I. Animaux
Batte), Merolla, Degrandpré et Tuekey sont a peu près les seuls voyageurs qui nous aient donné quelques notions précises sur l’histoire naturelle du Loango , du Congo, de l’Angola et du Benguella.
Parmi les mammifères, on remarque quelques espèces de singes dont Degrandpré raconte plusieurs traits d’intelligence. Une petite mone.à longue queue et à face bleue, aimait passionnément l’anisette. Il se servit de cette liqueur pour mettre l'animal à l'épreuve:
Il thaau milieu de sa chambre une bouteille qui en était remplie ; après avoir fait de vains efforts pour renverser la bouteille ou pour passer la main dans le goulot, l’animal s’avisa d’ vjeter du sable, qui se substituant au liquide le fit déborder ; l’ivresse la plus complète l’empécha d’achever son opération.
Dans la forêt de Mayomba, au Loango , on rencontre le pongo , qui a beaucoup de ressemblance, avec l’orangoutang de l’Archipel indien. Battel en fit la première description. « Lespongos, dit-il, ont les mains, les joues et les oreilles sans poils, à l’exception des sourcils, qui sont fort longs. Quoiqu'ils aient le reste du corps assez velu , le poil n’en est pas fort épais, et sa couleur est brune. Enfin, la seule partie qui les distingue de l’homme, est la jambe, qu'ils ont sans mollet. Ils marchent droit, en se tenant de la mainte poil du cou. Leur retraite est dans les bois. Ils couchent sur les arbres, et se font une espèeede toit qui les met à couvert de la pluie. Leurs aliments sont des fruits ou des noix sauvages ; jamais ils ne mangent de chair. L’usagedes nègres qui traversent 1rs forêts est d’y allumer des feux pendant la nuit. Ils remarquent que le matin , à leur départ , les pongos prennent place autour du feu et ne se retirent qu’après qu’il
est éteint; car, avec beaucoup d’adresse, ils n’ont pas assez de sens pour l’entretenir en y apportant du bois. Ils marchent quelquefois en troupes, et tuent les nègres qui traversent les forêts. Ils tombent même sur les éléphants qui viennent paître dans les lieux qu’ils habitent, et les incommodent si fort à coups de poing ou de bâton, qu’ils les forcent de prendre la fuite en poussant des cris. On ne prend jamais ae pongos en vie,
fiarce qu’ils sont si robustes, que dix lommes ne suffiraient pas pour les arrêter (1). U
Craneh, naturaliste de l’expédition de Tuekey , avait trouvé sur les bords du Zaïre des troupes nombreuses de callitriches ou singes verts [simiasabæa, Linn. ). Le même naturaliste avait reçu de la part des indigènes trois jeunes lionceaux; ces animaux moururent au bout de trois jours, probablement parce que Craneh ne put les nourrir qu’avec du pain trempé dans de l’e8u.
Suivant Cavazzi , c’est au Congo que l’on trouve le plus de lions d'une grandeur démesurée; mais ces animaux n’v portent pas de crinière. L’absence de crinière est d'ailleurs un des caractères les plus saillants du lion {/élis leo ) de l’Afrique occidentale et centrale. Cependant , le lion de l’Afrique septentrionale fMaroc, Algérie, Tunis) se fait remarquer par la longueur de sa crinière, qui s’étetîd sur la poitrine et le ventre jusqu’à l’ombilic; elle est beaucoup plus courte chez le lion d’Asie. Le lion du midi de l’Afrique a le pelage plus foncé que eelui du nord et de l’ouest; sa crinière parait être très-peu développée. D’après les observations d’Owen, le crâne du lion de l’Inde a le trou sous-orbitaire partagé en deux moitiés par une lamelle osseuse : ce caractère manque chez les lions africains (2). Il est eer-
(i) Pinkerton’s Collection of Foyagts, Ionie XVI, p. 33a -333. — Purchas’s Pilgrimage, tome II, p. 982.
(2) I.es lions de l’Asie se distinguent de ceux de l’Afrique surtout par leur couleur, qui est d’un fauve trés-elair. Les lions de Guzurate sont très-petits, et ont la crinière extrêmement courte ; mais leur touffe à l'extrémité de la queue est comparativement trèsgarnie de poils. On sait que le mâle seul est
L’UNIVERS
tain que les lions étaient autrefois plus répandus que de nosjours. Ils abondaient jadis, non-seulement sur la côte occidentale de l’Afrique, mais encore à l’est : ils s’étaient propagés jusque daus la Syrie, l’Asie Mineure et meme la Grèce, s’il faut en croire Hérodote (lib. VII, c. 12(i) (t).
Le tigre proprement dit ( jelis tigris ) n’appartient qu’à l’Asie. C’est la panthère {Jelis panthera) et le léopard (/. leopardus ) qui sont indigènes dans l’Afrique équatoriale; ces deux animaux, qui se trouvent aussi en Asie, paraissent être deux variétés delà meme espèce : la panthère est plus grande que le léopard.
Le guépard (Jelis guttata , llerm.; /. jnbata, Cuv. ) forme une division particulière du genre felis. Il se distingue des espèces précédentes par un corps allongé, des jambes élevées, une queue extrêmement longue et une tête proportionnellement petite. Le fond des poils est orange , et d’un jaune pur sur les côtés. Le bout de la queue est blanc; il est , au contraire, noir dans le guépard d’Asie ( f.jubata , Schreb.), qui a les taches latérales plus rapprochées.
Happer , Mcrolla, Zuchelli et Cavazzi mentionnent plusieurs espèces de ruminants appartenant , selon toute apparence, au genre antilope. Mais, d’après la description qu’ils en donnent , il n’est guère possible d’en déterminer exactement les espèces.
L’éléphant , n’est pas rare dans les forêts du Congo et d’Angola (2); et
pourvu do la crinière, qui commence à sc développer à l’âge de quatre ans. La lionne porte pondant cent huit jours, et ne met ordinairement basque trois petits. Déjà Aristote savait que l'extrémité de la queue , au point où est la touffe caudale, renferme un os ciaviforme, conique, d’environ deux lignes dfe long.
(i) A l’époque antédiluvienne il existait daus l'Europe centrale (France, Allemagne, etc.) une espèce de Jelis , très-voisine du lion, dont on a trouvé les ossements à côté d’éléphants, de rhinocéros et d’hyènes fossiles; ce qui tend à prouver qu’ancieuuemcnt l’Europe centrale jouissait à peu près des mêmes conditions climatériques que le bassin méditerranéen.
(a) L’éléphant (de la famille des pachydermes) est un des animaux les plus caractéristiques de l'hémisphère oriental : il est abso-
l’hippopotame se rencontre fréquemment dans le Zaïre. Ce dernier est un des animaux les plus caractéristiques de l’Afrique (I).
iument exclu de l’hémisphère occidental ( nouveau monde ) ; l’Afrique et l’Asie seules s’en partagent la possession. L’ciéphaut de l’Asie et celui dê l’Afrique étaient autrefois réunis en une seule espèce; G. Cuvier en a fait deux espèces distinctes, après que Camper en eut déjà constaté les différences les plus saillantes. L ’elep/tas africanus est d’une taille plus petite ; sa tète est plus arrondie , le front plus bombé , la trompe plus longue, marquée d’anneaux plus marqués; le dos plus déclive; couleur brunâtre; oreilles très-larges , couvrant tout le col ; quatre ongles seulement aux pieds de devaut et de derrière ; les dents molaires sont plus petites, mais épaisses, à couronne rhomhoïdale; il est moins docile et moins intelligent que son frère d’Asie , qu’il redoute et fuit. C’est pourquoi il a été impossible de dresser des éléphants africains pour combattre ceux de l’Inde. C’est l’éléphant de l’Inde qui fournit de préférence l’ivoire. — L 'elephas indiens a cinq ongles aux pieds de devant, et quatre à ceux de derrière ; ses dents diffèrent entièrement de celles de l’espèce précédente. — Les ossements fossiles de 1’éléphant antédiluvien (elephas j/rimigenitus ) ont été trouvés particulièrement dans l’Asie septentrionale. Il ressemble le plus à l’éléphant indien; mais il se distingue de toutes les espèces vivantes par une sorte de pelage à poils soyeux qui parait eu avoir couvert la .surface du corps.
line chose remarquable c’est que la famille des pachydermes, si peu nombreuse en genres et en espèces, fournit le plus grand nombre de ces ossements fossiles à dimensions gigantesques. L’Europe n’a d’autre représentant de oette famille que le cochon; l'Asie et l’Afrique possèdent l’hippopotame et l’Amérique (méridionale ) le tapir.
(i) Les caractères principaux de l'hippopotame sont : quatre doigts presque égaux, courtement ongulés, à chaque pied ; six molaires à chaque côté des mâchoires supérieure et inférieure, dont les trois antérieures sont coniques; quatre incisives à chaque mâchoire ; les supérieures courtes, coniques, courbées en arrière, les inférieures longues, cylindriques, pointues et infléchies en avantj deux canines à chaque mâchoire : la supérieure droite, l’inférieure très-épaisse, recourbée. Corps massif, sans poils ; jambes très-courtes ; lèle énorme, à museau enflé , couvrant les dents antérieures; queue courte; oreilles et
CONGO
Qu’il nous soit permis de communiquer à cet égard quelques notions historiques. Déjà Strabon ( lit). XV), s’appuyant sur les témoignages de Néarque et d’Ératosthène.nia l’existence de l’hippopotame dans l’Inde. Mais Onésicrite et Philostrate soutenaient le contraire.
La question de savoir si l’hippopotame appartient ou non exclusivement au continent africain était fort controversée chez les anciens, sans avoir reçu de solution définitive. O’ailleurs, les descriptions qu’ils ontdonuéesdeeequadrupède amphibie sont peu concordantes et souvent erronées. Ainsi , suivant Aristote ( Il Ut. Jnimul ., II, 7), il a la taille de l’âne, la crinière et la voix du cheval, le pied fendu comme celui du boeuf; les dents saillantes, la queue d’un porc. Hérodote ( lib. 11 , 71) le décrit à peu près de la même manière; seulement il sc trompe moins en disant que l’hippopotame a la taille d’un très-grand bœuf; mais ce qui ferait voir qu'il ne l’a pas vu, c’est qu’il lui attribue une queue semblable à celle d’un cheval. Pline, reproduit à peu près la description d’Aristote, tout en y ajoutant une nouvelle erreur : il dit (lib. XIX, 12) que l’hippopotame est couvert de poils comme le phoque.
Cependant Pline aurait dû en avoir uue connaissance plus exacte; car on avait fait voir à Rome plusieurs de ces animaux à différentes époques. Ainsi, au rapport de Dion, Auguste, triomphant de Cléopâtre , amena avec lui un hippopotame.L’empereur Commode en montra cinq à Rome , et en tua un de sa propre main. On en vit aussi a Rome sous les règnes d’Iléliogabale et de Gordien. — Hérodote, Aristote, et Diodore ( ce dernier en donne seul une description exacte ) , s’accordent à considérer l’hippopotame comme appartenant à l’Égypte, et vivant dans le Nil ; de là le noni de iiorâp-io; üraot, cheval du fleuve. Abdullatif, médecin arabe du douzième siècle, est, après Diodore, celui qui a le mieux décrit l'hippopotame (1). On avait pendant longtemps représenté
yeux petits; l’estomac est divisé en plusieurs sacs; il est allongé, et ressemble à uue portion de l’iuleslin chez le tu-liis.
(t) Relation Je C Égypte , trad. par Sylv. de Sacy ; Paris, iSio, in-4°.
cc pachyderme avec des dents latérales saillantes hors de la bouche. Cette erreur provenait de ce qu’on n’avait observe que des individus morts; toutes les dents sont recouvertes par les lèvres chez les individus vivants. — Dans ces derniers temps , ou a de nouveau agité la question de savoir s’il y avait des hippopotames en Asie , et particulièrement dans les fleuves de l’Inde , de Java et de Sumatra ; mais toutes les recherches ont donné jusqu’à présent des résultats négatifs. Ces animaux doivent donc être considérés comme appartenant exclusivement à l’Afrique; ils sont aujourd’hui aussi rares qu’ils étaient jadis fréquents en Égypte; leur domicile habituel est maintenant dans les fleuves et lacs de l’Abyssinie, du Sénégal, du Congo , et de l’Afrique Australe.
Combien y a-t-il d’espèces d'hippopotames? Buffou, Linnéet Cuvier n’en admettent qu’une seule espèce, eu lui donnant Te nom de hippopolamus amphibius. Desmoulins en a établi deux espèces : h. t a pensis et A. senegalenttis (1). Il parait résulter des travaux les plus récents , et surtout des savantes recherches de M. Duvernoy, que les deux espèces établies par Desmoulins existent réellement . On pourrait en tirer cette conclusion importante, qu’il n’existe pas de communication continentale directe, pas plus pour les animaux que pour les nommes , entre les èégions australesde l’Afrique et les régions situées au nord de l’équateur, taudis que cette communication existe entre la côte orientale etlacôteoccidcntale,ià travers le Soudan. Rappel, Hochet et Delegorgue ont donné tout récemment les détails les plus complets sur les mœurs et la chasse des liippopotames de l’Afrique. On en utilise les dents, la peau , la
(r) Voici la caractéristique donnée par Desmoulins : H. capensis : Dentiuin priruorum iiileriorum laleralibus valdearcuatis, interme- (liis admodura procumbentilius ; laniariis minoribus; crista sagittali parlent cet le cpiinlam distauliæ crista.* occipitalis ali apicc ossiuiu nasaliuui æquantc. — H. senegalensis : Dealium priiuorum iuferiorum laleralibus minus arcualis, intermediis minus procumbentibus; lauiariis iiiajorHms ; crista sagittali parlent vix sexlain distauliæ cristæ occipiluiis ab apicc ossiurn nasalium adæquaute.
L’UNIVERS
graisse et la chair. Cette dernière a, diton , le goût du meilleur bœuf.
La plupart des oiseaux de l'Europe se retrouvent au Congo. Mais il y en a aussi un grand nombre qu’on ne rencontre que dans cette région de l’Afrique. Cranchdéeritplusieursespèces nouvelles, parmi lesquelles une hirondelle et une perdrix ( hirundo Smithii : couleur noire, nuancée de bleu d’acier, blanche au-dessous de la queue , partie supérieure de la tête d’un blond châtain; perdrix Cranchii, gris cendré, col nu).
Parmi les oiseaux de la côte d’Angola, Degrandpré décrit le pélican et les perroquets gris (t). Celui-ci attaque les oiseaux en vie, les combat et les déchire. Il est bien différent dans l'état de captivité où nous le voyons en Europe de ce qu’il est dans lés forêts de l’Afrique : il perd en cage sa force, son agilité et son audace; la nourriture à laquelle ou l’habitue achève de lui changer complètement le caractère. Les Nères prennent ses petits avec un long àton, garni débourré par un bout.
L’oiseau , pour se défendre , présente la serre et s’empêtre dans cette lilasse , au moyen de laquelle on le retire de son trou.
Parmi les reptiles du Congo , Cranch cite latortuedu Nil ( trionyx ægypliacus,
(i) Le pélican , oiseau aquatique, de la famille des sléganopodes , est l 'onocrotalus de Pline, ainsi nommé à cause de son cri. Il est caraclérisé par la large fente de la mandibule inférieure, entre les branches de laquelle est située une espèce de sac, forme par la peau du col. Le Cela , Kf|Xa, d'Élien ( X.VI, 4 ) , n’est pas le pélican , mais la cicogne marabout de l'Iode (cicunia marahou.lcm.). comme cela résulte de la comparaison de son gésier avec un sac pointu (xtopuxoç), sa couleur grise ardoise, et ses pattes longues. Ou en distingue particulièrement trois espèces : le pelecanus minor, Riipp., appartenant à l’Afrique australe et occidentale jusqu’au Sénégal ; le p. onocrotalus, habitant l’Asie méridionale et la partie orientale du bassin méditerranéen, et Wp. crispus, dans la partie occidentale du bassin méditerranéen. Ces trois espèces se trouvent réunies dans la liasse-Égypte. Les pélicans habitent les embouchures des grandes rivières; ils vivent de la pèche ; ils remplissent leur sac de poissons, et vont les manger et les digérer tranquillement sur le rivage.
Geoff. ) , et deux espèces nouvelles d’ophidiens : coluber palmarum et coluber Smithii. Suivant Cavazzi , le crocodile du Congo a sous les aisselles des tumeurs ou bourses remplies d’unematière brune, qui répand, lorsqu’elle est desséchée , une odeur agréable de musc.
L’expédition de Tuckey a fait connaître plusieurs espèces nouvelles de poissons : le siiurus congensis, qui ressemble beaucoup à un poisson du Nil, décrit par Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom de siiurus mystus; le primelodtu Cranchii, et Yoxyrynchus deliciosus, qu'on croit être le véritable oxyrynchus d’Athénée. On observa sur les poissons qu’on prit un grand nombre d’entomostracées du genre catigus de Müller.
Parmi les mollusques rapportés par l’expédition de Tuckey se trouvaient cinq ou six espèces nouvelles de céphalopodes. Cranch observa près des côtes d’Afrique et dans le golfe de Guinée une espèce de polype, auquel Leach a donné le nom a’ocythoe, et dont la coquille est une petite espèce du genre argonaute. Comme on a trouvé plusieurs de ces coquilles avec l’animal , il reste prouvé que les ocythoés connus, ou l’ocythoé de Rafine’sque, sont les animaux des coquilles connues sous les noms de nautile papyracé, ou argonaute argo, et n’en sont point les parasites (1).
Parmi les autres mollusques de l’expédition de Tuckey il ne se trouvait qu’un seul ptéropode, ie hyalsea tridentala, et un seul gastéropode, le ianthina fragilis. — Au rapport de Degrandpré. on trouve sur la côte d’Angola une quantité effrayante de scorpions , de scolopendres et d’autres myriapodes, Le scorpion se glisse dans les maisons, et paraît avoir un goût particulier pour le papier. Lorsqu’on ouvre un livre dont on n’a pas fait usage d epuis quelque temps, il est prudent de le faire avec précaution, et de je secouer pour éviter la piqûre de cet animal.