‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 135 sur 246 · CONSTERNATION DES CARTHAGI- NOIS ; EXIGENCES DES RÉVOLTÉS · texte numérisé non relu

CONSTERNATION DES CARTHAGI- NOIS ; EXIGENCES DES RÉVOLTÉS

— Alors les Carthaginois reconnurent leurs fautes , lorsqu'il était trop tard pour les réparer. Dans la frayeur où les jeta le voisinage de cette année, ils se resignèrent à tout céder, à tout souffrir pour apaiser sa fureur. On erivoyait en abondance aux mercenaires des vivres dont ils taxaient eux-mêmes le prix à leur gré. Chaque jour le sénat leur députait quelques-uns de ses membres pour les assurer qu'ils n'avaient qu'à demander; qu'on était prêt à tout faire pour eux, pourvu que ce qu'ils demanderaient fût possible. Cependant ils ajoutaient chaque jour à l'exigence de leurs prétentions. La terreur et la consternation qu'ils lisaient sur le front des Carthaginois augmentaient leur audace et leur insolence. Ils se persuadaient d'ailleurs qu'aucun peuple du monde, à plus forte raison les Carthaginois , n'oserait risquer le combat contre des vétérans qui, si longtemps en Sicile, avaient rivalisé de gloire et de succès avec les légions romaines. A peine fut-on d'accord sur le montant de la solde qu'ils demandèrent le prix des chevaux qu'ils avaient perdus. Cette proposition admise , ils exigèrent qu'on leur payât en argent le blé qui leur était du depuis longtemps, au plus haut prix qu'il s'é*

tait vendu pendant la guerre. C'étaient tous les jours de nouvelles exigences que les brouillons et les séditieux dont cette soldatesque était remplie mettaient en avant pour traverser les négociations. Enlin, le sénat se montrant disposé à les satisfaire dans tout ce qui n'était pas impossible, obtint, par cette condescendance, qu'ils accepteraient pour médiateur l'un des généraux qui avaient commandé en Sicile.

giscon est choisi pour arbitbe ; Mathos et Spendius rompent les négociations; ILS SONT ÉLUS CnEFS des mercenaires. — Amilcar semblait désigné pour cette fonction. Mais il leur était suspect, parce que, s'étant démis volontairement du commandement des armées , et n'ayant pas demandé à être cbargé de négocier avec eux , il semblait avoir abandonné leur cause. Giscon , au contraire, qui avait servi en Sicile , et qui , dans plusieurs circonstances , surtout à l'occasion de leur retour, avait pris à cœur leurs intérêts , s'était acquis leur confiance et leur affection. Ils le choisirent donc pour arbitre de leurs différends avec la république. On fournit à Giscon l'ar-

§ent nécessaire. Il part de Carthage et ébarque à Tunis. Il s'adresse d'abord aux chefs ^ et fait ensuite rassembler les soldats par nation. Alors , employant des paroles douces et insinuantes, il leur fait de légers reproches sur leur conduite passée , leur tait sentir tout le danger de leur situation présente, leur donne de sages conseils

{>our l'avenir, et les exhorte à renouer es liens d'une ancienne affection avec un État qu'ils ont servi si longtemps , et dont ils ont reçu tant de bienfaits.

Enfin , il se disposait à payer toutes les dettes arriérées , lorsque deux séditieux , rompant l'accord qui commençait à s'établir, remplirent tout le camp de tumulte et de désordre. L'un était un certain Spendius , Campanien de nation , d'esclave devenu transfuge, homme qui s'était distingué dans l'armée par sa force de corps extraordinaire et pat la témérité de son audace.

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