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PREMIERE GUERRE PUNIQUE

Ici les événements s'agrandissent, et l'histoire prend un caractère plus imposant. Les deux plus puissantes républiques du monde, alliées depuis plus de deux siècles et dont jusqu'alors aucun différend n'avait troublé la bonne intelligence, vont s'entrechoquer avec toutes leurs forces, avec un acharnement sans exemple. Cartilage avait pour elle d'immenses richesses , une marine formidable, une cavalerie auxiliaire excellente ; Rome, l'union et la force de son gouvernement, l'austérité de ses vertus antiques, le courage et la discipline de ses armées nationales , exercées par deux cents ans de victoires contre les peuplades guerrières de l'ltali% Jamais oit ne vit aux prise» de& nations plus belliqueuses, et jamais ces mêmes nations ne déployèrent plus de force et d'énergie. En effet , ce n'était pas seulement une médiocre province, c'était l'empire du monde que ces deux peuples rivaux se disputaient dans l'étroite arène de la Sicile.

Causes de la première guerre

PUNIQUE , 268 AVANT J. C. — Déjà

quelques signes de refroidissement s'étaient manifestés entre les Romains et les Carthaginois pendant la guerre de Pyrrhus et le siège de Tarente :

mais ce furent les dissensions de Messine qui amenèrent entre les deux peuples une rupture déclarée. Sous le règne d'Agathocle, tyran de Sicile, quelques aventuriers campa niens qui étaient à la solde de ce prince s'étaient ouvert par la perOaie l'entrée de la ville de Messine , avaient égorgé une partie des habitants , chassé *4es autres, épousé leurs femmes, envahi leurs biens , et étaient demeurés seuls maîtres de cette place importante. Ils avaient pris le nom de Mamertins (*).

A leur exemple, et par leur secours, une légion romaine, composée de soldats campaniens, et commandée par Décius Jubellus, citoyen de Capoue,

(*) Ce nom venait du mot Marner* , qui , dans la langue campauienne, siguifiait Mat*.

CARTHAGF.

avait traité de même la ville de Rhége, située vis-à-vis de Messine, de l'autre côté du détroit. Les Mnmertins, soutenus par ces dignes alliés, accrurent rapidement leur puissance, et devinrent un sujet de crainte et d'inquiétude pour les Carthaginois et les Syracusains, qui se partageaient l'empire de la Sicile. Mais sitôt que les Romains, délivrés de la guerre contre Pyrrhus, eurent tiré vengeance de la perfide légion qui s'était emparée de Rhége, et rendu la ville à ses anciens habitants, les Mamertins, demeurés seuls et sans appui , ne furent plus en état de résister aux forces de Syracuse , et crurent devoir recourir à une protection puissante. Mais la division se mit «parmi eux : les uns livrèrent la citadelle aux Carthaginois, les autres envoyèrent à Rome un ambassadeur pouf offrir la possession de leur ville au peuple romain, et le presser de venir à leur secours.

L'affaire, mise en délibération dans le sénat, fut envisagée sous deux points de vue opposés. D'un côté, il paraissait indigne des vertus romaines de protéger, en défendant les Mamertins, clés brigands semblables à ceux qu'on avait punis si sévèrement à Rhége; de l'autre, il semblait important d'arrêter les progrès des Carthaginois , qui , maîtres de Messine, le seraient bientôt de Syracuse et de la Sicile entière, et qui, ajoutant cette conquête à leurs anciennes possessions de Sardaigne et d'Afrique, menaçaient de toutes parts les côtes de l'Italie. Le sénat n'osa

f rendre aucune décision : il renvoya 'affaire au peuple, qui, excité par les consuls, résolut de secourir les Mamertins.

Passage du détboit de Sicile, et occupation de messine pab les Romains, 264 avant l'èbe vulgaibe. — Aussitôt, le consul Appius Claudius se mit en marche avec son armée, et se rendit à Rhége, où il attendit l'occasion favorable de passer le détroit de Sicile. Ce général audacieux ose se confier à la mer sur une frêle barque de pécheur, passe, sans être aperçu, au travers de la

3e Livraison. (Cabthage.)

flotte carthaginoise, et arrive à Messine. Là , par son éloquence et de brillantes promesses, il détermine les habitants à réunir leurs efforts pour recouvrer leur liberté. Les Mamertins emploient tour à tour les menaces, la ruse, la force, et parviennent à chasser de la citadelle l'officier qui y commandait au nom des Carthaginois.

Ceux-ci font mettre en croix le commandant dont la lâcheté ou l'impéritie avait causé la perte de Messine , et assiègent cette ville par terre et par mer. En même temps, Hiéron, jugeant l'occasion favorable pour chasser entièrement les Mamertins de la Sicile, fait alliance avec les Carthaginois , et part de Syracuse pour se joindre à eux.

Le consul Appius Claudius qui, pendant cet intervalle, était retourné à Rhége, essaye de traverser le détroit avec sa flotte , dans le but de faire lever le siège de Messine. Ce fut d'abord en plein jour qu'il tenta ce passage dangereux; mais la supériorité^ et l'expérience de la flotte carthaginoise, l'impétuosité des values dans cette mer difficile et resserrée, et une violente tempête, qui s'éleva tout à coup , furent pour ses matelots peu exercés des obstacles invincibles. Il perdit quelques vaisseaux, et ne regagna qu'avec beaucoup de peine le port de Rhége, d'où il était sorti.

L'âme ferme et constante du consul ne se laissa point abattre par ce premier revers. Persuadé qu'il ne pourrait passer en Sicile tant que les Carthaginois occuperaient le détroit, il eut recours à un ingénieux stratagème.

Il feignit d'abandonner l'entreprise, de retourner à Rome avec sa flotte, et fixa publiquement le jour et l'heure du départ. Sur l'avis qui leur en fut donné, les ennemis qui bloquaient Messine du côté de la mer s'étant retirés comme s'il n'v avait plus rien à craindre , le consul , qui avait soigneusement observé la nature du détroit , s'empressa de saisir le moment favorable. Aidé du vent et de la marée, profitant de l'absence des Carthaginois et de l'obscurité de la nuit, il

L'UNIVERS

effectue le passage et aborde à Messine.

L'accomplissement de cette entreprise immortalisa le nom d'Appius.

Comme il avait transporté au milieu de la nuit , à travers cette mer dangereuse, la plus grande partie de ses soldats sur des radeaux formés de troncs d'arbre et de planches grossièrement jointes, on lui donna le surnom de CauaeXy des mots caudices et eaudicariœ naves, par lesquels les Romains désignaient ces sortes d'embarcations.

Appius, se voyant pressé dans Messine par des forces de terre et de mer supérieures aux siennes, fît offrir la paix aux Carthaginois et aux Svracusains, à condition qu'ils abandonneraient le siège de cette ville. Ces propositions furent rejetées. Alors le consul, réduit à tenter la fortune des armes, résolut d'attaauer séparément chacun de ses ennemis. Il fondit d'abord sur l'armée d'Hiéron , qui , après une assez vigoureuse résistance, fut vaincue et forcée de se retirer dans son camp. Hiéron, déjà mal disposé envers les Carthaginois, à cause de la négligence qu'ils avaient mise a garder le détroit, et , de plus, prévoyant , d'après l'essai qu'il venait de faire des armes romaines, que l'issue de la guerre leur serait favorable, s'échappa en silence au milieu de la nuit, et retourna promptement à Syracuse.

DÉFAITE DES CARTHAGINOIS DE- VAIT Messine; les Romains s'avancent jusqu'à Syracuse. — Le lendemain, Appius, enhardi par la victoire et par la retraite des S\ racusains, résolut d'attaquer les Carthaginois dans leurs retranchements. lis étaient campés dans un lieu que la nature et l'art avaient fortifié. D'un côté la mer, de l'autre un marais large et profond, formaient une péninsule qu'ils avaient fermée d'une muraille sur le seul point par où elle était accessible. Les Romains tentèrent de forcer cette barrière ; mais la difficulté des lieux , et la résistance opiniûtre des Carthaginois rendirent leurs efforts inutiles. Appius reconnut bientôt la témérité de son entreprise, et ordonna la retraite.

Alors les Carthaginois, persuadés que c'était à leur valeur et non à l'avantage du terrain qu'ils devaient la victoire , sortirent de leurs retranchements et poursuivirent les Romains.

Tout à coup la fortune changea avec la position des lieux ; il ne resta à chacun que son propre courage. Les Carthaginois ne purent soutenir le choe des Romains. Il y en eut un grand nombre de tués. Les autres se réfugièrent soit dans les villes voisines, soit dans leur camp d'où ils n'osèrent plus sortir tant qu'Appius demeura dans Messine.

Appius, maître de la campagne, laisse une forte garnison dans Messine, porte le ravage dans le territoire de Syracuse, et met le siège devant cette ville dans l'espoir de détacher Hiéron de l'alliance des Carthaginois. La campagne finit sans qu'il eut pu réussir dans son des- • sein , et il repassa en Italie.

Continuation de la guerre; traité des romains avec hleron ; 263 avant l'ère vulgaire. — L'année suivante, les Romains, ayant à cœur de terminer la guerre de Sicile, y envoyèrent les deux nouveaux consuls avec quatre légions, et le nombre d'auxiliaires qui était attaché à chacun de ces corps (*). Avec ces forces imposantes, tantôt unissant leurs troupes, tantôt les séparant, les consuls battirent en plusieurs occasions les Carthaginois et les Syracusains, et répandirent partout la terreur de leurs armes. Leurs succès furent si rapides qu'ils se virent en peu de temps maîtres de soixante-sept villes, au nombre desquelles furent Catane et Tauromenium. Alors Hiéron qui, voyant le découragement général des peuples de la Sicile, se dénait de ses forces et de celles de ses alliés, envoya des députés aux consuls pour traiter de la paix avec eux. Ceux-ci ne furent pas difficiles sur les conditions. En détachant de l'alliance des Carthaginois Hiéron, souverain des contrées les plus fécondes de la Sicile , ils se procuraient les

(*) En toul 3a mille fantassins et 36oo <a\aliers.

CARTHAGE. 3S

moyens d'approvisionner leur armée , ments. En cette occasion comme en

qui ne pouvait que très-difficilement plusieurs autres, les lois rigoureuses

recevoir des vivres d'Italie , tant que de la discipline militaire sauvèrent

les flottes puniques étaient maîtresses l'armée romaine d'un désastre qui

de la mer. Les clauses du traité furent paraissait inévitable. Ces lois punis-

qu'on se rendrait de part et d'autre saient de mort le soldat qui lâchait

les prisonniers , qu'Hiéron serait réta- pied dans une bataille ou qui abandon-

bli dans la possession intégrale de son nait son poste. Aussi, quoique infé-

royaume , et qu'il payerait cent talents rieurs en nombre aux assaillants , les

pour les irais de la guerre (*). Annibal, Romains chargés de la défense du

général des Carthaginois, s'avançait camp soutinrent leur choc avec une

éjà avec sa flotte pour secourir liié- incroyable fermeté, leur tuèrent plus

ron qu'il croyait assiégé dans Syracuse de monde qu'ils n'en perdirent, et

par les Romains ; mais lorsqu'il apprît donnèrent le temps aux cohortes de

la conclusion du traité, il jugea pru- s'armer et de venir à leur secours,

dent de retourner sur ses pas. Alors, les Carthaginois, qui s'étaient

Troisième année de la ire guerre vus au moment d'emporter les retran-

punique; siège et bataille d'A- chements, sont enveloppés de toutes

gbigente; 262 ayant l'ère chré- parts, taillés en pièces ou mis en dé*

tienne.— Cependant les Carthaginois, route , et poursuivis jusqu'aux portes

voyant les Romains fortifiés de l'ai- de la ville. Cet événement rendit à la

liance d'Hiéron, jugèrent à propos fois les Romains plus circonspects,

d'envoyer en Sicile des forces plus con- et les Carthaginois moins entrepre-

sidératiles, tant pour résister à leurs nants.

ennemis que pour conserver leurs an- Ceux-ci n'engageant plus que rare*

ciennes possessions. Ils joignirent à ment de légères escarmouches, les

leurs armées nationales un grand nom- consuls divisèrent leur armée en deux

bre de mercenaires tirés delà Ligurie, corps , dont l'un fut placé devant le

de la Gaule et surtout de l'Espagne, temple d'Esculape, l'autre du côté de

Us choisirent pour leur place d armes la ville qui regarde Héraclée. Les deux

Agrigente que sa position naturelle et camps étaient protégés par une double

ses fortifications rendaient presque liçne de retranchements, l'une desti-

imprenable , et y firent entrer des née à empêcher les sorties des assié-

vivres et une nombreuse garnison, gés , l'autre à garantir les derrières du

Les consuls romains, ayant réuni à camp, et à intercepter les secours qu'on

leurs légions toutes les forces de leurs voudrait introduire dans la place. Des

alliés, viennent camper à mille pas postes fortifiés remplissaient l'espace

d'Agrigente, et forcent les Carthagi- intermédiaire entre les deux corps

nois à se renfermer dans les murs. Les d'armée.

moissons étaient alors parvenues à Le blocus durait depuis cinq mois,

leur maturité, et les soldats romains , Les Romains recevaient de leurs alliés

qui prévoyaient la longueur du siège , de Sicile des vivres en abondance,

s'étaient imprudemment disperses dans Açrigente au contraire, où cinquante

la campagne pour ramasser des grains, mille hommes se trouvaient entassés,

Les Carthaginois , profitant de leur né- souffrait déjà toutes les horreurs de la

gligence, fondent à l'improviste sur les disette. Annibal, fils de Giscon, qui

fourrageurs et les mettent aisément en commandait dans la place , envoyait

fuite. De là ils marchent au camp des depuis longtemps à Carthage courriers

Romains , et partagés en deux corps, les sur courriers pour exposer sa détresse,

uns commencent a arracher les palis- et demander des secours en vivres et

sades , tandis que les autres combattent en soldats. Enfin les Carthaginois firent

les postes qui couvrent les retranche- passer en Sicile le vieil Hannon avec

cinquante mille hommes d'infanterie,

(*) 55o,ooo fr. six mille chevaux et soixante éléphants.

A peine ce général était-il débarqué à Héraclce avec toutes ses forces qu'on lui livra la ville d'Erbesse , voisine du camp latin , où Ton apportait de tous les points de la Sicile les vivres destinés à l'approvisionnement de l'armée romaine. Alors les Romains, assiégeants à la fois et assiégés, se trouvèrent réduits à la même pénurie qu'ils faisaient éprouver à la garnison d'Agrigente. La famine fit bientôt de tels

{progrès qu'ils furent plusieurs fois sur e point de lever le siège , et ils y auraient été forcés si l'adresse et le zèle d'Hiéron n'eussent réussi à leur faire passer quelques convois qui soulagèrent un peu leur détresse. Hannon, voyant les Romains affaiblis par la famine et par les maladies qui en sont la suite ordinaire, s'approcna de leur camp, résolu de livrer une bataille générale. D'abord il eut l'adresse d'attirer dans une embuscade leur cavalerie qui éprouva une perte considérable. Enhardi par ce premier succès, il porta son camp sur une colline à quinze cents pas de l'armée romaine. Cependant la bataille se donna beaucoup plus tard qu'on ne devait l'attendre de deux armées si voisines l'une de l'autre , les Romains et les Carthaginois craignant alternativement de confier la décision de la guerre au hasard d'une seule journée; Ainsi, tant qu'Hannon témoigna de l'empressement pour en venir aux mains, les consuls se tinrent renfermés dans leurs retranchements, effrayés de la multitude et de la confiance de leurs ennemis, et découragés en outre par la défaite récente de leur cavalerie. Mais quand ils s'aperçurent que leurs craintes et leurs délais affaiblissaient le zèle et le courage de leurs alliés, que les Carthaginois en devenaient plus fiers et plus hardis, et que la faim était un ennemi encore plus à craindre pour eux que les soldats d' Hannon , ils se décidèrent à accepter la bataille. Alors Hannon , à son tour, parut en craindre l'événement et chercher les moyens de l'éviter.

Deux mois se passèrent dans cette alternative de confiance et de crainte sans aucun événement décisif. Enfin ,

sollicité parles vives instances d'Annibal qui lui mandait que les assiégés ne pouvaient plus résister à la famine et guc plusieurs de ses soldats passaient à l'ennemi , Hannon résolut de donner la bataille sans plus différer, et convint avec Annibal qu'il ferait en même temps une sortie. Les Romains, par les pressants motifs que nous avons indiqués , n'étaient pas moins disposés à livrer le combat. La bataille s'engagea dans une plaine située entre les deux camps. Le succès fut longtemps balancé. Enfin, par un dernier effort, le consul Posthumius enfonce les rangs des mercenaires qui combattaient en tête de l'armée carthaginoise. Ceux-ci, reculant en désordre sur les éléphants et sur les troupes de la seconde ligne, portent le trouble et la confusion dans toute l'armée. Dès lors plus de résistance; presque tous tombent sous le fer; Hannon se sauve à Héraclée avec une poignée de soldats. Les Romains s'emparent du camp des Carthaginois et de presque tous les éléphants. Annibal ne fut pas plus heureux dans sa diversion. Il fit une sortie contre le camp romain , fut repoussé avec une grande perte, et poursuivi jusqu'aux portes ae la ville.

Cependant il sut habilement saisir le moment favorable pour sauver sa garnison. Au déclin du jour, il remarqua que les Romains, soit par l'extrême confiance qui suit toujours la victoire, soit à cause des fatigues d'une si rude journée , gardaient leurs lignes avec plus de négligence qu'à l'ordinaire. Il sortit en silence au milieu de la nuit, traversa les fossés des lignes romaines sur des pontons qu'il avait préparés d'avance, et parvint à s'échapper avec toutes ses troupes à l'insu aes ennemis. Les Romains, au point du jour, s1 étant aperçus de son évasion, se contentèrent de harceler son arrière-garde et portèrent toutes leurs forces à l'attaque de la ville.

Agrigente, abandonnée de ses défenseurs , fut prise sans résistance et livrée au pillage ; vingt-cinq mille de ses habitants furent vendus comme esclaves. La conquête de cette place, dont

CARTE AGE

le siège avait duré sept mois, fut également utile et glorieuse aux Romains ; mais elle leur coûta de grands sacrifices. Ils y perdirent plus de trente mille hommes , tant de leurs soldats que des Siciliens leurs allies. Aussi les consuls, se voyant désormais hors d'état de former aucune entreprise importante, se retirèrent à Messine.

Quatrième année de la guebbr punique; 261 avant l'ère chrétienne. — Aucun événement important n'a signalé la quatrième année de la première guerre punique. Les Carthaginois, indignés de la perte d'A-

Srigente et de la défaite d'Hannon , estituèrent ce général et le condamnèrent à une forte amende. Il fut remplacé en Sicile par un Amilcar, qu'il ne iaut pas confondre avec Amilcar Barca, pere du fameux Annibal. La flotte punique, envoyée en Italie pour empêcher le passage des consuls, ne put accomplir son dessein; mais en Sicile elle réussit à recouvrer la plupart des villes maritimes dont les Romains s'étaient emparés. Ceux-ci , cependant, depuis la prise d'Agrigente qui avait répandu dans toute Vile une consternation générale, s'étaient rendus maîtres de presque toutes les villes de l'intérieur, que les Carthaginois étaient hors d'état de défendre. Ainsi les Romains occupant les villes éloignées des côtes aussi facilement que les Carthaginois celles qui étaient situées le long de la mer, et les deux peuples conservant leurs conquêtes, il existait entre leurs forces respectives , quoique de nature différente , un équilibre qui ne permettait pas de présager quelle serait l'issue de la guerre.

Cinquième année de la guerre punique ; construction de la flotte ROMAINE, PRISE DU CONSUL COR- NELIUS par les Carthaginois; 260 avant J. C. — Cependant les projets et les espérances des Romains s*agrandissaient avec leurs victoires. La conquête de Messine ne suffisait plus à leur ambition ; ils méditaient maintenant celle de la Sicile entière. Lassés d'un état de choses qui ne décidait rien , irrités d'ailleurs de voir l'Afri-

que paisible et tranquille, tandis que 1 Italie était infestée par les fréquentes incursions des flottes puniques, ils formèrent l'audacieuse et magnanime résolution de disputer à leurs ennemis l'empire de la mer. Ils n'avaient pas alors un seul vaisseau de guerre , pas un constructeur habile, pas un rameur expérimenté : une galère carthaginoise à cinq rangs de rames, échouée sur leurs côtes, leur sert de modèle. Ils se livrent avec une ardeur incroyable à des travaux, à des exercices entièrement nouveaux pour eux. Les uns construisent les vaisseaux, les autres, imitant sur le rivage les mouvements des rameurs, s'exercent à la manœuvre. Les consuls animent tout par leur présence et parleurs exhortations : à peine soixante jours s'étaient écoulés, et Rome avait a l'ancre une flotte de cent vingt galères , qui semblait sortie par miracle tout armée et tout équipée des forêts de l'Italie.

Le commandement de l'armée de terre en Sicile était échu à Duilius, celui de la flotte à Cornélius. Ce dernier avait pris les devants avec dixsept vaisseaux, le reste de la flotte devait le suivre de près. Arrivé à Messine, il se livra avec trop d'imprudence à l'espoir qui semblait s'offrir de s'emparer de l'Ile et de la ville de Lipari. Les habitants, deconcert avec Annibal, amiral de la flotte carthaginoise, lui avaient promis de se rendre. Il part avec ses dix-sept navires ; mais à peine est-il entré dans le port, qu'il y est bloqué par vingt galères que commandait Boodès, lieutenant d'Annibal.

Alors, enveloppé de toutes parts, et ne pouvant résister à deux ennemis à la fois , il est forcé de se rendre à Boodès qui le conduit en triomphe à Carthage.

Invention du correau ; bataille navale entre les romains et les Carthaginois. — Peu de jours après, le même excès de confiance qui avait causé la perte de Cornélius devint funeste à l'amiral carthaginois. Il avait appris que la flotte romaine longeait les côtes de l'Italie pour se rendre à Messine. Plein de mépris pour un ennemi

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