Loango. Il lit châtier ceux des souverains du pays qui avaient pris parti contre les Portugais. Le roi de Congo fut contraint de lui céder, pour obtenir la paix , la propriété, de l’île de Loanda. La reine Ginga, redoutant les Portugais, qu’elle avait trahis , se retira dans l’impénétrable profondeur des forêts de ses Etats; elle implora ensuite son pardon par d’humbles prières , et elle l'obtint. Quatorze sôvas, trattres ou rebelles, lurent décapités par les ordres du gouverneur. Salvador Corréa fit soumettre ensuite, par ses lieutenants, les provinces de Lumbo, d’Illamba, d’Ambolla , de Libolo , et le pays des Quissamas , qui avaient pris le parti des Hollandais. Ribeiro de Aguiar, qui fut envoyé dans la province de Libolo, combattit pendant onze mois contre cinq chefs J agas. Quatre d’entre eux furent à la fin faits prisonniers et décapités.
Salvador Corréa s’appliqua ensuite à réparer les malheurs inséparables de la guerre par les mesures qu’il prit pour faire fleurir le commerce et l’agriculture. Il distribua des terres à cultiver , le long des bords de la Zanza, de la Dande et de la Couenza , à ceux qui s’étaient distingués par leur bravoure. Ces concessions, dans le pays, portent le nom d 'arimos. Pour protéger la navigation de la Couenza contre les pirateries des Quissamas, il fit construire quatre petites galères, qui étaient continuellement occupées a descendre et à remonter le cours de cette rivière, et qui s’emparaient de tous les canots montés par des Quissamas. Ce fut aussi pendant le gouvernement de Salvador Corréa que les missionnaires capucins passèrent du Congo à Loanda, firent des missions et fondèrent des couvents dans l’intérieur du royaume d’Angola.
En 1655’ les Portugais pénétrèrent jusqu’au Rio-Luge, sur les terres des sôvas Quimbay-Ivala iet Bembe , qu’ils ravagèrent ; et ils forcèrent ainsi le roi de Congo à se soumettre. Ils se portè-
rent ensuite dans les provinces d’Ambacca et de Quissama , et assujettirent de nouveau quelques sôvas rebelles de ces deux provinces. Une expédition qui coûta plus de peine, et était accompagnée de plus de dangers, fut celle que l’on se vit obligé d’entreprendre contre le roi de Dongo ou des Pierres ( das Pedras ), qui s’était aussi tourné contre les Portugais. On pénétra enfin, par des fatigues inouïes , jusque dans les retraites fortifiées par une ceinture d’inaccessibles rochers , où le roi de Dongo semblait vouloir défier et braver impunément l’habileté et la valeur des Portugais. On le contraignit, pour conserver sa couronne, de se soumettre aux conditions qu’il plut au vainqueur de lui imposer. Ce fut sous le gouvernement ae Louis- Martin de Souza que la reine Ginga, autrement connue sous le nom de donna Anna de Souza, revint une seconde fois à la religion chrétienne, qu'elle avait abjurée depuis longtemps.
Les capucins missionnaires italiens eurent tout l’honneur de cette conversion.
On contracta avec elle une nouvelle alliance, et on lui rendit sa sœur, qui était toujours restée prisonnière entre les mains des Portugais.
Louis-Martin de Souza mourut des suites des blessures qu’il reçut dans un combat contre les Hollandais, en se rendant d’Angola au Brésil ; et il eut pour successeur, en 1658, Jean Fernandez Vieira, qui, comme gouverneur de Fernambouc, s’était distinguédans les guerres qu’il venait de livrer à ces mêmes Hollandais dans le Brésil. Pendant son gouvernement d’Angola il repoussa un vaisseau anglais qui voulait s'emparer de Benguella; il termina la forteresse de Santo-Amaro ; il contribua à l’établissement des carmes déchaussés, qui vinrent à Angola dans lemoisdeseptembre 1659, et qui fondèrent un couvent à Emgombota. 11 eut aussi quelques démêlés avec les jésuites.
Fernandez Vieira eut pour successeur un de ses compagnons d’armes dans la guerre d’Amérique, le brave André Vidal de Negreiros. Le roi de Congo avait, par le traité de paix que lui avait imposé Salvador Corréa de Sà , non-seulement cédé aux Portugais file de Loanda , mais encore le droit d’exploiter les mines d’or
CONGO
de son royaume. André Vidal voulut user de ce droit; mais le roi de Congo s’y opposa ouvertement, et leva aussitôt une puissante armée, qu’on porte à cent mille Nègres pourvus d’arcs et de flèches, sans compter deux mille autres, ayant des boucliers, etquelques-uns munis de fusils. L’armée des Portugais ne secomposaitquedetrois cent soixante blancs , soldats armés et disciplinés à l’européenne , et de six mille archers nègres; mais elle était commandée par Louis Lopez de Sequeira, natif d’Angola , qui , par la victoire qu’il remporta dans cette occasion, rendit son nom célèbre, et se plaça au rang des grands capitaines. Cette victoire, obtenue avec si peu de forces contre une si grande multitude, après un combat acharné et sanglant, qui dura six heures , parut si miraculeuse, que selon la tradition on avait vu dans l’air une belle femme, qui n’était autre que la sainte Vierge , étendant ses bras protecteurs sur les bataillons portugais. C'est sur les terres du dembo d’Amhuilla , sujet des Portugais, que cette mémorable bataille fut livrée. Le roi de Congo y fut tué, et sa tète, portée au bout d’une pique, ne contribua pas peu au désastre complet de sa nombreuse armée. La soumission du Congo fut la suite naturelle de cet événement ; mais il ne parait pas qu’elle eût aucun résultat pour l'exploitation des mines d’or, dont l’emplacement n’est pas exactement indiqué.
Tristan da Cunba , qui succéda à André Vidal , se lit tellement abhorrer par sa tyrannie , qu'au bout de cinq mois d’exercice ses propres officiers, aidésdes soldats et des principaux habitants, se révoltèrent contre lui , et le renvoyèrent au Brésil. On choisit ensuite cinq des principaux habitants ou fonctionnaires, auxquels on conféra l’autorité d’un gouverneur. Le roi de Portugal, par ses lettres patentes du 9 juillet 1 667 , approuva le parti qu’on avait pris et le choix qu’on avait fait. Le sénat des cinq ratifia le traité qui avait été précédemment conclu avec le roi de Congo ; et pour l’exécution de la clause qui donnait aux Portugais la faculté d’exploiter les mines d’or, lé sénat des cinq envoya le capitaine Louis Ferreira de Macedo à la cour de Congo, avec ordre de se rendre
ensuite dans le district d’Ambuilos pour prendre possession de ces mines et en faire l’examen. Le roi de Congo reçut Macedo avecbeaucoup d’égards; mais’ ce ne fut qu’au bout de quarante jours de négociations qu’il lui permit de se rendre au lieu de sa destination; il lui donna même son interprète pour le conduire ; mais après deux jours de marche Macedo trouva sur sa route les grands et les principaux chefs de la cour de Congo , qui s’opposèrent à la continuation de son voyage , et qui se montrèrent résolus de désobéir a cet égard aux ordres de leur souverain. Le roi de Congo , pour témoigner sa bonne volonté envers les Portugais, envoya prendre lusieurs paniers de la terre des prétenues mines , et les lit remettre au sénat des cinq , qui se contenta de cette satisfaction. On fit analyser la terre envoyée par le roi de Congo , et on n’y trouva pas le moindre indice d’or. Depuis l’on ne lit plus de nouvelles tentatives.
Le 26 août 1669 le sénat des cinq remit le gouvernement entre les mains de Francisco de Tavora , envoyé comme gouverneur par le roi de Portugal. Tavora n’avait alors que vingt-trois ans , et l’on redoutait son inexpérience; mais il administra avec tant d’habileté et de sagesse, qu’il reçut du peuple le surnom de petit garçon’ prudent ( menino pm dente). •
Le naufrage de César de Menezès , nommé pour remplacer Tavora , produisit encore un intérim de deux ans ; et le nouveau gouverneur de Ayres de Saldanha n’aborda en Afrique que le 28 août 1676. 11 eut à réduire les sôvasde Libollo , qui s’étaient révoltés , et il entretint constamment sur la rivière de Couenza un assez grand nombre de canots , nommés dans le pays quilombos, pour maintenir les sôvas'de Quissama dans la soumission , et pour assurer la navigation du fleuve. Ce gouverneur chercha aussi à se frayer une communication par terre entre l’établissement portugais du Congo et ceux qu'ils possèdent sur la côte opposée, ou la Mozambique. Un capitaine nommé Joseph de IVosa, habitué à faire des voyages à l’intérieur, s’offrit. Il partit à cet effet de Massangano , pour se rendre à Senna :
mais il échoua dans son entreprise -,
L’UNIVERS
il revint sur ses pas, quoiqu’il eilt, dit-il , parcouru une grande partie du chemin : plusieurs sôvas qui commandaient à des peuples féroces l’avaient, selon son récit, empêché de passer.
Ce fut sous le gouvernement de Jean Silva de Souza , qui succéda à de Ayres deSaldanha en 1680, que la célèbre reine Ginga ou donna Anna de Souza , succomba enfin à son grand âge. Les Ainbondas choisirent après sa mort François Gutterres, jeune et vaillant guerrier, qui attaqua le Jaga Cassange, vassal des Portugais. Ceux-ci livrèrent la guerre à Gutterres , le défirent, et le tuèrent dans une bataille, livrée dans un lieu nommé Catallé, situé à trois journées de marche de la banza ou capitale des États de la reine Ginga. La sœur de Gutterres lui succéda , et renouvela avec les Portugais l’alliance jurée par la reine Ginga.
Silva de Souza construisît un fort à Caconda, dans l’État de Benguella, afin de protéger le commerce des Portugais, qui tiraient de ce seul district presque tous les esclaves achetés dans ce royaume.
Mais sous le règne du gouverneur qui succéda a Jean de Silva le sôva de Caconda , qui avait consenti à la construction du fort , s’en empara par trahison, massacra le commandant et la garnison, et rasa toutes les forteresses. On fit marcher des troupes contre ce sôva , qui était de la race des Jagas; on le chassa de ses États, et on en prit possession; on poursuivit enfin sa personne jusque sur les terres de Golla Gimbo , un des sôvas les plus puissants , et un des plus implacables ennemis des Portugais; on le força à se soumettre, ainsi que celui auquel il avait donné retraite, et l’on rebâtit un nouveau fort à Caconda.
Les Portugais eurent ensuite à combattre le chet ou dembo d’Ambuila , qui se révolta en 1691. On s’empara de sa capitale , on en rasa toutes les fortifications , et on le contraignit à faire la paix. Il en fut de même des dembos de Quibuca , de Cabonda et d'autres districts qui s’étaient pareillement révoltés : on détruisit leur quipaeas, c’est-à-dire leurs fortifications de bois; on leur brûla plus de cent cinquante libattes ou villages, et ils consentirent à subir toutes
les conditions qu’il plut au vainqueur de leur imposer.
Ce fut en 1694 que le gouverneur Henri-Jacques de Magellan (Magalhaens) introduisit pour la première fois la monnaie de" cuivre à Angola. Auparavant tous les payements se faisaienten petites pagnes ou étoffes de paille, ou d’écorce du pays, nommées libongos. Les nouveaux'règlements que la nouvelle monnaie nécessitait occasionnèrent parmi les troupes une mutinerie qui ne fut pas facilement apaisée. Henri-Jacques de Magellan eut à combattre les petits souverains des bords de la Coueuza, les sôvas de Catata, d’Anguela et de Dambe; il en vint aisément à bout. Celui de Songo lui donna plus de peine. Le même gouverneur fit construire à la pointe de file du cap , sur la colline de Cassandàma, une forteresse à laquelle il donna le nom de Notre-Dame de la Rose, et qui , croisant son feu avec les batteries de Saint-Pierre de Barra, défendait l’entréedu port. Sous son successeur, Louis César de Menezès, le sôva de Hiemba, vassal des Portugais, se révolta, et tenta de s’emparer du Caconda ; mais il fut repousse , et poursuivi jusque dans sa propre libatte , et ensuite complètement battu , malgré l'assistance du sôva de Xalungango, son allié, qui s’était empressé de lui porter secours.
Dom Juan Manuel de Noronha,qui prit le commandement d’Angola en février 1713, fut obligé de combattre le sôva de Gando, dans le district de Caconda; un de ses alliés, le sôva de Canhacuto , se joignit à lui , et tous deux se retranchèrent derrière l’ Amène, rivière large et profonde ; les Portugais la franchirent , mirent en déroute les deux souverains nègres, et s’emparèrent de leur banza ou capitale; ils y mirent le feu , et firent un grand nombre de prisonniers, qui furent ensuite vendus comme esclaves. Dom Manuel eut, comme plusieurs de ses prédécesseurs , à lutter contre les jésuites , dont l’ambition, toujours envahissante, cherchait à dominer l’administration , et en entravait les ressorts.
Les Nègres du Congo, qui n’ont jamais pu supporter la domination des blancs, soit à cause de leur caractère indomptable, soit parce que cette do-
CONGO. 415
mination n’était qu’une continuelle et insupportable oppression, crurent avoir trouvé une occasion favorable de s'y soustraire, lorsqu’en juin 1717 on envoya pourgouverneurd’Angola Henri de Figueiredo de Alcarçâo. Tous les juges et les sôvas de la province de Caconda et d’une partie de Benguella se coalisèrent dans le dessein d'exterminer les Portugais. Ils choisirent à cet effet pour chef le Jaga Quiambolla. Celui-ci parut tout à coup avec une armée formidable , et menaça également le fort de Benguella et celui de Cacouda. Ce dernier se trouvait dans ce moment dépourvu de munitions et de troupes. Joseph de Nobrega, qui y commandait, fondit à l'improviste sur les positions du chef de I.ungariaébo , dans le district des Mabungos ; il s'empara de sa capitale et de sa personne , lui fit trancher la tête, et recueillit dans ses États une grande quantité de provisions, qu'il lit transporter dans le fort. Il livra ensuite bataille à l’armée des Nègres, qu'il mit eu déroute. Manuel Simoens , qui commandait dans Benguella, repoussa de son côté l’ennemi , et le força de se retirer dans la province des Quilengues. Il marcha contre le chef de Lungariaébo, et le força dans son quilombo ou camp fortifié. Il mit pareillement en déroute les sôvas de Quiendagougo, de Ianjara et de Mucuinalas. La plupart des chefs nègres périrent dans ces combats, ou furent décapités par les Portugais; quelques-uns cependant se réfugièrent dans d’impénétrables forêts.
Ces victoires n’empêchèrent pas que Manuel Simoens se vît forcé, sous le
?[ouverneur suivant , de porter encore a guerre chez les Quilengues, et de livrer bataille à plusieurs chefs, qui succombèrent dans le combat. Dans ce nombre se trouvait celui de Giracul. Le prince
Siuiambolla s'enfuit dans la province e Bembem , qui est une des plus vastes de l’intérieur; mais, ne s’y trouvant pas en sûreté, il se réfugia dans celle de Nano , située au delà de la rivière de Catumbella; et toujours poursuivi il se rendit enfin à discrétion, et promit de ne jamais porter les armes contre les Portugais.
11 y eut ensuite un intervalle de paix assez long , durant lequel cependant les
Portugais furent obligés d’envoyer des troupes qu'on tira du district de Golungo pour châtier les Quissamas, qui recommençaient sans cesse leurs pirateries. En 1738 , sous le gouvernement de Jean-Jacques de Magellan (Magalhaens), une nouvelle guerre se ralluma contre la reine Ginga , différente de la fameuse reine de ce nom , mais qui gouvernait le même État. La paix subsistait depuis trente ans entre cet État et les Portugais, lorsque Ginga fit massacrer et dépouiller plusieurs commerçants ou pumbeiros, qui, se fiant à la foi des traités, se livraient tranquillement à leurs spéculations dans les pays soumis à la domination de cette reine. On tira des troupes des districts d’icolo, de Golungo et de Dande; on les réunit sur le territoire d’Ambacca, et ensuite on entra sur les terres de la reine Ginga. Ou la força de fuir et d’abandonner sa capitale. Elle se soumit enfin, et obtint la paix, sous la condition de restituer les marchandises qu’elle avait enlevées aux négociants portugais, et de payer un tribut annuel pour les frais de la guerre. L’armée a son retour passa par Quissania, pour châtier quelques sôvas de cette province.
La tranquillité dont les Portugais jouireiit après cette expédition fut mise à profit pour achever des constructions utiles à leur défense ou à leur existence dans le pays ; mais en 1763, sous le gouvernement d'Antoine Alvarès da Cunha, ils se virent obligés de prendre de nouveau les armes contre les sôvas de Benguella, qui avaient pillé leurs négociants. Les Portugais , réunis aux sôvas, qui leur étaient alliés, rassemblèrent des forces suffisantes pour battre les sôvas de Muxinda , de Zamba Calembo et Cabundaz. Cette guerre dura huit mois. On poursuivit les eniStmis jusque dans les provinces de Bambe et deGalange, où ils s’étaient réfugies; on leur fit un grand nombre de prisonniers, et on leur prit une quantité prodigieuse de bétail.
Ce succès détermina Antoine de Vasconcellos, qui succéda à Alvarès dn Cunha, à s'emparer, en 1758, de Pedra- Encoge ou rocher d'Encoge, forteresse située entre les États des denibos d’Am-
416 LTJiSIVERS.
buila et d’Ambuela , et utile pour l’introduction des marchandises dans l’intérieur. Le dembo d’Ambuila et celui d’Ambuela, non-seulement ne s’opposèrent point à cette conquête, mais tirent alliance avec les Portugais contre leurs ennemis communs.
C’est à Antoine Vasconcellos que les gouverneurs portugais en Afrique ont l’obligation d’être logés dans un palais commode, au lieu d’une petite et vieille maison qu’ils habitaient auparavant. Le gouvernement de Vasconcellos dura cinq ans et sept mois; ce qui lui permit non-seulement d’achever cette construction , mais de rebâtir entièrement en pierres la citadelle de Saint-Paul de Loanda, que le gouverneur Manuel de Noronha n’avait construite qu’en terre.
Cependant le fort ou préside que Vasconcellos avait établi dans l’intérieur pour maintenir dans la soumission la province d'Encoge fut inquiété sous son successeur. Plusieurs milliers de Mussoens et de Maungos, associés aux rebelles d’Ambuela, embarrassaient les travailleurs, rançonnaient les cultivateurs, et massacraient les soldats qu’ils trouvaient isolés ou désarmés. Souza de Coutinho, qui était entré en fonctions en 1764, fit marcher contre ces hordes ennemies une armée, qui les battit dans plusieurs rencontres; on dévasta leur pays ; on s’empara de neuf de leurs quissacas, ou places fortes , et on les mit pendant longtemps dans l’impuissance de troubler la tranquillité des provinces d’Encoge et d’Ambacca. Il tallut aussi, sous le même gouverneur, châtier les habitants de Caconda, qui avaient recommencé à dépouiller ou à tuer les commerçants portugais ou leurs agents.
Souza de Coutinho fut informé que les navires étrangers qui se rendaient à LosOigo touchaient dans des ports plus méridionaux , et sur les côtes appartenant aux Portugais , et qu’ils trouvaient ainsi les moyens de faire la contrebande. Pour empêcher de telles usurpations, et prévenir le dommage qui en résultait pour le Portugal, Souza de Coutinho établit un préside, et fit construire un fort entre les ports de Benguella et du vieux Benguella, dans un lieu nommé Zenza-Caballo. Ce nouveau
préside reçut le nom de Novo-Redondo.
et a toujours subsisté depuis.
Ce fut en 1783, sous le gouvernement de l’évêqueLouis de l'Annonciation, que les Portugais tentèrent d’exclure les étrangers du commerce de Cabende, et à cet effet ils yi construisirent un fort; mais les Français réclamèrent, et envoyèrent une escadre qui força les Portugais à abattre ce fort, et à laisser libre le commerce de Cabende, comme il l’avait toujours été.
Ce fut en septembre 1 784 que Mossamèdes prit possession du gouvernement d’Angola. Il eut avec l’évêque de Malacca, qu’on avait envoyé en Afrique, de longs et fâcheux démêlés, parce que cet ecclésiastique, au mépris de l’autorité du gouverneur , se permettait d’en agir d’une manière cruelle et injuste envers les nègres et les mulâtres de l’un et l’autre sexe qui, retombant dans leurs anciennes coutumes, célébraient le lembamento ou quicumbi, et le tombe ou mutambe.
Le lembamento ou quicumbi est une cérémonie qui ressemble beaucoup à celle du casar, ou du mariage des nègres de Sénégambie. Elle a lieu lorsqu’on veut se procurer une jeune fille, au moyen de quelque argent qu’on donne au père, à la mère, ou à ses maîtres.
Avant d’être livrée à son amant, ilfaut qu’elle aille passer huit jours dans une maison séparée, qu’on nomme maison de l’usage ou de la coutume. Là un prêtre-fétiche vient journellement la visiter à des heures déterminées ; il la fait mettre toute nue, et l’oint dans diverses parties du corps, prononçant en même temps certaines prières adressées à Yitique, ou l’idole, pour que la jeune fille puisse plaire à son amant, pour que jamais il ne l’abandonne ni n’en prenne une autre, et pour qu’elle aitde lui un grand nombre de fils. Après les huit jours écoulés, la jeune Glle passe dans une autre maison, où elle est revêtue de pagnes les plus riches, et parée de bijoux qui lui entourent le cou, les bras et la tête. Si les père et mère de la jeune fille n’ont pas pour cette parure les ornements nécessaires, ils sont tenus de se les procurer, ou de les emprunter; et ce serait un acte irréligieux que de refuser de les
«le
CONGO
leur prêter dans une telle circonstance. On élève ensuite dans la chambre où se trouve la jeune fille une estrade, sur laquelle on la place; puis on exprime devant elle, par des chants, des danses et des pantomimes obscènes, toutes les jouissances qu'on désire, et qu’on espère devoir être son partage. On lui adresse mille félicitations, auxquelles on ajoute le titre de quicumbe, qui signifie reine, et trois jours entiers se passent ainsi dans les fêtes, les réjouissances et la débauche, auxquelles prennent part un grand concours de personnes, ensuite on termine la cérémonie en remettant la jeune fille à son amant.
Le ïambe ou mutamhe est la cérémonie des funérailles. On y fait l’éloge des actions les plus honteuses du défunt ou de la défunte. On dit le nombre de ses concubines, si c’est un homme, et de ses amants, si c'est une femme. On n’oublie pas de dire, dans le premier cas, qu’il a été circoncis, et qu’il avait soin d’adorer Yitique, c’est-à-dire l’idole”. On fait des festins, et l’on s’enivre. Le corps est placé dans une petite cabane, construite exprès dans un jardin ou dans un champ , et on met au pied du défunt un plat, une calebasse et une pipe brisée. On fait pendant huit jours différents actes de dévotion autour de cette cabane, et dans cet intervalle on mange un porc, dont on va ensuite, en procession, jeter le squelette à la mer, ou dans la rivière la plus prochaine. Par cet acte essentiel, et (fui a toujours lieu dans ces sortes de cérémonies, ils croient que l’âme ( zitnibi) du défunt entre dans un repos éternel. Après cette action, ils disent que le tombe est converti en mutambe ; et tout se trouve terminé.
L'existence et la pratique de ces cérémonies superstitieuses, même parmi les nègres qui s’étaient fait baptiser, prouve combien peu l’intelligence et le véritable esprit de la religion chrétienne avaient fait de progrès parmi eux. L’évêaue.de Malacca voulnitassujettirlessôvas d'Ihamba, deDande, de Barra, et d’autres, à remettre aux ecclésiastiques les rémicea des productions de la terre, et des amendes pour ceux qui se livraient aux pratiques du lembamento et du mutambe, ainsi qu’au culte des milongos ou fétiches. Le gouverneur s’opposait
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avec raison à de telles innovations, qui tendaient à mécontenter les peuples , et à produire des révoltes. Après des débats qui durèrent longtemps, l’évêque fut obligé de céder, et s’embarqua eu 178# pour retourner en Portugal.
Vers cette époque le gouverneur eut à soutenir une guerre opiniâtre .avec le marquis de Mossoul , qui avait attaqué le couvent des missionnaires italiens dans le Bengo. Ceux-ci, à l'aide du grand nombre d’esclaves qu’ils possédaient, opposèrent une résistance efficace, et arrêtèrent l’armée ennemie jusqu’à ce qu’on fdt venu à leur secours. Quoique les Portugais eussent mis sur pied une armée de dix-huit mille hommes, cette guerre se prolongea encore sous le gouverneur suivant, frère de celui qui l’avait commencée.
Mossamèdes fit sortir une expédition du port de Pinda, pour aller former au cap Négro un établissement , qui cependant n’eut pas lieu. Par son ordre, on fit aussi quelques voyages de découvertes dans l’intérieur du pays, vers le sud. Après avoir gouverné six ans avec succès, Mossamèdes retourna en Portugal. Il ne se passa ensuite rien qui mérite d’être rappelé, jusqu’à l’arrivée du gouverneur Antoine Saldanha de Gaina , en 1807.
Ce gouverneur entreprit d’établir des communications suivies et directes avec la nation des Mollouas , et par leur moyen de s’ouvrir un passage jusqu’à Mozambique, sur la côte opposée du continent africain. Pour accomplir ce projet deux expéditions devaient partir en même temps des deux côtes opposées, et se rencontrer dans l’intérieur. Le. naturaliste Lacerda fut nommé chef de l’expédition de Mozambique ,• et partit en effet de In rivière Senna; mais il ne parvint que jusqu’au lieu nommé Cazeml»e, où il succomba à l’insalubrité du climat, laissant après lui un journal de son vovage. Saldanha nomma pour chef de l’expédition qui devait partir d’Angola François Honoré da Costa, qui vivait auparavant retiré dans le préside de Pungoandongo. On le fit directeur de la foire de Cassange, qui sc tenait sur les terres du .laga de ce nom, et qui est le dernier souverain vers l’orient soumis aux Portugais,
L’UNIVERS
On apprit que les États de ce chef étaient limitrophes d’un souverain plus puissant que lui , nommé Muata Yambo, qu'il empêchait, par divers artitices, de communiquer avec les Portugais. François Honoré da Costa réussit à envoyer plusieurs de ses pumbeiros ou courtiers au banza où résidait Muata. Ils y furent très-bien accueillis, et désabusèrent Muata de toutes les craintes et de toutes les fausses idées que leJaga Cassange lui avait suggérées sur les Portugais et sur le Mouane- Pouto , nom par lequel les nègres désignent spécialement le souverain du Portugal, et par extension le gouverneur d’Angola. Muata envoya à ce gouverneur deux ambassadeurs, qu’accompagnaient les agentsde François Honoré da Costa. Sur le refus du Jaga Cassange de livrer passage sur ses terres, les deux ambassadeurs traversèrent les États du sôva de Bnmba. Ils se rendirent à Ambacca; de là on les conduisit à Loanda, où ils arrivèrent en 'janvier 1808. Ils furent reçus avec beaucoup de pompe par le gouverneur ; et dans l’audience qu'il leur accorda ils lui remirent les présents du roi leur maître , qui consistaient en esclaves, en une peau de zèbre , et en plusieurs peaux de macaques; de plus, en une natte et quelques paniers en paille curieusement travaillés, en deux barres de cuivre, et en un échantillon de sel de Cazembe. Ces ambassadeurs avaient la barbe longue, la tête ornée d’un turban de plumes de perroquet grises et rouges, les bras et les jambes entourés d’anneaux de cuivre, de fer et de laiton; à leur côté pendait, à un baudrier formé d'une peau roulée de macaque, un. large couteau; de la > main gauche ils tenaient une hache ou sagaie, et de la droite uue queue de cheval en signe de leur dignité. Ils avaient ' le milieu du corps entouré d’une pagne rayée , recouverte à sa partie supérieure d’une peau de macaque. Ce costume leur donnait un aspect guerrier, et plaisait aux yeux par sa variété et sa singularité sauvage.
Selon les récits des pumbeiros, ou agents commerciaux de François Honoré da Costa, la nation des Molouas avait un commencement de civilisation. Dans le banza ou ville capitale de Muata,
on arrosait pendant l’été régulièrement les rues, afin de tempérer les chaleurs excessives et d’abattre la poussière. L’épouse de Muata vivait, à trente ou quarante lieues de lui, dans un État particulier, qu’elle gouvernait en souveraine, et elle ne se réunissait à lui qu’à certains jours de l’année. Dans le banza ou ville capitale de cette reine on mettait à mort huit, dix , et jusqu’à quinze individus par jour; et on ajoutait que probablement les exécutions n’étaient pas en nombre moindre dans le banza de Muata, son mari. On attribuait à la barbarie des lois, à l’ignorance , et au défaut de commerce et des communications avec d’autres peuples , cette extrême férocité et ce grand nombre de supplices.
On apprit encore par les pumbeiros que la nation de Cazembe , sur le territoire de laquelle mourut le naturaliste Lacerdu, était feudataire de Muata Yambo, et lui payait un tribut de sel marin, qui provenait de la côte orientale. La possibilité d’une communication entre la côte occidentale et la côte orientale se trouva donc ainsi démontrée; et le gouverneur Saldanha donna les ordres et fournit les provisions nécessaires pour que les agents ou pumbeiros qui étaient venus avec les ambassadeurs retournassent par la même route, et qu'après avoir atteint le terme de leur premier voyage ils continuassent toujours vers l’orient, jusqu’à ce qu’ils eussent rencontré des biancs.
Féo assure que le résultat de tant de travaux était réservé au général qui succéda au gouverneur Saldanha ; et cependant il ne nous fait connaître nulle part ces résultats, et ne parle plus de voyages tentés dans l’intérieur de l’Afrique.
Lorsque le gouverneur Saldanha eut, le 3 avril 1808, appris la résolution du prince régent de Portugal, de transférer au Brésil le siège du gouvernement, il se hâta d’envoyer à ce prince un navire chargé de nègres, avec dix-huit uintaux de fer extrait des mines du istrict de Golungo , cinquante-cinq barres de cuivre transportées de l’interieur, de la gomme résine, appelée mococoto, du cardamome , et d’autres productions indigènes. Peu de temps après , il Qt encore à la cour portugaise du Bre-
CONGO
si) un second envoi de même genre, qui se composait d’ivoire, de cuivre et de pétrole, extrait des mines de Dande.
Saldanha fit procéder à l’exploitation des mines de soufre du Benguella , qui sont tellement riches, dit-on, qu’elles pourraient seules suffire à la consommation de tout le Portugal. Aussi actif qu’éclairé , Saldanha s’efforça d’introduire la vaccine à Angola; mais, soit qu’on doive l’attribuer au climat , à la constitution physique des nègres, ou à toute autre cause, toutes ses tentatives à cet égard furent sans résultat.
Dom Joseph de Oliveira de Barboza, qui lui succéda en 18tO, entreprit de faire un canal pour conduire à Loanda de Saint-Paul les eaux de la rivière de Couenza, sur une longueur de quatorze lieues d’étendue, à partir du lieu nommé Calumbo, au-dessous de l’église de Saint- Joseph. 11 y lit travailler plus de trois mille ouvriers pendant trois ans consécutifs sans pouvoir parvenir ( à cause des pluies, qui détruisaient les travaux, et de la désertion des ouvriers ) à terminer cette grande entreprise. On n’en pouvait pas concevoir de plus utile; car ce qui manque surtout à Loanda, c’est l’eau. Pendant la sécheresse de 1817 un bateau d’eau pour le chargement d’un navire coûtait 12,800 réaux,ouplus de 80 francs.
Louis de Motta Feo e Torrez, le père Feo Cardozo, arriva à Loanda le 29 juin 1816, pour remplacer Oliveira, et prit possession du gouvernement le 3 juillet suivant. Ce gouverneur fit beaucoup de constructions nouvelles à Loanda, et d'embellissements dans la ville, ainsi que plusieurs améliorations dans l’administration intérieure, (jue son fils a longuement détaillées, leo e Torrez ordonna aussi trois petites expéditions guerrières pendant la durée de son gouvernement; l’une au mois de juin 1817, dans le royaume de Benguella, pour secourir les Mondombes, Nègres employés par les Portugais dans la fabrication du charbon, dont les sôvas Quitata , Calumquembe , Huambo, Quiquete, Quiaca, Quibonga, Galengue , Quinpuo et Marna, dévastaient les champs, et enlevaient les troupeaux. La seconde expédition sortit du préside des Rochers (das Pedras) de Pungoandongo
en janvier 1818, pour châtier le sôva rebelle Quicano, qui avait fait irruption sur le territoire du sôva de Ilaco, allié des Portugais. Enfin la troisième expédition eut lieu dans le préside de Novo- Redondo, contre quelques sôvas qui menaçaient cet établissement, et refusaient de payer aux Portugais le tribut convenu.
De 18t9 à 1829 il y eut quatre gouverneurs : Tovor de Albuquerque, Ignacio de Lima, Avelino Dias et Abreu Castellobraneo. A partir de cette époque, au milieu des révolutions politiques de la mère-patrie, l’histoire de ces colonies n’offre que fort peu d’iutérét.
Tableau historique des voyages entrepris dans les régions comprises entre
l’équateur et le 15e degré latitude
australe.
L’Afrique équinoxiale , surtout dans la partie située entre 0° et 15° latitude sud, était mieux connue aux seizième et dix-septième siècles, qu'elle ne l’est aujourd’hui. Cela tient principalement à ce que le Portugal, la métropole de ces colonies africaines, n’était pas alors entièrement déchue de sa splendeur; actuellement elles partagent le triste sort de la mère-patrie. L’etat d’ignorance où nous sommes relativement à ces contrées continuera tant qu’une puissance forte et sage ne songera point a s’eu emparer au profit de la civilisation et des sciences naturelles.
En 1578, Edouard Lopez, natif de Benevento, sur les bords du Tage, mit à la voile pour se rendre à Loanda, port du Congo. Après quelques années de séjour, il fut chargé par le roi de ce pays d’une mission auprès de Philippe H, relativement à l’envoi des missionnaires et à la liberté du commerce. Son ambassade échoua auprès du roi d’Espagne , dont l'attention était alors absorbée par l'équipement de la grande flotte qui devait conquérir l’Anglelerre; entreprise dont la reine Élisabeth signala la vanité par une médaille sur laquelle on lit ces mots mémorables : Ajflavit De us , et dissipait sunt. — Lopez , dégoûté de la vie, prit l’babit de moine, et se rendit à Rome; mais il ne réussit pas davantage^ intéresser le pape Sixte-Quint aux affaires du Congo. C’est pendant son
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séjour à Rome qu’il communiqua ses observations à Pigafetta, qui les publia en italien, sous le titre de : Kelazione del reaime ili Congo e. dette circonvicine contrade, tratla degli scritti e ragionamenti di Odoardo Lopez Portogheze , per Filippo Pigafetta; Roma, in-4" (82 pages )(!).
En quittant Rome, Lopez retourna eu Afrique, où il paraît avoir péri; car depuis on n’a plus entendu parler de lui. C’est le premier voyageur qui ait donné quelques détails sur le Congo et les pays eireonvuisins.
L’Anglais André Battel était contemporain de Lopez. Il sortit de la Tamise le 20 avril 1689; arrivé sur la eôte du Brésil, il tomba entre les mains des Portugais, et fut ensuite conduit au Congo, où il vécut pendant plusieurs années dans la condition d’un prisonnier ou d’un esclave aux ordres du gouverneur. Il servit les Portugais dans plusieurs expéditions contre les indigènes , et obtint le grade de sergent. Battel ne nous apprend pascominent il trouva l’occasion de retourner en Angleterre, où il publia le récit de ses aventures sous le titre : The strange Adventures of Andrew Hattet, of Leigh, in Essex ; Kent ht/ the l'ortuguese, prisoner to Angola, who lived Ihere, and in the adjoining régions, near eighteen years. Cette relation est insérée dans Purchas, Pi/grimage, tome II, liv. VII (Lond-, 1626, in-fol., p. 765). On y trouve la description des provinces d'Engoy, de Loango, de Bengo, de Calongo, de Mayombo, de Mantkesocke et ue Matemba. Battel , après son retour d’Afrique , se retira à Leigh , sa ville natale , et y passa tranquillement le reste de ses jours.
Samuel Braun, chirurgien de BAIe, visita à différentes reprises (1611-1616) les côtes de l’Afrique occidentale, particulièrement les contrées qui nous occupent. Les cinq voyages , qui renferment des détails climatologiques inté-
(i) I.e titre est sans date; mais IV-pilre dediratoire est du 7 août i5gr. — Lassiodore Keiuius publia ce voyage en latin, sous le titre : Hegnum Congo, hoc est -liera des~ criptio regni Africnni tam nh incolis quam Lusitanis Congés appellatnm ; Franrolurti, i5çj8, in-8".
ressants, ont été publiés dans différentes collections (1).
Les voyages d’Angelo et de Carli, Cordeliers et missionnaires au Congo, n’offrent de l'intérêt que pour l'histoire des missions (2). Ces religieux n’enseignaient guère aux nègres que les pratiques extérieures de la religion, et s’imaginaient en avoir fait d’excellents chrétiens. Ils s’extasiaient du zele de leurs néophytes, qui sans doute 11e voyaient dans les cérémonies religieuses que des pratiques de sorcellerie.
C’est ce qui pouvait expliquer le zèle des nouveaux convertis.
J. G. Cavazzi, capucin et. ardent missionnaire, partit d’Italie le 9 février 1654, et arriva au Congo la même année. Il y resta douze ans, et parcourut, pourexercer son ministère, les différentes provinces du Congo proprement dit, de Matamba et d’Angola. l)e retour à Rome, en 1668, il rendit compte au pape et à la congrégation de la Propagande de l’état du christianisme dans ces vastes contrées. O11 fut tellement satisfait de ses récits, qu’on lui donna l’ordre d’écrire l'histoire de la mission dont il avait fait partie, et de toutes celles qui l’avaient précédée. Lorsqu'il eut exécuté, cette tâche, on le nomma préfet de toutes les missions du Congo, avec la permission de choisir tel nombre de missionnaires qu’il jugerait nécessaire pour l’assister. Il partit pour un second voyage en 1670, et arriva avec sa troupe de zélateurs à Luanda dans
( 1) Navigalioncs quoique; appendix rrgni Congo in collectione ilincrariornm de l’ry , opéra Sam. Rraiino ; Francofurti, 169.5, in-fol — Pnrrlias’s Pilgrimage, vol. Il; Pinkerton, tom. XVI, p. 335.
(9) Les relations de ces deux missionnaires parurent en 1679, à Reggio, sous le litre : H Moro trasportato in Pcnezia, ov liera raconta de' costumi e religionc de * / nspoti delC Africa, America , Asia cd Europe.
Cet ouvrage a été réimprimé, en français, dans Y Éthiopie occidentale du P. laibat; Paris, 17II9, tome V, p.91, 96H. Il se trouve, en outre, dans Churchill’:, Collection, 17.3a, in-lol., tome I, p. 555 ; dans le recueil d’Aslley, AV-tv general Collection of' voyages and travels, 1746, in-4"; et dans Pinkerton’s Collection o) voyages and travels, 18 q, in-4°,tome XVI, p. 148.
CONGO
la même année. On n’a aucune relation de ce second voyage.
I.e grand ouvrage que Cavazzi avait composé, par ordre de ses supérieurs, parut à Boulogne, en 1087, revu et corrigé par Fortuné Alamandini, célèbre prédicateur de l’ordre des capucins (I). Cet ouvrage est divisé en sept livres ; les cinq derniers renferment l’histoire des missions, et les deux premiers la description géographique du pays. C’est celle de Lopez, telle que Pigafelta l’a donnée, sauf quelques remarques de Cavazzi. L’ouvrage de Cavazzi fut traduit par le pere Labat, et publié a Paris en 1732, 5 vol. in-12 ( Relation de l'/Ct/iiopie occidentale). Cette traduction est enrichie de notes et de deux cartes du célèbre d’Anville , qui sont encore aujourd’hui consultées comme une autorité.
Il résulte de la relation de Cavazzi que les Portugais avaient encore dans la dernière moitié du dix-septième siècle une très-grande puissance au Congo.
On doit en grande partie attribuer leur anéantissement presque complet au zèle aveugle et cruel des gouverneurs et des missionnaires.
Le voyage de Jérôme Merolla, capucin italien, et attaché à la mission du Congo, date de 1682; son ouvrage renferme quelques details intéressants d’histoire naturelle. Il est encore aujourd’hui consulté qvee fruit (2).
L’insalubrité du pays, la férocité des indigènes et le soleil brillant de la zone torride furent précisément les motifs qui déterminèrent Antoine Zucclielli de Gradisca, en Styrie, prédicateur capucin, à solliciter de ses supérieurs la permission de se rendre au Congo comme missionnaire. Après avoir parcouru une
(1) Titre de l'ouvrage de Cavazzi : Istoria de tic regrii Congo, Matamba c Angola, siluati ntlC Eliopia interiore occidentale, e de/le missions apostoliche escrcitatevi da rcligiosi capuccini , aecurataioeute conipilate dal P. 6. Cavazzi da Montecuccolo, etc.; Bologna, 1(187, in-fol. (ijV, pages).
(2) L'ouvrage est intitulé : Angelo Ricardo de y a poli, Relazione Jiitla det padre Me- v colla da Sorrcnto, net régna dt Congo; Na.poli, 1692, in-40. Ou le trouve, en anglais, dans les collections de Churchill et Pinkerton; et, en allemand, daus Allgemeine historié der Reisen, tome IV, § 57a.
partie de i’Italie, de l’Espagne et du Portugal, il s’embarqua à Lisbonne, le I" février 1608, pour le Congo. Comme tous les navigateurs d’alors, il- toucha d’abord à la baie de San-Salvador, au Brésil, pour regagner, après ce trajet la côte occidentale de l’Afrique. Il arriva le 9 novembre 1 698 à la ville de Loanda. Il revint en Europe après un séjour d’environ quatre ans (1).
Zucchelli elot la liste des relations des missionnaires capucins, italiens ou portugais. Ces relations sont toutes écrites dans le même esprit d’intolérance religieuse, et s’expliquent les unes par les autres.
Vers 1704 Jacques Jlarbot le jeune et Jean Caseneuve visitèrent une partie du Congo et Cabiude. Leurs relations ont été insérées dans la collection de Churchill , tome V.
L’histoire des missionnaires français dans le Loango et leCaeongo, de 1766 à 1776, fut rédigée par l’abbé Proyart, qui avait obtenu des préfets apostoliques la communication des mémoires de la mission française (2). On y trouve, au ■ milieu de quelques exagérations évidentes, des renseignements utiles sur les mœurs, le gouvernement et les facultés morales des habitants de celte partie de l’ A trique.
!.. Degrundpré, oflicierdela marine française, parcourut pendant plusieurs années les mers d’Afrique, depuis le cap Vert jusqu'à Zéila en Abyssinie, pour se livrer au commerce des esclaves, qui occupait alors un grand nombre de capitaines marchands. Dès 1777 il se.
trouvait sur la eôte d’Angola, où le commerce français avait établi une concur rence telle que les Anglais et les Hollandais s’étaient vus forcés d’abandonner ees parages. C’est au retour de ses nombreuses expéditions qu’il rédigea sou livre, qui contient des observations fort remarquables sur la côted' Angola (3).
(i) Son ouvrage a pour titre : Relazione di riaggio c missione di Congo nclC Etiopia inferiore occidentale , etc. ; Venezia, 171a, iii-4°.
(a) Histoire de Loango et Cakongo, et autres royaumes tC Afrique; Paris, 1776, iu-ia.
(3) Roy âge à la côte occidentale d'A/ri-
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L’expedition de Tuckey , en 1816, avait été entreprise pour résoudre certains points de géographie alors fort controversés. On se rappelle que Mungo- Park, dont les voyages avaient été encourages par la Société africaine de Londres, avait le premier constaté que le Niger est un fleuve parfaitement distinct du Sénégal, et qu’à partir de sa source il se dirige de l’ouest à l’est ; mais il n’avait pu obtenir aucun renseignement certain sur les contrées que ce fleuve traverse dans son cours moyen ni sur le lieu où il se termine. Dans un mémoire inséré à la suite du voyage de Muugo- Park, le major Rennell essaya d’établir que le Niger se perdait a l'est dans un immense marais nommé Ouangara (lac Tchad?), qui à l’époque des pluies communiquait avec les sources du Nil. Cette opinion ne fut pas généralement adoptée, et les géographes imaginèrent differentes hypothèses, uppuyées sur des arguments plus ou moins plausibles. Reichard, entre autres, supposa que ce grand fleuve de l’Afrique, après avoir coulé d'abord vers l’orient, se dirige ensuite au sud et à l’ouest, pour se jeter dans le golfe du Bénin. Cette hypothèse (qui fut plus tard confirmée ) une fois admise, il n’en coûtait pas beaucoup plus de faire descendre le Niger plus au sud , afin de le conduire dans l'Océan par l’embouchure la plus large de cette cote, et par conséuent la plus digue de le recevoir, celle u Zaïre. George Maxwell, négociant anglais, embrassa ce système, et le fit adoptér par Muugo-Park. Mais cet intrépide voyageur ayant échoué dans sa tentative de suivre le cours du Niger depuis sa source, on résolut de la renouveler en commençant par son embouchure supposée. Ce fut là le but de l’expédition du capitaine Tuckey, qui s’adjoignit l’hydrographe Kitz Maurice, le botaniste. Smith et le zoologiste Cranch. Cette expédition, qui promettait de si beaux succès, eut les résultats les plus malheureux. Tuckey, Smith, le lieutenant Hawkey, trois employés, dix hommes de l’équipage , en tout dix-
que, fait clans les années 178IÎ et 1787, etc., suivi d’un voyage au cap de Bouue-Espérauce; 1 vol. in-8°, ornés de gravures , faites sur les dessins de Degrandpré; Paris, 180*.
huit personnes moururent dans l’espace de trois mois sur le fleuve Zaïre. Ceux qui restaient se hâtèrent de revenir en Angleterre; ils étaient seulement parvenus avec beaucoup de peine à remonter le fleuve sur une longueur d’environ quatre-vingts lieues marines, en comptant les détours, qui sont considérables.
Tuckey et Smith avaient consigné, jour par jour, les résultats de leurs observations. Ce sont ces deux journaux que l’on a textuellement publiés, avec les remarques détachées de quelques autres membres de l’expedition (1).
J. B. Douville publia, en 1832, un Voyage au Congo , fait dans les années 1828, 1829 et 1830. Ce voyage obtint le grand prix de la Société de Géographie de Paris. Douville raconte qu'il a visité en détail toutes les provinces qui composent le royaume d’Angola et de Benguella, et qu'il a de là pénétré dans les pays habites par les nègres' indépendants. Le' point le plus méridional auquel il ait atteint est à 13° 27' de latitude; il est allé dans la direction opposée, jusqu’au delà du 3e degré au nord de l'équateur; il s'est avancé dans l’est jusqu'au 2â“ 4'.
On a soulevé bien des objections contre l’authenticité de ce voyage. L'une des plus graves est que Douville, suivant la manière dont il voyageait, aurait dû dépenser une somme d'argent considérable, que l’auteur lui même fixe (en réponseàun articledu Foreing (Juarterley Review), à 240,000 francs. C’est beaucoup pour un particulier qui d’ailleurs n'etait pas très-riche. Une autre objection, peut-être plus grave encore, est puisée dans l’histoirenaturelle. Ainsi, l'auteur décrit, entre autres, un anima! semblable à un épervier, muni d’une corne sur la tête et servant à crever les yeux aux singes. Cet animal doit être rangé à côté du phénix et de l'hippogryphe. Quoi qu’il en soit. Douville paraît avoir visite une partie du Congo, sinon la totalité des contrées qu’il indique. Quelques-uns prétendent , mais
(ï) Narrative of an expédition to explore the river Zaïre , usually called the ( ou pu, in South Africa , in 1816, under the direction of captainJ. K. Tuckey; London, 1 8 r8, in-4°. — Traduction française par Defauconpret , a vol. in-8°, avec uu allas in-40.
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sans pouvoir fournir des preuves positives, que Douville, qui s’etait établi aja Brésil, faisait partie d’une compagnie de négriers. Un fait certain c’est que la relation offre plusieurs ressemblances frappantes avec les récits des anciens missionnaires, et particulièrement de Cavazzi.