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ÎXOTTE ROMAINE POUR INTRODUIRE

du secours dans Lilybée. — Bientôt de nouveaux secours que reçurent les assiégés relevèrent encore leur confiance. Les Carthaginois qui , sans avoir reçu aucun renseignement certain sur l'état de Lilybée, prévoyaient cependant les dangers et les besoins de la ville assiégée, équipèrent une flotte de cinquante vaisseaux, v embarquèrent dix mille soldats, et chargèrent Annibal, Gis d'Amilcar, d'introduire des troupes à Lilybée, avec de Parlent et des vivres. Il reçut ordre de partir sans délai, et de braver tous les dangers pour pénétrer dans la place. Anmbal aborde aux tles Éguses, situées près de Lilybée, et y attend un vent favorable pour y exécuter cette difficile entreprise; car les Romains, dès le commencement du siège, avaient obstrué l'entrée du port en y coulant à fond quinze vaisseaux chargés de pierres.

Sitôt qu'un vent fort et propice à ses desseins s'éleva du côté de la mer, Annibat déploya toutes ses voiles, et se dirigea vers Lilybée, tenant sur le pont de ses galères ses soldats rangés en bon ordre et tout prêts à combattre. La flotte romaine, surprise et comme frappée de stupeur par l'imprévu de cette manœuvre hardie, craignant d'ailleurs que la violence du vent ne la poussât dans le port ou sur les basfonds qui bordaient le rivage, ne fit aucun mouvement pour s'opposer au passage des vaisseaux ennemis. Annibal, sans ralentir sa course, évitant avec adresse tous les obstacles, entra fièrement dans le port et débarqua ses dix mille soldats, aux cris de joie et aux applaudissements de toute la ville.

Sortie d'Imilcon; comrat sanglant AUTOUR DES MACHINES. — Les Romains n'ayant pu empêcher l'introduction du secours dans la ville assiégée, présumèrent qu'Imilcon, après avoir reçu un renfort si considérable , entreprendrait bientôt de détruire leurs machines. Ils ne se trompèrent point dans leurs conjectures. Imilcon , voulant profiter de l'ardeur des nouvelles troupes , et du courage que leur arrivée avait rendu à la garnison et

aux habitants, les réunit tous sur la place publique, et les décida à une sortie générale par l'espérance d'une victoire infaillible et des récompenses dont elle serait suivie.

Assuré de leurs bonnes dispositions, il assemble les principaux officiers, il leur assigne les postes qu'ils doivent occuper, leur donne le mot d'ordre, fixe l'instant de la sortie, et, au point du jour, il attaque sur plusieurs points à la fois les ouvrages des Romains.

Ceux-ci , gui avaient pénétré d'avance les desseins de l'ennemi, ne furent point surpris par cette brusque attaque. Ils se portent rapidement sur tous les points menacés et présentent partout une vigoureuse résistance. Les deux partis avaient déployé toutes leurs forces. Vingt mille hommes étaient sortis de la ville; les assiégeants leur en avaient opposé encore un plus grand nombre. La mêlée devint générale et le combat sanglant. L'action était d'autant plus vive que, de part et d'autre, les soldats , abandonnant leur ordre de bataille, se battaient pêle-mêle et ne suivaient que leur impétuosité. On eût dit que dans cette multitude immense homme contre homme, rang contre rang, s'étaient défiés l'un l'autre en combat singulier.

Mais c'était surtout autour des machines que les efforts étaient plus violents et la lutte plus acharnée. Les Carthaginois dans l'attaque, les Romains dans la défense, rivalisaient d'audace et d'opiniâtreté. Les uns, pour repousser les défenseurs des machines , les autres , pour ne pas céder le terrain , prodiguaient leur vie et tombaient morts sur la place même où ils avaient commencé à combattre. Ce qui mettait le comble au tumulte et à l'horreur de cette affreuse mêlée, c'était les soldats qui, armés de torches et d'étoupes enflammées pour aller mettre le feu aux machines, se précipitaient comme des forcenés au milieu des périls et du carnage. Les Romains, effrayés de tant d'audace , furent plusieurs fois sur le point de céder et d'abandonner leurs ouvrages. Mais enfin Imilcon, voyant qu'il avait fait

de grandes pertes sans obtenir aucun avantage décisif, fit sonner la retraite. Les Romains , satisfaits d'avoir pu conserver leurs machines, ne songèrent point à le poursuivre. Dès la nuit suivante, Annibal , choisissant le moment où les Romains fatigués du combat gardaient le port avec moins de vigilance, sortit avec ses vaisseaux et rejoignit Adherbal à Drépane, ville maritime située à cent vingt stades (*) de Lilybée. Il emmena avec lui la cavalerie qui , n'étant d'aucun usage dans la ville assiégée, pouvait être utilement employée ailleurs. En effet, ces cavaliers, par leurs incursions continuelles, rendirent aux assiégeants les chemins dan-

Sereux et le transport des convois ifficile, exercèrent toutes sortes de ravages dans les campagnes voisines, et donnèrent beaucoup d'embarras et d'inquiétude aux consuls. Adherbal ne leur en causait pas moins, du coté de la mer, par de fréquentes et subites incursions , tantôt sur les côtes de Si* cile , tantôt sur celles de l'Italie. Cette tactique, suivie avec persévérance, amena dans le camp des Romains une si grande disette, que, réduits pour tout aliment à la chair des animaux, la plupart furent emportés par la famine ou par les maladies qui en sont la suite ordinaire.

Les consuls, ayant perdu près de dix mille hommes , décidèrent que l'un d'eux retournerait à Rome avec la moitié des légions, afin que celles qui resteraient pour continuer le siège eussent moins de difficulté pour se procurer des vivres. Décidés à convertir le siège en blocus, ils entreprirent de fermer par une digue l'entrée du port de Lilybée; mais la profondeur des eaux et la violence du courant ayant rendu leurs efforts presaue entièrement inutiles, ils se bornèrent à en garder l'entrée avec plus de vigilance qu'auparavant.

Audace d'Annibal le Rhodien; il pénètre plusieurs fois dans le port de Lilybée; il est pris avec

(*) 11,340 toises, environ 4 lieues de 20

au degré.

son vaisseau. — Cependant à Cartilage on ne recevait aucune nouvelle de ce qui se passait à Lilybée, et personne ne s'offrait pour aller s'en instruire. Annibal, surnommé le Rhodien, homme brave et entreprenant, se fit fort de pénétrer dans la ville assiégée, d'en examiner avec soin la situation , et de venir rendre un compte fidèle de tout ce qu'il aurait observé. Les Carthaginois applaudirent à son zèle et à son dévouement, et acceptèrent ses offres , bien qu'ils fussent persuadés qu'il aurait beaucoup de peine à accomplir sa promesse; car ils savaient nue les vaisseaux romains étaient à l'ancre devant le port et en fermaient presque entièrement l'entrée. Mais Annibal, ayant équipé un vaisseau qui lui appartenait en propre, aborde à l'une des îles qui sont visà-vis de Lilybée, et le lendemain, profitant d'un vent favorable, il met a la voile vers le milieu du jour, passe à travers la flotte romaine, et entre dans le port à la vue des ennemis étonnés de son audace. Le jour suivant, il se disposait à retourner à Carthage. Mais le consul , pendant la nuit, avait choisi dix de ses vaisseaux les plus légers, et les avait placés aux deux côtés de l'entrée du port, étendant leurs rames comme des ailes, pour fondre au premier signal sur le navire carthaginois.

Annibal, fort de son audace et de la légèreté de sa galère, part en plein jour pour braver l'ennemi. Il passe, avec la rapidité d'un oiseau, à travers les masses presque immobiles des vaisseaux romains, et, se jouant de leurs pesantes manœuvres , il revient sur ses pas, voltige sur leurs flancs, quelquefois s'arrête pour les provoquer au combat, et ne s'éloigne enfin qu'après avoir longtemps, avec un seul vaisseau, déjoué les efforts de toute la flotte romaine. L'heureuse issue de cette entreprise, qu'Annibal réitéra plusieurs fois avec le même succès, fit connaître aux Carthaginois les besoins de Lilybée, et leur donna les moyens d'y pourvoir. Elle accrut en même temps la confiance des assiégés et abattit le courage des Romains, honteux

de voir leurs projets traversés par la

témérité insultante d'un seul homme.

L'audace présomptueuse du Carthaginois et la réussite constante de ses tentatives tenaient principalement à la connaissance approfondie qu'il possédait des écueils, des bas-fonds et des étroits passages de cette rade dangereuse. Déjà son exemple était imité par d'autres navigateurs, qui allaient a Lilybée et en revenaient impunément , lorsque le hasard lit tomber au pouvoir des Romains une quadrirème carthaginoise, remarquable par l'élégance de sa coupe et la légèreté de ses mouvements. Les Romains, ayant choisi pour son équipage de braves soldats et d'excellents rameurs, s'en servirent pour observer ceux qui tenteraient de pénétrer dans le port, et surtout Ânnibal. Celui-ci, qui était entré de nuit dans la ville, en repartait en plein jour. Serré de près par la quadrirème qui suivait tous ses mouvements , il la reconnut et ne put se défendre d'un sentiment de frayeur. Il chercha d'abord à lui échapper par la rapidité de sa course; mais gagné de vitesse, et au moment d'être atteint, il fut contraint de faire volte-face et d'accepter le combat. Alors , trop faible pour résister au nombre et à la valeur des soldats romains, il fut pris avec son vaisseau. Les Romains équipèrent ce navire avec le plus grand soin, et ils employèrent avec tant de succès ces deux belles galères à la garde du port, que personne désormais n'osa plus entrer dans Lilybée.

Nouvelle sobtie d'Imilcon ; incendie des machines. — A partir de ce moment, les assiégeants redoublèrent leurs assauts avec une nouvelle vigueur, et attaquèrent les fortifications voisines de la mer, pour attirer de ce coté toute l'attention et toutes les forces de la garnison. Ils espéraient que, à la faveur de celte fausse attaque, leurs troupes campées du côté de la terre pourraient s'emparer du mur extérieur de la ville. Ce projet réussit d'abord; mais les Romains n'avaient pas encore eu le temps de s'établir dans leurs positions i lorsqu'imilcon tomba

sur eux à l'improviste, en tua dix mille et força les autres à prendre la fuite.

Quelques temps après, une circonstance imprévue fournit aux assiégés l'occasion de détruire les ouvrages des Romains. Il s'éleva tout à coup un ouragan impétueux qui ébranla leurs galeries et renversa même les tours destinées à les protéger. Quelques soldats mercenaires jugèrent le moment d'autant plus favorable pour les incendier,

3ue le vent les favorisait en soufflant u côté de la ville. Ils communiquèrent leur idée à Imilcon et s'offrirent pour exécuter l'entreprise. Imilcon approuva ce projet et fit tous les préparatifs nécessaires. Us sortent partagés en trois corps, et mettent à la fois le feu aux machines sur trois points différents.

Ces machines , construites depuis longtemps et formées d'un bois desséché par le soleil et les ardeurs de l'été, prirent feu aisément, et la violence de l'ouragan, portant de tous côtés les débris des mantelets et des tours enflammées, propagea l'incendie avec une rapidité effrayante. Les Romains accoururent pour défendre leurs ouvrages ; mais leurs secours étaient diriges au hasard et leurs efforts impuissants; car le vent qu'ils avaient en face poussait dans leurs yeux et dans leurs visages des tourbillons de cendre, de flamme et de fumée, et il en périt un grand nombre avant qu'ils eussent pu même approcher des endroits qu'il fallait secourir. Les Carthaginois, au contraire; favorisés par la direction du vent, et éclairés par le feu qui consumait les machines, lançaient leurs traits avec certitude, et manquaient rarement le but qu'ils voulaient atteindre.

Enfin, les mantelets, les tortues, les béliers , les balistes , toutes les machines destinées soit à creuser des mines, soit à battre les murs, furent entièrement consumées.

Dès ce moment , les Romains perdirent toute espérance de se rendre maîtres de Lilybée par la force. Ils se bornèrent à entourer la ville d'un fossé et d'un retranchement. Ils fermèrent leur camp par une forte muraille, et

L'UNIVERS

changeant le siège en blocus, ils attendirent que la famine forçât la place à se rendre. Les assiégés, de leur côté, relevèrent les fortifications qui avaient été renversées , et se ménagèrent tous les moyens d'une vigoureuse résistance.

Seizième année de la guerbe;

BATAILLE NAVALE DE DREPANE ; VICTOIRE COMPLÈTE DES CARTHA- GINOIS; 249 avant l'ère vulgaire.

— Quand on eut appris à Rome qu'une partie des troupes avait péri à Lilybée, soit dans l'incendie des machines , soit dans les autrès opérations du siège, cette fâcheuse nouvelle , loin d'abattre les esprits, sembla renouveler l'ardeur et le courage des citoyens. Chacun se hâtait de porter son nom pour se faire enrôler, et bientôt dix mille hommes , et un renfort considérable de matelots passèrent le détroit, et allèrent par terre se joindre aux assiégeants.

Le département de la Sicile était échu au consul Publius Claudius Pulcher. C'était un homme d'un caractère dur et violent, entêté de sa noblesse et de son propre mérite , plein de confiance dans ses lumières, de mé-

f>ris pour celles des autres ; punissant es moindres fautes avec une extrême rigueur, tandis que lui-même, dans les affaires les plus importantes , ne montrait pas moins d'extravagance que d'incapacité. Ainsi, quoiqu'il eût blâmé avec une aigreur excessive les derniers généraux d avoir tenté de fermer l'entrée du port au moyen d'une digue, il s'obstina à poursuivre l'exécution de ce projet impraticable et échoua devant les mêmes obstacles.

Mais, de toutes les fautes qu'il commit, la plus funeste fut l'attaque de Drépane, où il perdit par son imprudence et par la valeur d'Adherbal la flotte .a plus brillante que les Romains eussent mise en mer. Il s'était persuadé qu'il serait facile de surprendre Adherbal à Drépane ; que ce général , instruit des pertes que la flotte romaine avait éprouvées au siège de Lrlybée, et ignorant le nouveau renfort qu'elle avait reçu , ne s'attendrait pas a ce qu'elle reprît subitement l'offensite et ne serait pas en garde contre

une attaque imprévue. Il choisit dans toute la flotte deux cents vaisseaux, et y embarqua ses meilleurs rameurs et les plus oraves soldats des légions. Il sortit du port au milieu de la nuit, sans être aperçu des assiégés, et la tête de sa flotte n'était pas loin de Drépane, quand le jour parut et la découvrit aux veux d'Adherbal. Cette apparition inattendue le surprit sans le déconcerter. Entre les deux seuls partis qu'il avait à prendre, il fallait se déterminer nromptement. Le premier était d'aller au-devant des Romains et de les combattre sur le champ, l'autre de les attendre et de se laisser assiéger. II rejeta ce dernier parti qui lui parut à la fois lâche etdangereux.il rassemble sur le rivage les matelots et les soldats; il leur fait entendre en peu de mots , mais pleins de force et d'énergie, ce qu'ils ont à espérer en sortant du port pour livrer la bataille aux Romains , ce qu'ils ont à craindre en se laissant investir.

Tous ayant demandé le combat avec de grands cris de joie, il leur ordonne de s'embarquer sur-le-champ et de suivre la galère amirale, qu'il allait monter lui-même, sans la perdre de vue. Il gagne le premier la haute mer et fait filer sa flotte derrière les rochers gui bordaient le côté du port opposé à celui par lequel entrait l'ennemi.

Claudius voyant , contre son attente ,

3ue les Carthaginois étaient sortis, isposés à lui livrer bataille en pleine mer, envoya ordre à ceux de ses vaisseaux qui étaient déjà dans le port ou au moment d'y entrer, de revenir sur leurs pas pour se joindre au gros de la flotte. L'exécution de cette manœuvre fut la cause d'un désordre extrême.

Parmi les vaisseaux romains , les plus légers avaient déjà pénétré dans le port, d'autres les suivaient de près, quelques-uns étaient arrêtés à l'entrée même. Il en résulta que, dans cet espace étroit, tous faisant à la fois de grands efforts pour revirer de bord , ils s'embarrassaient mutuellement , se heurtaient les uns les autres et se brisaient réciproquement leurs rames.

Enfin «'étant dégagés avec beaucoup

CARTHAGE

de peine, ils se rangèrent en bataille le long de la côte, la proue tournée vers l'ennemi.

Le trouble et la confusion causés par cette manœuvre avaient commencé a jeter de l'inquiétude et de la frayeur dans l'armée. Une action irréligieuse du consul acheva de la déconcerter et de lui faire perdre tout courage et toute espérance. Les Romains , à cette époque, avaient une confiance superstitieuse dans les présages et dans les augures. Au moment où la bataille était près de s'engager , on vint dire à Claudius que les poulets sacrés ne voulaient ni sortir de leur cage, ni prendre de nourriture : « Qu'us boivent donc, puisqu'ils ne veulent point manger » , dit Claudius avec un ton d'impiété railleuse, et il les fit jeter dans la mer.

Cependant le consul , qui , auparavant, était placé à l'arrière - garde , se trouva , par le mouvement qui venait de s'opérer, à la téte de l'aile gauche et à l'extrémité de la ligne. En même temps, Ad herbal, ayant gagné la haute mer et tourné la flotte romaine, rangea ses galères sur une même ligne vis-àvis de celles des Romains qui s'étendaient le long du rivage. Au signal donné par les amiraux, le combat s'engagea, et fut d'abord soutenu de part et d'autre avec la même ardeur et un succès à peu près égal. Mais bientôt la balance pencha en faveur des Carthaginois qui, dans cette bataille, avaient sur les Romains plusieurs avantages.

Leurs vaisseaux étaient beaucoup plus légers, leurs rameurs plus habiles et plus expérimentés. Ils avaient habilement choisi leur position en mettant la pleine mer derrière eux. En effet, s'ils étaient trop pressés, ils pouvaient reculer sans aucun risque et éluder l'attaque de l'ennemi par l'agilité de leurs vaisseaux. Les Romains se laissaient-ils emporter trop loin par l'ardeur de la poursuite, ils se retournaient tout à coup, les enveloppaient de toutes parts , brisaient avec l'éperon les flancs de leurs navires et les coulaient à fond. Claudius, au contraire, avait toutes les difficultés à vaincre.

La pesanteur de ses vaisseaux et l'inexpérience de ses rameurs rendaient toutes ses manœuvres infructueuses. Rangés trop près du rivage, ses navires •'avaient ni l'espace nécessaire pour leurs évolutions, ni les moyens de faire retraite lorsqu'ils étaient pressés par l'ennemi : aussi la plupart échouèrent sur les bancs de sable ou allèrent se briser contre les rochers de la côte. Il ne s'en échappa que trente qui , étant auprès du consul , prirent la fuite avec lui en glissant entre le rivage et la flotte victorieuse. Tout le reste des vaisseaux , au nombre de quatre-vingt-treize, tomba avec l'équipage en la puissance des Carthaginois, dont la perte dans cette bataille fut peu considérable. Du côté des Romains, huit mille hommes furent tués ou noyés , vingt mille, tant soldats que matelots, furent pris et conduits à Carthage. Claudius , pour regagner plus sûrement Lilybée, en longeant les côtes qui étaient au pouvoir des Carthaginois , orna ses galères de palmes , de lauriers, de tous les signes de la victoire, et, par ce stratagème, il réussit, même en fuyant, à inspirer la terreur.

Ce brillant succès, qui était dû tout entier à la prévoyance et à l'habileté d'Adherbal , lui valut de grands honneurs à Carthage. A Rome, au contraire, on punit par une forte amende l'incapacité et l'impiété arrogante de Claudius, qui avaient été si funestes à la république.

Cependant Adherbal profita de sa victoire pour enlever aux Romains, près de Palerme, un grand nombre de barques chargées de vivres; il parvint à les introduire dans Lilybée, et ramena ainsi l'abondance dans la ville assiégée.

Carthalon amène de Carthage un ben fort de soixante-dix vaisseaux; il surprend la flotte ro- MAINE devant Lilybée. — La fin de cette année amena encore aux Romains de nouveaux désastres. Ils avaient chargé Lucius Junius, l'un des consuls, de conduire à Lilybée des vivres et des munitions pour l'armée qui as-

J/UNIVERS

siégeait cette ville. Junius vint aborder à Messine, où il trouva une infinité de bâtiments de toute espècequi s'y étaient rassemblés de toutes les parties de la Sicile. Il en composa une Coite de cent vingt vaisseaux de guerre et de huit cents navires de transport, avec laquelle il se rendit à Syracuse. Dès qu'il y fut arrivé, il fit partir les questeurs, avec la moitié des vaisseaux de charge et quelques galères, pour subvenir aux besoins pressants des troupes qui bloquaient Lilybée. Il attendit lui-même a Syracuse les bAtiments qui , partis de Messine avec lui , étaient restés en arrière, et l'arrivée des convois de vivres que ses alliés lui envoyaient des provinces éloignées de la mer.

Cependant Adherbal , enhardi par ses premiers succès et par un renfort de soixante-dix vaisseaux que Carthalon venait de lui amener de Carthaçe, résolut de frapper un coup décisif. Il confie cent galères a Carthalon, il lui ordonne de cingler vers Lilybée, et,

Ear une brusque attaque, d'enlever, de rûier ou de couler à rond les vaisseaux romains qui étaient à l'ancre devant le port. Carthalon part aussitôt pour exécuter cet ordre. Il arrive avant le jour à Lilybée, fond avec impétuosité sur la flotte romaine, enlève quelques vaisseaux, en brdle quelques autres, et répand le trouble et la terreur dans le camp des assiégeants. Ceux-ci accourent à la hâte pour défendre leurs

{jalères; mais Imilcon, gouverneur de a ville assiégée, averti par le tumulte et les cris des combattants, fait une sortie à la tête de ses mercenaires et tombe sur les derrières des Romains, dont le désordre s'accroît par cette double attaque.

Manoeuvres de Carthalon devant LES FLOTTES ROMAINES; NAU- FRAGE ET DESTRUCTION ENTIÈRE DE

ces deux flottes. — L'approche de la nouvelle flotte romaine empêcha Carthalon de pousser plus loin ses avantages. Il alla se poster à Iléraclée pour onserver l'arrivée des questeurs et leur couper la communication avec l'armée de siège. Bientôt, instruit par

ses éclaireurs qu'une armée navale composée de bâtiments de toute espèce se dirigeait vers Lilybée, il saisit l'occasion avec joie , et , plein de mépris pour les Romains qu'il avait déjà vaincus, il s'avance à leur rencontre pour leur livrer bataille. L'escadre commandée par les questeurs, se jugeant trop faible pour soutenir le combat, alla aborder à une petite ville alliée, nommée Phintias, qui à la vérité n'a pas de port, mais où des promontoires avancés dans la mer forment, pour les vaisseaux, un abri commode et une rade facile à défendre. Ils y débarquèrent, et, après y avoir disposé tout ce que la ville put leur fournir de cata-

{ mites et de oalistes, ils y attendirent 'attaque des Carthaginois. Ceux-ci pensèrent d'abord que les Romains effrayés se retireraient dans la ville et leur abandonneraient leurs vaisseaux.

Mais trouvant, contre leur attente, une vigoureuse résistance , et se vovant exposés dans cette position difficile à des périls multipliés, ils se contentèrent d'emmener quelques vaisseaux de charge qu'ils avaient pris, et se retirèrent dans le fleuve Halycus pour observer le départ de la flotte romaine.

Vers le même temps le consul Junius, après avoir terminé les affaires qui le retenaient à Syracuse, doubla le promontoire Pachynum et cingla vers Lilybée, ignorant encore ce qui s'était passé à Phintias. Carthalon, à cette nouvelle, mit sur-le-champ à la voile, dans le dessein de livrer bataille au consul avant qu'il eût rejoint la division de sa flotte commandée par les

âuesteurs. Junius reconnut de Join la otte nombreuse des Carthaginois; mais trop faible pour soutenir un combat, et trop proche de l'ennemi pour échapper à sa poursuite, il prit le parti d'aller jeter l'ancre près de Camarine, dans une rade entourée de rochers escarpés et presque entièrement inabordable, aimant mieux s'exposer à périr au milieu des écueils que de tomber avec toute sa flotte au pouvoir des ennemis. Carthalon se garda bien de donner bataille aux Romains dans des lieux si difficiles ; il alla mouiller auprès

CARTHAGE

d'un promontoire , d'où il était à portée d'observer en même temps les deux flottes ennemies et de prendre sur elles tous ses avantages.

Bientôt après, les vents commencèrent à souffler avec violence, et les lotes carthaginois , accoutumés à naguer sur ces mers, conseillèrent à Carthalon de quitter sa station et de doubler sans délai le promontoire de Pachynum. Carthalon suivit ce conseil, et parvint, après de grands efforts, à mettre sa flotte en sûreté. Mais celles des Romains , surprises l'une et l'autre par la tempête, au milieu des rochers et des bas-fonds , éprouvèrent un naufrage si affreux, que de tant de vaisseaux il ne se sauva que deux galères, avec lesquelles le consul Junius se rendit à Lilybée.

Junius s'empare par trahison

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