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DE LA MONTAGNE ET DE LA VILLE

d'Éryx. — Ce dernier désastre acheva d'abattre les Romains déjà découragés et affaiblis par les pertes précédentes. Ils renoncèrent de nouveau à disputer l'empire de la mer aux Carthaginois, et tournèrent leurs efforts du coté de la terre, résolus d'employer toutes leurs ressources pour maintenir la supériorité qu'ils y avaient acquise. Ainsi , loin de renoncer au siège, ils en poussèrent les opérations avec une nouvelle vigueur. L'armée ne manquait ni de munitions ni de vivres, qui lui étaient apportés par les peuples de Sicile, dont la plupart s'étaient soumis volontairement aux Romains ou leur étaient unis par des traités d'alliance.

Cependant le consul Junius, qui était resté à Lilybée, poursuivi par le souvenir de ses fautes et de son naufrage, cherchait à les faire oublier par queluue action d'éclat. Il se ménagea aes intelligences secrètes dans Éryx, et se Ut livrer la ville et le temple de Vénus. L'Éryx , la plus haute montagne de la Sicile' après l'Etna, est située près de la mer, entre Drépane et Palerme, mais bien plus rapprochée de Drépane. Au sommet de la montagne est un vaste plateau sur lequel on avait bâti le temple de Vénus Érycine, le plus beau et le plus riche sans compa-

raison de tous les temples de la Sicile/ Un peu au-dessous du sommet s'élevait la ville d'Éryx, où l'on ne montait ue par un chemin très-long et trèsifOcile. Junius avait placé une partie de ses troupes sur le plateau , gardant avec le plus grand soin les points de la montagne accessibles du coté de Drépane; il fortilia même Égithalle, place située sur la mer au pied du mont Éryx, et y laissa huit cents hommes de'gannson. u croyait, par ces dispositions, avoir bien assure sa conquête; mais Carthalon, ayant débarque pendant la nuit ses troupes près d'Égithalle, emporta cette place d'assaut, tua ou prit ceux qui la défendaient, à l'exception de quelques-uns qui se réfugièrent dans la ville d'Éryx.

Dix-septième, dix-huitième, dixneuvième ET VINGTIÈME ANNÉE DE LA GUERRE, DE 248 A 244 AVANT

l'ère chrétienne ; Amilcar occupe la forte position d'Erctb. — C'est cette année que commence à paraître sur la scène 1 un des plus grands hommes ûo guerre que Carthage ait produits. Amilcar, surnommé Barca , père du fameux Annibat, reçoit le commandement général des armées de terre et de mer en Sicile. Il part avec toute sa flotte, va porter le ravage sur les côtes d'Italie, et revient, chargé de butin, aborder près de Palerme. Là, son coup d'oeil habile lui lit reconnaître dans Ercté une position admirable pour y retrancher son armée et braver pendant longtemps les efforts de l'ennemi. Ercté est une montagne d'une assez grande hauteur, située sur le bord de la mer, entre Éryx et Palerme, escarpée de tous les côtes et couronnée par un plateau de cent stades de circonférence (*). Ce plateau est très-fertile et produit d'abondantes moissons de toutes sortes de grains. Du côté de* la terre et du côté de la mer, les flancs de la montagne sont presque entièrement revêtus de rochers à pic, interrompus seulement par quelques ravins faciles à fortifier. Au milieu du plateau , s'élève une éminence aue la na-

(*) Environ 9,5oo toises.

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L'UNIVERS

turc semble avoir formée à la fois pour servir de citadelle et pour observer tout ce qui se passe dans les campagnes voisines. Le pied de cette montagne, où l'on trouve une grande abondance d'eau douce, s'étend jusqu'à un port très-commode pour ceux qui , de l)répane ou de Lilybée, font voile vers l'Italie. On n'arrive au sommet du mont que par trois chemins, deux du coté de la terre et un du côté de la mer, mais tous également pénibles et difficiles. C'est dans ce poste qu'Amilcar eut l'audace de s'établir. Il se plaçait au milieu d'un pays ennemi, environné dç tous cotés par les armes romaines, loin de ses alliés, loin de toute espèce de secours, et cependant, par l'avantage de cette position, par son courage et son expérience dans le métier de la guerre, il sut créer aux Romains obstacles sur obstacles, et les jeter dans des périls et des alarmes continuelles.

Succès d'Hannon en Afrique. — Pendant qu'Amilcar rétablissait en Sicile l'honneur des armes puniques, Hannon, son rival de gloire, étendait en Afrique la domination de Carthage.

Ce général, pour exercer ses soldats et les nourrir aux dépens de l'ennemi , avait porté la guerre dans cette partie de la Libye qui est aux environs d'Hécatompyle. Il s'était emparé de cette grande ville; mais jaloux de relever par la clémence l'éclat de sa victoire, il se laissa attendrir par les prières des habitants, se conduisit à leur égard en vainqueur généreux, leur laissa leurs biens et leur liberté, et se contenta d'exiger trois mille otages pour garants de leur fidélité.

Siège de Dbépane pab le consul Fabius. — Vers le même temps le consul Fabius faisait le siège de Drépane.

Au midi de cette ville et tout près du rivage est une île ou plutôt un rocher, que les Grecs appelaient l'ile des Colombes. Le consul y envoya pendant la nuit quelques soldats qui s'en emparèrent après avoir égorgé la garnison carthaginoise. Amilcar, qui était accouru a la défense de Drépane , sortit au point du jour pour reprendre ce

poste important à la sûreté de la ville assiégée. Le consul s'en aperçut trop tard, et, ne pouvant aller au secours des siens, il donna l'assaut à Drépane avec toutes ses forces, espérant, par cette diversion, ou prendre la ville en l'absence de son commandant, ou forcer ce dernier à revenir sur ses pas.

Il obtint l'un de ces avantages. Amilcar étant retourné dans la ville pour repousser les assaillants, Fabius resta maître de l'île, qu'il joignit au continent par une digue, et dont il se servit utilement dans la suite pour y établir ses machines et presser plus vivement les assiégés.

Amilcar se maintient pendant trois ans a Ercté contre tous les efforts des Romains. — Cependant Amilcar conservait toujours sa forte position d'Ercté. Sans cesse, avec sa flotte, il infestait les côtes de la Sicile et de l'Italie, et même lorsque les Romains commandés par Météllus se furent établis en avant de Palerme, à cinq stades de ses retranchements, il sut encore déjouer leurs manœuvres et se maintenir pendant trois ans dans cette position formidable.

Pendant ce long espace de temps il ne se passa presque point de jour qu'il n'en vînt aux mains avec l'ennemi.

C'étaient des deux côtés des embûches , des surprises habilement préparées, plus habilement déjouées, des attaques imprévues, des retraites simulées, en un mot, des combats de détail si fréquents, si semblables entre eux, que leur description a rebuté même la minutieuse exactitude de Polybe. « Une « idée générale de cette lutte, où les « succès furent également balancés , «suffira, dit-il, pour faire juger de «v l'habileté des aeux généraux. En « effet, tous les stratagèmes que l'ex- « périence peut apprendre, toutes les « inventions que peuvent suggérer l'oc- « casion et la nécessité pressante, « toutes les manœuvres qui exigent le « secours de l'audace et de la témérité, « furent employés de part et d'autre « sans amener de résultat important.

« Les forces des deux armées étaient « égales; les deux camps bien fortifiés

CARTHAGE

«et inaccessibles; ^intervalle qui les « séparait fort petit. Toutes ces causes « réunies donnaient lieu chaque jour à « des combats partiels , mais einpé- « chaient que l'action devint jamais dé- « cisive; car, toutes les fois qu'on en c venait aux mains, ceux qui avaient n le dessous trouvaient dans la proxi- « mité de leurs retranchements un asile « assuré contre la poursuite des enne- « mis et le moyen de les combattre avec « avantage. »

Les nouveaux consuls (*) ne furent pas plus heureux en Sicile que leurs prédécesseurs , ayant toujours à lutter contre les difficultés des lieux, contre les entreprises hardies et les ruses habilement concertées d'Amilcar. Ce grand général, par son activité, par son courage , par sa présence d'esprit, par son habileté à saisir l'occasion, savait, avec des forces inférieures, conserver toutes les places qu'il avait prises, inquiéter celles des ennemis, et balancer en Sicile la fortune et la puissance de Rome. Il résolut de secourir Lilybée, qui , bloquée par terre et par mer , était en proie au découragement et à la famine, et il y réussit par cet adroit stratagème. Il ordonna à une partie de sa flotte de se tenir en pleine mer et de manoeuvrer comme si elle avait le dessein de pénétrer dans Lilybée. Dès que les Romains l'eurent aperçue, ils sortirent pour aller audevant d'elle. Aussitôt Amilcar, avec trente de ses vaisseaux, qu'il avait tenus soigneusement cachés, se saisit du port , y fait entrer des vivres et des secours , et pourvoit à tous les besoins de la garnison, dont sa présence relève et fortifie encore le courage.

Vingt-unième année delaguerre;

PBISE DELA VILLE d'EBYX PARAM1L-

cab;il s'ymaintientpendantdeux ans entre deux armees romaines; 244 avant l'ère vulgaire. — L'année suivante, Amilcar, toujours infatigable , corfçut une entreprise encore plus hardie. Les Romains, comme nous l'avons rapporté, s'étaient em-

(*) A. Manlius Torquatus et C. Seropronius Blœsus.

parés de la ville et du mont Éryx :

ils avaient établi deux camps retranchés , l'un vers le Bas de la montagne , l'autre sur le plateau qui dominait la ville, en sorte qu'ils semblaient n'avoir rien à craindre pour cette place défendue par sa situation naturelle et par cette double garnison.

Mais ils avaient à faire à un ennemi dont la vigilance et l'activité auraient dû les tenir toujours en haleine. L'audace d'Amilcar, à qui rien ne paraissait impossible, se fit un jeu de ces obstacles presque insurmontables. Il fait avancer ses troupes pendant la nuit, se met à leur tête, gravit la montagne dans le plus profond silence, et après deux heures d'une marche aussi pénible que dangereuse , il arrive devant Éryx, l'emporte d'assaut, égorge une partie de la garnison , et fait conduire le reste à Drépane.

A partir de ce moment, cette petite montagne fut l'étroite arène où se débattirent les destins des deux plus grandes républiques du monde. Amilcar, placé entre deux corps ennemis, était assiégé par celui qu'il dominait, tandis qu il assiégeait lui-même le camp placé au-dessus de sa tête. Les Romains , retranchés sur le plateau de la montagne , bravaient tous les périls et supportaient toutes les privations avec une persistance opiniâtre. Les Carthaginois, par une constance qui tient du prodige, quoiqu'ils fussent de toutes parts entourés par les ennemis, quoiqu ils ne pussent se procurer de v ivres que par un seul point de la côte dont ils étaient maîtres , restaient inébranlables dans cette position sans exemple. Les deux peuples, par la proximité de leurs camps, exposés à clés travaux et à des périls sans cesse renaissants, réduits tous les jours et presque tous les instants à craindre ou a soutenir le combat , à éviter les pièges ou à repousser l'ennemi , s'étaient volontairement condamnés à des souffrances au-dessus des forces humaines.

Le manque de repos, la privation d'aliments épuisaient leur vigueur sans abattre leur courage. Toujours égaux et toujours invincibles , ils soutinrent

L'UNIVERS

pendant deux ans cette lutte acharnée, sans qu'aucun d'eux se rebutât de ses défaites ou pùt forcer l'autre à lui céder la victoire.

Vingt - deuxième 'année de là guerre; défection des mercenaires carthaginois ; rétàrmssement

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