‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 140 sur 246 · RÉSULTATS DE LA BATAILLE DE · texte numérisé non relu

RÉSULTATS DE LA BATAILLE DE

Cannes en Italie; l'Italie centbale beste fidele aux romains , la Cisalpine et l'Italie méridionale SE DONNENT A ANNIBAL ; AN- NIBAL POURSUIT LA GUERRE', 216 ET 215 AVANT NOTRE ÈRE. — Lorsqu'on

reçut à Rome la nouvelle de la batailile de Cannes, il y eut dans la ville un deuil publie et toutes les manifesta* tions d'une grande douleur. On se hâta de faire de nouvelles levées , et les ci» toyens se soumirent volontairement aux plus grands sacrifices. La Cisalpine se déclarait alors ouvertement pour les Carthaginois, et les peuples de l'Italie méridionale offraient leur alliance à Annibal et lui promettaient de nom»

breux auxiliaires. Parmi les ennemis des Romains, on comptait les A puliens, les Messapiens, les Lucaniens, les Bruttiens, une partie des Samnites, et même quelques peuples de la Cam-

Eanie. C'est Magon, le frère d'Annial, qui va recevoir la soumission de ces nouveaux alliés de Carthage. Il n'y avait que l'Italie centrale qui restât fidèle à Rome. Annibal, après avoir donné une partie de ses troupes à ceux de ses lieutenants qui devaient retenir les peuples de l'Italie méridionale dans les liens de la fidélité, s'avance vera la Campanie avec vingt-cinq mille nom»

mes. Il vient d'abord assiéger N a pies, mais il échoue dans son entreprise. Dt

L'UNIVERS

Naples, il se dirige vers Capoue, qui lui ouvre ses portes. C'est alors qu'il envoie Magon à Carthage pour demander de l'argent et des troupes.

Magon vient demander des secours a Carthage; délibération du sénat carthaginois. — Tite- Live nous donne sur la mission du frère d'Annibai les détails suivants :

«Magon, fils d'Amilcar, était venu porter à Carthage la nouvelle de la victoire de Cannes. Son frère ne l'avait pas envoyé du champ de bataille même, mais il l'avait retenu quelques jours pour recevoir la soumission des Bruttiens et de quelques autres peuples qui s'étaient séparés des Romains. Introduit dans le sénat , Magon expose tout ce que son frère a fait en Italie. « Il avait combattu en bataille rangée six généraux , dont quatre consuls , un dictateur et un maître de la cavalerie, défait six armées consulaires, tué à l'ennemi plus de deux cent mille hommes et fait plus de cinquante mille prisonniers. Des quatre consuls , deux avaient péri , le troisième était blessé , le dernier avait perdu toute son armée et s'était enfui, a peine avec cinquante soldats. Le maître de la cavalerie, qui était revêtu à l'armée du pouvoir consulaire, avait été battu et mis en déroute. Quant au dictateur, il était regardé comme le modèle des généraux par cela seul qu'il n'avait jamais osé livrer une grande bataille. Les Bruttiens et Jes Apuliens, une partie des Samnites et des Lucaniens, avaient abandonné le parti de Rome pour se donner aux Carthaginois. Capoue, la capitale, non pas seulement de la Campanie, mais de l'Italie entière, depuis que la journée de Cannes avait abattu la puissance romaine, s'était livrée à Annibal. Pour des triomphes si nombreux et si grands, il était juste de rendre aux dieux immortels de solennelles actions de grâces. » En témoignage de ces heureuses nouvelles, Magon fit verser dans le vestibule du sénat une quantité d'ahneaux d'or si prodigieuse, que certains auteurs prétendent qu'il y en avait bien trois boisseaux et demi; mais la tradition qui a

prévalu , et qui se rapproche le plus de la vérité, est qu'il n'y en avait pas au delà d'un boisseau. Magon ajouta , pour faire sentir toute la grandeur des pertes éprouvées par les Romains, que les chevaliers et seulement les plus distinués pouvaient porter l'anneau d'or. Il it, en terminant, que plus on avait l'espoir prochain de terminer glorieusement la lutte , plus il fallait prodiguer à Annibal toute espèce de secours. En effet, la guerre se faisait loin de Carthage, au milieu d'un pays ennemi; elle absorbait beaucoup de vivres et d'argent. Les batailles où les armées ennemies avaient été détruites avaient aussi causé des pertes au vainqueur.

Il fallait donc envoyer de nouvelles troupes, de l'argent et du blé pour la solde et la nourriture des soldats oui avaient si bien mérité du nom carthaginois. Ces paroles de^vlagon causèrent une grande joie dans le sénat. Alors Himilcon, de la faction Barcine, crut l'occasion favorable pour humilier Hannon. «Eh bien, dit-il, Hannon, re- « grettez-vous encore que l'on ait fait « la guerre aux Romains? Ordonnez « maintenant de livrer Annibal; empé- « chez qu'au sein de la prospérité nous « rendions des actions de grâces aux « dieux immortels ! Écoutons ce que « va dire ce sénateur romain dans le « sénat de Carthage. » Alors Hannon :

« J'aurais aujourd'hui gardé le si- « lence , pour ne pas troubler l'allé- « gresse universelle par des paroles « qui ne respirent point l'enthousias- « me. Mais puisqu'un sénateur m'a « demandé si je regrette encore que « l'on ait entrepris la guerre contre «Rome, je me hâte de répondre, « parce que mon silence serait inter- « prétédiversement ; les uns pourraient « l'attribuer à mon orgueil, les autres « à la honte que l'on éprouve quand on « a commis une erreur. Je ne suis ni « orgueilleux ni repentant. Je dirai « donc à Himilcon que mes regrets sur « la guerre sont aussi grands que par « le passé, et que je ne cesserai d'ac- « cuser votre invincible général que « quand je verrai la lutte terminée à «des conditions raisonnables, et je

CARTHAGE

« n'excuserai la rupture de l'ancienne « paix qu'au moment où l'on aura fait « une paix nouvelle. J'avoue que tous « ces brillants succès que Magon vient « de nous raconter avec tant de corn- « plaisance, et qui, dans ce moment, « rbnt la joie d'Himilcon et des autres «partisans d'Annibal, font aussi la « mienne, parce que ces victoires, si « nous voulons user sagement de la «fortune, nous procureront une paix « plus avantageuse; mais si nous lais- «sons échapper cet instant, où nous « pouvons paraître donner la paix « plutôt que la recevoir, je crains fort « que cet éclat éblouissant ne s'éva- « nouisse promptement. Aujourd'hui « même que vient-on nous dire? J'ai «détruit les armées ennemies; en- « voyez-moi des soldats. Que deman- « deriez-vous si vous étiez vaincu? J'ai « pris les deux camps ennemis remplis «sans doute de butin et de vivres; « faites-moi passer du blé et de l'ar- « gent. Parleriez-vous autrement si «l'ennemi vous eût enlevé vos res- « sources , eût forcé vos retranche- « ments? Et pour que je ne sois pas « seul à expliquer ce que tout cela a « d'inconcevable (car, puisque j'ai ré- « pondu à Himilcon , j ai bien le droit « de l'interroger à mon tour), je vou- « drais qu'Himilcon lui-même, ou Ma- « gon , me donnât quelque éclaircisse- « ment. Puisque la oataille de Cannes « entraîne la ruine entière de l'empire « romain , et qu'il est certain que toute « l'Italie est en pleine défection , qu'on « me nomme d abord quelque peuple « de la confédération du Latium qui « ait embrassé notre parti ; puis quel- « que citoyen des tribus de Rome qui « soit passé dans le camp d'Annibal. — « Je ne saurais en nommer, répondit « Magon. — Ainsi donc, reprit Han- « non , il ne nous reste encore que trop « d'ennemis. Mais à Rome, quelle est «la disposition des esprits? Conser- « vent-ifs encore de l'espoir? C'est un « point que je voudrais éclaircir. — Je «l'ignore, dit Magon. — Rien pour- « tant n'est plus facile à savoir, ajoute « Hannon. Les Romains ont-ils envoyé «des ambassadeurs à Annibal pour

« demander la paixP A-t-il été un seul

« moment question de paix à Rome, « d'après les rapports que l'on vous a « faits? — Non, dit encore Magon. — « Eh bien , s'écrie Hannon , nous avons « donc la guerre tout aussi entière que « le jour où Annibal a mis le pied en « en Italie... Pour moi, si l'on met en « délibération, ou de proposer la paix « à l'ennemi ou de la recevoir, je sais « quel avis j'ouvrirai. Si vous vous oc- « cupez seulement des demandes de « Magon , je pense que si nos soldats « sont victorieux , il ne faut rien leur «envoyer; et s'ils nous abusent par « de faux rapports et par de chiméri- « ques espérances, il faut se garder en- « core davantage de leur envoyer quel- « que chose. »

« Le discours d'Hannon fit peu de sensation. Son animosité contre la famille Barca le rendait suspect de partialité, et les esprits étaient trop préoccupés des heureuses nouvelles du moment pour que l'on pût rien entendre qui tendît à diminuer l'allégresse générale. A Cartilage, l'opinion commune était qu'avec le moindre effort on pouvait mettre fin à la guerre.

Aussi l'on décréta à une immense majorité, dans le sénat, nue l'on enverrait à Annibal un rentort de quatre mille Numides, quarante éléphants et un grand nombre de talents d'argent.

On fit partir aussi un dictateur avec Magon pour l'Espagne, afin d'y lever vingt mille fantassins et quatre mille chevaux destinés à compléter les armées d'Espagne et d'Italie. »

Les nouveaux préparatifs des Carthaginois se firent, comme le remarque Tite-Live, avec négligence et une extrême lenteur. Au reste , les renforts votés par le sénat étaient insuffisants pour achever la guerre. Annibal, trompé dans ses espérances, n'eut plus recours alors qu'à sa prudence et à son habileté pour se maintenir en Italie.

Suite de l'expédition d'Annibal; LUTTE DES CARTHAGINOIS ET

des Romains ex Italie jusqu'au moment ou Syracuse et une partie de la Sicile abandonnent l'alliance des Romains; 2W ayant

se i/un

notbe èbe. — Maître de Capoue, Annibal se prépara à de nouvelles expéditions. Mais les Romains lui opposèrent un général qui, par son activité, l'arrêta dans presque toutes ses entreprises ; c était Marcellus, tépée de Rome. Toutefois, Marcellus ne put empêcher A ii ni bal de mettre le siège devant Casilin. Ce siège traînait en longueur, lorsque le chef carthaginois le convertit en blocus, et revint a Capoue pour y prendre ses quartiers d'hiver. Ses soldats ne s'amollirent point alors , comme on Ta prétendu, dans une funeste oisiveté, car, dans les premiers jours du printemps, ils se reportèrent avec une nouvelle ardeur devant Casilin, qu'ils forcèrent à capituler à la vue de deux armées romaines. Mais Annibal, qui ne recevait point de Carthage des secours suffisants, voyait ses forces décroître de jour en jour. Les Romains, au contraire, faisaient les plus grands sacrifices; ils ordonnaient de nouvelles levées et augmentaient sans cesse le nombre de leurs soldats. Ils prescrivaient en même temps à Marcellus et à leurs autres généraux de n'agir qu'avec une extrême prudence. Annibal ne pouvant se maintenir dans l'Italie centrale , se d irigea vers le Brutium , où il devint maître de Pétilie, de Cosentia , de Crotone et de Locres , qui refusaient de s'allier aux Carthaginois.

Alors il revint dans les provinces qui avoisinent Rome, et il mit le siège devant Cumes. Repoussé avec perte, il s'éloigna de nouveau et entra en Lucanic, où il prit ses quartiers d'hiver. Au printemps, il s'empressa d'accourir au secours de Capoue, mais il éprouva sur tous les points une vive résistance; et bientôt la défaite de son lieutenant Hannon, qui, dans un combat contre l'armée de Gracchus , perdit seize mille hommes, lui enleva pour toujours l'espoir de se maintenir dans l'Italie centrale.

Annibal fait alliance avec Philippe de Macédoine; traité entee le general carthaginois et le roi de macedoine; 215 avant notre ère. — Privé des secours qu'il attendait de Carthage et de l'Espagne,

Annibal tourna ses regards vers ia Grèce. Il s'adressa à Philippe, roi de Macédoine, qui , craignant la politique ambitieusedes Romains, n'hésita point à faire alliance avec le général carthaginois. Polybe nous a conservé le traité qui fut conclu alors entre Annibal et le roi de Macédoine.

« Voici le traité qu'ont juré le gêné- « rai Annibal , Magon , Myrcal et Bar- « mocal , tous les sénateurs qui sont «auprès d'eux et tous les Carthagi- « nois qui sont dans l'armée, avec « Xénophane , fils de Cléomaque d'À- « thènes, envoyé comme ambassadeur « auprès de nous par Philippe, fils de «Demétrius, pour lui, les Macédo- « niens et leurs alliés.

« Ce traité a été juré en présence de « Jupiter, de Junon et d'Apollon; en « présence du génie de Carthage, d'Her- « cule et d'Iolaûs ; en présence de « Mars, de Triton , de Neptune et des « dieux qui combattent avec nous ; en « présence du soleil , de la lune , de la « terre, des fleuves, des prairies et des « eaux ; en présence de tous les dieux « qui protègent Carthage ; enfin de « tous ceux qui protègent la Macédoine « et le reste de la Grèce , et devant « tous les dieux qui président à la « guerre , et sont témoins de ce ser- « ment.

« Le général Annibal , tous les sé- « nateurs de Carthage qui sont auprès « de lui , et tous les Carthaginois qui « sont dans son armée , avec l'assenti- « ment des nôtres et des vôtres, nous « nous jurons alliance d'amitié et de a paix, comme amis, comme compa- « gnons et comme frères aux condi- « tions suivantes :

«Le roi Philippe, les Macédoniens « et les autres Grecs leurs alliés, prê- « teront assistance et secours au peu- « pie carthaginois , au général Anni- « bal, à tous ceux qui l'accompagnent, « aux sujets de Carthage qui reconnais- « sent ses lois, aux habitants d'Utique, « aux villes et peuples soumis aux « Carthaginois, à l'armée, aux alliés, « à toutes les villes et à tous les peu- « pies avec lesquels nous sommes liés « en Italie, en Gaule et en Ligurie, et

CARTHAGE

« a?ec lesquels nous pourrions encore « contracter dans ces pays des relations « amicales et des alliances.

« Assistance et paix seront aussi ac- « cordées au roi Philippe et aux autres «Grecs alliés, par les Carthaginois, «les habitants d'Utique, toutes les « villes et tous les peuples soumis à « C art h ace , leurs alliés et soldats , « et par Tes villes et peuples qui , en « Italie , en Gaule et en Ligurie, sont « ou pourraient devenir nos alliés.

« Réciproquement nous ne nous ten- « drons pas de pièges ou d'embûches.

« Vous serez ennemis des ennemis de « Carthage ; nous exceptons de ces en- « nemis les rois , villes et peuples avec m lesquels vous entretenez des alliances. « De même nous serons ennemis des « ennemis du roi Philippe, en excep- « tant toutefois les rois, villes et peu- « pies avec lesguels nous avons con- « tracté des alliances. Vous serez aussi « nos alliés dans la guerre contre les « Romains , jusqu'à ce que les dieux « nous donnent ainsi qu'à vous la paix. « Vous viendrez à notre secours, quand « il sera nécessaire, et selon que nous « en conviendrons. Si les dieux vous « favorisent , ainsi que nous , dans la « guerre contre les Romains , et que « ceux-ci viennent à demander la paix , « nous la ferons de manière que vous « y soyez aussi compris. Il ne leur a sera pas permis d'entreprendre une « guerre contre vous. Les habitants de «Corcyre, d'Apollonie, d'Épidamne, « dePharos,deDimalle, lesParthiniens « et les Atintanes ne pourront être sous « la domination romaine. Ils rendront « aussi à Démétrius de Pharos tous les « hommes de sa nation qui sont sur « leur territoire. Mais si les Romains « venaient à nous attaquer l'un ou Tau- « tre , nous nous assisterions comme « les circonstances l'exigeraient ; il en « serait de même si d'autres nous fai- « saient la guerre , en exceptant toujours du nombre de nos ennemis les « rois, villes et peuples avec lesquels « nous vivons en alliance.

« Enfin , si nous jugions à propos « de retrancher ou d'ajouter quelque « chose a ce traité, il nous 6era loisible

« de le faire d'un commun accord (*). »

Continuation de la gubbbb en Italie jusqu'à la bataille du m et aube, en 207 avant notre èbk. — Rejeté dans l'Italie méridionale, Annibal se vit contrai ut de soutenir sans interruption , dans l'Apulie , la Lucanie et le Brutium , une lutte acharnée contre les armées romaines.

La révolte de plusieurs villes de la Sicile, et notamment de Syracuse, qui s'étaient déclarées pour Carthage , le délivra un instant de Marcellus qu'il comptait parmi ses plus redoutables adversaires. Cependant Rome ne ces* sait point de lui opposer ses meilleures légions et ses plus habiles généraux.

En 213, il eut à soutenir les efforts .de deux armées consulaires. Celle de ces armées où se trouvait en qualité de lieutenant Fabius, le bouclier de

(*) Tite-Live parle aussi du traité qui fui fait entre Annibal et Philippe, roi de Macédoine; il dit : «Le traite fut conclu aux m conditions suivantes : que le roi Philippe, « avec uue flotte très-considérable (il pou- «vait réunir deux cents vaisseaux), passe- « rait en Italie et ravagerait les côtes ; qu'il « ferait la guerre de son côté sur terre et sur « mer ; qu'au moment où elle serait termi-

* née , toute l'Italie et la ville de Rome ap-« « partiendraient à Annibal et aux Carthà- « ginois ainsi que la totalité du butin. Mais « une fois la conquête de l'Italie achevée , « les Carthaginois à leur lour s'engageaient « à se porter sur la Grèce, et à faire la « guerre aux rois ennemis de Philippe. Les

• villes de la Grèce et les îles qui avoisi- « nent la Macédoine devaient être rattachées « au royaume de Philippe. Telles furent à « peu près , ajoute Tile-Live , les clauses du « traité conclu entre le général carthaginois « et les députés macédoniens » (Tite- Live , xxiii , 33). La version de Polybe qui a été admise jusqu'ici comme authentique

. diffère en plusieurs points de celle de Tite- Live. Pourquoi l'historien latin fait-il intervenir, dan* les conditions du traité, ce partage qui doit donner un jour Rome et l'Italie aux Carthaginois et la Grèce entière à Philippe ? C'est qu'il a cru peut-être qu'en recourant à l'exagération il ferait mieux sentir à ses contemporains la graudeur du danger qui menaçait Rome et l'Italie à l'époque de l'expédiUon d'Annibal.

Rome, obtint sur Annibal quelques avantages; mais, l'année suivante, le général carthaginois fit d'importantes conquêtes , et il se rendit maître de Tarente , de Sybaris et de Métaponte.

Il profitait des moindres fautes de ses ennemis, et plusieurs généraux romains expièrent cruellement leur imprudence. Dans une seule rencontre il tua quinze mille soldats aux Romains qui , sous la conduite de Centenius Penula , s'étaient engagés témérairement dans la Lucarne. En 2 ri , Annibal accourut avec son armée au secours de Capoue. Cette ville, qui était restée si fidèle à l'alliance carthaginoise, était alors assiégée par deux armées romaines. Annibal, désespérant de faire lever le siège , essaya , par une audacieuse diversion, d'attirer sur lui tous les efforts des ennemis. Il marcha sur Rome, et il déploya ses enseignes près de la porte Colline. Mais il ne tarda pas à comprendre qu'avec des troupes peu nombreuses et épuisées par de longues fatigues et des combats sans cesse renouvelés , sa tentative ne devait point avoir de résultats. Alors il rétrograda et regagna le Brutium. Cependant les Romains pressent le siège de Capoue et ils entrent enfin dans cette ville où ils exercent de terribles vengeances. Pendant les années 210, 209 et 208, la lutte entre les Carthaginois et les Romains se continue dans les provinces de l'Italie méridionale. Fabius et Marcellus reparaissent à la tête des légions. Fabius, en 209, enlève Tarente aux Carthaginois; mais, l'année suivante, Rome éprouve une grande perte. Marcellus , qui a été nommé consul , est tué dans un combat où succombent avec lui Crispinus, son collègue, et les principaux officiers de Tannée romaine.

Événements de la deuxième guerre punique en afrique, en Sicile et en Sardaigne; 219-207 avant notre ère. — Au commencement de la deuxième guerre punique, Sempronius s'était emparé de l'île de Malte ; mais il n'avait point essayé d'attaquer les Carthaginois sur leur propre territoire. Servilius, qui avait tenté une

descente en Afrique , avait été repoussé avec perte; et depuis lors, jusqu'à l'arrivée de Scipion en 204 , Carthage n'eut pas besoin de rassembler des soldats pour défendre ses murailles contre les attaques des armées romaines. Il est vrai qu'en 213, Syphax, roi d'une partie de la Numidie , se déclara pour les Romains ; mais il en coûta peu aux Carthaginois pour combattre ce nouvel ennemi. Us reçurent dans leur alliance Gula , chef d'une autre partie de la Numidie, qui les aida puissamment à refouler Syphax et les siens jusque dans la Mauritanie Tingitane.

Ainsi, pendant quinze ans, Carthage

f)ut disposer de toutes ses forces pour utter contre Rome , en Espagne , en Sardaigne , en Sicile et en Itaiie.

Carthage , en effet , ne songeait point seulement à combattre les armées romaines qui se trouvaient en Espagne et en Italie , elle voulait encore ressaisir les provinces que les guerres précédentes lui avaient enlevées , et relever en Sardaigne et en Sicile ses anciens établissements. Après la bataille de Cannes , au commencement de l'année 215, elle envoya en Sardaigne une armée considérable, sous le commandement d'Asdrubal. Mais bientôt ses espérances s'évanouirent; l'armée de Sardaigne fut anéantie, et Asdrubal fut conduit à Rome à la suite du triomphateur.

Mais c'était principalement sur la Sicile que s'était portée l'attention des Carthaginois. Dans les premières années de la guerre, ils avaient équipé une flotte nombreuse pour faire une descente dans l'île; mais cette flotte, comme nous l'avons dit plus haut, avait été détruite près de Lilvbée, par le préteur ^îmilius. Une perte aussi considérable fut loin d'enlever tout espoir aux Carthaginois; ils entretinrent dans la Sicile des émissaires , qui excitaient la population à se révolter contre les Romains. Puis, ils équipèrent encore de nombreux vaisseaux ; et , peu de temps après la bataille de Cannes, le propréteur T. Otaciiius écrivit au sénat : « Les tttats d'Hiéron sont « dévastés par une flotte carthaginoise.

CARTHAGE

« Au moment où, sur les instances de «ce roi, je me disposais à lui porter «secours, on est venu m'apprendre « qu'une autre flotte ennemie se tenait « vers les îles Egates , toute prête , « dès qu'on me saurait parti pour pro- « téger la côte de Syracuse , à fondre « sur Lilybée et sur les autres villes « de la province romaine. Envoyez « donc des vaisseaux , si vous voulez « défendre Hiéron votre allié , et vos « possessions de la Sicile. » Quand Hiéron, qui avait été pendant cinquante ans le fidèle allié des Romains , mourut et laissa sa royauté de Syracuse à son petit-fils Hiéronyme, un grand changement se fit en Sicile. La rébellion fomentée par les Carthaginois éclata , et près de soixante et dix villes se soulevèrent contre les Romains.

Marcellus fut alors envoyé pour assiéger Syracuse. Les Carthaginois, de leur côté, firent les plus grands efforts pour soutenir les Siciliens qui avaient embrassé leur parti. Bomilcar, Himilcon , Hannon et Mutine luttèrent souvent avec succès contre les armées romaines. La prise de Syracuse, par Marcellus , ne termina point la guerre : les Carthaginois se maintinrent sur tous les points; et, pendant plusieurs années, ils obtinrent sur leurs ennemis d'importants avantages. Une trahison rendit inutiles ces longs efforts de Carthage. Mutine livra Agrigente aux Romains, qui ne tardèrent point à rentrer en maîtres dans les autres villes. C'était en l'année 210; dès lors, les Carthaginois abandonnèrent pour toujours la Sicile qu'ils disputaient aux Romains depuis si longtemps.

Événements de la deuxième guebbe punique en espagne db-

PUIS LE DÉPART D'ANNIBAL JUS- QU'AU MOMENT OU ASDBUBAL PÉ- NÈTRE en Italie; 219-207 avant notée èbe. — Dans les premiers temps de la guerre, Publius Cornélius Scipion avait été envoyé en Espagne pour prévenir les projets d' Annibal. Il se rendait au poste qui lui avait été assigné, lorsqu'il apprit que le général carthaginois, après avoir franchi les Pyrénées, traversait la Gaule et se diri-

geait vers l'Italie. Il avait essayé, comme nous l'avons dit, d'engager un combat sur les bords du Rhône; mais son ennemi lui avait échappé, et Scipion n'avait revu Annibal que sur les bords du Tésin. Toutefois, Cnéus Scipion, le frère du consul, avait continué sa route vers l'Espagne avec une armée nombreuse. Il avait à peine opéré son débarquement à Empories qu'il vainquit Hannon , et se rendit maître de toutes les contrées qui se trouvent comprises entre l'Ebre et les Pyrénées.

L'année suivante (217) , Asdrubal luimême fut vaincu, et Cnéus Scipion, après avoir traversé PÈbre, parcourut, avec son armée victorieuse, toute la côte jusqu'aux colonnes d'Hercule. Les Carthaginois éprouvèrent alors en Espagne des revers multipliés. Ils avaient a combattre tout à la fois et l'armée des Scipions (*), et les indigènes qui se déclaraient pour les Romains. Asdrubal avait déjà perdu la meilleure partie de ses forces lorsqu'il reçut ordre du sénat de Carthage, après la bataille de Cannes , de remettre le gouvernement de l'Espagne à Himilcon , et de partir avec son armée pour rejoindre Annibal en Italie. Il se mit en marche; arrivé au bord de l'Èbre, il rencontra l'armée romaine qui s'opposait à son passage. Asdrubal livra bataille, fut vaincu et rejeté en Espagne. Quand la nouvelle en vint à Rome, par une lettre des Scipions, la joie fut universelle. On sentait toute l'importance de cette victoire qui empêchait Asdrubal de passer en Italie. Carthage envoya des renforts à ses armées d'Espagne; mais les deux Scipions, Publius et Cnéus , ne cessèrent point de vaincre. Ils livrèrent deux grandes batailles sous les murs d'IUiturgi et d'Intibili , où ils firent éprouver aux Carthaginois des pertes considérables. Ces derniers succès eurent un immense résultat, car, suivant la remarque de Tite-Live, presque tous les peuples de l'Espagne se déclarèrent alors pour les Romains.

(*) Publius était venu rejoindre son frère et lui avait amené trente vaisseaux et huit mille soldais.

L'UNIVERS

Les Carthaginois ne furent point découragés par tant de revers * et ils firent les plus grands efforts pour soutenir en Espagne les armées que commandaient alors Giscon, Magon et Asdrubal. Cependant, chaque année amenait pour eux de nouveaux désastres : en 214 , ils furent vaincus dans miatre batailles, à Illiturgi, à Rigerra, à M u rida et à Auringe. « Après cette «brillante campagne, dit Tite-Live, « les Romains éprouvèrent un senti- « ment de honte en songeant que Sait gonte était depuis buitansau pouvoir « de leurs ennemis. Ils chassèrent de « la ville la garnison carthaginoise , et « y rappelèrent ceux des anciens ha- « bitants qui avaient échappé aux mal- « heurs de la guerre. » Par un brusque changement, la fortune devint bientôt contraire aux Romains. Les deux Scipions qui, tant de fois, avaient été vainqueurs, périrent avec une partie de leur armée. Rome était sur le point de perdre en Espagne le fruit de ses nombreux succès, lorsqu'elle envoya dans cette province le fils de Publius, pour commander les légions. Le jeune Scipion se dirigea vers l'Espagne avec trente galères et dix mille hommes. Il joignit ces dix mille hommes aux troupes mie Néron avait amenées Tannée précédente, et aux débris de l'armée qui avait combattu si glorieusement sous les ordres de son père et de son onde. Scipion illustra bientôt son commandement par une action d'éclat : il se porta sur Carthagène , qu'il prit d'assaut après un combat qui n'avait duré que quelques heures. Dans cette ville réputée inexpugnable, les Carthaginois avaient déposé l'argent et les approvisionnements qui servaient à la solde et à l'entretien de leurs armées. Au reste , pour se faire une idée de l'immensité des pertes que firent alors les Carthaginois, il suffit de lire dans Tite- Live rénumération suivante : « On « s'empara d'une prodigieuse quantité « de machines de guerre : c'étaient cent « vingt catapultes de la première gran- «deur, deux cent quatre-vingts de « grandeur moyenne , vingt-trois granit des batistes, cinquante-deux petites,

« un nombre considérable de scorpions « grands et petits , d'armes offensives « et défensives; on prit aussi soixante- « quatorze drapeaux. On porta au gé- « néral une grande quantité d'or et » d'argent , cleux cent soixante-seize « coupes d'or, presque toutes du poids « d'une livre, dix-huit mille trois cents « livres d'argent monnayé et ciselé, et « beaucoup de vases du même métal.

« Tous ces objets furent comptés et « pesés devant le questeur Caius Fla- « minius ; on trouva encore quarante « mille boisseaux de froment et deux « cent soixante-dix mille boisseaux d'or- « ge. Soixante-trois vaisseaux furent « pris dans le port; parmi ces vaisseaux « il y en avait plusieurs qui étaient « chargés de blé, d'armes, de cuivre, «de fer, de voiles, de cordages, et « d'autres agrès nécessaires à l'équipe- « ment d'une flotte. » La prise de Carthagène et la politique de Scipion qui , par des actes de clémence et de modération, savait gagner aux Romains les populations ind igènes, portèrent en Espagneun coup mortel à ladomination carthaginoise. Toutefois, au moment même où Carthage venait d'éprouver de si grandes pertes, Asdrubal, par un dernier effort, mit à exécution le projet qu'il avait conçu depuis longtemps. Il passa l'Èbre, entra dans les Gaules par les Pyrénées, et après avoir franchi les Alpes , il pénétra enfin en Italie.

Asdrubal bn Italie; bataille

SUB LES BOBDS DU M ET AUBE; L'AB- MÉE DASDRUBAL BST EXTERMINÉE; ANNIBAL CONCENTRE TOUTES SES FOBCES DANS LB RBUT1UM; 207

avant notbb èbb. — Asdrubal commit une grande faute en s'arrétant dans la Cisalpine et en mettant le siège devant Plaisance. Rome eut le temps de faire de nouvelles levées et d'organiser deux armées pour résister aux ennemis qui la menaçaient au nord et au midi. Asdrubal s'aperçut enfin de sa faute , et il essaya de la réparer en se hâtant de traverser l'Italie pour rejoindre Annibal. Mais arrivé'en Ombrie, il rencontra le consul Livius sur les bords du Métaure. Néron , que Rome

CARTHAGE

avait opposé à Annibal, connaissait depuis longtemps, par des lettres in* terceptées, les plans d'Asdrubal. Il avait confié son année à un de ses lieutenants, et il était venu dans le camp de son collègue Livius avec quelques troupes d'élite. Une bataille sanglante fut livrée sur les bords du Métaure.

Asdrubal y perdit la vie, et son armée tout entière fut exterminée. Alors Néron revint dans son camp; il portait avec lui la tête d'Asdrubal, qu'il fit jeter dans les retranchements! d'Annibal. On dit qu'à la vue de cette tête, Annibal s'écria : « Je reconnais la fortune de Carthage. » En effet, tout espoir de triompher des Romains en Italie lui était désormais enlevé. C'est pourquoi il partit aussitôt de Canouse , et, rassemblant les troupes qui lui restaient, il concentra toutes ses forces dans le Brutium, à l'extrémité de l'Italie.

Fin de la deuxième guerre punique en Espagne, depuis le départ d'Asdrural jusqu'à la prise deGades; 209-205 avant notre ère.

— La prise de Carthagène et le départ d'Asdrubal avaient livré aux Romains toute l'Espagne citérieure ou Tarragonaise. Magonet Giscon, avec les débris des armées carthaginoises, se maintenaient, il est vrai, dans la Bétique ; mais Scipion vint encore les attaquer dans ce dernier asile. Ce fut en vain que Carthage envoya alors à ses généraux de nouvelles troupes commandées par Hannon ; elle perdit sa dernière armée dans une grande bataille livrée sur les confins de la Bétique, et bientôt elle ne posséda plus, dans la Péninsule, que la ville de Gades. Le roi Massinissa, qui jusqu'alors était resté lidèle aux Carthaginois, et qui les avait puissamment aidés dans les guerres a'Espagne, passa aux Romains avec ses Numides. Scipion, de son côté, se rendit en Afrique auprès de Syphax, . qu'il gagna à l'alliance de Rome, et il réunit ainsi contre Carthage les rois des deux Numidies. Enfin la prise de Gades, qui suivit de près ces événements, plaça l'Espagne tout entière sous la domination romaine.

Fin de la deuxième guerre puni* que en Italie, depuis la bataille du Métaure jusqu'au départ d'Annibal; 207-203 ayant notre ère.

— Depuis l'instant où la mort de son frère Asdrubal avait fait évanouir ses plus belles espérances , Annibal , comme nous l'avons dit, avait concentré toutes ses forces dans le Brutium. A force d'expédients , d'habileté et de courage, il se maintenait dans cette position contre tous les généraux romains. Cependant les armées que Rome lui opposait lui enlevaient chaque jour quelques-unes des villes qui avaient • embrassé son parti, et le refoulaient peu à peu à l'extrémité de l'Italie. Au moment même où Carthage venait de perdre l'Espagne, il put espérer un instant de reprendre l'offensive et de reporter la guerre sur un théâtre plus di^ne de lui. Il apprit que Wagon, son frère, avait débarqué en Ligurie avec une armée, et qu'il se préparait à marcher sur ses traces en traversant l'Italie; mais cette fois encore Annibal fut déçu dans ses espérances. Magon , après quelques succès, fut vaincu avec les Gaulois ses alliés. Ce fut alors que Carthage, pressée en Afrique par les Romains, appela à son aide Magon et Annibal.

Les Romains portent la guerre en Afrique; expéditions de Va-

LERIUS LiEVINUSET DE LjELLLS ; Sct- PION DÉBARQUE EN AFRIQUE AVEC UNE ARMÉE ROMAINE', SES PREMIERS

succès ; 207 - 204 avant notre ère. — Après la bataille du Métaure, les Romains avaient essayé de porter la guerre sur le territoire de Carthage. Dès l'année 207, Valérius Lœvinus avait débarqué en Afrique, et il avait poussé ses ravages jusque sous les murs d'Utique. Là se termina son expédition. A son retour, il rencontra une flotte carthaginoise, la battit et lui fit éprouver de grandes pertes. Scipion, des son arrivée en Sicile, avait envoyé Lœlius pour reconnaître et piller les côtes de l'Afrique. Lui-même, après avoir obtenu l'adhésion du sénat, ne tarda pas à suivre son lieutenant. Avant son départ, il

L'UNIVERS

avait fondé de grandes espérances sur l'alliance qui unissait Sypnax aux FÎomains; mais il apprit bientôt qu'Asdrubal , en donnant sa fille Sophonisbe à Syphax, avait entraîné ce roi des Numides dans le parti des Carthaginois. D'autre part, Massinissa, qui était resté fidèle à Rome, avait perdu ses États. Ces fâcheuses nouvelles ne purent arrêter Scipion. Il débarqua avec trente mille hommes, et, à son arrivée, il rencontra Massinissa qui amenait avec lui deux cents cavaliers.

Quand les Romains touchèrent le sol de l'Afrique, une terreur profonde se répandit à Carthage et dans toutes les villes voisines. Les Carthaginois, dans leur imprévoyance, n'avaient point songé à rassembler une armée. Ils or-

Samsèrent à la hâte quelques troupes e cavaliers qui furent battues par les Romains. Ce ne fut que lorsque les premières craintes se dissipèrent, et au moment où Scipion s'arrêta vers Utique , mie les Carthaginois firent les préparatifs nécessaires pour arrêter l'invasion.

Scipion assiège Utique; il subprend ASDBUBAL ET SYPHAX ; fL MET LE FEU AUX CAMPS DES CARTHA- GINOIS et des Numides; quarante

MILLE HOMMES PÉRISSENT DANS L'INCENDIE; L'ARMÉE D'ASDRUB4L EST ANÉANTIE DANS UNE BATAILLE ;

203 avant notbe ère. — Les Carthaginois avaient enfin levé une armée, et Syphax avait embrassé sincèrement leur alliance. Asdrubal s'avança alors avec des forces considérables contre Scipion, qui avait mis le siège devant Utique. L'armée carthaginoise s'arrêta non loin des retranchements romains, et se partagea en deux camps. Dans celui a' Asdrubal, on comptait trente mille hommes de pied et trois mille chevaux, et dans celui des Numides, que commandait Syphax, dix mille chevaux et cinquante mille hommes d'infanterie. Les deux camps étaient séparés par un espace de dix stades.

Scipion, qui envoyait fréquemment des émissaires à Syphax pour le ramener à l'alliance romaine, apprit bientôt que dans le camp des Cartha-

ginois, comme dans celui des Numides, les soldats étaient logés dans des cabanes faites de planches, de branches d'arbres et de joncs. Il conçut alors un hardi projet. Tant que dura l'hiver, il ne cessa point d'envoyer à Syphax des messagers qui semblaient préparer, par l'intermédiaire du roi des Numides, un traité de paix entre les Romains et les Carthaginois. Ces négociations sans cesse renouvelées donnaient à Asdrubal et aux autres chefs de son année une sécurité trompeuse et endormaient leur vigilance. Au retour du printemps, Scipion , par une attaque simulée , sembla porter toutes ses forces vers Utique. Asdrubal et Syphax étaient loin alors de soupçonner les véritables projets du général romain. Un soir, Scipion donna ordre à ses tribuns de faire prendre les armes aux soldats.

Quand ils furent prêts à marcher, il se mit à leur tête, et s'avança vers le camp des Carthaginois, qui était éloigné du sien, dit Polybe, de soixante stades. Il arriva aux retranchements ennemis vers la fin de la troisième veille. Il avait partagé son armée en deux corps. Laelius et Massinissa se portèrent sur le camp des Numides et ils mirent le feu aux premières cabanes. L'incendie se propagea avec une effrayante rapidité, et bientôt toutes les cabanes des Numides furent la proie des flammes. Massinissa gardait les issues, et presque tous ceux qui essayèrent d'échapper au feu furent massacrés. Scipion, de son côté, porta l'incendie et le massacre dans le camp des Carthaginois. Asdrubal et Syphax parvinrent, il est vrai, à s'échapper, mais, dans cette nuit désastreuse, ils avaient fait des pertes considérables.

Quarante mille hommes avaient perdu la vie et cinq mille étaient tombés au pouvoir des Romains. A la nouvelle de l'incendie des deux camps, les Carthaginois furent plongés dans la consternation. Les sénateurs s'assemblèrent pour délibérer. Après de vives discussions, il fut décidé qu'une nouvelle armée se mettrait en campagne sous la conduite d' Asdrubal. On fit des levées; on soudoya quatre mille Celtibériens,

CARTHAGE

et Svphax ne tarda pofnt à donner au général carthaginois le secours de ses Numides. Asdrubal avait réuni environ trente mille hommes, lorsqu'il fut encore attaqué par les Romains. Au moment ou Scipion avait appris que les Carthaginois rassemblaient de nouvelles forces, il avait abandonné le siège d'Utïque pour aller combattre Asdrubal. Après cinq jours de marche, il était arrivé dans un lieu que Polybe appelle les Grandes-Plaines. C'est là que fut livrée une bataille qui enleva à Carthage sa dernière armée et ses dernières ressources.

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