ANGOLA
L’Angola ou Dongo s’appelait autrefois Ambon.de, et ses habitants se nomment encore Ambondos. Cette contrée, selon Dapper, est bornée au nord par le Congo, dont elle est séparée par la rivière de Danda ; à l’est, par le pays de Matamba; au sud, par le Bengu'ella ; à l’ouest, par l’Océan.
Sa situation est entre 8 et 11 degrés de latitude australe. On lui donne environ cinq cent dix milles de longueur de t’est à l’ouest , sur oent quatre-vingt-dix de largeur du nord au sud.
La Couenza ou Coanza est le principal fleuve du pays. On n’en connaît pas encore la source, quoiqu'on ait prétendu qu’elle la tirait (comme les autres grands fleuves de l’Afrique) du lac Zambère. D’apres les renseignements , fort vagues d’ailleurs, que Douville a obtenus d’un indigène, la Couenza sort du mont Héle, dans le pays des Mumbos, entre le 12e et le 18' degré de latitude australe, et entre les 25" et 26' degrés de iongit. est. Ce mont parait être très-élevé et couvert de neiges perpétuelles. Au rapport du même indigène , le Zaïre prend sa source dans une ramification du mont Hélé (I). La Couenza a, selon Dapper , beaucoup de ressemblance avec la rivière de San-Lucar en Espagne. Sa largeur , à l’embouchure est d’environ une lieue ; sa plus grande profondeur est du côté du nord.
(l) Douville , Voyage ou Congo , tome II, p. 37«.
L’embouchure est h six lieues au sud de la rade des Dormeurs, à vingt du cap Palmarinho, et à sept du cap Ledo au nord. Dans la haute marée son canal a douze pieds d’eau , qui se réduisent à quatre après le reflux.
Ce fleuve ne manque poiut d’eau daus l’intérieur; mais il est obstrué par de grandes cataractes qui ne permettent pas de remonter au delà de Cambambe, village a eent quatre-vingts milles de la mer. Il descend de l’est à l’ouest , par d’innombrables détours , qui font compter trente lieues par eau depuis son embouchure jusqu’à l’tle de Mochiama , pendant qu’en liane droite, par le chemin de terre, il n’y en a pas plus de vingt. Il n’est pas aisé de reconnaître la Couenza du côté de la mer, parce qu’elle présente une île couverte de bois, qui la cache presque entièrement. Elle lornie dans son cours plusieurs autres îles, dont quelques-unes sont assez considérables. L’île de Massandar ou Massandra , qui est à trente lieues de l’embouchure., n’a pas moins de quatorze milles de long sur deux de large ; elle produit beaucoup d’espèces de végétaux utiles, surtout dfu manioc d’une épaisseur extraordinaire , du millet qui donne trois moissons chaque année, des palmiers et des goyaves. A environ trentesix milles plus haut on trouve une autre île, nommée Mochiama ou Mucliima, longue de dix milles et large de deux. Le sol en est bas, à l’exception de deux montagnes, dont les pâturages nourrissent un grand nombre de chèvres, de moutons , de porcs et de volaille. Le lit du fleuve est étroit et pierreux, son courant rapide et profond; mais il ne présente aucun danger. Deux forts construits par les Portugais sur ses rives servent à leur eu assurer la navigation ainsi qu’à leurs alliés.
Suivant Feo Cardozo (1), le climat d’Angola 11’est pas malsain. Les fortes chaleurs qu’on y éprouve sont toujours tempérées par des vents de nier. Cependant les Européens ont besoin de prendre des précautions pour éviter des lièvres souvent mortelles, et pour se
( 1) C’est à Feo Cardoio ( a Uistoria dos governadores , etc.; Paris, 1 8^5) qu’on doit les renseignements les plus précis sur l’Angola.
L’UNIVERS
garantir des autres maux qui assiègent les indigènes.
La ville de Luanda ( Saint-Paul de Loagda ) est la capitale où réside le gouverneur général portugais. Elle se divise en haute et basse ville, et offre un coup d’œil admirable, disposée en amphithéâtre. Elle est défendue par trois forteresses et deux petits forts. La garnison consiste en deux cent cinquante ou trois cents soldats de troupes de ligne , et environ deux cents hommes de milice. La forteresse de Saint-Michel est sur une hauteur, et domine la ville basse; celle dePenedoest sur le bord de la mer, et ses batteries sont à fleur d’eau ; elle sert de magasin à poudre. La forteresse de Saint-Pierre croise ses feux avec ceux du petit fort à la pointe de l’île. La ville a la forme d’un fer à cheval , et paraît beaucoup plus considérable qu’elle ne l’est réellement. Elle est bien bâtie, ses rues sont bien alignées et larges ; quelques maisons sont en pierre, la plupart sont en briques; l’extérieur est blanchi à la chaux , ce qui éblouit la vue, par un soleil éclatant. Le sol des rez-dechaussées et les trottoirs sont couverts de coquillages incrustés dans la chaux.
Les négociants habitent toujours le premier étage : le rez-de-chaussée sert de magasin pour le vin , l'eau-de-vie , et pour tous les objets qui n’attirent pas l’humidité. Les marchands et les cabaretiers occupent aussi cette partie de la maison. Les églises sont bien construites et nombreuses. Le palais du gouverneur est vaste , et offre toutes les commodités désirables. Il y a une boucherie , mais elle est mal fournie. Le pauvre peut à peine se procurer un peu de viande une fois en quinze jours. Les autorités, qui sont toujours les premières servies , n’en manquent jamais , et elles ne s’occupent pas des besoins du peuple. Le poisson est très-abondant sur la côte. Le Nègre va très-loin au large dans un frêle canot , afin de se procurer une capture plus variée , et d'obtenir la préférence au marché. L’hôpital de Loauda est assez bien tenu.
Tout individu malade peut s’y faire porter et y être traité dans une chambre particulière : il y trouve tous les soins nécessaires , qu’il ne pourrait pas se procurer chez lui , parce qu’il n’y a que
deux chirurgiens dans toute la ville, nombre très-insuffisant (1).
Loauda reçoit directement du Portugal de l’eau-de-vie , du vin , de la farine et diverses provisions, du poisson sec , des confitures et quelques produits manufacturés; mais le commerce le plus important se fait avec le Brésil, qui expédie les mêmes objets que le Portugal , et de plus du sucre et du tafia. Le vin et les liqueurs spiritueuses payent des droits d’entrée à peu près insignifiants ; les autres marchandises en sont exemptes. La ville de Loanda est l’entrepôt d’un commerce assez considérable avec l’intérieur. Lorsque la traite était licite les négociants y faisaient de rapides et brillantes fortunes. Le négoce de détail est entièrement entre les mains des Quitanderas. Ce sont des Négresses aisées, et même riches. Elles s’habillent de pièces d’indiennes, qu’elles drapent avec beaucoup de goût ; elles sont couvertes de chaînes et d’anneaux d’or, car les Noirs se plaisent à faire étalage de leurs parures. Elles élèvent dans les rues principales de petites cabanes avec quatre bâtons plantés dans le sable, et couvertes d’une toile; elles s’y asseyent au milieu de toutes leurs marchandises. Elles vont aussi dans les maisons, suivies d’esclaves qui portent ce qu’elles ont à vendre.
La ville de Loanda n’a d’autre eau potable que celle que l’on y fait venir du Bengo , et qui est insalubre : le lit de ce fleuve est vaseux ; les habitants y jettent toutes sortes d’immondices ; les feuilles des arbres , et les arbres même que les torrents y entraînent, y pourrissent; ce qui, avec les cadavres des crocodiles , remplit son eau de miasmes délétères. Les filtres ne peuvent lui enlever toutes ses parties malfaisantes.
La population de Loanda , y compris les esclaves domestiques , s’élevait en 1828 à cinq mille cent cinquantedeux individus. Depuis que la traite des noirs est interdite , le négociant n’a plus d’autre ressource que le trafic de la cire et de l’huile, ce qui est d’une trèsmince importance. Les revenus consistent dans l’impôt sur les maisons , sur
(i) Douville, Voyage au Congo , tome I, p. 44.
CONGO
la pêche et sur la viande ; les dépenses pour les militaires, les employés civils, les courriers, les pensions, le cierge et autres objets, dépassent beaucoup la recette. Si le Portugal se trouve ainsi réduit à la triste alternative d’envoyer de l’argent dans ses colonies d’Afrique pour subvenir aux frais qu'elles exigent ou de les abandonner, oest un résultat de ses anciennes habitudes et d’un système vicieux, qui consiste à vouloir tirer du profit d’un pays où l’agriculture est complétementnégligée. Les récoltes que le sol offrait jadis spontanément ont cessé , et aujourd’hui il faut semer pour recueillir. Si le gouvernement de Lisbonne eût encouragé le commerce , s’il eût favorisé les communications de ses etablissements avec l’interieur de TAfrique , en ouvrant des routes , et en construisant des ponts sur les rivières et 1rs ruisseaux, qui interceptent le passage dans le temps des pluies; s'il eut favorisé l’agriculture ; s’il eût donné des récompenses aux négociants qui auraient fondé des manufactures de sucre et d’eaude-vie; s’il eût accordé des primes aux planteurs pour l’exportation du café qui croit naturellement dans le pays; en un mot, s’il eût fait ce qu’on est en droit d’attendre d’une administration sage et prévoyante , il verrait aujourd’hui ses possessions florissantes , malgré l'abolition de la traite des Nègres.
L’ile de Loanda , à quelques centaines de mètres de la côte , est située" presque en face de la ville du même nom.
Elle abonde en excellentes eaux douces.
Il suffit de creuser dans le sable un trou d’un pied de profondeur pour y trouver une eau limpide et de bon goût, qui remplit toujours la fosse aussi promptement qu’on y puise. Mais ce qui est remarquable , c’est que dans l’intervalle de vingt-quatre heures l’eau qui reste exposée à l’air dans la fosse devient salée, de sorte qu’il faut creuser un nouveau trou. Les habitants prétendent que c’est l’eau de la mer qui devient douce en filtrant à travers le sable. S’il en était ainsi , elle ne serait pas douce sur les bords mêmes, à deux pieds de la mer , parce que la elle n’aurait pas eu le temps de perdre sa salure; d’ailleurs, on en trouve au milieu de nie, qui est trèsélevée au-dessus du niveau de l’Océan.
Probablement cette eau appartient à quelque grand réservoir d’une source qui vient du continent, et qui jaillit dans cet endroit. 11 est à remarquer que l’eau y est maintenant beaucoup plus abondante qu’autrefois, surtout depuis que les eaux de la Couenza ont , à l’embouchure de ce fleuve , amassé entre l’île et la côte, au sud de la ville, une quantité si grande de sable, que les vaisseaux ne peuvent plus entrer par cette passe, qui est entièrement comblée. Les eaux filtrent à travers ces bancs de sable , et parviennent ainsi dans l’ile , qui n’est elle-même qu’un banc très-élevé.
Le terrain aux environs de la ville est peu boisé, les végétaux y sont rares ; ce qui contribue beaucoup aux maladies qui tous les ans causent des ravages parmi les habitants et les étrangers. Les pluies , tres-rares dans les autres saisons , sont très-abondantes dans les mois de mars et d’avril ; le Bengo inonde alors toute la campagne qui entoure la ville; et lorsqu’il rentre dans son lit il laisse les lieux bas et les marais remplis d’eaux qui croupissent et exhalent, en séchant, des vapeurs pestilentielles.
Une des principales causes de l”insalubrité de Loanda est l’entassement de nombreux esclaves dans l’intérieur de chaque maison; les règles les plus simples de l’hygiène ne sauraient être observées au milieu de cette foule d’hommes , et les germes des maladies se développent rapidement. Une autre cause de mortalité non moins puissante est la débauche à laquelle se livrent les habitants. Il n’existe à Loanda aucun divertissement public, mais on se dédommage de cette privation par les excès de la table. Chez les gens riches ce sont chaque jour des festins. Les mets sont assaisonnés de beaucoup de piment, et tout se mange très-chaud.
Les meilleurs vins de Porto et de Lisbonne coulent à grands flots. Les femmes ne sont pas plus sobres que les hommes; elles participent volontiers à toutes les fêtes, qui se terminent toujours par des scènes blessant la pudeur. Elles sortent rarement, mais elles saisissent toutes les occasions d’apporter quelque changement à leur existence monotone ; c’est surtout dans l’île de
L’UNTVERS.
Loanda qu’elles vont le plus volontiers chercher les distractions qui leur plaisent. Les négociants y ont des maisons entourées d’arbres; ils y invitent leurs amis, et y donnent des rendez-vous.
Le Nègre est passionné pour la danse ; son corps se met en mouvement au moindre sou du tamtam ou batouke.
Voici comment s’exécute la danse la plus ordinaire : les danseurs forment un cercle ; un homme s’avance au milieu , fait beaucoup de contorsions et pirouette longtemps seul ; ensuite il court vers une femme, dont il frappe le ventre avec le sien ; la femme, qui le voit venir, tient le sien si tendu que le choc des deux corps retentit plus haut que le son de la musique, qui cependant est étourdissante. La femme ainsi provoquée quitte sa place , s’avance à son tour au milieu du cercle, pirouette aussi longtemps qu’il lui plaît, et Unit par s’adresser à un homme de la même manière qu’elle a été invitée; la danse continue ainsi jusqu’à ce que les musiciennes soient fatiguées . Quelquefois , pour animer davantage le divertissement , les danseurs ou danseuses feignent de provoquer quelqu’un, et au moment de le toucher ils se reculent et vont donner à un autre le coup de ventre désiré.
Que l’on se peigne l’obscénité de cette danse dans un pays où la chaleur suffit pour tenir les sens dans un état fébrile permanent, état qui ne peut être qu’augmenté par la boisson, les attouchements, la nudité presque complété, les paroles et les chansons les plus libres.
Les hauteurs qui dominent la côte, entre Loauda et Benguella , sont formées par des couches inclinées du sud au nord ; elles ne s’élèvent en général qu’a cent ou cent vingt-cinq pieds au-dessus du niveau de l’Océan. Le reste du terrain est uni et presque à fleur d’eau.
En plusieurs endroits les couches n’offrent que des agglomérations de coquillages , de sable et de galets. Rien n’y est régulier, c’est l’image du chaos. Les pentes offrent des crevasses escarpées où l’on distingue des dendroïtes curieux sur de grand coquillages. Dans les lieux moins élevés on aperçoit diverses couches de coquilles marines et des ossements fossiles. Les couches sont en général rompues et déplacées; elles sont
dirigées vers le nord : l’inclinaison varie de sept à vingt degrés. <• Je n’ai vu nulle part , dit Douville, un si grand mélange d’objets différents , et si confusément rassemblés. Il faut beaucoup d’attention pour suivre les caprices ou plutôt les effets de la convulsion de la nature. »(l)
Feo évalue à trois cent mille âmes la population soumise aux Portugais dans le royaume d’Angola et ses dépendances. On peut diviser cette population en trois classes : les Européens, les indigènes et la classe qui résulte du mélange des deux autres, c'est-à-dire la blanche, la noire et la brune. La première classe se compose d’employés civils et militaires venus du Portugal, d’insulaires ou d'habitants desîles Açores et des condamnés qui servent, lorsqu’ils se conduisent bien , à recruter les troupes, ou qui sont employés à des travaux publics. Cette classé est la moins nombreuse; le peu de séjour que foqt dans le pays plusieurs de ceux qui la composent et la grande mortalité qu’elle éprouve, par suite du climat, sont les causes toujours renaissantes qui s’opposent constamment à son augmentation.
La classe des indigènes est la plus nombreuse; elle est, en général, laborieuse, patiente, intelligente, et montre une aptitude particulière aux arts mécaniques. La classe mixte des gens de couleur est moins vigoureuse, moins apte a des travaux variés que celle des indigènes ; d’ailleurs elle est peu nombreuse, parce que le mélange continuel des classes extrêmes efface à la longue les nuances qui les séparent.
Quoiqu’il y ait une importation continuelle d’Européens, cependant la population d’Angola et de ses dépendances diminue progressivement. Les états de mortalité et des naissances ne laissent aucun doute sur cette triste vérité.
La plupart des habitations sont en bois et en paille; on en voit peu en pierres et en briques, si ce n’est dans les villes. La nourriture ordinaire des habitants consiste en manioc, en millet et en une espèce de fève nommée maïdona, qui sert aussi à nourrir les pauvres et a engraisser les porcs quand on veut donner à leur chair un excellent
(i) Voyez Douville, tome I , p. 60.
CONGO
goût. La chasse et la pêche suppléent occasionnellement aux moyens de subsistance que donne l’agriculture. Les poissons se trouvent dans les fleuves et dans la mer en si grande abondance, que les habitants en tirent une huile très-bonne, et ce qu’ils ne consomment pas ils l’exportent.
Le fer est si commun dans le pays d’Angola, que les Nègres l’extraient, le travaillent sans machine, et qu’ils en envoient régulièrement un certain nombre de barres au trésor de la colonie.
Avec le cuivre qu’ils retirent des mines d’Encoge et de Novo-Redondo, ils fabriquent des bracelets, des colliers, des ornements de toute espèce et la plupart des armes dont ils se servent. Quant aux mines de métaux précieux, pour lesuelles les Portugais ont entrepris tant e guerres , leur existence dans ce pays est au moins douteuse. Il y a des mines de sel commun près de la capitale, dans un lieu nommé Cacuaco, et près de Bengueila la Neuve. Mais rien n’égale l’abondance des mines de soufre qui existent dans le royaume de Bengueila. Au rapport de ceux qui les ont vues, le soufre s'y trouve sans mélange ; la gangue est très-vaste, s’étend à une grande profondeur, et commence â la superficie du sol ; de sorte qu’on extrait cette substance uniquement par excavations, avec peu de travail, et sans aucune préparation. Il y a en outre près de Dande une source de pétrole ou bitume, qui s’écoule en si grande abondance des fentes d’une montagne, qu’on l’emploie dans le pays comme du goudron. On recueille aussi beaucoup de cire, et on en obtiendrait une plus grande quantité si les Nègres n’avaient pas la coutume barbare de tuer les essaims d’abeillespour s’emparer des ruches.
La plupart de ces productions sont consommées par les habitants ; cependant quelques-unes s'exportent. Des farines, des legumes, du bétail, des volailles, des viandes séchées ou salées, l’huile, sont livrées au commerce pour l’approvisionnement des vaisseaux. Le commerce de l’ivoire est un monopole réservé au gouvernement. Les dents se divisent en trois classes : celles qui ne pèsent pas plus de seize arratels ou livres de Portugal , sont l’ivoire
qu’on appelle menu; celles qui pèsent de seize à trente-deux livres se nomment ivoire moyen ; et celles qui pèsent plus de trente-deux livres et au-dessus forment l'ivoire légal. Pour la première sorte d’ivoire on ne paye pas 40 réaux l’arratel ; 160 réaux pour la seconde sorte , et pour la troisième 320 réaux.
Il résulte de ee tarif que les Nègres abandonnent dans les bois les tresgrosses dents, ou toutes celles qui pèsent beaucoup plus de trente-deux livres ; parce que , quoique plus lourdes à transporter, elles ne leur sont pas payées davantage. Les commerçants exportent aussi une certaine quantité de cire, qui serait beaucoup plus considérable si l’on instruisait les Nègres à ne pas détruire les essaims. On exporte encore pour les autres colonies portugaises une certaine quantité de faïence et de poterie de terre , des briques et des tuiles. Mais, pour la honte de la civilisation , la branche la plus importante du commerce de ce pays était autrefois la traite des noirs. Le nombre de ceux u’on a transportés d’Angola au Brésil, epuis 1816 jusqu’en 1819, a été de cinquante-trois mille quatre cent vingt-sept individus ; il en est, en outre, sorti quatre cent vingt-huit de Bengueila dans une seule de ces années. Enfin, Feo affirme que la quantité d’esclaves expédiée officiellement par les douanes a excédé vingt-deux mille par an. Si à ce nombre on ajoute tous ceux qui sont sortis en fraude des autres ports de la côte , on aura une idee de la dépopulation que ce commerce a causé à l’Afrique occidentale, et du nombre considérable de bras qu’on a enlevés à sa culture, à la pêche et à l’exploitation de ses mines.
Les importations dans le royaume d’Angola consistent en riz, sucre, eaude-vie, vin, vinaigre, beurre, huile, graisse, baïeltes , qui est une sorte de flanelle , indiennes, toiles de coton peintes, nankins , mouchoirs , bonnets , bas de toutes sortes de qualités ; et enfin en poudre à canon , en armes à feu , en tabac préparé et en rouleau.
Le gouvernement civil et militaire de toutes ces possessions est confié à un seul homme, qui a le titre de gouverneur et capitainegénéral du royaumé d’Angola et dépendances, et qui, comme dans
L’UNIVERS
toutes les autres colonies portugaises, a le commandement général de la force année, nomme à un grand nombre d’emplois, présente au roi pour les autres , fait la paix et la guerre, administre la justice et les finances , a le droit de grâce, et est responsable de tout. Il n’y a d’autre digue a un aussi grand pouvoir que l’obligation de ne rien décider d’important sans avoir entendu son conseil. Ce conseil se compose de trois officiers militaires , du secrétaire du gouvernement , de l’auditeur, du juge, et de quelques négociants. Les autorités secondaires qui commandent dans les présides et dans les districts sont tous des officiers militaires , qui ont les titres de capitaines-majors oq de régents ; tous sont nommés par le capitaine général : cependant pour quelques-uns les choix du capitaine général doivent être soumis à l’approbation du roi.
Le gouvernement ecclésiastique est confié à un évêque, nommé évêque d’Angola, et qui est en même temps évêque titulaire du Congo. Il a dans la capitale son siégé épiscopal, et un chapitre composé de cinq dignitaires, deux chanoines et un petit nombre de prêtres, qui , en y comprenant les religieux des couvents , sont loin d’être en nombre suffisant pourdessercir les paroisses.
D'après les comptes de finance rendus en 1819, le revenu de I année a été, pour l’Angola , de 175,202,419 réaux; pour le Benguella, de 37,287,160 réaux:
total , 212,489,579 réaux, ou environ
1.427.000 fr. monnaie de France. Les dépenses furent de 141,836,000 réaux, ou environ 920,000 fr., sans compter les remises qui furent faites au profit du trésor royal en ivoire et en argent; de sorte que le revenu net pour le Portugal pouvait se monter a 6 ou
700.000 francs annuellement. Ce revenu a beaucoup diminué depuis l’abolition de la traite.
Les recettes consistent principalement en droits de douanes , en dîmes payées par les présides, par les districts et les terres des sôvas feudataires du Portugal; en octrois des villes ; en droits sur les passages de quelques rivières ; en' droits sur les ventes, sur les lettres; en monopole sur le sel ; et enfin en d’autres menus droits, qu’on uomme droits réunis.
Plusieurs se rachètent de la dîme en fournissant des fourrages aux troupeaux du gouvernement , ou en travaillant aux mines de fer qu’il possède. Le matériel de la défense pour les royaumes d’Angola et de Benguella consiste en trois forteresses dans la ville de Loanda ; savoir : San-Miguel , San-Francisco do Penêdo, et San-Pedro da Barra ; en deux petits forts, l’un appelé de la Conception, l’autre Cacuaco, tous deux situés à peu de distance de la capitale ; en une forteresse dans la ville de Benguella; en dix-huit fortifications diverses faites dans les présides ; en un fort nommé le fort du Nord, qui est sur la route directe de la Coueuza , près de son embouchure.
Quelques-unes de ces constructions sont en pierre et à ciment; d’autres sont en briques ; d’autres enfin sont simplement en bois. Deux cent sept pièces d’artillerie en bronze et en fer, de divers calibres, depuis un jusqu’à vingt-quatre, servent à la défense de ces fortilicatious.
La force militaire se compose de troupes de’ première ligne , de milices, de troupes d’ordonnance, et d’empacasséiros : ces derniers forment ce qu’on appelle la guerre noire. Ces empacasseiros sont les Nègres libres que les sôvas vassaux du Portugal sont obligés de lui fournir en temps de guerre ou pour la défense du territoire. Les Portugais les emploient principalement pour former les garnisons des forts, et les préfèrent aussi comme courriers et pour d’autres emplois ; ils sont armés d’espingoles, organisés en compagnies comme des troupes régulières; leur vêtement consiste en une pagne ( tanga ), ou une peau d’animal dont ils s’entourent le corps. Leur tête est ornée d’une touffe de plumes ayant au-devant un carré de carton, dans le milieu duquel est peinte la lettre R.
En 1819 la force armée d’Angola se composait de vingt-six mille cinq cent vingt-trois hommes. Dans ce nombre on comptait vingt mille empacasséiros, mille trois cent cinquante-neuf hommes d’ordonnance ou troupes de troisième ligne, trois mille trois hommes de milices ou troupes de seconde ligne, mille neuf cent quatre-vingt-onze troupes de première ligne. C’est dans cette dernière troupe seulement qu’on
CONGO
comptait trois cent quinze artilleurs et
uatre-vingt-cinq cavaliers. Tout lereste
e l’armée se composait de fantassins.
La solde des troupes est payée de deux manières, en argent et eu marchandises. La garnison de Loanda est toujours payée en argent. Les garnisons des présides, y compris celui de Benguella , sont payées en marchandises négociables , auxquelles pour" cet emploi ou donne le nom de ration.
Les présides qui dépendent du royaume d’Angola sont :
1° Muxima , le plus rapproché de la capitale , bâti sur la rive gauche de la Coanza sur les terres du sôva Muxima , dans la province du Quissama. Son fort est défendu par huit pièces d’artillerie. La population était en 1819 de six mille deux cent quatre-vingts habitants , en y comprenant six cent trente esclaves.
Le nombre des maisons n'était cependant que de quatre cent cinquante-deux, dont deux seulement étaient en pierres.
Ce préside a huit sôvas sous sa juridiction. Ses productions consistent en manioc, en millet, en légumes, en huile de palmier et un peu de coton ; il abonde en porcs , en chèvres et en moutons. Les communications avec la capitale sont fréquentes, eton s’y rend en quatrejours.
Massangano . situé plus à l’est sur la rive droite de la Coanza , et au confluent de cette rivière avec la Lucala. Ce préside est borné au nord et à l’ouest par Golungo , à l’est par Cambambe, et au sud par la rivière Coanza. La forteresse est défendue par douze pièces de canon. La population de ce préside était en 1819 de dix mille neuf cent dix individus, y compris neuf cents cinquante esclaves. Cette population se trouve répartie dans six cents cases ou maisons, dont deux seulement sont en pierres.
Les principales productions de ce préside sont des bestiaux de toutes espèces, de la cire, de l’ivoire, du bois de charpente et du fer. Du temps du gouverneur D. Francisco de Souza Coutinho, des Suédois se transportèrent dans ce pays pour y établir des hauts fourneaux et des forges; mais ils succombèrent tous à l’insalubrité du climat : les fourneaux et les forges qu’on avait construits à grands frais furent abandonnés.
3u Cambambe . situé à l’est du précé-
dent , sur la rive droite de la Couenza, est borné au nord par les terres des sôvas , à l’ouest par les terres qui sont sous la juridiction de Massangano, à l’est par le district des Pierres ou Roches de Pungoandongo, et au sud par la Couenza. 11 est détendu par une redoute qui a quatre pièces de canon. Il a sous sa juridiction vingt-cinq sôvas. La population en 1819 était de dix mille trois cent vingt habitants, y compris neuf cents esclaves, répartis' dans cinq cent vingt cases en roseaux , et quatre maisons bâties en pierres. Les productions consistent en troupeaux , mais d’espèces différentes des autres. Il trans-
Iiorte, en outre, dans la capitale des >ambous et des bois de construction. Le voyage se fait en huit jours.
*4I> Les Pierres ou Roches de Pungoandongo, qu’on nomme simplement les Pierres ou les Roches (las Pedras ), sont un préside situé de même sur la droite de la Couenza, mais à une lieue au nord de sa rive. Il est limité au nord par Ambacca, à l’est par les terres des sôvas, le royaume de Matainba, et autres possessions de la reine Ginga, qui confinent avec les provinces portugaises, au sud par la Couenza, et à l'ouest p3r Cambambe. Il a une redoute qui n’a que deux pièces de canon. Il n’existait pas en 1819 d’état statistique de ce préside; mais Feo présume qu on en peut estimer la population à dix mille âmes, et le nombre des maisons à cinq cent cinquante. Ce lieu sert d’entrepôt pour le commerce de l’intérieur, entre Benguella et Caconda , et divers districts du royaume d’Angola. Le trajet depuis la capitale de ce dernier royaume est de quatre-vingts lieues. En partant de Loanda on passe par Cacuaco , Quitandongo, Quilunda ou Icolo, dans le district de Zenza; à Troinbeta , dans le district de Golungo , à Diogo André, Santo-Antâo , Cahia , et Pomba , où l’on asse la rivière Lucala; enfin à Amacca; et après on arrive aux Roches (las Pedras). Ceux qui ne veulent point traverser la juridiction d’Ambacca prennent leur route par le territoire de Calumguembo, celui de Massangano et l’extrémité de Cambambe, continuant dans cette direction jusqu’aux Roches.
Les blancs mettent ordinairement huit
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L’UNIVERS
et dix jours à faire ce trajet ; mais un soldat nègre ou un empacasséiro le fait quelquefois en six jours.
5° Ambacca, à douze lieues au nord des Roches, ou de das Pedras, sur la rive droite et septentrionale de la rivière Lucala. Ce préside est défendu par une redoute fortifiée, armée de huit pièces de canon. Le nombre de ses habitants est de trente-sept mille cinq cent cinquante, y compris cinq mille quatre cent soixante esclaves. II a cent dix-huit sôvas sous sa juridiction , qui se subdivise en huit cantons , savoir : le préside d'Ambacca , Dondo , Hary, Piré, Zenga, Lucala, Samba , et Lucamba. Quelques-uns de ces cantons sont gouvernés par leurs propres chefs; d’autres ont des chefs choisis par le capitaine major ou le capitaine général , et la nomination de quelquesuns doit être confirmée par le roi. Tous les cantons renferment des marchands forains qui portent leurs marchandises à de grandes distances à l’est et au nord, et qui fréquentent les foires de Moucari, Zinga (Zingha) , Ohholo, Dondo, Cassange , et d’autres qui ont lieu dans les terres des Nègres idolâtres. Souvent ils passent ia Couenza , entrent dans la province de Libollo , pénètrent dans le royaume de Benguella, et fréquentent les foires des districtsde Baïlundo, Bihé, Huila et Quilengues. Ii y a dans ce préside un couvent de missionnaires capucins établis à Cahenda.
Outre les productions communes aux réSides déjà mentionnés, celui d’Ainacca nourrit un grand nombre d’excellents chevaux. On leur fait un trou dans la lèvre supérieure et on y passe une corde qui sert de bride, au moyen de laquelle on les conduit avec une grande facilité. Le voyage de Loandaà Ambacca en droite ligne'cst de sept à huit jours ; on en met neuf et dix en passant par les Roches.
6° San-Joze de Encoge, situé au nord d’Ambacca, est défendu par un fort bâti en pierres, armé de neuf pièces de canon. Ce préside a huit sôvas dans sa dépendance. La population est de quinze millesept cent quatre-vingt-dix habitants, y compris mille cinq cent cinquante esclaves. 11 a aussi deux couvents de missionnaires capucins. Il nourrit un grand nombre de bestiaux. Il facilite par sa position les communications avec le
royaume de Congo, et spécialement avec les chefs ou denibos; Quitexe, Damby, Ambuila , Dala-Malundo , Quina , et les autres princes de Congo , alliés à la couroune de Portugal , avec lesquels les négociants portugais font un commerce régulier d'ivoire et de cette race d’esclaves qu’on nomme les Muxicongos ou Muci»
congos, qu’on tire de Ohholo. On met dix à douze jours pour se rendre deSaint- Paul de Loanda a San-Joze de Encoge, en traversant les terres des naturels ido lâtres par Golungo et Ambacca. Ce chemin est le plus court, mais il est le plus périlleux, et par cette raison le moins fréquenté. Ordinairement, en partant de Saint-Paul de Loanda , on se rend à Barra de Bengo; quand on a traversé la rivière de ce nom, on entre dans Cassede, et l’on voyage dans le district de Dande jusqu’à Quibulonga, puis à Ana- Paço, Quileo, Mutamba, et les terres de différents sôvas jusqu’à Cana-Sala, premier village du deinbo-Naboango.
On passe ensuite sur les terres du Quingengo, le grand senzalla de Gainga Lucungo , chef des nègres Moubires ; de là on arrive à Quingetnba, qui appartient au derabo Ambuila , et on parvient enfin au préside de San-Joze de Encoge. Un Nègre empacasséiro fait ce voyage en six à sept jours, attendu que le trajet n’est pas beaucoup plus long que par Ambacca.
7» Novo-Redondo; ce préside, placé sous l’administration immédiate d’Angola, appartient cependant géographiquement au royaume de Benguella, puisqu’il est situé sur la côte de ce dernier royaume par 11» 10' de latitude, et par conséquent plus rapproché de Saint-Philippe, capitale de Benguella, ue de Saint-Paul de Loanda, capitale 'Angola. Douze pièces de canon défendent l’embouchure de la petite rivière nommée Gunza, qui forme son port, trèsfréquenté par les navires trafiquant sur cette côte. On ne connaît qu’approximativement la population de ce préside, qu’on estime être de huit mille âmes. La communication la plus sûre et la plus régulière entre ce préside et Saint- Paul de Loanda est par mer ; mais plusieurs négociants s’y rendent aussi par terre, en allant d’abord à Massangano, Cambambe , et même jusqu’aux Roches
CONGO
(Pedras). De là on traverse les terresdes Quissamas. On rencontre sur cette route les salines célèbres qui produisent cette belle espèce de sel qu’on vend par petites briques ou morceaux ; ils ont cours de monnaie dans toutes ces contrées.
Tels sont tous les présides d'Angola.
Nommons actuellement les districts qui dépendent de sa juridiction. Ils sont tous situés entre la Lifuneet la Couenza, et les plus éloignés de la capitale ne sont pas à une distance de plus de trois journées.
En commençant par ceux qui sont le plus rapprochés, on rencontre d’abord le petit district de Barra de Bengo , c’està-dire bouche ou embouchure du Bengo sur la rivière de ce nom , qui fournit l’eau qu’on conduit dans la capitale, sur des petites barques nommées dongos :
cette rivière sert aussi au transport des farines, du millet et des légumes et autres productions qu’on tire des districts d’Icolo , de Galungo , de Zenza et de Quilengues. Barra de Bengo est gouverné par un officier , qui est en même temps chef du port, il en est de même du district nommé Barra de Dande, ou bouche de Dande, qui est à quatre lieues au nord de Bengo et à sept de Loauda, sur les bords de la rivière de même nom. Ce district fournit beaucoup de bois de construction pour les vaisseaux et de charbon pour le Libongo, qui est plus au nord. Le district nommé Barra de Calumbo , ou bouche de Calumbo , est situé à dix ou douze lieues au sud de Loanda,sur la rive droite de la Couenza : il est gouverné comme les précédents par un officier qui résideaucap Régent, un peu au-dessus de l’embouchure de la rivicre. On s’y rend ordinairement par mer, parce que par la route de terre on manque d’eau et de vivres ; cependant les Nègres empacasseiros font facilement ce trajet en une seule nuit. La population réunie de ces trois petits districts peut être évaluée à environ dix-huit mille aines.
Cinq autres districts dépendent encore d’Angola, . savoir: Icolo et Bengo, Dande, Golungo, Zenza et Quilengues, les Dembos. Icolo et Bengo , situé sur les bords de la rivière Bengo , est borné par Dande, Golungo et les terres des sovas; ce district a huit sovas dans sa dépen-
dance; sa population était en 1819 de dix-neuf mille sept cent trente habitants, y compris deux mille neuf cents esclaves. Il y a T outre l’église paroissiale, deux chapelles et un couvent de missionnaires italiens. Ce district est gouverné par un capitaine-major qui réside à Quilamla , à cinq lieues au moins d’une journée de chemin de Loanda. Le district de Dande, au nord-est du précédent, renferme treize mille deux cents habitants, répartis dans quatre mille sept cent douze cases ou habitations construites en roseaux. Ce district possède une minede pétrole. On compte huit lieues d’Ingamha. lieu de la résidence du capitaine-major de ce district, à Loanda, et on emploie deux jours à faire ce trajet.
Le pays appelé Golungo ne formait autrefois qu’un seul district , qui comprenait tout ce qui se trouvait renfermé dans les limites d’Angola à l’est, d’icoio et de Dande ; mais, pour la facilité de l’administration, on a subdivisé Golungo en trois districts indépendants : le district de Golungo proprement dit, le district de Zenza et Quilengues, et le district des Dembos. Le capitaine-major du district de Golungo réside à Trombeta, qui est à treize lieues de distance, ou à trois journées de route de Loanda. Ce district renferme cent-quarante sovas, généralement très-soumis. La population était en 1819 de cinquante- neuf mille soixante-cinq habitants, répartis en dix-neuf mille cent dix cases ou habitations. Indépendamment des productions communes à tous les autres districts, le Golungo renferme une grande quantité de menu bétail et d’excellents chevaux. Comme il existe dans ce district une mine de fer, le peuple y est exempté de la dirne , sous la condition de fournir des travailleurs pour exploiter la mine et fabriquer le fer, qu’on réduit en barres, qui sont ensuite employées à divers usages pour le service ae l’État. Il y a aussi dans ce district un couvent île carmes, établi à Bangoa-Qiiitamba; ces religieux s’occupent des missions. Le district de Zenza et Quilengues est situé entre le district précédent et Icolo-Zenza, où réside son régent; il est à huit lieues de distance de Loanda , et on fait ce trajet en deuxjours. Ce district asoixante-onze
L’UNIVERS
sôvas dans sa dépendance. Il ne comprend que sept mille cent dix-sept habitants, répartis daus sept cent quarante et une cases ou habitations. La province des Dembos, qui forme le troisième district du pays de Golungo, renferme les domaines de cinq chefs ou dembos, toujours disposés a la guerre , et qui payent aux Portugais la dîme, et fournissent des nègres -porteurs pour le transport des marchandises aux foires. La population de ce petit district n’est évaluée qu’à quatre mille âmes , réparties dans mille cabanes. Ce district, imparfaitement connu , est à dix-huit lieues de Loanda , et à cinq de Golungo.
BENGUELLA.
Le royaume de Benguella , au sud de l’Angola, comprend tout le littoral entre l'embouchure de la Couenza et le cap Negro, depuis le 8" jusqu’au 15° latitude australe. Ce pays est habité par de petites nations indépendantes les unes des autres , vassales, alliées ou ennemies des Portugais. Elles sont régies pardes chefs qui ont emprunté des Européens les titres de princes , ducs , marquis et comtes , mais qui sont plus connus sous ceux de dembos et sôvas.
Le gouverneur de Benguella est nommé par le cabinet de Lisbonne ; il correspond directement avec les ministres; mais du reste il est entièrement subordonné au capitaine général ou gouverneur d’Angola, auquel il propose des candidats pour tous les emplois vacants, et dont il reçoit des ordres pour tout ce qui concerne son administration.
La capitale de ce royaume , Saint- Philippe de Benguella, est situee à 12° 32' 30" latitude australe et à 11° 3' 30" longitude orientale de Paris , sur la côte de l’Océan et à l’embouchure de la petite rivière de Cavaco. La mer forme en cet endroit une baie qui a un bon mouillage, mais où le débarquement s’effectue avec peine à cause du violent ressac produit par les vagues. Cette baie est cependant très-fréquentée par les vaisseaux de Loanda et du Brésil , qui y viennent chercher de la cire et de l’ivoire. La ville est protégée par un fort, bâti en briques durcies au soleil. La population était en 1819 de deux mille
trois cent quatre-vingt-dix-sept habitants (1). La ville a une étendue assez considérable relativement au petit nombre d'habitants qu’elle renferme; les maisons ne consistent qu’en un rez-dechaussée, à l’exception de cinq,, qui ont un premier étage. Elles sont bâties en roseaux et en briques séchées au soleil. On en voit un assez grand nombre en ruines ; elles avaient appartenu à des négociants qui, après avoir fait fortune, ont quitté le pays sans avoir pu les vendre. Les rues sont très-larges , mal alignées et non pavées. L’herbe qu’on y trouve annonce qu’il n’y règne pas beaucoup d’activité.
La ville manque d’eau potable. Pour s’en procurer on creuse un trou dans le lit de la petite rivière de Cavaco, qui est presque toujours à sec. A un pied de profondeur on trouve une eau limpide, qui n’a aucun goût desagréable; cette eau est rare dans la ville, à cause de la distance qu’il faut parcourir pour l’obtenir. C’est pourquoi l’habitant donne toujours de l’eau de puits aux étrangers ; elle leur occasionne les premiers dérangements de santé , qui les conduisent bientôt au tombeau. Il y a dans la ville un hôpital , dont la dotation est d’environ 13,000 francs. Dans les environs on trouve des mines de soufre et une source d’eau minérale.
Le montant des sommes que l’Etat perçoit à Benguella est , selon Feo , de 37 à 38 millions de réaux, ou environ 250,000 francs de notre monnaie, dont une petite portion seulement est envoyée à Lisbonne , et dont la plus forte part reste en Afrique pour servir aux dépenses du gouvernement.
La communication entre Loanda et Benguella a lieuprincipalement parmer.
Cependant les marchands forains s’y rendent aussi par terre, en prenant. différentes directions. Les gens aisés se font porter en tipoï. C’est un filet suspendu par les deux bouts à un bambou , et garni de rideaux ; deux Nègres le chargent sur leurs épaules. On peut ainsi voyager en dormant, sans être incommode par le soleil. La route la plus fré-
(i) Suivant Douville, la population de Benguella était en iSag de soixante-huit habitants blancs et de deux mille dix nègres.
1 by C
CONGO
uentée est par les Roches (das Pedras )
e Pungoandongo.
Le climat de Benguella est malsain , quoique la chaleur n’y soit pas excessive. C'est dans la saison des pluies que les maladies exercent leurs ravages.
Pendant les grandes pluies ( de mars en mai ) les indigènes sont très-sujets aux fièvres intermittentes, et les étrangers aux fièvres putrides.
La vigne donne deux récoltes par an.
Le raisin est de bonne qualité, Pt l’on pourrait en tirer d’excellent vin. La canne à sucre y croit avec vigueur , mais on ne l’utilise guère. L’oranger, le citronnier et beaucoup d'arbres fruitiers ne produisent pas beaucoup, parce que la culture eu est peu soignée.
L’administration de la justice est confiée à un juge suprême et à deux juges inférieurs ; ils ont le pouvoir de prononcer la peine capitale. La ville de Benguella et sa banlieue sont sous la direction du gouverneur; ordinairement cet officier s’enrichit par le commerce , et s'occupe plus de ses intérêts particuliers que de ceux du public. Les sovas ou chefs nègres soumis au roi de Portugal obéissent aux ordres du gouverneur, qui les fait arrêter et punir s’ils manquent aies executer. Les sovas fournissent des soldats en temps de guerre , et font des corvées en temps de paix.
Ils vont souvent se promener à Benguella avec leur état-major, dont, les officiers n’ont pour tout vêtement qu’un morceau d’étolfe autour des reins; mais le sova est toujours couvert d’une ou de plusieurs pièces d’étoffes, qu’il jette sur les épaules et laisse flotter jusqu’à terre en forme de robe. Ces Nègres ont la tête rasée , à l’exception d'une bande de cheveux qu’ils gardent au milieu et une, sur chaque oreille.
Le sova de Catumbela est le plus puissant chef soumis au gouvernement portugais dans les environs de Benguella; il peut mettre six mille hommes armés sur pied dans l’espace de trois heures, et trois mille de plus en douze heures. Lorsque ces chefs nègres vont en campagne ils sont toujours ‘suivis d’une cour assez nombreuse. Parmi les officiers de leur maison les uns ôtent les cailloux des sentiers , d’autres coupent les branches des arbres qui pour-
30e Livraison, ( Congo. )
ralentie gêner dans sa marche ; ceux-ci portent son siège , ceux-là les insignes distinctifs de son rang. Une coutume singulière règne chez les princes nègres des environs de la côte : c’est celle cP offrir leurs filles aux étrangers qui leur font une visite, si ceux-ci leur sont égaux en rang, ou si ce sont des blancs. Ils en usent ae même envers tout individu dont ils espèrent tirer quelque avantage; mais il faut bien se garder de toucher à ces femmes avant d’avoir informé le chef des présents dont on a l’intention de le gratifier , si on ne veut pas encourir la peine du crime de séduction. Ils le nomment kitouche, mot qui désigne toute espèce de délit ; l’amende est toujours évaluée au moins à la valeur de cinq esclaves pour la fille d’un chef.
Les Nègres qui vivent à une certaine distance au sud de la ville ne se coupent jamais les cheveux ; les femmes les teignent en rouge et les ornent de grains de verroterie, de corail et de petits morceaux d’etoffe. Ces peuples reconnaissent le soleil et la lune comme deux divinités suprêmes, sans cependant les honorer par aucune cérémonie religieuse ; mais ils ont des temples pour leurs dieux pénates. Ils ont aussi des lois orales, qui sont fidèlement exécutées. L’esclavage ou une amende, qui est toujours au profit de la partie lésée, sont les seules punitions quelles prononcent : rien n’entrave leur action, qui est constamment prompte.
Le royaume de Benguella n’a qu’un seul préside : c’est Caconda , situé dans la province du même nom , en ligne directe , à soixante-dix lieues au sud-est de la capitale , à cent lieues au sud de Pungoandongo , et sur les terres du sova Quitata. La position de Caconda est importante, parce qu’elle protège celles de Pedras de Pungoandongo et dès Pedras de F.ncoge, ainsi que la circulation dans l'interieur. La redoute qui défend Caconda est armée de huit pièces de canou. Ce préside contenait en 1819 une population de quatorze mille cinq cent soixante habitants , et avait huit sovas dans sa dépendance. Son territoire passe pour un des plus sains, et produit du froment. On met quinze jours a se rendre de Pungoandongo à Cacon-
da, en traversant les terres de Nègres idolâtres, mais qui n’inquiètent pas les voyageurs , si ceux-ci ne cherchent pas à leur nuire.
Le district de Baïlundo est le plus rapproché des Roches de Pungoandongo dans la direction de Caconda; il est situé sur les terres du sova de Baïlundo, guerrier qui fait de fréquentes excursions chez les sovas ses voisins, alin de se procurer des prisonniers qu’il vend aux foires de l’intérieur, ou qu’il envoie à Loanda et à Benguella. La ville de Baïlundo est hâtie sur une hauteur formée de rochers ferrugineux. Les maisons, comme celles de toutes les villes de ces contrées, sont construites solidement en pieux, recrépies avec de la terre, et garnies en dedans avec des roseaux. Elles sont couvertes en paille , et ont une forme pyramidale. Le feu est allumé au milieu de la case, et la filmée s’échappe it travers la toiture. Dans le fond il y a un châlit fait en roseaux. Le Nègre ÿ étend sa natte pour dormir.
On trouve dans le district de Baïlundo beaucoup de mines de fer. Les habitants savent tirer partie de cette richesse métallurgique : ils font des balles de fusil, qui leur servent pour commercer avec les pavs voisins. Ils fabriquent aussi des haches et des houes qu’ils exportent au loin. Les denrées sont abondantes dans le Baïlundo. Le bœuÇ, le mouton, la chèvre paissent aux environs de tous les lieux habités. Les basses cours sont remplies de volaille de toute espèce. Le sanglier, le chevreau, le cerf et l’éléphant seraient bien plus nombreux dans les forêts, si le lion et la panthère ne leur faisaient pas une guerre continuelle.
Ganza Zumba est le fétiche que ce peuple honore le plus. On le représente sous la forme d’un vieillard dans l’action de copulation avec un jeune homme (1).
Le prêtre de ce dieu est un homme âgé, qui ne peut avoir de fèmme , et qui vit avec un adolescent. Il rend des oracles. Comme les prédictions des prêtres et des prêtresses sont quelquefois confirmées par l’événement, le peuple y a une confiance si grande, qu’il croit que son bonheur dépend entièrementdela stricte
(z) Douville, tome II, p. n4.
et rigoureuse obéissance aux oracles.
A l’entrée de chaque maison il y a une petite chapelle , nommée la maison des maladies ; on y place les images des dieux et de petits vases avec les médicaments employés pour les guérir (t).
A vingt-cinq lieues environ au nord de Bailundo, sur la rive droite d’un des affluents de laCouenza, est situé Tomba (à lo°43' latitude sud, et 15° 42' longitude est), chef-lieu du district de. même nom. Le Tamba est un pays trèsmontueux. Les forêts qui le couvrent sont vastes et touffues. On y trouve beaucoup de ruches d’abeilles. Pour les dépouiller, les Nègres se servent du moyen suivant: Ils allument avec du bois vert du feu au pied de l’arbre; la fumée qui en résulte force ces insectes à abandonner leur habitation. Le miel a un goût de fumée très-désagréable. On en fait du migundo, boisson spiritueuse assez agréable. On la prépare en mettant dans un vase une quantité égale d’eau et de miel ; ou expose ensuite ce mélange au soleil pendant huit ou dix heures, pour que la fermentation s’établisse. On voit par-là que le migundo n’est autre chose que de l’hydromel. — Les habitants de Tamba sont grands, robustes et très-superstitieux.
Haco, chef-lieu du district de même nom, est situé à vingt lieues environ au nord-estde Tamba, surles limites quiséparentle Benguella de l’Angola. Les Nègres du Haco sont des cultivateurs, d’un caractère doux et paisible. Leurs villages sont entourés d’une palissade de gros pieux de trois à quatre mètres de haut, enl’oncésdans la terre, serrés les uns contre lesautres,etconsolidés avec desarcs-boutants appuyés contre de fortes traverses. Les maisons du sova , de ses fem mes et de ses filles , les magasins de l’État et la poudrière sont au centre , et l’enceinte ui les contient est également entourée ’un rang de pieux. Ces villages sont toujours placés près d’une forêt, et ordinairement sur le bord d’une rivière qu’un pont donne la facilité de passer pour s’assurer une retraite dans les bois si l’attaque de l’ennemi réussit. La ville principale du Haco jouit de ce double avantage : 1e Gango la défend d’un côté,
(i) Douville , tome II, p. 114.
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etunepetiteîlede l’autre; enfin une forêt sur la rive opposée présente un asile certain. Aussi prudents que les blancs, les Nègres détruisent toujours les ponts derrière eux, quand ils se retirent devant un ennemi, llsévitentainsid’être poursuivis.
La banza (capitale )du Bihé (vers 13° latitude australe et 17° 25' longitude orientale) est un des deux grands marchés aux esclaves de ces contrées ; l’autre est à Cassnnge. Voici les détails que nous donne Douville sur cet ignoble trafic de chair humaine qu’entretiennent les chefs nègres. « L’homme, dit-il, qui amène des captifs qu’il veut vendre doit s’adresser d’abord au sova pour obtenir la permission de trafiquer. Ensuite il va au marché, qui est situé en dehors de la banza , et consiste en une centaine au moins de maisons éparses à diverses distances de la palissaded’enceinte de la capitale. Ces maisons ont été bâties par les mulâtres qui viennent au Bihé faire la traite pour le compte des négociants portugais; elles sont entourées de maasins pour y déposer les marchandises ; e cabanes pour y loger les esclaves achetés; d’un jardin, où des plantes potagères sont cultivées, et d’une cour oùles affaires sc terminent. La réunion des bâtiments et des dépendances de chaque maison porte le nom de pombo.
« Le prix commun du plus bel esclave est de 80 pannos, équivalant à peu près à 80 francs. Le panno est une mesure de longueur qui correspond à 30 pouces français ; elle varie suivant les lieux. La valeur de l’esclave au Bihé est exprimée par 80 pannos de toile de coton ; mais le payement ne s'effectue pas seulement par cette sorte de marchandise : l’acheteur forme un assortiment, dans lequel entrent ordinairement un fusil pour 10 pannos, un flacon de poudre pour 6, du tafia pour 10 à là, suivant la volonté de l’acheteur; de la baïette, espèce de drap léger, pour 16; enfin , de la toile de coton pour le reste. Toujours le vendeur reçoit en cadeau de l ’acheteur une quantité d’aiguilles et de fil proportionnée au nombredesesclaves qu’il livre ; un ami de ce dernier, qui a servi d’entremetteur pour conclure le marché, a pour sa peine un bonnet de laine rouge. Quelquefois du gros plomb , des couteaux , de la verroterie,
plusieurs feuilles de papier, un gilet ou une casaque de baïette entrent dans le marché pour un certain nombre de pannos, qui alors sont déduits de la quantité de baïettes ou de toile de coton.
« Ces dernières sont ou blanches , bleues, rayées, ou à carreaux de différentes couleurs. Leur largeur est de 36 pouces ; elles viennent d’Angleterre, où on les fabrique exprès, d’après un modèle que l’on suit avec une exactitude rigoureuse ; car le Nègre , qui examine chaque pièce séparément et très-attentivement, rejetterait celle qui présenterait une ligne de différence dans la laisse. Il porte toujours avec lui une mesure consistant en un bout de corde, qu’il promène tout le long de l’étoffe qu’on lui propose.
« Il ne manque pas de demander quelques pannos d’indienne à fleurs, ou des mouchoirs : ordinairement, on lui en accorde quatre. L’indienne est l’espèce de toile qu’ils préfèrent; cependant elle est moins large que les autres. Les baïettes sont , ou bleues , ou rouges , ou jaunes, toujours unies.
« Voici la manière d’entamer et de terminer le marché d’un esclave, n'importe son sexe. Le vendeur n’en offre jamais qu’une à la fois, à moins que ce ne soit une mère avec ses enfants en bas âge. Il arrive au pombo, accompagné de son ami ou entremetteur : l’un ou l’autre présente un captif, sans vanter sa marchandise, à moins que ce ne soit une jeune fille vierge. Dans ce cas, il fait valoir cette particularité au mulâtre, pour exiger un prix plus élevé.
Celui-ci commence par verser aux deux Nègres une ample rasade de sou meilleur tafia; c’est le préliminaire indispensable de la négociation; parfois elle dure très-longtemps , et même une demi-journée. Quand on est d’accord sur le prix et sur l’assortiment des objets qui le représentent et qui sont inspectés , le mulâtre scelle le marché en donnant une bouteille de tafia, qui est encore du meilleur; elle est vidée à l’instant. Le mulâtre profite de l’ivresse des deux Nègres pour glisser dans ce qifil leur livre des marchandises de qualité inférieure ; et s’il est convenu de donner du tafia, il le mélange de moitié d’eau au moins.
L’UNIVERS
« Pendant que le marché est en débat, le mulâtre a la faculté d’examiner aussi minutieusement qu’il le désire l’esclave qu’on lui offre ; mais ce n’est qu’au moment où la livraison des objets donnés en échange est achevée, que le captif quitte les côtés du vendeur pour passer dans la possession de l’acheteur; cependant celui-ci n’a pas le droit de délier la corde qui garrotte les mains de l’esclave, sous peine de le voir devenir de nouveau la propriété du vendeur : c’est ce dernier qui doit faire cette opération. Alors l’esclave passe dans les magasins du mulâtre.
« La quantité des captifs amenés annuellement au marché du Bihé est environ de six mille, dans la proportion de trois femmes contre deux hommes.
On y compte toujours au moins une cinquantaine de mulâtres qui restent là pour les acheter. Ils les expédient pour Angola ou Benguella , en troupes plus ou moins nombreuses, sous la conduite de poinbéiros accompagnés d’une escorte de quelques Nègres , qui se recrutent en chemin. On a vu des bandes de ces malheureux se révolter contre ceux qui les menaient, et recouvrer leur liberté en leur donnant la mort. »
Le Bihé est environné des districts de Quilengues e Sambos et ,de Quilengues e Huila. Leur sol surpasse en fertilité tous les autres : ils produisent en abondance du manioc, du millet, des fèves, du bétail et de la volaille. On y cultive un peu de blé et de coton: la vigne y rapporte deux fois par an. C’est de ces districts que la capitale du Benguella tire toutes les provisions et les denrées dont elle a besoin pour sa consommation ainsi que pour ses exportations. On met deux à quatre jours à se rendre' de Benguella dans ces districts.
Mais on met onze à douze jours en partant de Pungoandongo (1).
On sait que l’Afrique est un des continents les plus pauvres en volcans. C’est ce qui donne tant d’intérêt à la description que Douville fait du Moulondou- Zambi, ou Montées Esprits, situé à quelque distance de flaco et de la Couenza. Les habitants regardent ce volcan comme la demeure.de l’esprit malin. Ils croient
(i) Féo Cardozo, p. 370.
que le mauvais génie prend dans cette montagne la foudre qu’il lance sur les hommes; c’est de là qu’il tire tous les maux qu’il leur envoie; c’est de là que sortent les armes qui servent aux blancs contre les Nègres. D’après le témoignage des habitants du voisinage, ce volcan n’a pas eu récemment d’éruptions. Ainsi, la lave que l’on rencontre dans les environs doit être trèsancienne.
« En montant sur cette montagne, dit Douville (1), j’excitai l’admiration des Nègres; mais il n’en fut pas de même de ceux de ma suite, qui devinrent pour ces hommes grossiers un objet de scandale, pour oser troubler la demeure de leurs aïeux. Un blanc était à leurs eux un être d’une nature différente et ien supérieure à eux ; sa visite ne pouvait en conséquence que faire un grand plaisir aux esprits.
« Quand je commençai à gravir sur le Zambi, je reconnus bientôt que les couches qui en formaient la base n’étaient pas de formation primitive, et ne se composaient pas toutes de matières volcaniques ; cependant beaucoup de morceaux de laves épars renfermaient des roches qui avaient été entraînées par des courants de matières fondues ; plusieurs fragments n’avaient subi que faiblement l’action du feu ; d’autres, au contraire, en étaient tellement altérés, que l’on ne pouvait reconnaître leur nature primitive.
« Sur la première terrasse la végétation n’était pas aussi belle qu’à la base, quoique le climat filt plus tempéré; mais cette particularité tenait à la nature du terrain. Les arbres étaient plus petits , la surface du sol était fort remarquable, par des tertres pyramidaux qui s’élevaient partout.
« Sur la seconde terrasse la végétation diminuait encore. A la troisième on ne trouvait plus que des broussailles; une petite mousse jaune et comme flétrie tapissait la terre. Je ramassai sur la seconde terrasse des morceaux de pierres calcaires, un marbre composé de lave grisâtre à grains très-lins, et de petits fragments de schorl blanc. Je distinguai aussi, dans une cavité assez
(1) Voyageait Congo, tome II, p. ?3o.
CO-NGÜ.
profonde, du granit avec des cristaux rhomboïdaux, du feldspath, et, au-dessus, des roches à demi décomposées.
« Parvenu à la troisième terrasse, le sommet du Moulondou-Zambi me présenta un pic si difficile à gravir, que je me déterminai à ne pas aller plus loin. Aucun de mes Nègres ne m’avait suivi jusque-là. Indépendamment de mes instruments, j’avais été forcé d’y porter des provisions de bouche ; elles étaient presque épuisées. Deux jours au moins m’auraient encore été nécessaires pour grimper sur le pic. Je bornai donc mon excursion à cette troisième terrasse. Suivant mes observations, elle e«t à 1,780 toises au-dessus du niveau de l'Océan.
La température était froide; le thermomètre ne marquait que 4° à dix heures du matin.
« Les ramifications du Moulondou- Zambi vont joindre celles qui partent du mont Muria. Les deux montagnes me parurent être deux points culminants dans la chaîne qui se dirige du sud-est vers l’ouest, et dont les nombreux rameaux s’abaissent en approchant de la côte.
« Aucun ruisseau ne coule du Moulondou-Zambi, qui devient fort aride à mesure qu’on s'avance vers la troisième terrasse, où il n’y a plus de terre végétale; ce n’est qu’un sable de lave qui est même assez dur; cependant il se sépare facilement en petits grains aussitôt qu’on frappe un coup de marteau sur un fragment de la roche.
« Sur un des flancs de cette montagne, ou croit apercevoir le lit d’un torrent ; mais, en l’examinant avec attention, et en le suivant jusqu'en has où se trouve une grande quantité de pierres volcaniques, on reconnaît qu’elles ont pu creuser ce ravin en se précipitant du haut de la cime. La pouzzolane est abondante dans une partie du Zambi.
On sent, en enfonçant la main dans des crevasses de la troisième terrasse, que le feu souterrain ne doit pas être bien éloigné de la croûte extérieure.
« Quelques coquillages marins mêlés à des substances volcaniques font voir que, dans ses éruptions , ce volcan avait vomi des matières marines.
« Étant à la troisième terrasse, je remarquai que les petits nuages blan-
châtres qui couronnent sans cesse le Moulondou-Zambi sont formés par la fumée qui s’échappe de la bouche de ce volcan. Je jugeai que la cime du pic pouvait être à sept ou huit cents toises au-dessus du point où je me trouvais. » La côte, au sud du Benguella, comprise entre le 15° latitude australe et le tropique du Capricorne , n'a été guère fréquentée par les Européens.
Elle est presque aussi peu connue que l’intérieur même de l’Afrique.
Au sud de Benguella, entre la ville de ce nom et le cap Negro , il existe , vers 15° de latitude, un port à l’embouchure du rio dos Mortos, ou rivière des Morts , qu’on nomme port de Mossamedès. I.es Portugais en réclament la possession exclusive; mais ils n’y entretiennent aucune force ni aucune autorité militaire.
TENTATIVES DE VOYAGES DANS L’iN- TÉ1UEUR DE L’AFR!QIIF.. — VOIES DE COMMUNICATION ENTRE LES DEUX CÔTES OPPOSÉES DE L’AFRIQUE AUSTRALE.
Si te Congo et le Mozambique, au lieu d'être entre les mains des Portugais, avaient appartenu aux Anglais ou aux Français, la géographie de l’Afrique ne serait probablement pas aussi arriérée qu’elle l’est encore aujourd’hui. Aussi les Portugais, se sentant eux-mêmes coupables de négligence, essayèrentils de faire accréditer le bruit que les pays situés à l’est du Congo, de l’Angola et du Benguella, leur étaient parfaitement connus, et qu’il existait depuis longtemps des voies de communication régulières entre les possessions occidentales et les provinces orientales des deux côtes. Ils ajoutaient que s’ils ne mettaient pas au grand jour les importantes découvertes de leurs voyageurs; que s’ils ne faisaient pas connaître tes contrées, riches en mines et en productions de tout genre, où ils étaient établis, c’était par la crainte que quelque puissance plus forte et plus ambitieuse ne s’en emparât. Leurs savants comme leurs hommes d’Etat entretenaient l’Europe dans cette croyance , lorsque Sait entreprit, en 1811. son voyage sur la côte orientale de l’Afrique, dont nous
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avons eu l’occasion de parler. Après avoir pris les informations les plus exactes, il fut convaincu que la communication entre les deux côtes par le moyen des caravanes n’existait pas; que cette communication n’avait jamais existé ; que jamais aucun voyageur portugais n’avait fait cette traversée, et que les Portugais étaient dans la plus complète ignorance sur les contrées situées au delà des limites de leurs anciens établissements.
En réponse à cette assertion de Sait, plusieurs savants de Lisbonne affirmèrent que, dans ces derniers temps, les Portugais avaient plus d’une fois traversé l’Afrique, de la côte d’Angola à celle de Mozambique, et qu’il existait des relations détaillées , mais manuscrites, de ces voyages. Mais comme on ne pouvait citer ni les noms de ces voyageurs ni ceux des contrées qu’ils avaient explorées, M. Walkenaer exprima le premier des doutes à cet égard (1).
Les objections qu’on voulait faire valoir ne firent que confirmer l’opinion de ce savant. Il reste donc établi , jusqu’à preuve du contraire , que jamais les Portugais ni aucun Européen n’ont traversé cette partie de l’Afrique, et que ce trajet n’a été fait que par des Nègres ou des naturels du pays.
Feo Cardozo et Bowdich (2) nous ont fait connaître les résultats de quelquesunes des tentatives faites parles Européens pour traverser l’Afrique australe.
Vers 1606, sous le gouvernement de Manuel Pereira Forjas , un Aragonais , nommé Balthazar Rebello, avait entrepris de se rendre d’Angola sur la côte de Mozambique; mais il n’avait pu réussir. Quatre-vingts ans plus tard, eu 1686, un capitaine portugais, nommé José da Roza , renouvela cette môme tentative : elle fut également infructueuse. Un siècle entier s’écoula sans de nouveaux efforts. Mais après ce long laps de temps , le gouverneur Mossamedès fit explorer par terre la
(i) Voyez Collection des Voyages en Afrique, tome XV, p. 5.
(a) An account of the discoveries of the Porluguesc in the interior of Angola and Mozambique , front original manuscrigts , by T. K. Bowdiçh ; London , 1824 , un vol. in-8’’.
côte au sud de Benguella, et fit en môme temps entreprendre dans l’intérieur un voyage de découvertes. On ne dit point jusqu’où cette expédition pénétra; mais de ce silence même ou peut inférer qu’elle n’eut pas plus de succès que les autres. Enfin, eu 1807, un gouverneur zélé pour les progrès de la éographie, Saldanhade Gaina , résolut e ne rien épargner pour venir à bout de cette entreprise; mais tous ses efforts n’aboutirent qu’à se procurer quelques renseignements dont nous allons reproduire ici les points les plus saillants.
Un marchand portugais, nommé Da Costa, fut chargé, parSaldanha, d’envoyer un mulâtre avec des guides et des interprètes, dans le pays de Mouloua, qui n’etait connu alors des Européens que par les récits qu’on avait faits de sa population et de son pouvoir. Ce mulâtre portugais partit du marché le plus méridional du pays de Cassange, et, après un voyage de deux mois, atteignit la capitale du Mouloua, où il fut bien reçu par le roi ( muata ) Ianvo. Ce souverain réside à une grande distance de sa femme , qui régné sur un État indépendant de son mari; ils ne se réunissent qu’à certains jours de l’année. La ville des Moulouas a des marchés réguliers, et ses rues sont arrosées avec soin ; mais l'horrible coutume de sacriGer chaque jour quinze ou vingt nègres est établie à la cour du muata et a celle de sa femme. Ils reçoivent un tribut de sel marin des peuplades du sud-est qui les avoisinent. O11 parla à l’envoyé de Costa d’une autre contrée indépendante, où un oflicier portugais venait, disait-on, de pénétrer et de mourir. Ce voyageur était le colonel du génie Laceraa , qui avait été chargé par son gouvernement de se rendre dans l'intérieur des terres en partant de la côte orientale. Linharez, ambassadeur de la cour de Lisbonne à Turin, communiqua à Bowdich la dernière dépêche de Lacerda , écrite du fort de Teté dans le mois de mars 1798, Ce voyageur devait partir pour son expédition dans le mois de mai suivant; il se plaignait du gouverneur de Mozambique, qui lui avait refusé toute espèce de secours pour son entre-
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prise. Ces. détails sont les seuls que Bowdich ait recueillis sur le voyage de Lacerda.
Le roi des Moulouas ne permit point au mulâtre de s’avancer plus à l’est avant d’avoir formé alliance avec Saldanha. Deux ambassades, chargées des présents du muata et de sa femme , furent en conséquence envoyées au gouverneur. Les naturels qui en faisaient partie étaient vêtus d'étoffes européennes, achetées dans les comptoirs de Mozambique. Le comte de Saldanha a remarqué que ces Africains étaient d’une race plus belle, moins grossière, et plus intelligente que les Nègres de la cote. Ils furent très-satisfaits de la réception qu’on leur fit , et très-étonnés des établissements militaires de Saint-Paul de Loarido ; mais la petitesse de la ville, qu’ils avaient d'abord crue beaucoup plus grande que leur capitale, leur causa une surprise d’un tout autre geure. Ils sollicitèrent l’établissement d’une foire ou un marché portugais dans leur ville , semblable à ceux du pays des Cassanges. Saldanha se préparait à profiter de ces heureuses dispositions pour envoyer une nouvelle expédition, chargée de pénétrer par terre jusqu’à Mozambique , et de retourner par mer à Loando. Mais ce gouverneur éclairé et entreprenant fut rappelé par son gouvernement, et nommé ambassadeur en Russie. Ses projets furent abandonnés par la négligence de son successeur et par les entraves que mirent les Cassanges aux communications commerciales des Portugais avec les Moulouas.
Le savant missionnaire Cannecattim, qui a publié une grammaire et un dictionnaire de la langue honda , apprit, dans le cours de sa mission à Mahonga, où il convertit le roi et toute sa famille, qu’il existe dans le district de Mouloua plusieurs grands lacs , et des rivières profondes sur lesquelles naviguent les peuples qui habitent le nord-est de cette contrée. On lui dit aussi que la ville de Mousol ou Monsol, capitale du Makoko ou Micocco, appelée quelquefois Ansico, du nom de son roi, est située à environ trois cents lieues de la côte. Le même auteur compte cçnt quatre-vingts lieues de Saint-Paul à
Cahenda, l'établissement religieux des Portugais le plus éloigné dans l’intérieur des terres, et situé sur les limites méridionales de Mahonga. Le père Cannecattim ajoute que les Portugais ont un comptoir, ou une foire dans le Cassange, à cinq cents lieues de Cahenda. Il rapporte aussi, comme un bruit généralement accrédité dans le pays, la fuite de deux soldats portugais, qui auraient déserté de la garnison de Benguella , et se seraient rendus , par l’intérieur, sur la côte de Mozambique.
Déjà avant le gouvernement de Saldanha, Grégoire Mendès avait été mis a la tête d'une expédition chargée de faire des découvertes dans l’intérieur des pays d’Angola et de Benguella (1). L’expédition, composée d’environ trente Européens et de mille Nègres indigènes, partit de Benguella le 30 deseptembre 1785, et se dirigea au sud-sud-est jusqu’à Quipapa, où l’on trouve une source chaude et sulfureuse. Le lendemain on continua à marcher au sud-est, et après avoir côtoyé le pied d’une chaîne de montagnes, on alla camper dans un lieu appelé Dombo de Quinzamba, et traversé parla rivière de Copororo, au delà de laquelle le sol s’élève d’une manière sensible.
Après plusieurs journées on arriva au pied d'une montagne ayant la forme d’une vaste forteresse, et battue par les flots de la mer à l’endroit appelé Mezaz ou les Tables. Tout près de cette montagne oh trouva une immense forêt qui s’étend très-avant dans l’intérieur , et que traverse une rivière alors desséchée. Cette rivière communique par un grand nombre de canaux avec plusieurs lacs d’eau douce et d’eau salée.
Le sol paraît fertile dans cet endroit; les grands arbres qui le couvrent de leur feuillage épais varient agréablement le paysage, et servent de retraite à une grande abondance d’oiseaux d'espèces diverses, que les Nègres Moumbi du Quilenga venaient autrefois vendre aux Portugais de Benguella, On détermina la position de ce lieu , appelé Sinhe Tenn Bari, à quatorze degrés de latitude méridionale. Les Nègres de ce
(i) Mendès donne des détails intéressants sur le pays , si peu connu , situé au sud du Benguella.
district vivent aussi au milieu des montagnes, divisés en petites tribus; mais une tradition conservée parmi eux apprend que leurs pères ont autrefois été soumis à un gouvernement régulier. A l’époque du voyage de Mendès ces peuplades étaient occupées à se donner un roi , et voulaient se réunir sous le pouvoir d’un des descendants de leurs anciens chefs. Les Portugais trouvèrent au nord un hameau d’une vingtaine de cases, où l’on prit quatorze Nègres, que l’on renvoya après les avoir habillés et leur avoir donné quelques notions d’agriculture, des instruments aratoires, et des graines pour semer. Ces hordes n’ont aucune idée du commerce; leurs aliments se composent de lait , de fruits sauvages et de poisson ; elles paraissent surtout aimer avec passion une racine qui a plutôt la propriété d’apaiser la soif quecellede calmer la faim. Onremarqua qu’un des naturels avait dans sa chevelure une bouclede jarretière attachée avec une corde, et qu’il disait avoir reçue de ses voisins du sud. La caravane s’arrêta deux jours et demi dans ce hameau , pour explorer la forêt et les bords de la rivière. On s’établit sur le rivage de la mer, où l’on construisit un radeau pour pécher du poisson. Des difficultés nouvelles se présentaient encore pour continuer le voyage le long de la côte : on se détermina en conséquence àtraverser la baie de Lapa, d’où ton pouvait apercevoir la forêt de Dingue-Vare. L’expédition séjourna deux autres jours dans cet endroit, pour compléter ses provisions de poisson. Le 26 octobre ou s’avança à deux lieues dans l’intérieur, pour éviter les collines qui bordent la côte, et l’on tourna ensuite vers un lac situé au sud de Mezaz, dont les rives sont couvertes d’herbes et de bois touffus. Ce petit lac et la rivière qui s’y perd sont appelés par les natifs Monay-aïgandou , c’est-à-dire le Fils du lézard.
Le 27, après cinq lieues de marche, on atteignit une rivière qui se jette dans le lac de Quissa. L’eau de cette rivière est quelquefois salée vers soh embouchure ; mais elle est excellente dans sa partie supérieure et dans les puits qu’on a creusés sur ses bords. Le sol de ce district est bien boisé ; mais le débarquement y est très-difficile. La mer se brise
avec violence contre une petite Ile placée à l’opposite du rivage. Ôn ne trouva aucun habitant dans cette contrée; mais divers objets laissés après eux indiquaient que plusieurs l’avaient quittée récemment pour se réfugier dans les montagnes. Une observation douteuse donna la latitude de quatorze degrés dix minutes.
En traversant ies montagnes on apercevait dans les vallées, entièrement dépourvues d’eau, quelques cabanes abandonnées par les naturels. Toutes les tentatives qu’on fit pour entrer en relation avec les Nègres furent complètement inutiles.
Le 1er de novembre on continua à parcourir cette contrée montagneuse, jusqu’au lit d’une rivière desséefiée, où l’on perdit l’officier de marine Miguel Pinhero, qui s’était offert de lui-même pour faire partie de cette expédition.
Le lendemain on s’arrêta près d'un lac desséché , où l’on put se procurer de l’eau douce en creusant des puits. La principale souffrance de la caravane pendant les marches précédentes venait de l’obligation où elle se trouva de' boire continuellement des eaux saumâtres. Le 3 novembre on traversa une contrée moins inégale, dont le sol semblait avoir été brûlé, et qui prenait dans quelques endroits une couleur rouge trèsvive. Un ruisseau qui se détaché d’une plus grande rivière se perd, à quelque distance de là, dans un lac situé, entre deux montagnes. Une vieille Négresse aveugle apprit aux Portugais que le rivage n’était qu’à une lieue de distance, et que les naturels y avaient récemment mis à mort plusieurs hommes blancs.
En effet, après avoir fait environ une lieue, la caravane arriva près d’un port auquel on donna le nom de Porto-Novo de Mossamèdes , en l’honneur du capitaine général d’Angola. Ce port est situé au milieu de la baie du Nègre. Près du campement de l’expédition on trouva un petit rqisseau qui se jette dans la mer. A une lieue au nord de la baie du Nègre il y a une autre rivière, très-remarquable par son étendue et par ses communications avec les lacs voisins.
Un de ces lacs, situé au sud , a une demi-lieue de circonférence, et est soumis aux variations de la marée. Les en-
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virons de la rivière sont humides et propres à la culture; et, suivant le rapport de Mendès, ce pays pourrait fournir assez de bois et de pierres de construction pour élever l’établissement qu'on avait le dessein de former dans ce lieu, sous le nom de fort de Mossamèdes. La rivière produit beaucoup de poisson. Les Nègres qui en habitent les rives s’étaient enfuis dans l’intérieur des terres, à l'approche de l’expédition, craignant que les Portugais ne fussent envoyés pour venger la mort de l’équipage d’un vaisseau que les indigènes avaient récemment massacré, et dont on trouva encore quelques dépouilles dans le village voisin.
Mendès lit partir deux détachements pour explorer la rivière de Kio das Mortes, qui se jette dans la baie Negro.
Un de ces détachements s’empara d’un vieux Nègre infirme, qui leur apprit que les peuplades qui habitent ces parages sont soumises a des chefs, qu’elles sont peu considérables, possèdent de grands troupeaux de moutons, mais très-peu de gros bétail. Le vieux Nègre avoua aussi que ses compatriotes vivent principalement de pillage, et que dans sa jeunesse il avait été lui-même un habile maraudeur. L’autre détachement s’approcha très-près d’une horde de natuturels ; mais ceux-ci abandonnèrènt avec adresse deux cents de leurs moutons, pour occuper l’attention de leurs ennemis, et s’enfuirent rapidement avec le reste de leur bétail. Après quatre jours de halte, la caravane se remit en route, le 8 novembre. Le vieux Nègre lui servait de guide. On marcha trois jours sur un sol sablonneux pour faire onze lieues. Le Rio das Mortes est engorgé à deux lieues de la côte par une quantité considérable de troncs d’arbres amoncelés par les inondations. A la distance de- huit lieues, deux chaînes de montagnes s’élèvent uniformément en forme de pyramides , et ne présentent aucun défilé ni passage. Dans la vaste plaine de sable qui est à leur pied on trouve en tout temps une grande abondance d’eau de pluie , conservée dans des citernes naturelles qui s’épanchent sur le sol. Ces montagnes, revêtues d’une végétation riche et variée, se terminent au pays de Cobale, frontière du Oimba, qui est liinitrophedes provinces d’Humbe
et de Chaungro, situées sur la rive occidentale delà rivière de Cuneni. C’est de l’immense forêt qui couvre cette partie du Cobale que sont arrachés les arbres ue le Rio das Mortes charrie dans ses ébordements.
Le vieux Nègre était presque inutile, à cause de son grand âge, et il devenait urgent de se procurer de nouveaux guides pour continuer le voyage. Le caporal Manuel da Gucrré réussit à s’emparer de plusieurs naturels, d’un grand nombre de moutons et de quelques vaches.
Les prisonniers servirent de guides, et l’expédition reprit son voyage sur le bord de la rivière qui communique avec le Rio das Mortes. Cette dernière rivière finit, dit-on, dans le Cobale.
Les indigènes de cette partie de l’Afrique, appelés Memuaschagnes, se nourrissent de bœuf, de mouton, de gibier, de beurre et de fruits ; leurs cabanes sont construites en paille, et revêtues d’un mélange de terre et de bouse de vache, qui résiste à la pluie lorsqu’il est durci par les rayons du soleil.
Le 22 , la caravane se dirigea vers le pays de liumbo , qui borde en partie le district de Jan et en partie ceux de Caninà ou de Gonga. On traversa une rivière qui coule vers le Rio das Mortes, et l’on suivit pendant deux jours son lit, où l’on trouva parmi le sable des croûtes de nitre cristallisé. L’eau de cette rivière est saumâtre; mais ses bords nourrissent le plus beau bétail du monde. On en détermina la latitude à quatorze degrés quarante minutes sud. On demanda aux prisonniers s’ils avaient quelque souvenir traditionnel que leurs ancêtres eussent eu commerce avec des hommes blancs. Ces Nègres répondirent qu’ils n’avaient aucune tradition sur un semblable événement; et en effet ils paraissaient ne connaître d’autres vêtements que les peaux de leurs vaches et de leurs moutons. Les indigènes de cette contrée sont remarquables par la symétrie et la belle proportion de leurs membres. ’ Ils portent dans les cheveux des ornements de peau de mouton taillés en figures singulières, et présentant la laine en dessus. Leurs femmes sont trèsfécondes. — On renvoya le vieux Nègre dans cet endroit, après l’avoir habillé. Il
L’UNIVERS
affirma encore, avant départir, qu’il voyait pour la première fois des hommes blancs, et qu’il n'avait jamais entendu parler de semblables hommes par ses compatriotes. L’idiome de cette contrée est très-facile à entendre pour ceux qui connaissent la langue bunda ou d’Angola.
Mendès fait observer que de toute la partie occidentale d’Afrique connue des Portugais la contrée de fiumbo est la plus belle par son climat, sa fertilité , son heureuse position et la beauté de ses paysages. Elle comprend une chaîne de montagnes demi-circulaire, qui s’étend considérablement entre le nord-est et le sud-est, et est habitée par une population nombreuse et guerrière.
Une rivière s’épanche du sommet de ces montagnes vers leur base , et se divise par des saignées artificielles en mille canaux , qui vont fertiliser d’immenses champs de millet , de maïs , de blé , de fèves, et de tabac ; les naturels préparent cette plante en en pressant les feuilles entre deux pierres. Ils savent aussi fumer leur sol , naturellement léger, avec la cendre des mauvaises herbes. « L’art de diviser artificiellement les eaux, ajoute Mendès, dans lequel les Égyptiens furent nos premiers maîtres , a été suggéré aux nègres de ce pays par la disposition analogue de leur sol; mais c’est le seul exemple d’une semblable industrie que j’ai vu pendant ma longue résidence en Afrique. ■> Les produits de la terre répondent aux soins qu’on leur donne ; on sème immédiatement après la moisson, et on supplée au manque de pluie en arrosant les champs avec les eaux des réservoirs. Malgré l’abondanee des arbres dans cette contrée, les habitants ont soin de ne couper que les plus petits pour servir aux usages journaliers , et de réduire les plus gros en planches , qui servent à les abriter des rayons du soleil. La caravane eilt trouvé plus de provisions dans ce district s’il n’eût été récemment ravagé par les habitants d’un pays voisin, nommé Catalla, soutenus dans leurs excursions par le sova d'Ohila. Le district du Pumbo, qui est sans contredit la position la plus avantageuse pour l'établissement d’un comptoir, est situé à vingt-huit lieues au
nord du pord de Mossamèdes, par quinze degrés de latitude méridionale.
Le 4 décembre , on continua à marcher le long de la même chaîne de montagnes ; les Nègres qui l’habitent sont actifs et courageux, mais tous enclins au vol, quoique leur pays soit très-peuplé et abondamment pourvu de provisions. On remarqua dans cette marche une grande quantité de fruits sauvages et d’arbres gigantesques sur lesquels Mendès grava quelques inscriptions.
Cette province, nommée Otomba ( Tamba ? ), est située par quatorze degrés de latitude, à la distance de trentesix lieues de la mer. On y trouve d’excellente eau. Enfin , l’expédition atteignit Dombé da Quiirzamba , où se terminèrent ses travaux d’exploration ; elle revint dans la ville de Benguella le 29 décembre 1785.
Quant aux expéditions faites sur la côte orientale, on peut rappeler celle de Baretto en 1570, celle de Silva à la cour de Quitevo, en 1571, et enfin celle du colonel Lacerda qui, comme nous venons de voir, mourut au commencement de son voyage. Lacerda transmit seulement la déposition d’un marchand , nommé Gonsalvo Pereira, natif de Goa. Celui-ci, engagé longtemps dans le commerce de l’or, prétendit s’être avancé, en 1796, assez avant dans l’intérieur, et pouvoir nommer-les lieux par où il avait passé; mais il est incontestable qu’il n’a point effectué le passage d’une côte à vautre.
Douviiie, si son voyage est authentique, paraît avoir jusqu’à présent pénétre le plus loin dans l’intérieur de l’Afrique australe. lia rempli en partie l’espace blanc qu’on voit sur les anciennes cartes, au centre de l’Afrique, entre l’équateur et le 5e degré latitude sud. Parti de Benguella, il s’était proposéde revenir en Europe par l’Egypte, après avoir parcouru toute la partie la moins connue de l’intérieur de l’Afrique. Il nous donne des notions fort curieuses sur le lac Couffoua et les habitants des environs (vers les 4“ latitude sud et les 25° longitude orientale de Paris).
Les habitants de Cahui et de Baka, au sud-ouest du lac Couffoua, sont de courte taille, gros et robustes; ils ont les yeux petits , mais très-vifs , la bouche
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très-tendue , le front bas et des cheveux presque sur le cou, les oreilles trèspetites, la partie inférieure du visage allongée comme chez les singes. Ces Nègres adorent le soleil , qu’ils considèrent comme l’auteur de tout ce qui existe. Ils regardent la lune comme son premier ministre, gui gouverne en son absence dans les lieux où il a passé.
Ils n’ont point de temple. Lorsque le soleil parait ils lui adressent leurs hommages, et lorsqu’ihest sur le point de se cacher à l'horizon, ils le prient de revenir bientôt. Si un temps nébuleux l'empéche de se montrer, ils pensent qu’il est irrité contre les hommes, qui ne lui rendent pas les honneurs dus.
Lorsque la lune devient entièrement invisible ils «lisent que le soleil change de ministre, et gu’il en choisit un nouveau, et ne lui donne sa confiance que peu à peu. Le moment de la pleine lune est celui de toute la puissance de ce ministre, gui semble vouloir égaler sou maître; celui-ci commence alors à lui retirer sa faveur. Ils expliquent les éclipses de soleil en disant que ce sont des moments de dispute entre le dieu et son premier ministre qui cherche à s’emparer du pouvoir. Quant aux éclipses de lune , c’est l’époque où le dieu retire brusquement son amitié à son premier ministre, et qu’il lui rend uu moment après , lorsqu'il le reconnaît innocent. — A la naissance d’un enfant on plante un arbre, et à chaque nouvelle lune on fait une entaille sur l’écorce. C’est ainsi qu’on compte l’Age par lunes.
Depuis Cassange jusqu'à Baka le terrain s’élève insensiblement. Ce n’est qu’aux environs de la banza du chef de Baka que l’on commence à rencontrer des collines; elles forment l’extrémité des chaînes de montagnes que l’on voit vers le sud. Ces collines sont de grès jaunâtre; ensuite on trouve des grès schisteux de même couleur et renfermant des particules de mica.
Les habitants de Baka, dans le voisinage de la rive gauche du Zaïre, sacrifient des victimes humaines pour apaiser les dieux malfaisants. Mais cela n’a lieu que lorsque l’ennemi vient ravager le territoire , ou à l’invasion d’une épidémie. Dans le premier cas, on égorge un prisonnier de guerre.
Dans le second , on va saisir une victime dans un canton voisin , et on l’immole sans pitié. Les prêtres distribuent au peuple de petits morceaux de sa chair, que l’on mange, en guise de pain bénit,
Pour se préserver de la contagion ou de attaque des ennemis. On ne touche pas à la peau ; ceux qui ont le bonheur de s'en procurer un lambeau, le renferment dans des coquilles d’escargots , et les portent suspendues au cou comme une marque de la protection des dieux.
Les habitants du Humé sont anthropophages. « Ils mettent, dit Douville(l), leurs prisonniers à la broche en entier , et se contentent de leur ôter les intestins. » Les Humés sont très-puissants; ils combattent leurs ennemis avec un acharnement aveugle; ils honorent les hommes qui, en revenant de la guerre, rapportent le plus de têtes humaines.
On n’élit pour souverain que celui qui présente un bonnet couvert de deux cents dents d’ennemis qu’il a tués ou faits prisonniers ; il en pare sa tête dans les jours de fête ou quand il va à la guerre. Le chef de ce peuple féroce se sert d’un crâne humain pour boire. Les ossements de ceux qu’il a tués ornent son palais. — Les f'.tats de Humé s’étendent , d’après les renseignements recueillis par Douville, à l’est, jusque chez les lluegas; le Couango prend sa source dans ce pays ; la montagne d’où il sort est toujours blanche, et se perd dans les mers, ce qui fait donner à ce fleuve le nom qu’il porte, de Coua, ciel , et Ngo, eau. Les Ruegas sont ennemis jurés du Humé et toujours en guerre avec lui. Il vient quelquefois chez eux un peuple du sud, qui est, non pas noir , mais cuivré. Ils le nomment fliri. Serait-ce les Arabes établis sur la côte de Zanguébar?
Quant au lac Couffoua , dont Douville fait une description détaillée , nous ne discuterons pas pour savoir si c’est le même que le lac Maravi. Si cette description est véridique, ce lac a la plus grande analogie avec fa mer Morte (?). Voici le récitde Douville: «N’étantpas très-éloi-
(i) Voyageait Congo, etc., tome III, p. i4- (2) Cuujfoua , dans la langue du pays, signifie, mort.
Digil
L’UNIVERS
gné du lac Couffoua, dont on m’avait raconté tant de merveilles, dit-il, j’éprouvai naturellement le désir de l’examiner.
Je jie voulus pas mener toute ma caravane avec moi , afin de lui épargner une fatigue inutile , surtout en traversant un pays où je savais que je ne rencontrerais personne : il n’était pas prudent non plus de la laisser à Cuzuila , où elle aurait été exposée aux incursions des brigands du Humé; en conséquence, je la fis partir pour la banza Muria, située àsix lieues au nord de Cuzuila. Jedonnai ordre à mon premier pombéiro de l’y attendre. Quand elle se fut mise en route je restai avec cinquante hommes ; alors je marchai à l’est, en remontant le long du Cuzuila. On m’avait dit que cette rivière sort du lac Couffoua : elle coule, à l'est et au sud, entre les États de Humé et ceux de Mucangama à l’ouest et au nord. Pendant trois jours je voyageai dans une forêt , qui probablement était la continuation de celle que j’avais parcourue précédemment. Le quatrième je remarquai que la végétation diminuait considérablement; le soir nous fîmes halte sur les bords du Cuzuila, dans une plainearide. L’élévation du sol avait augmenté d'une manière rapide depuis le village de Cuzuila. La différence entre ce lieu et celui où je me trouvais était de cent cinquante et une toises. La température pendant ce jour baissait sensiblement.
« Nous longeâmes encore pendant deux jours la rivière : dans la forêt elle avait conservé une largeur d’une centaine de pieds , qui ensuite diminua graduellement. Le terrain brillé où nous entrâmes au sortir des bois n’offrait plus qu’une végétation chétive, qui cessa entièrement à une distance d’environ deux lieues du lac. La surface du pays était très-raboteuse , parsemée de rochers isolés de différentes dimensions, les uns tenant au sol , les autres apportés. Quoique la pente du terrain ne fût pas très-abrupte , elle l’était cependant plus que dans la forêt. Le cours du Cuzuila était très-tortueux; son lit, réduit à une largeur d'une cinquantaine de pieds entre les deux bords, n’était pas très-encaissé. On ne voyait plus qu'un filet d’eau d’une douzaine de pieds entre les bergers.
« Nous avancions toujours vers l’est , lorsqu’un terrain inondé ou marais, d’où je voyais sortir le Cuzuila , nous obligea de dévier à gauche ou vers le nord , parce que le terrain formait de ce côté une butte haute d’une cinquantaine de pieds. Nous allâmes bivouaquer sur son sommet, qui n’était que .légèrement bombé. Ce tertre était composé d’un conglomérat de matières volcaniques.
Le point où nous campâmes était à peu près à une lieue du lac.
« Sur toute notre route nous n’avions rencontré aucun village. Des bêtes sauvages peuplent la forêt ; 'mais au delà nous ne vîmes plus aucun animal vivant.
* Des guides de Cuzuila , qui nous avaient accompagnés jusqu’à l’endroit où nous devions passer la nuit , tremblaient déjà de se trouver si près du lac: néanmoins je commandai qu’on se tînt prêt pour partir le lendemain de très-bonne heure.
« Comme il faisait encore grand jour, j’allai examiner la butte dont nous occupions le commencement de la pente méridionale. A l’est d’énormes rochers s’élevaient à plus de cent pieds au-dessus du plateau où nous campions, et dont ils couvraient toute la partie orientale, de sorte qu’ils m’empêchaient d’apercevoir le lac , et j’ignorais à quelle distance j’en étais. Je marchai au nord , parce que je découvris de ce côté une nappe a’eau. Je descendis sur ses bords, et je reconnus que c’était un marais inondé , semblable à celui qui était au sud de la hutte, mais beaucoup plus large, et borné au nord par des montagnes qui me parurent très-élevées. J’observai que, dans le nord-ouest, plusieurs filets d’eau sortaient de ce marais et prolongeaient leur cours à perte de vue. Je revins à mon camp; j’avais déjà remarqué que les montagnes au sud du marais du Cuzuila étaient très-hautes.
o Mes nègres, à qui on avait raconté sur le lac Couffoua beaucoup de choses étranges dont ils ne m’avaient point parlé, vinrent dans ma tente sur les huit fleures du soir; c’était le moment où les vapeurs qui s’élèvent pendant le jour sont condensées par la fraîcheur de la nuit. La respiration commençait à être gênée. Ils me répétèrent ce qu’ils avaient
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entendu , ajoutant qu’ils n’avaient pas voulu le croire, mais que certainement on ne les avait pas trompés, puisqu’ils commençaient a respirer moins librement. Je les écoutai tranquillement, et j'essayai de les rassurer ; alors les guides me déclarèrent qu’ils n’iraient pas plus loin. Sans avoir l’air d’étre contrarié de cette résolution, je leur dis qu’ils pouvaient rester, si cela leur convenait; mais que, comme j’avais les montagnes devant moi , et qu’elles étaient assez grosses , j’arriverais facilement. J’ajoutai que puisque, selon eux, les esprits entraînaient les vivants dans le lac, nous serions sûrs de le trouver, puisqu’ils nous y conduiraient, sans être obligés de payer des guides.
« Ce discours leur causa de la surprise, qui augmenta encore quand j’annonçai que le lendemain je précéderais nies’gens, qui pourraient s’enfuir s'ils voyaient les esprits me saisir; ensuite je les engageai a aller dormir. La nuit se passa fort tranquillement; mais nous avions la respiration génee. Le matin je fus le premier debout. Mon interprète m’apprit que les guides étaient convenus de m’accompagner si je voulais marcher le premier. Le soleil était déjà levé ; il éclairait le sommet des montagnes que j’allais parcourir.
« Une vapeur claire qui s’en élevait me parut d’abord produite par l’action des premiers rayons du soleil sur une terre humide de rosée; mais je découvris bientôt que c’étaient des émanations qui s’échappaient des fentes des rochers; les guides m’assurèrent qu’on en voyait continuellement pendant le jour.
« Nous marchâmes à l’est; je m’avançais à la tête de ma troupe. Le terrain de la butte, ainsi que je l’ai dit précédemment, s’élevait continuellement, Nous en suivîmes le pied. Tout à coup les guides s’arrêtent en me criant de ne pas aller plus loin, parce que le bruit souterrain que l’on entendait annonçait l’approche des esprits. Persuadé que la peur seule leur faisait tenir ce langage, je leur dis de se taire, ou de retourner sur leurs pas.
« Après une marche fatigante à travers un terrain aride et sablonneux , le long du marais , je parvins au bord du
Couffoua , et je m’assis sur un rocher élevé au plus d’une douzaine de pieds au-dessusde ce lac, que jusque-là je n’avais pu apercevoir. Quand mes gens me virent tranquillement assis, ils prirent courage, et me rejoignirent. Ils étaient tout tremblants; cependant, ils ne balancèrent pas à m’approcher. Quelques moments après ils se familiarisèrent tellement avec l’idée du prétendu danger, u'ils accusèrent les Nègres de Cuzuila e poltronnerie, lis allèrent même jusqu’à prendre de l’eau et à leur en jeter; mais ils ne purent s’empêcher afe remarquer qu’elle différait de celle des rivières , étant couverte d’une croûte épaisse dont ils ne connaissaient pas la nature. Il n’était pas encore midi. Nous nous trouvions au pied des roches de l’extrémité orientale de la butte, dont la hauteur en cet endroit était à peu près de trois cents pieds; un espace a surface très-raboteuse, élevéà plus d’une, toise au-dessus du Couffoua, et dont l’étendue était environ de trois cents pieds en tous sens, nous offrait un lieu commode pour nous y arrêter.
« Mes nègres construisirent, comme la nuit précédente, des espèces de cabanes avec leurs moutetés ou paniers; ils les couvrirent de leurs pagnes. Quoique rassurés, ils n’étaient pas entièrement tranquilles; leur imagination leurrappc- Iait les idées les plus effrayantes. D’ailleurs, la gêne que nous éprouvions en respirant aurait sufli pour tourmenter un cerveau moins faible.
« Aussitôt après mon arrivée je fis les observations nécessaires pour déterminer la position de notre campement.
Il était par 4" 18'' de latitude sud, et 24° 42' de longitude est, et à neuf cent onze toises au-dessus de la mer. Le marais qui bornait au sud la butte rocailleuse dont nous occupions l’extrémité orientale ne s'étend pas jusqu'à ce point. L’espacecomprisentreeelieu et les montagnes qui s’élèvent au sud offre une ouverture, large de vingt pieds au plus, par laquelle s’écoule l’eau du Couffoua , et qui s’élargit assez brusquement à une distance d’environ trois cents pieds du lac. L’eau, chargée de naphthe et d’autres substances, entre dans le marais dont j’ai déjà parlé, et qui doit probablement sa naissance à tous ces débris qui ont rem*
pli l’intervalle borné au nord et au sud par des rochers.
« L’étendue du marais dans ce sens est d’une demi-lieue.
<> J'apercevais dans l’est, à l’horizon , une ligne blanchâtre; je présumai que c’etaient les montagnes de la rive opposée. J’attribuai la couleur qu’elles présentaient aux vapeurs qui s’élevaient de leurs flancs. La surface du lac était tranquille. Aucun bruit, aucun cri ne troublait la triste solitude qui nous environnait; c’était réellement le silence du néant. La lune éclairait alors ces lieux; mais sa lumière, qui ne pouvait être refléchie par les eaux du Couffoua enveloppées de leur croûte épaisse, ajoutait au caractère lugubre de tout ce qui m’entourait.
« Aussitôt que le jour parut, je m’empressai d’examiner le lac. La croûte qui le couvre partout est formée par un bitume épais, dont une partie découle des montagnes, et l’autre s’élève du fond.
En plongeant la main dans ses eaux , je les trouvai très-froides. Le thermomètre marquait 18° à l’ombre. Je le posai sur la surface du lac; il descendit à 13° sept douzièmes. Ensuite je pris un roseau, au bout duquel j’attachai une corde longue de dix pieds, dont l’extrémité soutenait le thermomètre, muni en bas d’une balle de plomb. Je l'enfonçai dans l’eau; je l’en retirai avec promptitude un quart d’heure après : il n’indiquait plus que 10" dix douzièmes.
« La croûte répandue à la surface de l’eau est si épaisse, que les rayons du soleil ne peuvent la percer. Ayant observé dans quelques endroits un bouillonnement qui semblait être produit par l’action d’un courant de bas en haut poussant l’eau avec violence, je plongeai mon thermomètre dans un de ces tournants. Alors le mercure descendit à 9°, ce qui me donna lieu de croire qu’une source souterraine jaillissait dans ce lieu.
« Ayant fait écarter la croûte sur quelques points, un filet fut jeté dans cette ouverture ; il ne ramena aucun poisson, ce qui ne m’etonna pas, l’eau ayant une saveur fort désagréable, annonçant qu’elle ne pouvait être le séjour d’êtres organisés (1). »
(i) Douville, (orne 111 , p. i8-a5.
Douville examina ensuite les montagnes qui bordent le lac de Couffoua. La hauteur de ces montagnes est d’environ cent cinquante toises au-dessus du lac, et à neuf cents toises au-dessus du niveau de l’Océan. Leur pente est assez rapide du côté méridional. Quelques roches escarpées s’avancent dans le lae et en barrent le passage. Trois rivières s’écnappent
Far les trois principales ouvertures :
une à l’est et les deux autres à l'ouest; leur eau est très-froide , et leur lit à fond de gravier. La longueur du lac, alimenté par un courant d’eau ascendant, est de presque vingt lieues, et sa plus grande largeur d’environ dix. Il est plus étroit dans sa partie septentrionale que dans la méridionale , la première se resserrant toujours à mesure qu’il avance vers le nord. Les montagnes qui l’entourent ont la pente extérieure plus prolongée que celle de l’intérieur. Leur largeur à la base est d’environ une lieue. Celle du sommet est au plus d’un tiers de lieue : il est partagé dans toute son étendue par une déchirure qui n’a jamais plus de huit toises de profondeur.
Ces montagnes s’abaissentsurdifferents points. Leurs flancs offraient çà et là des crevasses profondes : il s’exhale de quelques-unes des vapeurs sulfureuses suffocantes. La naphlhe découle abondamment et sans interruption d’un grand nombre de petites fissures, dont l’élévation au-dessus de l’eau ne va pas à plus d’une toise. Des fragments de lave, de pierre ponce, d’obsidienne prouvent que ces montagnes sont d'o-‘ rigine volcanique. Le lac lui-même s'est probablement formé par l’affaissement d’un immense volcan. Les cavités d’où s’exhalent des vapeurs suffocantes sont tapissées de soufre. C’est de là qu’est venu le nom de montagnes puantes ou de Moulounda gia caiba risoumba.
En quittant le lac Couffoua, Douville nous apprend qu’il s’avança au nord jusqu’à Yanvo, jusque soiis la ligne, en passant par Mucangama et Tandi- Avoua.
La banza ( ville capitale) de Mucangama est située dans une île que forme le Rambigé, à 2° 50' latitude sud, et 23" 9' longitude est. Elle est grande et bien bâtie ; les rues sont larges et assez bien alignées; les maisons sont, en
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partie, en briques séchées au soleil; les places publiques sont vastes, et entourées d’arbres hauts et touffus- Au milieu du marché aux esclaves est une élévation , sur laquelle on exécute des criminels et où on sacrifie des victimes dans les jours de cérémonie. Les environs sont très-insalubres : dès que le soleil est couché des exhalaisons infectes sortent de la terre. Les différences très-grandes de température qui se font sentir, souvent dans l’espace de quelques heures, suffisent pour détruire les tempéraments les plus robustes.
La ville de Tandi-Avoua, capitale des Molouas, est située dans une île formée par deux bras de l'Agattu. Elle est vaste et très-régulièrement bâtie. Douville avoue n’avoir point encore vu chez les Nègres de ville aussi belle ni aussi grande. Elle est divisée en quartiers, séparés par des avenues plantées d'arbres touffus; les rues sont larges et même arrosées, pour éviter la poussière et rafraîchir l’atmosphcre. On se sert pour cela d’énormes calebasses , contenantchacuneplus de cent bouteilles d'eau. Plusieurs ruisseaux traversent la ville en tous sens. Ils sont très-bien entretenus : on n’y jette aucune immondice.
Au lever et au coucher du soleil il n’est permis à personne de mettre les pieds dans ces ruisseaux, parce que c’est l'heure à laquelle chaque famille fait sa provision d’eau. Sans cette mesure, on serait exposé à boire l’eau dans laquelle d’autres se sont lavé le corps. — La population de Tandi-Avoua peut s’élever à quinze mille individus , dont les deux tiers sont des femmes. L’air y est assez tempéré.
Les Molouas sont bien faits , grands et robustes, d’un noir foncé; ils ont les yeux vifs, et sont très-actifs. Ils fabriquent avec le cuivre, dont les mines sont abondantes dans leur pays, les mêmes objets que les habitants de Mucangama avec le plomb ; ils taillent aussi des pierres fines, telles que des cornalines, des agates et du jaspe, llsontbeaucoup de goût pour la menuiserie, et fabriquent des tables et des tabourets qui sont très-bien façonnés ; leurs seuls outils sont le couteau et le ciseau, qui diffèrent des nôtres. Ils sont très-patients , et passent des journées et même des se-
maines entières à faire des ornements sur les pieds d’une table ou d’un tabouret. Ils emploient une espèce de tour pour percer les pierres dures dont ils font des colliers et des pendants d’oreille. Chacun a dans sa chapelle une table sur laquelle une plaque en pierre fine est destinée à recevoir les premiees de la moisson. — Ces Nègres vont presque nus; les femmes ne se couvrent les parties sexuelles que lorsqu’elles ont leurs infirmités périodiques; les jeunes filles sont nues dans tous les temps; les hommes et les garçons portent souvent des peaux (familiaux, non par décence, mais pour montrer qu’ils ont été adroits à la chasse. Ils ont des toiles de coton d’Europe, qui leur viennent en échange d’esclaves; mais ils ne s’en servent habituellement que pour se couvrir les épaules, et pour se parer les jours de fête et dans la saison des pluies; alors ils sont habillés ou plutôt enveloppés de pièces de cotonnade; ils préfèrent Ictalia, la poudre et 1rs fusils à ces toiles; ils en tissent eux-mêmes avec de la filasse qu’ils savent extraire de plusieurs plantes. Les nobles sont vêtus d’étoffes d’Europe quand ils sont de service auprès de la reine; cette princesse a unjupon fait d'étoffe du pays, qui lui tombe presque jusqu’au genou, et qui est attaché autour des reins avec une bande d’un tissu rouge, mais de manière à laisser une des cuisses entièrement découverte pour qu'on aperçoive la forme du corps; elle porte de plus, sur les épaules, un long morceau d’étoffe , noué sous le menton et laissant voir le sein. Les femmes de Tandi-Avoua n’ont pas, comme celles de plusieurs autres pays de l’Afrique, le sein pendant ; elles aiment au contraire qu’il soit ferme et représente bien deux demi-globes. Celles qui ont allaité leurs enfants ont soin de le relever avec des ceintures (1).
Tawli-Avoua est défendu par une citadelle, dont le double mur, de deux mètres de large, est renforcé par une palissade de gros pieux , qui forme en dedans un talus sur lequel se tiennent les soldats, sans être exposés aux flèches de l’ennemi ; un fossé île quatre mètres de largeur sépare le premier mur du se-
(i) Douville, III, p. 65.
L’UNIVERS
cond ; un autre , large et profond , entoure la forteresse en dehors ; le pont sur lequel on les traverse peut être rompu en un instant. Les murs sont surmontés de parapets crénelés. L’arsenal renferme quatre cent quinze fusils et treize barils de poudre. Les Molouas se sont procuré tout cela en vendant des esclaves au jagn de Cassange , et à divers peuples qui commercent avec les blancs (1).
Yanvo, au nord de Tandi-Avoua, est presque situé sous la ligne. C'est une ville d’environ sept lieues de tour, bâtie dans trois îles formées par les bras du Rigi ; les îles du sud et du nord sont les plus grandes; éelle du milieu est trèspetite et comprise entre les deux autres. Dans nie méridionale se trouvent : vers le milieu, le temple deLamba-Lianquita ; à l’est, le fort principal; ausud,leCubitabitaoulagrandeplace;àl’estdecelle-ci,le marché aux esclaves. Les rues sont larges et plantées d’arbres de chaque côté. Plus d'un tiers de la ville est bâti en briques séchées au soleil; le reste est en pieux recrépis avec du mortier. La opulation est d'environ quarante mille abitants, y compris les esclaves, qui en forment à peu près la moitié. Les esclaves sont amenés à Yanvo de toutes les parties de l’intérieur. C’est le marché central où vient un très-grand nombre de marchands, qui vont cnsuiteconduire ces malheureux de divers côtés. Le mouata ou chef prélève un droit sur la vente de ceux qui sont expédiés pour l’étranger, et les prêtres sur ceux qui restent dans l’intérieur.
Yanvo fut le termedu voyage deDouville. En quittant cette ville il revint sur ses pas , après avoir recueilli quelues notions très-vague» sur le royaume e Bomba. Le 27 juin 1830 il lit voile d’Ambiz, sur la côte, pour gagner le Brésil, qu’ilquitta bientôtpour retourner en France , où il publia son voyage au Congo et dans l’intérieur de l’Afrique équinoxiale.
A la fin decet ouvrage, Douville donne une notice fort intéressante sur les difficultés de voyager dans l’intérieur de l’Afrique.
« Plusieurs causes, dit-il, s’opposeront encore longtemps à ce que cette région
(i) Douville, tome III, p. •j3.
soit connue: d’abord les fatigues qu’il faut endurer. Mais , indépendamment des obstacles qui résultent du climat et des fatigues, d’autres difficultés ne sont pas aisées à surmonter. Un voyage de ce genre exige des frais considérables. Quiconque veut l’entreprendre doit s’être convaincu qu’il lui sera impossible de faire un pas sans une forte dépense , qui ne se peut bien concevoir que lorsqu’on en a fait l’expérience. Chaque jour on parcourt à pied environ six lieues sous un climat brûlant , dont la température moyenne au soleil est de 36°; et si l’on veut voyager avec fruit pour la science, il faut , au lieu de se reposer après cette marche, consacrer son temps à examiner la nature du sol , à recueillir des minéraux, des plantes , des animaux, à prendre des notes, à faire des observations astronomiques, et à dresser des cartes.- « Pour voyager avec sûreté dans des contrées où les lois et les usages diffèrent totalement de ce qui existe dans les pays civilisés, et où la force seule peut së faire respecter, il faut absolument se présenter avec une suite assez nombreuse pour imposer aux chefs , et leur ôter toute envie d’essayer des actes de violence. Or, si un Européen est entouré, pour sa sûreté, de quatre à cinq cents Nègres qu’il salarie , ne doit-il pas être doue d’un certain degré de fermeté pour tenir dans leur devoir un si grand nombre d’hommes indisciplinables , et ui font leur possible pour l’irriter , afin e profiter de ses mouvements de colère pour lui ôter la vie et le dépouiller? D’ailleurs, dans ces régions sauvages, où l’on ne trouve pour foute nourriture, que des haricots, la racine du manioc et la chair des éléphants, des panthères, des zèbres et d’autres animaux que l’on tue à la chasse, on est contraint de porter les vivres dont on prévoit que l’on aura besoin. Mais comme il n’y a point de bêtes de somme, on est obligé d’employer des hommes; et comme chacun ne porte qu’une bien petite quantité, d’objets, il enfautprendre ungrand nombre. Ensuite le transport des marchandises n’en exige guère moins ; car cellesci sont nécessaires pour payer ces Nègres, qui ne travaillent qu’à raison d’un beiramé , environ 1 fr. 25 c. , par jour de marche.
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« L'eau-de-vie et le sel, qui sont les deux principaux objets d’échange pour des vivres, ne sont pas d’un transport facile ; ce qui multiplie le nombre des hommes à prendre à sa suite.
« On ne peut entrer, sous peine de mort , sur les terres d’un souverain de ces contrées du milieu de l’Afrique méridionale sans avoir acheté , à force de présents , la permission de les traverser. Les négociations 'préliminaires pour obtenir cette faculté coûtent au moins autant que les présents qu’il faut faire à ce chef. Ce n’est pas tout encore : on ne doit pas négliger de gagner la bienveillanee des prêtres ou sorciers pour éviter qu’ils ne rendent des oracles demandant la mort du voyageur. Dans ce dernier cas, la perte de celui-ci serait inévitable.
« Ces Nègres ne peuvent fournir d’autres vivres que ceux qui ont été nommés précédemment; mais ils n’en ont pas en surabondance, puisqu’ils ne cultivent absolument que ce qui est nécessaire
Eour leur subsistance. Cependant il y a eaucoup de poules dans toutes les parties de 1 Afrique. C’est la seule nourriture saine. Enfin le manque d’eau est à redouter quand on parcourt des terrains arides , si communs dans l’intérieur des terres. Il est donc indispensable d’en porter toujours une provision pour deux ou trois , quelquefois même pour cinq et six jours.
« Si un voyageur, cédant aux sollicitatiohs des femmes, se livre à la débauche , en peu de temps ses excès l’affaiblissent et le conduisent au tombeau.
« Du reste, on peut se faire une idée , par un fait avéré, de la difficulté extrême de voyager dans les régions intérieures de la partie de l’Afrique où j’ai porté mes pas. Les commis des négociants qui vont d’Angola faire des échanges aux marchés sur les confins des pays indépendants, en reviennent toujours avec des cheveux gris. Il est passé en proverbe que trois mois de courses parmi les Nègres suffisent pour blanchir la chevelure et détruire la santé d’un blanc ou d’un mulâtre (1). »
(i) Douville, tome III, p. a48-aîo.
31e Livraison. (Congo.)
Sur les Jagas.
Lopez, Batte), Cavazzi, Merolla nous dépeignent les lagas comme une nation anthropophage, fort cruelle, du centre de l’Afrique, et qui aurait étendu ses conquêtes sur une grande partie de ce continent, depuis les côtes orientales jusqu’en Abyssinie. Ils parlent surtout des actes de cruauté de la reine Temban-I)umba , qui faisait un onguent merveilleux aveedes jeunes enfants pilés dans un mortier , etc., etc. Douville affirme que ces récits sont autant de fables, et que le nom délaya signifie chef militaire, payant un tribut au mouata ou roi, de même que ngana ou sûr a signifie chef ou prince. « Il y a, dit-il, des Jagas dans toute la partie de l’Afrique méridionale que j’ai parcourue; mais il n’y existe pas de nation de ce nom (I). » Ces chefs, généralement indépendants les uns des autres, gouvernent tous en maîtres chez eux; ils ne se réunissent que dans le cas d’attaque d’un ennemi commun, selon l’alliance qu’ils font entre eux.
La bravoure de plusieurs de ces chefs militaires ou jagas devint bientôt célèbre, et dut naturellement donner lieu à des récits exagérés. Quant à leur férocité, elle est encore la même si on la juge par les sacrifices humains qu’ils font.
Cependant leur caractère est assez doux, et ces sacrifices sont plutôt dus à un usage superstitieux qu’à la férocité de leur penchant. Ce n’est que pendant certains jours de cérémonie qu’ils mangent de la chair humaine; et , pris dans ce sens, le nom d’anthropophages peut, en effet , s’appliquer aux Jagas.
Sur les idiomes de l' Afrique occidentale, depuis 0° jusqu'au 15° de latitude australe.
On commettrait une grande erreur si l’on croyait que les langues parlées
(i) Douville remarque ici que le mo Icabaso, pucelage, retentit souvent à l’oreille de quiconque pénètre dans ces contrées; les nègres l’appliquent à toutes les villes ou villages où l’ou se divertit bien avec les femmes. C’est pourquoi on trouve ce mot, dans les relations des voyageurs, appliqué à beaucoup d’endroits. On l’écrit indifféremment cabaso , cabaja et co bas jo.
St
L’UNIVERS
dans les pays qae nous venons de décrire sont a peu près identiques entre elles. Il arrive meme que dans des districts très-peu distants l'un de l’autre on parle des dialectes fort différents.
Ainsi, ceux qui habitent l’embouchure du Zaïre ne comprennent guère le langage des habitants d’Embonna, ville située à trente lieues environ plus loin, sur la rive de ce même fleuve; et à mesure qu’on pénètre davantage dans l’intérieur du continent, on ne peut plus se servir des interprètes qui ne savent que les idiomes de la côte.
Quoi qu’il en soit, les renseignements, très-incomplets d’ailleurs , que donnent les voyageurs nous permettent d’établir trois idiomes principaux, le toango, le congo et le bonda (abunda).
Idiome du loango.
La langue du Loango et des autres petits États voisins diffère essentiellement de celle du Congo. Plusieurs articles semblables et un grand nombre de racines communes semblent cependant indiquer une même origine; mais on ignore laquelle des deux est la langue mère. On n’a trouvé chez les indigènes aucune trace d’écriture , aucun vestige de signes qui pourraient en tenir lieu. La prononciation de leur langue est douce et facile. Us excluent l’A aspirée et IV qu’ils changent en ch et en I. Presque tous les mots sont monosyllabiques ou bisyllabiques. Quelques-uns commencent par un m ou un n ; comme m-fouka , ngoio ; mais ces lettres se prononcent si faiblement , qu’on croirait entendre les mots fouka , polo. Les lettres o et o y sont très-fréquemment employées, et terminent un grand nombre de syllabes.
La langue du Loango et du Cacongo n’a ni genres , ni nombres , ni cas. Pour exprimer la différence des genres dans les objets animés on ajoute les mots bakala, mâle, ou kento , femelle. Ainsi, n-sousou bakala signifie un coq ; n-sousou kento , une poule. Les cas sont indiqués par des affixes ou prépositions, comme en arabe et en hébreu. L’une des plus grandes difficultés consiste dans , remploi des articles ou affixes. Il y en a treize, sept pour le singulier et six pour le pluriel. Ceux du singulier sont i, bon, li , kou , ki, ou, lou; et ceux du plu-
riel : i, ba, bi, ma, tou, zi. Plusieurs de ces articles suivent des règles particulières; l’article fi, par exemple, ne précède son substantif que lorsqu’il est régime direct; il le suit dans d’autres circonstances. L’article ma ne convient qu’au génitif pluriel, et il précède toujours le substantif : il est d’un grand usage dans la langue. Outre son emploi ordinaire , il sert encore à désigner les titres de roi, prince, gouverneur et chef de village , selon qu’il précède un nom de royaume, de principauté, de gouvernement ou de village. Ainsi , ma-Loango signifie roi de Loango ; ma-Kaia , prince de Rata; ma-Singa, gouverneur de Singa ; ma-Kibota, seigneur de Kibota.
Les pronoms possessifs s’expriment par des adverbes ; ainsi , mon , ma , mes , se rendent tous par amé; ton, ta, tgs, par akou ; son , sa , ses , par andi.
Exemples : mon mouton , li-mêmé liamé ; tes ciseaux , tou-ziolo tou-akou ; ses nattes, n’teva bi-andi. C’est comme si l’on disait le mouton à moi , les ciseaux à toi, les nattes à lui. Les pronoms personnels du verbe : je, tu, il, nous, vous, ils, se rendent part, ou, ka , tou , lou, ba , lorsqu’on parle d’hommes ou de femmes; et par les articles propres des noms , lorsqu'on parle de bêtes ou de choses inanimées.
On peut réduire les verbes à trois classes : la première comprend les verbes communs , qui ne varient que dans leurs terminaisons , etc’est la plus nombreuse ; la seconde , des verbes qui commencent parÆo», et qui perdent cette syllabe dans plusieurs circonstances; enfin la troisième comprend les verbes qui commencent par / et o, et qui changent dans certains temps, IV en d, et le v en p. Ces trois classes de verbes ont des règles communes pour les variations des terminaisons, ils ont tous les temps de la langue française , et plusieurs encore que celle-ci n’a pas. I-lia , par exemple, signifie, fai mangé, dans un temps indéterminé; i-liUjfai mangé il y a peu de temps; ia-titi, fai mangé il y p longtemps; ia-liu, fai mangé il y a très-longtemps. — 11 est a remarquer que cette langue d’un peuple que nous traitons de sauvage présente , sous ce dernier rapport , la plus grande analo-
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gie avec la langue du peuple le plus civilisé de l’antiquité,- avec celle des Grecs, qui expriment aussi les différentes nuances du passé par plusieurs prétérits , tels que l’imparfait , les deux aoristes , le parfait , et le plus-que-parfait.
Outre cette multiplication des temps, qui sert infiniment a la précision du discours, et qui supplée aux adverbes , il y a dans la langue du Loango beaucoup de verbes qui simplifient singulièrement les expressions. Chaque verbe simple a plusieurs modes que nous ne pouvons rendre que par des verbes auxiliaires ou par des périphrases. Par exemple : Sala veut dire travailler; salila , faciliter le travail ; salisia , travailler avec quelqu’un ; salisia , faire travailler au profit de quelqu'un ; sazia , aider quelqu’un à travailler; salunga, être dans Phabitude de travailler ; salisiana travailler les uns pour les autres; salungana , être propre au travail (1). Ces modifications nombreuses s’obtiennent, comme on voit, au moyen de certains aj fixes ou suffixes , placés au commencement ou à la fin de la racinedu verbe, il y aquelquechose d’analogue en hébreu, dans les significations différentes que donnent au verbe actif les modes désignés par hiphil, niphal, piel, hophal , hithpael.
Au milieu de cette profusion de verbes , on s’est étonné de n’en point trouver qui réponde à celui de vivre , verbe qui se rend par des périphrases. L’étonnement est moindre quand on songe que l’hébreu , comme la plupart des langues sémitiques , manquent des verbes être et avoir.
Les Nègres du Loango, comme les autres peuples, comptent en commençant par un, deux, trois, jusqu’à dix; mais, au lieu de dire dix , ils continuent à compter : dizaine-une, dizaine-deux jusqu’à vingt ; alors ils disent deux dizaines , puis deux dizaines-un , deux dizaines-deux, etc. ; ils comptent ainsijusqu’à neuf dizaines neuf ; ils disent alors : centaine-un, centaine-deux, etc, jusqu’à mille , et ils continuent ainsi à l’in-
fini. Le fondement du système décimal se retrouve , comme on voit , chez tous les peuples , tant anciens que modernes, civilisés ou sauvages. Evidemment ce n'est point là un système d’emprunt ; il ressort de la nature même des choses : les dix doigts des mains sont le premier abacus des hommes.
Idiome du Congo.
Marsden avait admis une langue générale au milieu d’un grand nombre de dialectes particuliersdanseette immense contrée qui s’étend sur les deux rives du Zaïre. En comparant la langue de Mozambique avec le vocabulaire cafre recueilli par Sparmann, et surtout avec la langue du Congo, il avait été étonné de trouver des analogies aussi frappantes que celles que l’on rencontre dans le tableau suivant :
Français. Congo.
Troi». Tatou uatre. Coumi.
ix. Me-Saoa.
Homme. Momtou.
Femme. Makainta Pied. Coulou.
Jour. Boubou.
Mort. Coufoy.
Eau. Maza.
Mosambiquou. Caire.
Ata tou.
Coumir.
Sans.
Muntu.
Muke.
Moguru.
Riubu.
Coufoa.
Madje. Maazi.
La même ressemblance ne s’observe pas quand on compare les idiomes des noirs de l’Afrique boréale. Ces derniers ne paraissent avoir rien de commun avec ceux de l’Afrioue australe.
Le capitaine Tuckey avait recueilli un grand nombre de mots ap[wrtcnant aux dialectes du Congo qu’on parle sur les rives du Zaïre. D’après un examen comparatif de ce vocabulaire, Marsden fut conduit à admettre un rapport intime entre les races de peuples qui habitent les côtes du Congo et de Mozambique , quoique sous ce parallèle la largeur du continent africain ne soit guère moins de trente degrés de longitude.
Idiome bonda.
La langue bonda (1) se parle généralement dans l’Angola et le Bcnguella. Elle est bien plus répandue dans l’intérieur du pays que sur la côte. C’est la langue dont
(j) Proyart, Histoire du Loango, p. 179 et «iiv. — Walkenaer, Collection des Voyages ,