MAXIMIEN-HERCULE MAITRE DE
l'Afrique , y multiplie le nombre des provinces. — L'attention de Maximien , excitée d'abord par les querelles intestines des Maures (*), eut à se préoccuper bientôt plus sérieusement de leur insurrection; c'étaient de sauvages montagnards can- f tonnés entre Saldes et Rusuccurum , formant une association de cinq peuplades désignées en commun par le nom de Quinquégentiens , et qui se croyaient a l'abri du joug dans ces retraites inaccessibles , défendues par la nature elle-même; leur révolte semble se lier à celle d'un prétendant nommé Julien, d'ailleurs incon-
(*) « Furit m visecra sua gens effrena Maurorum. » (Mamertin, Panégyrique, 111, 17.) Ceci se rapporte à l'an 291.
L'UNIVERS
*iu (*) i Maximien , comme naguère dans les mêmes lieux le gouverneur français de l'Algérie, pénétra dans leurs repaires, les battit et les reçut à merci; mais pour prévenir de nouveaux soulèvements, il les transplanta ailleurs. D'autres tribus, voisines des Syrtes, furent plus opiniâtres ou plus heureuses, et échappèrent à son autorité (**).
On suppose que ce fut alors que Maximien-Hercule effectua la subdivision de l'Afrique proconsulaire en trois provinces distinctes, ayant respectivement pour capitales Carthage, Adrumète et la grande Leptis ; et qu'il subdivisa en même temps la Mauritanie Césarienne en deux provinces dont les chefs-lieux furent Césarée et Sitifis ; la Numidie conservant son territoire intégral et sa capitale Cirta. Quant à la Tingitane, elle était probablement déjà annexée à l'Hispanie. Le terri-
(*) « A fnra m Julianus ac nationes Qumquegentanae graviter qualiebant. » ( Aurélius Victor, des Césars, xxxix, 3. ) — Il ne peut èire question là de Sabiuus Julianus soulevé dans la Vénerie et tué par Carinus, ni de Julien proconsul d'Afrique auquel est adressée une loi du 3i mars 296 contre les Manichéens, ni probablement de Julien soulevé en Italie. Les médailles du temps nous montrent unQuintus Trebonius Julianus et un Ma mis Aurélius Julianus, dont l'un était sans doute le tyran africain, l'autre celui d'Italie; mais nous n'avons aucun indice pour reconnaître celui qui nous intéresse.
(**) Nous voulons parler des Hilaguas ou Uasguas, qui jouent un grand rôle dans les vers de Corippe , où on les voit répéter sans cesse :
« Non quantum Hilaguas m Notus marte tibi, quem tanla fauia perenuis « Prisca canit? cujus jàiu Maximianus in arrois n Antiquos persensit avos, Rotnana per orbem u Sceplra tenens, Latii princeps P
JohanniJe t I, 478.
« Imper in m vicëre patres : non vincere nostros « Maximianus uvos, Romani for lia regni « Sceptra tennis, potuit.
lb\d.t IV, 8aa.
m Nec Maximianus apertas « Bis potuit conferre manus, cùm sceptra teneret a Romani princeps populi, victorque per omnes « Pcenoruin génies bel)»» transirel aoerbis, » lb\d.t VI,53o.
toire auquel resta le nom d'Afrique se trouva ainsi composé de six provinces se succédant d'ouest en est en cet ordre : la Mauritanie Césarienne depuis le Malua jusqu'à Saldes, la Mauritanie Sitifienne depuis Saldes jusqu'à l'Ampstgas, la Numidie depuis 1 Ampsagas jusqu'à Thabraca, l'Afrique propre depuis Thabraca jusqu'à Horréa-Célia , la Valérie ou Byzacène depuis Horréa Célia jusqu'au fleuve Triton, et enfin la Subventane (subsidiaire) ou Tripolitaine depuis le Triton jusqu'à la Cyrénaïque : ces six provinces formaient ensemble un diocèse gouverné par un vicaire du préfet du prétoire; quel titre était alors affecte au commandant de chacune de ces provinces, c'est chose malaisée à définir : on sait seulement que l'Afrique propre demeurait affectée à un proconsul; quant aux autres, on trouve bien dans le code de Justinien, une constitution impériale adressée en 295 à un Concordius proconsul de Numidie; mais ce n'est peutêtre que l'erreur d'un copiste peu habile a distinguer l'abréviation du titre de procurateur de celle de proconsul; quelques années après nous trouvons la mention d'un consulaire de Numidie, et un peu plus tard les monuments épigraphiques donnent à la Numidie un légat propréteur, et à là Valérie- Byzacène un prseses.
Tyrannies d'Alexandre et de Maxence. — Quand les césars Constance-Chlore et Galère furent proclamés augustes à la place de Maximien- Hercule et de Dioctétien qui abdiquaient, et qu'ils eurent à leur tour pour associés comme césars Sévère et Maximin , Constance -Chlore mit sous l'autorité directe de Sévère les diocèses qui avaient été le lot de Maximien- Hercule. Mais Maxence, fils de ce dernier, ayant battu et tué Sévère pour se substituer à lui, prétendit se faire reconnaître en Afrique : elle leva alors l'étendard contre Maxence et proclama auguste le pannon ien Alexandre (*) qui avait été |
(*) L'an 3o8 ; c'est en 3o4 , et peut-être auparavant, qu'il était comte d'Afrique,
quelques années auparavant comte militaire de l'Afrique et avait ensuite été promu au grade de vicaire ou lieutenant général du préfet du prétoire dans tout le diocèse : il conserva ainsi son gouvernement dans une complète indépendance pendant trois années , au bout desquelles Maxence, devenu plus fort, envoya contre lui Rufus Vohisianus son préfet du prétoire, et Zénas général expérimente, qui le battirent, le poursuivirent et l'assiégèrent dans Cirta où il s'était réfugié, emportèrent la place qui fut saccagée, et s'étant emparés d Alexandre , le firent étrangler : les plus considérables des rebelles furent dépouillés de leurs biens et sacrifiés; Carthage elle-même fut pillée et incendiée , et toute l'Afrique ruinée. Constantin le Grand , qui Tannée suivante ôta à Maxence 1 empire et la vie, envoya en Afrique, comme une sorte de satisfaction, la tête du tyran qui Pavait dévastée; il fit réédifier Cirta qui prit désormais le nom de Constantine, et il fit distribuer dans les provinces des indemnités et des aumônes par les mains de l'évéque de Carthage.
SORT DE L'AfBIQUE DANS LES DI- VERS PARTAGES DE LA FAMILLE DE
Constantin. — Bien que , dans le partage qu'il fit en 314 avec Licinius , Constantin se fût réservé la possession de l'Occident , néanmoins comme ce partage n'était à proprement parler, ainsi que nous en avons précédemment fait l'observation générale , qu'une distribution des parties d'un même empire entre des collègues possédant en commun un pouvoir indivis et solidaire, il ne faut point être surpris de trouver en Afrique des monuments lapidaires en l'honneur du prince dans le lot duquel elle n'était pas comprise, mais qui n'en avait pas moins, pour elle comme pour tout le monde romain, le titre et l'autorité impériale : on a ainsi relevé, dans les environs de Tunis, deux inscriptions des années 313 et 318 dédiées à Lici-
c'est-à-dire légat ayant le commandement des troupes.
nius, l'une par les décurions de Tabudis , l'autre par la colonie Btsica Lucana.
Quand tout l'empire fut réuni sous le sceptre de Constantin, et qu'en l'année 326 ce monarque en régla l'organisation en quatre préfectures prétoriales , l'Afrique fut comprise avec l'Italie et les îles intermédiaires dans l'une de ces grandes divisions territoriales ; nous avons à cet égard un témoignage exprès de Zosime, qui mentionne en outre la séparation oui fut faite alors de l'autorité civile laissée aux préfets du prétoire, et de l'autorité militaire réservée aux maîtres de la milice; mais nous ne connaissons rien de précis quant à la hiérarchie qui fut en même temps établie dans chaque branche des services publics, quoique nous sachions d'ailleurs, par quelques indices épars, qu'il y avait, dans le diocèse d'Afrique, un vicaire, un proconsul, des consulaires, un conseil général des provinces, et des conseils provinciaux distincts, un comte, des ducs, etc. Dans la distribution que Constantin fit de ses états en 335 à ses trois fils et ses deux neveux, l'Afrique fut attribuée à Constant avec l'Italie et l'Illyrie ; mais lorsqu'après le meurtre de Delmace etd'Annibalien, les trois empereurs procédèrent en 338 à un remaniement général de leur partage, l'Afrique devint un sujet de discorde entre Constant qui la possédait déjà, et Constantin le Jeune qui prétendait l'avoir : il y eut même, suivant quelques critiques, soit un ^morcellement par lequel Constantin obtint la proconsulaire pendant que Constant gardait la Numidie, soit une alternative de possession, pendant laquelle Constantin, en 339, agissait en maître à l'égard des provinces africaines, que Constant tenait encore en 338 et avait déjà reprises en 340 avant que, la querelle des deux frères étant vidée par les armes, Constant vainqueur s'emparât de tout l'héritage de Constantin.
Magnence ayant en 350 usurpé le trône de Constant, qu'il fit assassiner, l'Afrique le reconnut pour maître jusqu'à ce que Constance vint en 352 le
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punir de son usurpation, et demeurer bientôt seul possesseur de tout l'empire. Constance à son tour vit Julien saisir le sceptre dans les Gaules ; il voulut défendre contre lui l'Afrique , et y envoya pour cet objet Gaudence, sur la fidélité duquel il pouvait compter ; mais la fortune de Julien l'emporta enfin, et l'Afrique, conservée à Constance tant qu'il vécut, fut remise après sa mort à son successeur.
Incursions des Maures AUSTU- RIENS; PRÉVARICATION DU COMTE
Romanus. — Valentinien, parvenu à l'empire en 364 , céda l'Orient à son frère Valens, et se réserva pour lui-même l'Occident : l'Afrique était alors en proie aux courses des Austuriens et autres nations mauresques, dont l'insolence était augmentée par la lâcheté et l'avarice du comte Romanus, plus habile encore que les barbares à ruiner les provinces qu'il était chargé de défendre, mais qui se fiait pour l'impunité de ses rapines, à sa parenté av<fc le maître des offices, son chef immédiat et ministre de l'empereur. Cet état de choses avait précédé l'avènement de Valentinien; la fureur des Austuriens avait été provoquée par le supplice d'un des leurs qui s'était rendu coupable de méfaits dans la Tripolitaine; sous prétexte de le venger ils étaient venus piller et incendier les faubourgs mêmes de Leptis.
Le comte , appelé par les Leptitains , vint avec ses troupes, mais refusa de marcher à l'ennemi si on ne lui fournissait d'immenses provisions et quatre mille chameaux ; c'était au delà de leurs facultés, et le comte s'en retourna ; les malheureux eurent recours à l'empereur, mais le maître des offices rendit leurs plaintes vaines, et dans l'intervalle les barbares, envahissant la Tripolitaine, vinrent porter de nouveau le ravage et la mort sur le territoire de Leptis et d'Ééa : et le gouverneur de la province, Ruricius, n'y put mettre aucun obstacle, parce que ses pouvoirs militaires venaient d'être transférés au comte : cependant l'empereur envoie son secrétaire Palladius pour vérifier les faits, mais Romanus
le corrompt et le gagne; une troisième incursion des Austuriens porte dans la Tripolitaine le carnage et la désolation, et Leptis dépêche à l'empereur de nouveaux députés pour lui exposer les doléances de la province; mais Valentinien, prévenu par de faux rapports, défère la connaissance de toute cette affaire à Crescens vicaire d'Afrique (*), et de honteuses manœuvres amènent des rétractations par suite desquelles Ruricius gouverneur de la Tripolitaine est condamné comme ayant fait un rapport entaché de mensonge et d'exagération, et est exécuté à Sitifis ; d'autres innocents sont aussi mis à mort à Utique. Et la Tripolitaine, saccagée, ensanglantée, fut réduite à une silencieuse résignation.
Mais le jour de la justice devait arriver plus tard : la conduite de Romanus fut dévoilée à Théodose pendant son expédition contre Firmus, et le coupable renvoyé devant l'empereur pour recevoir son châtiment.
Guerre contre Firmus.
Insurrection de Firmus; le comte tuéodose est envoyé con- TRE lui. — Nubel, un des chefs les plus puissants des tribus mauresques, étant venu à décéder, son fils Zamma qui avait lié amitié avec le comte Romanus, fut tué par son frère Firmus, contre qui le comte envoya des rap-
f torts passionnés , aussitôt remis à 'empereur par le maître des offices, qui supprimait au contraire, ou retardait la communication des mémoires justificatifs de Firmus ; celui-ci , inquiet pour sa propre sûreté, se révolta et commit des dévastations pour la répression desquelles Valentinien envoya le comte Théodose, maître de la cavalerie, avec quelques troupes de sa garde.
Ce général , débarqué sur la côte
(*) L'an 36g. Morcelli rapporte à celte affaire uue loi du code Théodosien qui laisse les frais du retour dans leur province aux députés dont la mission n'a point été justifiée par des motifs suffisants.
de la Mauritanie Sitifienne à Igil-
Silis, après avoir dépéché Romanus ans la Césarienne pour y organiser des postes avancés, se rendit à Sitiûs où il reçut les envoyés de Firmus et demanda des otages; puis il alla à la station Panchariana (*), passer la revue des légions employées en Afrique, auxquelles il avait assigné ce lieu de rendez-vous; et revenu à Sitifis, il se mit en campagne et porta son quartier général aTubusuptusdans les montagnes de Fer, où il refusa de voir de nouveaux envoyés de Firmus qui venaient sans les otages : tombant alors sur lesTyndiensetlesMassissiens,il les tailla en' pièces, saccagea le domaine de Pétra aussi considérable qu'une ville, et emporta la place de Lamfocta, où il reçut les soumissions que Firmus vint lui faire en personne : deux jours après le chef maure fit la remise, dans Icosium (qu'on croit représenté aujourd'hui par Alger), des enseignes romaines et du butin qu'il avait précédemment enlevés; àTipasa (la moderne Tefsah) les Mazikes alliés de Firmus vinrent faire des otTres de soumission
(*) Ou a , bien à tort ce me semble, cherché cette station Pancliaricnne, rendez-vous des troupes préposées à la garde de l'Afrique , dans les Pacciana de la cote , vers l'embouchure de PAmpsasa*. Il ne faut pas oublier que le principal centre de cantonnement était à Lambcse, et que c'est sur la route de Lambcse à Sitifis, quartier général de Tbéodose, que celui-ci devait naturellement aller passer la revue des troupes qu'il voulait réunir à celles qu'il amenait des Gaules, et qui étaient déjà arrivées à Sitifis; or, à moitié chemin de Lambcse à Sitifis, nous avons, dans la Table Peulingérienne , entre Thadute ( identique à Tadutli de l'Itinéraire, aujourd'hui Tatlubt) et Sitifis, une station appelée Haccarus, ou Haccaras suivant le Ravennate anonyme, qui parait répondre parfaitement aux conditions du problème, soit qu'on veuille lire Statio Bacchariana ou Paccharieuia dans Ammien, soit qu'où lise Pancarus ou liait car us dans la Table. Il semble que la sagacité de d' Anville ait deviné cette solution, puiî-que sur sa carte de Numidie de 1742» *>" il a indiqué les routes données par la Table , il a écrit Pancanu au lieu de Baccanu.
qui ne furent pas agréées ; et le comte Théodose arriva enfin à Césarée, aujourd'hui Scherschel , dont l'incendie et les dévastations des insurgés avaient fait un monceau de ruines; la Première et la Seconde légion furent chargées de la rétablir et d'y tenir garnison ; et les magistrats de la province avec le tribun Vincentius vinrent y reprendre leurs fonctions.
Expédition de Theodosb dans le sud de Césarée. — Mais le comte Théodose , ayant eu avis que Firmus tramait queinue perfidie, se porta immédiatement a Sugabarri sur la pente du mont Transcellensis , y surprit un corps de transfuges, et les emmena à Tiçavies, où lui furent conduits prisonniers Bellen un des principaux d'entre les Mazikes. et Fericium ou Faraxen , leur chef, capturé par le tribun Quintus Gargilius (*):
(*) La capture de Faraxen, appelé Fericium par Ammien MarceUin , est rappelée dans une inscription recueillie à Hamzah , l'ancienne Auza , qui nous fait connaître le nom du capteur :
Q. GAROILIO Q. F
FRAEP. COH.... BRITANICIAE