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NISSA CONTEE LES CARTHAGINOIS

qui implorent l'interventjon des Romains ; opinion de Polyre et

DE TlTE-LlVE SUR LA CONDUITE DU SÉNAT ROMAIN; 103 AVANT NOTRE

èbe. — Massinissa ne tarda pas à voir que le stratagème d' Ariston avait inspiré aux Romains des craintes sérieuses; il profita de cette circonstance, et aussi des divisions qui existaient au sein de Carthage entre le sénat et le peuple , pour agrandir ses États. II attaqua les Carthaginois, et il exerça de grands ravages sur les terres qui leur étaient soumises. Polybe a parlé en peu de mots de cette tentative de Massinissa.

Il suffira, nous le croyons, de lire le court récit de cet historien pour connaître le système de conduite que les Romains avaient adopté alors à l'égard des Carthaginois. « En Afrique, dit Po- « lybe, Massinissa avait été fortement « tenté de s'emparer du territoire qui « se trouve aux environs de la petite « Syrte , et qu'on appelle Empçria, 11

L'UNIVERS

« y avait sur ce territoire un grand « nombre de villes (*) ; le pays était « beau, et on en tirait des revenus « très considérables. Il prit enfin la « résolution d'envahir cette riche con- « trée. Il se rendit maître des cam- « pagnes; mais , lorsqu'il voulut at- « taquer les villes , il rencontra de ■ grands obstacles. Les Carthaginois • les défendirent si bien , qu'il ne put « y entrer. Pendant toutes1 ces hostilités, les Carthaginois envoyaient a des ambassadeurs à Rome pour se a plaindre du roi de Numidie; et le roi « v députait aussi de sa part, pour se « justiGer contre les Carthaginois.

« L'équité voulait qu'on se prononçât » pour Carthage; cependant les Rôti mains favorisaient Massinissa, non « que le bon droit fût du côté de ce « prince, mais parce qu'il était de « l'intérêt du sénat de décider en « sa faveur. Voici la cause des hos- « tiiités : le roi de Numidie ayant « demandé à traverser le territoire « voisin de la petite Syrte pour pour- « suivre un rebelle appelé Aphtéra- « te (**), les Carthaginois lui avaient « refusé le passage. Ce refus leur coûta « cher. Ils furent tellement pressés par « Massinissa, qu'à la fin ils perdirent « la campagne et les villes ; ils furent « même obligés de payer cinq cents ta- « lents pour les revenus qu'ils avaient « perçus depuis le commencement de « la contestation. »

Les Carthaginois, pendant toute la durée de la lutte, n'avaient cessé d'invoquer le traité par lequel Scipion, après sa victoire, fixant les limites de leurs possessions, avait enclavé dans ces limites la contrée qu'on appelle Emporta. Les Romains ne pouvaient ouvertement violer le traité, et, d'autre part , leur intention n'était pas de dépouiller Massinissa de sa nouvelle conquête. Pour mettre de leur côté , au moins, les apparences de la justice, ils eurent recours au moyen suivant.

(*) Tite-Live prélend au contraire que dans tout le pays il n'y avait qu'une seule ville. C'était Leptis.

(*') Tite-Live l'appelle Jplùr.

Ils envoyèrent en Afrique des commissaires qui devaient terminer la contestation. Voici les curieux renseignements que nous donne Tite-Live sur la manière dont ces commissaires s'acquittèrent de leur mission : « Publius « Scipion l'Africain , C. Cornélius Cé- « thégus et M. Minucius Rufus, après « avoir écouté et examiné l'affaire, ne « se prononcèrent pour aucune des « deux parties, et ils laissèrent toutes « choses indécises. On ne sait s'ils agi- « rent ainsi de leur propre mouve- «ment, on s'ils ne firent que se « conformer aux instructions qu'Us « avaient reçues; mais il est certain « aue les circonstances voulaient qu'on « laissât les Carthaginois et le roi de « Numidie dans une complète mésin- « telligence; autrement Scipion, par « la connaissance exacte qu'il avait « de toute l'affaire , aurait pu Iran- « cher la difficulté. »

Dernières années de la vib d'Annibal; 193-183 avant notbe ère. — Annibal , dans son exil , vit bientôt avec douleur qu'Antiochus restait inactif et mettait en oubli ses utiles conseils. Des courtisans, jaloux de la faveur dont il jouissait , avaient inspiré au roi de Syrie des doutes sur sa sincérité. Il y avait déjà , dans les rapports d'Annibal et d'Antiochus, quelque refroidissement lorsque des ambassadeurs romains arrivèrent en Asie. L'un d'eux, Villius, se rendit à Éphèse, où il se ménagea, dit-on, de fréquents entretiens avec le chef carthaginois.

A la suite de ces entretiens diversement interprétés, Antiochus craignit une trahison, et il cessa de conOer ses projets à Annibal.

Ici , la tradition place une anecdote célèbre que nous allons rapporter.

P. Scipion l'Africain était au nombre des ambassadeurs romains qui se rendirent à Éphèse. Dans une entrevue qu'il eut avec Annibal , il lui demanda quel était celui de tous les généraux qu'il plaçait au premier rang. — Alexandre, répondit Annibal.— Et au second rang? — Pyrrhus. — Et au troisième? — Moi-même. — A quel rang voua placeriez-vous , dit Scipion

en riant , si vous m'aviez vaincu ? -» Je me placerais avant Alexandre, avant Pyrrhus, et avant tous les autres généraux, repartit Annibal. Scipion, ajoute la tradition , fut touché de cette louange imprévue, qui le mettait ainsi hors de toute comparaison (*).

Annibal souffrit d'abord, sans proférer une plainte, les injurieux soupçons d'Antiochus. Mais, enfin, il ne put résister au désir de se justifier et de combattre les perfides insinuations de ses ennemis. Il se rendit un jour auprès d'Antiochus , et lui dit : « O roi , « j'étais bien jeune encore lorsque mon « père Amilcar quitta Carthage pour « aller en Espagne. Avant son départ, « il me conduisit à l'autel où il sacri- « fiait aux dieux ; et , là , il me fit pro- « mettre de vouer une haine éternelle « aux Romains. Ce serment prêté à « mon père , devant les dieux , je l'ai « gardé religieusement jusqu'à ce jour.

« C'est pour ne point violer ce solennel « engagement que j'ai abandonné Carce thage asservie , et que je suis venu « dans vos États. Si vous trom- « pez mes espérances, j'irai , fidèle à « mon premier serment , j'irai partout « où je saurai qu'il y a des soldats et « des armes, afin de susciter des ence nemis aux Romains. Je hais les Rote mains, et j'en suis haï: mon père « Amilcar et les dieux sont témoins de « la vérité de mes paroles. O roi , si « vous songez à faire la paix avec les « Romains , vous pouvez m'enlever « votre confiance ; mais si vous vous « préparez à leur faire la guerre, sait chez qu'Annibal est le meilleur et le « plus dévoué de vos conseillers (**.). » Ces paroles, dit Tite-Live, produisirent une telle impression sur l'esprit du roi qu'il rendit à Annibal toute sa confiance, et qu'il se décida enfin à déclarer la guerre aux Romains.

(*) Voy. Tile-Live. — Plutarque, dans la vie de Pyrrhus, raconte aussi cet entretien. Suivant lui, Annibal mit Pyrrhus au premier rang, Scipion au deuxième, et lui même se plaça au troisième. La tradition sur laquelle l'lutarque fondait sou récit ne faisait point mention d'Alexatidre.

(**) Voy. Tite-Live et Cornélius Nepos.

Antiochus fit , il est vrai , des préparatifs ; mais il agit avec tant de lenteur et tant de négligence , qu'Annibal vit s'évanouir alors ses dernières espérances. Le roi de Syrie passa eu Grèce, où, par sa folle conduite, il perdit une bataille, et donna aux Romains un prétexte pour entrer en Asie. Au moment où il regagnait en fuyant sa ville d'Éphèse, Antiochus, dit-on, reconnut la sagesse des plans d'Annibal.

Mais le repentir venait trop tard et ne pouvait le sauver, car déjà une armée romaine se préparait à l'attaquer dans ses États. Les événements justifièrent les prédictions d'Annibal. Les Romains passèrent en Asie , et Antiochus fut vaincu. Toutefois, pendant la guerre, le général carthaginois n'abandonna point celui qui lui avait accordé l'hospitalité. Il aida le roi de Syrie de ses conseils et de sa longue expérience, jusqu'au jour où ce prince fit la paix avec les Romains. Alors Annibal , cédant encore une fois à la mauvaise fortune, alla chercher un nouvel asile. 11 se rendit auprès de Prusias, et ce fut en Bithynie qu'il passa les dernières années de sa vie. Il y vivait en repos lorsque des ambassadeurs romains arrivèrent à la cour de Prusias. L'un d'eux, Flamininus, reprocha au roi de donner asile au plus implacable ennemi des Romains. Prusias comprit aisément que les reproches de Flamininus étaient des menaces, et il résolut de tuer ou de livrer celui qui lui était uni par les liens de l'hospitalité. Quand Annibal vit qu'il ne lui restait aucun moyen de fuir, il prit du poison ; et , avant de mourir, il chargea d'imprécations Prusias et les Romains. Telle fut la lin de cet homme que son génie, ses brillantes victoires, ses malheurs sans nombre et sa haine contre Rome ont rendu à jamais célèbre.

Lutte entre les Carthaginois et Massinissa; les Carthaginois portent leurs plaintes a Rome ; partialité des arbitres romains; 182-152 avant notre ère. — au moment même où Annibal expirait dans une contrée lointaine , Carthage,

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vaincue et humiliée, s'était vue forcée de céder au roi de Numidie une nouvelle portion de son territoire. Plein de confiance dans l'amitié des Romains, et rassuré d'ailleurs par l'approbation tacite qu'ils avaient donnée a ses premières usurpations, Massinissa avait renouvelé les hostilités, et il avait encore enlevé une province aux Carthaginois. Ceux-ci envoyèrent des ambassadeurs à Rome pour porter plainte contre Massinissa. Les Romains nommèrent des arbitres qui prirent connaissance de l'affaire, mais qui ne se prononcèrent point. Toutefois, ils laissèrent provisoirement à Massinissa les terres qu'il avait conquises. Les Carthaginois protestèrent longtemps contre cette odieuse partialité. En effet , nous savons par Tite-Live que deux ans après l'envoi des commissaires, les Romains , pour apaiser les plaintes de Carthage, lui' rendirent cent otages et lui garantirent la paix non -seulement avec eux-mêmes, mais encore avec Massinissa. Pendant quelques années, le roi de Numidie resta fidèle aux engagements que les Romains avaient pris pour lui; mais enfin il ne put résister au désir de renouveler contre les Carthaginois une guerre qui lui procurait de si grands avantages.

Il réclama, comme sa propriété, une portion de territoire connue sous le nom de Grandes-Plaines, et une province appelée Tysca, où l'on comptait un grand nombre de villes. Tandis que les Carthaginois protestaient, au nom de la justice, contre cette nouvelle prétention , Massinissa s'empara des villes et du territoire.

Par le traité qui avait mis fin à la deuxième guerre punique, les Carthaginois se trouvaient tellement enchaînés qu'ils ne pouvaient repousser la violence par la violence , et recourir aux armes pour se défendre contre le roi de Numidie. En effet , il ne leur était pas permis de faire la guerre au delà de leurs frontières ; et quand bien même Rome les eût autorisés à user de représailles, ils étaient encore liés par un article du traité qui leur ordonnait formellement de vivre

en paix avec les alliés du peuple romain. Carthage ne savait que trop bien que Rome plaçait Massinissa au nombre de ses alliés les plus fidèles et les plus dévoués. Un seul moyen restait aux Carthaginois : c'était de porter leurs plaintes au sénat romain. Les ambassadeurs qu'ils envoyèrent alors demandèrent pour leurs compatriotes une de ces trois choses : ou de les autoriser à discuter avec Massinissa sur leurs droits respectifs au tribunal d'un peuple allié; ou de leur permettre d'opposer à une injuste agression une défense légitime ; ou bien , enfin , si la faveur l'emportait sur le bon droit, de déclarer une fois pour toutes ce qu'on voulait leur enlever pour le donner à Massinissa. a Si l'on ne veut ac- « corder aux Carthaginois , ajoutèrent « les ambassadeurs, aucune de ces trois « choses ; et si, depuis la paix accordée « par Scipion , on a quelque tort à leur « reprocher, il faut agir franchement à « leur égard. Ils aiment mieux une ser- « vitude tranquille sous la domination « des Romains qu'une liberté exposée « aux violences de Massinissa. » Ce discours achevé, ils se prosternèrent en pleurant , et les sénateurs romains ne purent se défendre d'un mouvement de compassion. On jugea convenable d'interroger le fils du roi de Numidie, Gulussa , qui se trouvait alors à Rome.

Gulussa,qui n'avait aucun moyen de justifier la conduite de son père, répondit que Massinissa ne lui ayant transmis aucune instruction, il ne pouvait donner les explications qui lui étaient demandées. Le sénat, après avoir délibéré , décida que Gulussa retournerait en Numidie pour avertir son père d'envoyer des ambassadeurs chargés de répondre aux plaintes des Carthagi nois. « On a déjà fait beaucoup, disait le sénat , et l'on fera plus encore pour récompenser Massinissa de sou attachement sincère ; mais on respectera la justice et l'on n'accordera rien à la faveur. Les Romains désirent que le territoire contesté reste à son possesseur légitime , et que les anciennes limites tracées entre les deux États soient respectées. Ils n'ont pas rendu

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aux Carthaginois vaincus leurs villes et leur territoire, pour leur arracher par violence , durant la paix , ce qu'ils n'ont pas voulu leur enlever par le droit de la guerre. »

On pourrait s'étonner de cette décision impartiale des Romains, si l'on ne savait qu'au moment même où ils paraissaient disposés à écouter les plaintes des Carthaginois , ils couraient de grands dangers. Le roi de Macédoine, Persée, avait envoyé des ambassadeurs aux Carthaginois, et il leur avait proposéde se liguer avec lui pour combattre leurs ennemis communs.

Ce fut alors que, pour prévenir cette redoutable coalition, le sénat se montra juste et blâma avec quelque sévérité les agressions de Massinissa.

Mais quand Persée fut vaincu , les Romains changèrent de langage, et ils ne montrèrent plus le même empressement pour donner satisfaction aux Carthaginois. Us envoyèrent, il est vrai, des commissaires en Afrique (*); mais ces commissaires n'avaient point mission de forcer le roi de Numiaie à restituer le territoire qu'il avait injustement usurpé; ils proposèrent seulement à Massinissa et aux Carthaginois de s'en remettre à leur arbitrage. Massinissa accepta volontiers , parce qu'il ne pouvait que gagner à un jugement prononcé par les Romains; mais les Carthaginois refusèrent. Ils disaient, pour raison , que le traité qui avait été donné par Scipion n'avait pas besoin de commentaire, qu'on devait seulement s'enquérir de ce qui avait été fait contre ce traité. Cette fois encore, les commissaires envoyés par Rome quittèrent l'Afrique sans prononcer un jugement.

Mais il était facile de voir que la question avait été tranchée en faveur de Massinissa. Dès lors , le roi de Nu mi die ne cessa de susciter aux Carthaginois de nouveaux embarras. Enfin, par ses attaques sans cesse renouvelées, il les entraîna dans une guerre qui devait amener leur ruine.

État intérieur de Carthage;

(") Caton était au nombre de ces commissaires.

PARTIS QUI DIVISENT LA. RÉPUBLI- QUE ;CABTII AGE, APRÈS LA DEUXIÈMH GUERRE PUNIQUE, CONSERVE EN- CORE ASSEZ DE PUISSANCE POUR INS- PIRER DES CRAINTES SÉRIEUSES AUX

Romains. — Il n'y eut longtemps à Carthage que les âeux partis qui, à l'époque de la deuxième guerre punique, avaient eu pour chère Hannon et Annibal. Le parti dUannon, comme nous l'avons dit, représentait l'ancienne aristocratie carthaginoise, et le parti d'Annibal, connu dans l'histoire sous le nom de faction Barcine, était le parti populaire, et si nous en jugeons par ses actes, le parti vraiment national. Après la bataille de Zama, la faction Barcine ne perdit rien de son influence. Annibal était revenu à Carthage , où sa grande renommée lui avait acquis la considération de tous et l'avait porté aux premières dignités de la république. Toutefois, l'aristocratie ne subissait point sans peine la supériorité de la faction Barcine. Quaqd Annibal voulut introduire dans la république d'utiles réformes, quand il attaqua les juges qui usaient tyranniquement du pouvoir qui leur avait été confié , quand il força à une restitution ceux qui avaient dilapidé les trésors de l'État, les premières familles de Carthage, parmi lesquelles se trouvaient les magistrats prévaricateurs, lui vouèrent une haine implacable. Comme le parti aristocratique ne pouvait triompher, par la force , de la faction Barcine , il eut recours a un odieux moyen. Il entretint à Rome des émissaires qui dénonçaient comme attentatoires aux traités conclus chacune des actions d'Annibal. Les Romains accueillirent, sans y croire peut-être, les délations de l'aristocratie carthaginoise contre celui dont le nom seul était pour eux un objet de terreur. Annibal, on le sait, s'expatria pour échapper à ses ennemis. Privée de son chef et obligée de céder aux circonstances, la faction Barcine abandonna le pouvoir au parti aristocratique, (jue les historiens de l'antiquité ont justement flétri en le qualifiant de parti romain. Bientôt, par suite des succès de Massinissa et

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des relations fréquentes des Numides avec Carthage, il se forma dans la république une troisième faction : celleci favorisait ouvertement les prétentions du roi de Numidie , et se montrait non moins hostile que l'aristocratie au parti vraiment national.

Rassurés par la lutte des factions et par les dissensionsqui éclataient chaque îour au sein de la ville, se fiant d'ailleurs sur la vigilance de Massinissa, leur fidèle allié, les Romains faisaient la guerre en Espagne, en Illyrie et en Grèce, et ils attendaient patiemment l'occasion de porter le dernier coup à la puissance carthaginoise. Par son langage et par ses actes , Carthage semblait encore ôter aux Romains tout sujet de crainte. Elle remplissait ses engagements, payait exactement le tribut qui lui avait été imposé , et quand les Romains entreprenaient une guerre, elle leur prêtait une lovale assistance (*). Il arriva un jour a Rome des ambassadeurs qui annoncèrent que les Carthaginois avaient amassé au bord de la mer un million de boisseaux de blé et cinq cent mille boisseaux d'orge, et qu'ils étaient prêts à les faire transporter où il plairait au sénat. Les ambassadeurs ajoutèrent : « Ce présent « et ce service sont loin, sans doute, « de répondre à notre bonne volonté. et « aux bienfaits du peuple romain ; mais « vous savez que dans d'autres temps « et lorsque la fortune des deux peu- « pies était également prospère, nous « avons maintes fois rempli les devoirs « de bons et fidèles alliés. » Ce langage abject et une si entière soumission entretenaient les Romains, à l'égard de Carthage, dans une complète sécurité.

Mais bientôt leurs craintes se réveillèrent, et ils portèrent toute leur attention sur cette ville, qu'après la bataille d? Zama ils croyaient abattue et privée de ses dernières ressources.

Nous avons déjà dit, en parlant de la contestation qui s'était élevée entre les Carthaginois et Massinissa au sujet

(*) Pendant la guerre contre Persée , les Carthaginois avaient envoyé des yaisseaux aux Romains.

de la province de Tysca et du territoire des Grandes-Plaines, que les Romains avaient envoyé des commissaires en Afrique. Pour pénétrer jusqu'au territoire qui faisait l'objet du débat, ces commissaires traversèrent une contrée qui appartenait aux Carthaginois. Ils virent alors des campagnes fertiles, embellies par une savante agriculture, et où l'on rencontrait d'immenses approvisionnements. Après avoir rempli leur mission , ils entrèrent à Carthage. Là ils furent frappés d'étonnement. En effet, peu d'années s'étaient écoulées depuis la victoire de Scipion, et cependant Carthage semblait avoir réparé toutes ses pertes. Elle brillait par ses richesses, et dans ses rues circulait une innombrable population. Les commissaires revinrent à Rome, où, rappelant leurs impressions, ils racontèrent ce qu'ils avaient vu. « Carthage, disaient-ils, s'est relevée de ses défaites et elle a repris toutes ses forces. Dès à présent, les richesses et la puissance de cette ville ennemie doivent nous inspirer des craintes sérieuses. »

Ce fut alors que Caton laissa tomber dans le sénat des figues qu'il portait dans sa toge. Les sénateurs admiraient la beauté et la grosseur de ces figues, lorsqu'il leur dit : « La terre qui les produit n'est qu'à ,.trois journées de Rome, * Caton ne se bornait pas à faire des allusions, il exprimait ouvertement sa pensée, et l'on sait qu'à cette époque il terminait tous ses discours par ces mots : « J'opine pour la destruction de Carthage. » Il trouva, il est vrai, quelques contradicteurs dans le sénat, mais la majorité de l'assemblée partageait ses opinions. La destruction de Carthage fut donc résolue, et le sénat romain n'attendit plus qu'une occasion favorable ponr mettre son projet à exécution. Cette occasion ne tarda pas à se présenter.

Les partisans de Massinissa sont expulsés de carthage pab le parti démocratique ; guerre entre les Carthaginois et le roi de Numidie; 152-149 avant notre ère. — Au moment même où les Romains préparaient la destruction de

CARTHAGE

Carthage , cette ville était en proie à de violentes dissensions. Vers l'année 152 le parti démocratique l'emporta, et fit condamner à l'exil quarante citoyens qui appartenaient à la faction du roi Massinissa. Dans cette circonstance, le peuple s'engagea par serment à ne jamais rappeler ceux qu'il venait d'expulser. Les citoyens bannis se retirèrent alors en Numidie : là ils pressèrent vivement Massinissa de déclarer la guerre à leurs concitoyens. Le roi, dit un historien ancien, cédant moins aux conseils qu'on lui donnait qu'à sa propre inclination , n'hésita point à s'engager dans une nouvelle lutte contre les Carthaginois. D'abord il résolut d'envoyer à Carthage ses deux (ils Gulussa et Micipsa, pour exiger qu'on rappelât ceux de ses partisans que le peuple avait bannis. Gulussa et Micipsa touchaient déjà aux portes de Carthage lorsqu'ils apprirent que, par ordre des magistrats, il leur était défendu d'entrer dans la ville. On raconte qu'à leur retour, les (ils du roi de Numidie furent attaqués par les Carthaginois , et qu'après avoir vu périr plusieurs hommes de leur escorte ils n'échappèrent qu'avec peine à ceux qui les poursuivaient. Massinissa profita de ces circonstances pour s'emparer de la ville d'Oroscope , qu'il avait respectée jusqu'alors, pour ne point violer trop ouvertement les traités. Une tentative aussi audacieuse mit fin à toutes les hésitations des Carthaginois. Us levèrent quarante-cinq mille fantassins et quatre cents cavaliers , et ils placèrent Asdrubal à la tête de cette armée.

Asdrubal se mît en marche, et il vit bientôt ses forces augmentées de six mille cavaliers numides qui avaient abandonné le camp de Massinissa. Dans les premiers combats qui furent livrés, les Carthaginois obtinrent l'avantage. Mais Massinissa usait de ruse, et par une fuite simulée il attira peu à peu Asdrubal et son armée sur un terrain inculte et parsemé d'un grand nombre d'éminences. Le roi de Numidie resta alors dans la plaine, et les Carthaginois s'emparèrent des lieux élevés, croyant se ménager ainsi une forte position.

Enfin , il y eut entre les deux armées une grande bataille. Pendant cette sanglante mêlée qui dura un jour entier, Massinissa, âgé alors de quatre-vingthuit ans, courait à cheval parmi les siens, remplissant tout à la fois, dit Appien , les devoirs du général et du soldat. Vers le soir, la victoire était encore douteuse lorsque les deux armées se séparèrent.

Le jeune Scipion se trouvait à cette bataille, mais il n'y prit aucune part : il se tenait à distance, sur une colline, et de là il suivait avec attention les mouvementsdesdeuxarmées.Plustard, il répéta souvent qu'il avait assisté à de nombreuses batailles, mais qu'il n'avait jamais éprouvé un plaisir aussi vif quedans cette journée, où il avait vu aux prises plus de cent mille combattants.

Il est vraisemblable qu'après cette bataille Asdrubal conçut des craintes sérieuses sur l'issue de la guerre , car il pria Scipion de s'employer pour rétablir la paix entre les Carthaginois et Massinissa. Il disait que Carthage était prête à céder une portion de son territoire (*); il promettait en outre, au nom de ses concitoyens, de faire payer à Massinissa mille talents : deux cents immédiatement, et huit cents à une certaine époque que l'on fixerait d'un commun accord. Le roi de Numidie accepta ces propositions, mais il voulut aussi qu'on lui renvoyât ses transfuges. Sur. le refus des Carthaginois, les négociations furent rompues.

Alors Massinissa environna d'un fort retranchement la colline sur laquelle se trouvait l'armée d'Asdrubal.

Il intercepta l'arrivée des convois, et il lit si bonne garde que les Carthaginois, ne pouvant sortir de leur camp pour se procurer des vivres, furent bientôt en proie à une horrible famine. Quelques jours encore après la bataille , Asdrubal et les siens auraient pu traverser les rangs de l'armée ennemie et revenir à Cartilage; mais ils avaient appris que des ambassadeurs romains

(*) Suivant Appien , c'était le territoire qui se trouvait aux environs des Emportes. .

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s'étaient rendus auprès de Massinissa , de l'armée , et un petit nombre de solet ils comptaient sur leur intervention, dats, qui revinrent à Carthage, et qui Ils furent trompés dans leurs espéran- survécurent à un si grand désastre, ces ; car, dit Appien , les ambassadeurs Les Carthaginois envoient des romains avaient reçu pour mission de ambassadeurs pour prévenir la mettre fin à la lutte si Massinissa était colère des Romains ; réponse du vaincu, mais d'encourager ce prince sénat romain ;Utique abandonne à poursuivre la guerre s il était vain- l'alliance de Carthage ; 149 queur. Ces premiers moments d'hési- ayant notre ère. — Les Carthagitation perdirent les Carthaginois. nois virent bientôt toute l'étendue du Massinissa redoubla de vigilance , et danger qui les menaçait. C'était l'armée assiégée fut réduite aux der- moins le roi de Numidie et son armée nières extrémités. Quand les Carthagi- victorieuse qu'ils craignaient alors , nois eurent épuisé les vivres qui leur qu'un autre ennemi bien plus redourestaient, ils tuèrent les chevaux et les table. Ils savaient que les Romains bêtes de somme. Puis ils employèrent prendraient occasion de la guerre qui les cuirs pour apaiser la faim qui les avait été faite à Massinissa, leur fidèle dévorait. Les chaleurs de l'été se fai- allié , pour faire éclater contre Carsaient sentir alors dans toute leur vio- thage leur vieille inimitié et toute leur lence. Les mauvais aliments , l'inac- animosité. « En cela , dit Appien , ils tion, une brûlante atmosphère ne ne furent point trompés. En effet, austardèrent point à amener la peste dans sitôt que les Romains eurent appris la l'armée carthaginoise. Les soldats, ren- défaite des Carthaginois , ils firent des fermés dans un étroit espace, mouraient levées dans toute l'Italie; et, sans dépar milliers; et l'odeur qu'exhalaient voiler leurs projets, ils ordonnèrent à les cadavres entassés développait et leurs soldats de se tenir prêts à partir. » accroissait de jour en jour la terrible Les Carthaginois, de leur coté, eumaladie. Déjà ia plus grande partie de rent recours à un dernier moyen pour l'armée carthaginoise avait succombé , prévenir, s'il en était temps encore , les lorsque Asdrubal tenta encore une fois, attaques des Romains. Ils condamnèpour se sauver, la voie des négocia- rent à mort Asdrubal , Carthalon , et

les Carthaginois lui rendraient ses Massinissa. Puis ils envoyèrent des

transfuges ; qu'ils lui payeraient en ambassadeurs à Rome , pour déclarer

cinquante ans cinq cents talents d'ar- que les seuls coupables étaient ceux

çent; qu'ils s'engageraient par serment que l'on venait de condamner. Dans

a rappeler les citoyens qu'ils avaient le sénat romain, on répondit aux am-

bannis, et que les soldats qui se trou- bassadeurs : « Pourquoi n'avez- vous

vaient encore dans le camp assiégé sor- « point fait cette déclaration au com-

tiraient un à un, sans armes, et qu'ils « mencement de la guerre? Pourquoi

traverseraient ainsi son armée. » As- « n'a vez-vous condamné Asdrubal etses

drubal accepta ces dures conditions. « complices qu'après la victoire de Mas-

On dit que Gulussa tomba à l'impro- «sinissaet votrepropredéfaite?»Pleins

viste, avec ses cavaliers numides, sur detrouble, les Carthaginois s'écrièrent

les soldats désarmés qui avaient repris alors: «Si vous nous croyez coupa-

le chemin de Carthage, et qu'il les « bles, dites -nous au moins comment

massacra. « nous pouvons obtenir notre pardon.»

Dans cette guerre, les Carthaginois Le sénat ne leur dit que ces mots:

perdirent cinquante -huit mille nom- «En donnant satisfaction au peuple

mes (*). Il n'y eut qu' Asdrubal , le chef « romain. » On interpréta diversement,

(*) Asdrubal n'eut d'abord avec lui que la guerre , son armée reçut de nombreux

quelques autres qui s'étaient ouvertement prononcés pour la guerre contre

quarante-cinq mille hommes , mais pendant

renforts.

CARTHAGE

à Carthage , la réponse du sénat romain. Il s'agissait, suivant les uns, d'ajouter de nouvelles sommes au tribut imposé par Scipion, et, suivant les autres , de céder à Massinissa le territoire qu'on lui disputait. Enfin , pour mettre un terme à toutes les incertitudes, on résolut d'envoyer une seconde ambassade. Arrivés à Rome , les Carthaginois furent introduits dans le sénat. « Que devons-nous faire , de-

voirs. Quand les envoyés carthaginois entrèrent à Rome , ils apprirent le départ de l'armée et des Jeux consuls.

Ils ne balancèrent point alors, et ils annoncèrent au sénat que leurs concitoyens se mettaient , eux et leurs biens, à la discrétion du peuple romain. On leur répondit : « Puisque vous avez « pris cette sage résolution , le sénat « vous laisse votre liberté, vos lois et « votre territoire. Toutefois, aucune de

mandèrent-ils, pour donner satisfac- «ces choses ne vous sera accordée,

tion aux Romains? — Vous le savez , »

dirent les sénateurs; et ils renvoyèrent les ambassadeurs avec cette vague réponse.

Une triste nouvelle vint porter au comble la frayeur des Carthaginois.

Utique , qui depuis tant de siècles était la fidèle alliée de Carthage, avait en

« si vous n'envoyez à Lilybée, avant « un mois, trois cents otages pris dans « les premières familles de la république, « et si vous refusez de vous soumettre « aux ordres des consuls.» On congédia ainsi les ambassadeurs, et en même temps on fit avertir secrètement Manilius et Censorinus de ne point s'écar-

en Sicile.

Les Carthaginois livrent aux Romains , pour obtenir la paix ,

TROIS CENTS OTAGES ET TOUTES LEURS ARMES; LES CONSULS EN AFRI- QUE ; PERFIDIE DES ROMAINS*, 149

avant notre ère. — Les Carthagi-

voyé des ambassadeurs à Rome pour ter des instructions qu'ils avaient redéclarer qu'elle était prête à recevoir çues.

la domination romaine. Le sénat ac- La réponse du sénat romain fut loin cueillit avec joie la soumission volon- de dissiper les craintes des Carthagitaire de cette ville , qui avait de bons nois. Ils ne savaient à quoi se résoudre , ports et de fortes murailles; et, dès et ils hésitèrent longtemps avant d'enlors, il ne cacha plus ses projets de voyer à Lilybée les otages qu'on leur guerre. Il donna ordre aux deux con- avait demandés. Au moment où les suis Manilius et Censorinus de se diri- jeunes gens choisis parmi les plus noger vers Utique. Les consuls avaient bles familles montèrent sur les vaisen outre une mission secrète; c'était seaux qui devaient les transporter en de ne point terminer la guerre avant Sicile, toute la ville fut plongée dans d'avoir détruit Carthage. Manilius et la tristesse. Ceux qui avaient payé une Censorinus partirent avec une flotte part du funeste tribut pleuraient et considérable , et bientôt ils arrivèrent poussaient des Cris comme dans un

our de funérailles , et ce qui redoublait a commune affliction , c'est qu'on prévoyait bien que des sacrifices si grands et si douloureux ne pourraient apaiser les Romains. Enfin les vaisseaux levèrent l'ancre et se dirigèrent vers la Sicile. Quand les otages furent livrés, nois n'étaient point préparés à la les consuls refusèrent encore de déguerre. Ils avaient perdu récemment voiler aux ambassadeurs carthaginois une armée, et, depuis leur dernière les véritables projets du sénat romain; défaite, ils n'avaient point encore levé seulement ils leur dirent : « Vous saude nouvelles troupes. Quant à leur rez à Utique ce que vous avez à faire ville, elle manquait d'approvisionné- pour obtenir la paix. » ments et n'était point en état de sou- Manilius et Censorinus ne tardèrent tenir un long siège. Ils furent donc point à passer en Afrique. Ils laissèrent forcés de recourir aux négociations, leurs vaisseaux dans le port d Utique, lis choisirent pour ambassadeurs Gis- et ils conduisirent leurs soldats non con, Amilcar,Mides,Gillica etMagon, loin de cette ville, à l'endroit même et ils leur confièrent des pleins pou- où, vers la fin de la deuxième guerre

L'UNIVERS

punique, Scipion avait campé; c'est là qu'ils reçurent les ambassadeurs carthaginois. Censorinus leur dit alors :

« Livrez-nous vos armes. Dès aujour- «d'hui, elles sont devenues inutiles, « puisque vous désirez sincèrement la « paix. » Les Carthaginois se résignèrent à ce dernier sacrifice ; seulement ils déclarèrent aux Romains qu'Asdrubal avait rassemblé vingt mille hommes, et qu'ils ne pouvaient contraindre les soldats de cette armée à livrer leurs armes. « Laissez-nous ce soin , ajoutè- « rent les consuls, et retournez a Car- « thage. » On vit bientôt arriver au camp romain d'innombrables chariots tout chargés d'armes et de machines de guerre. Ils étaient suivis des ambassadeurs carthaginois et d'une foule de citoyens qui tenaient un rang distingué dans la république. « En ce jour, dit Polybe , on put apprécier toute la puissance de Carthage, car elle livra plus de deux cent mille armures et deux mille catapultes. » Se croyant maîtres déjà d'un ennemi pris au dépourvu et désarmé, les deux consuls n'hésitèrent plus à faire connaître la volonté du peuple romain. Censorinus s'adressa aux Carthaginois, et leur lit entendre ces terribles paroles : « Aban- « donnez Carthage, et choisissez, sur le « territoire que Rome vous a laissé, un « emplacement pour y transporter vos « demeures. Toutefois, que la ville nou- « velle soit éloignée de la mer au moins « de trois lieues. Rome nous a envoyés « pour détruire Carthage.» Quand Censorinus eut achevé, les Carthaginois donnèrent tous les signes de la plus vive affliction. Ils pleuraient, déchiraient leurs vêtements, se jetaient à genoux, et invoquaient les dieux, qu'ils prenaient à témoin de la péril die des Romains. Les consuls, pour échapper à de si justes plaintes , et pour ne pas voir plus longtemps cette scène de douleur, dirent aux Carthaginois :

« Hâtez-vous d'obéir aux ordres du « sénat. Retournez promptement à Car- « thage.Vous n'avez rien à redouter, car « vous n'avez point encore perdu à nos «yeux la caractère sacré qui défend et • protège les ambassadeurs. » Puis ils

ordonnèrent aux licteurs d'éloigner les Carthaginois.

Les ambassadeurs reviennent a Carthage; ils font connaître au sénat la réponse des consuls; tumulte dans la ville; les carthaginois se préparent a sou- TENIR un siège; 149 avant notre ère. — Se fondant sur le récit d'Appien, quelques historiens ont pensé, avec raison peut-être, qu'il y avait des traîtres parmi les ambassadeurs carthaginois. En effet, Appien nous apprend qu'après avoir connu la volonté du peuple romain, les ambassadeurs s'approchèrent des consuls et leur dirent : « Si vous nous abandonnez t nous serons massacrés par nos concitoyens avant d'avoir achevé le récit de notre mission. Nous vous prions de diriger votre flotte vers Carthage, afin que la vue de vos vaisseaux vienne en aide à nos paroles, et fasse comprendre au peuple la nécessité où il se trouve aujourd'hui d'obéir à vos ordres. » Censorinus partit alors avec vingt galères à cinq rangs de rames , et il vint croiser sur la côte de Carthage. Parmi les ambassadeurs, il y en eut plusieurs qui ne furent point encore assez rassurés par cette démonstration du consul et qui s'enfuirent par différents chemins; les autres ne balancèrent point à se diriger vers la ville pour apporter la fatale nouvelle à leurs concitoyens.

A Carthage, on attendait avec impatience le retour de ceux qu'on avait envoyés au camp des Romains. Une partie des habitants s'était portée sur les murailles, l'autre se tenait sur la route d'Utique, afin d'épier le moment de leur arrivée. Ils parurent enfin. Du

f)lus loin qu'on les vit, on courut à eur rencontre. La démarche des ambassadeurs et la tristesse qui était peinte sur leurs visages jetèrent bientôt la foule qui les environnait dans une inexprimable angoisse. On les abordait, on les pressait de questions, mais ils avançaient toujours et gardaient le silence. Quand ils arrivèrent à la porte de la ville, tout le peuple se précipita vers eux. Comme ils res-

CÀRTHAGE.

taient silencieux, on voulut les massacrer. F.ffrayés par les cris et les menaces qui les accueillaient de toutes parts, ils dirent alors, pour échapper au danger, qu'ils allaient communiquer au sénat les nouvelles qu'ils ap* portaient. Aussitôt le calme sembla renaître; les flots pressés de la multitude s'ouvrirent et laissèrent aux ambassadeurs un libre passage.

Le lieu où le sénat s'était réuni fut bientôt environné par une foule immense. Quand les ambassadeurs introduits dans l'assemblée firent connaître les ordres des consuls, les sénateurs poussèrent un cri auquel répondit, du dehors, la voix du peuple; puis, au moment où les ambassadeurs racontèrent ce qu'ils avaient dit pour fléchir les Romains , il y eut un morne silence ; enfin, quand on apprit que les consuls ne permettaient pas même aux Carthaginois d'envoyer à Home une ambassade, les sénateurs firent entendre un nouveau cri. Le peuple en fureur força alors l'entrée du sénat et se précipita au milieu de l'assemblée.

En un moment, il y eut dans la ville un horrible tumulte. On massacra les sénateurs qui avaient conseillé de livrer aux Romains les trois cents otages et toutes les armes; on poursuivit à coups de pierres les ambassadeurs , et on se jeta, pour user de représailles, sur les Italiens qui se trouvaient alors à Carthage; puis il y eut un grand nombre de citoyens oui coururent aux portes et aux murailles pour les défendre contre l'ennemi que l'on attendait à chaque instant. « Toute la ville, dit Appien, était pleine de larmes, de fureur, de crainte et de menaces. »

Dans un danger si pressant, le sénat carthaginois se montra ferme et résolu ; il ordonna à tous les citoyens de se tenir prêts à combattre, et par un décret, qu'un héraut était chargé de lire publiquement, il affranchit les esclaves. On eut bientôt rassemblé de nombreux soldats. Asdrubal(*), qui avait déjà sous ses ordres vingt mille nom-

(*) C'était le même qui avait été condamné à mort pour avoir fait la guerre à Massinissa.

mes complètement armés, fut choisi pour commander, hors des murs de Carthage , les troupes de la république , et un autre Asdrubal, petit-fils de Massinissa par sa mère, fut chargé de veiller à la défense de la ville. Cette généreuse résolution, chez un peuple ui depuis un demi-siècle avait montré l'égard de ses plus cruels ennemis tant de faiblesse et une si lâche condescendance, ne pourrait s'expliquer, si l'on ne savait que la révolution qui venait d'éclater dans la république avait remis le pouvoir aux mains de ceux qui aimaient sincèrement leur patrie. Quand les projets odieux aes traîtres vendus à Rome et à Massinissa furent dévoilés, Carthage, comme au temps de la guerre d'Annibal, n'hésita point à confier ses destinées au parti démocratique. Dès lors, elle sembla se ranimer avec toutes ses forces pour engager contre ses ennemis un dernier et glorieux combat.

Les Carthaginois avaient envoyé au camp romain demander une trêve de trente jours. Cette trêve ne leur fut

{>oint accordée. Le refus des consuls, oin de les abattre, ne fit que leur inspirer une nouvelle audace. Hommes et femmes se précipitèrent alors dans les temples et les édifices spacieux pour les transformer en ateliers. Là, ils travaillèrent nuit et jour, sans relâche, à la fabrication des armes, et bientôt ils eurent en nombre suffisant des niques, des épées et des boucliers. Il y eut un moment où l'on manqua de cordages pour les machines de guerre; « alors, ait Appien, les femmes n'hésitèrent point à faire, pour la défense commune, le sacrifice de leurs cheveux. >»

Commencement de la. troisième guerre punique*, m anilius et cen-

SORIMJS S'APPROCHENT DE CARTHA- GE î PREMIÈRES OPÉRATIONS DU SIE- GE; 149 AVANT NOTRE ÈRE. — Des

événements imprévus avaient arrêté Mamlius et Censorinus. Le vieux roi de Numidie, Massinissa, n'avait point vu sans douleur les Romains descendre en Afrique pour lui arracher une conquête qu'il poursuivait depuis un demi-

L'UNIVERS

siècle. Une chose surtout l'avait irrité , c'est que les Romains l'avaient laissé dans une ignorance complète de leurs desseins. Il témoigna, par ses messages, son mécontentement à Manilius et à Censorinus : ceux-ci étaient donc

f>eu rassurés sur les dispositions de eurplus fidèle allié, lorsqu'ils reçurent des courriers qui annoncèrent que Massinissa enverrait des secours aux Romains, et qu'il leur prêterait, comme par le passé, une loyale assistance. Les consuls avaient encore un autre sujet de crainte; ils ne se procuraient des vivres qu'avec une extrême difficulté, et ils ne recevaient des convois que d'un petit nombre de villes situées au bord de la mer. Asdrubal tenait toute la campagne, et il ne cessait d'envoyer à Carthage d'immenses approvisionnements. Cependant, après plusieurs jours passés dans l'incertitude, Manilius et Censorinus prirent enfin la résolution de venir attaquer Carthage, et ils se dirigèrent vers cette ville avec toute leur armée.

Carthage était bâtie sur une presqu'île, entre Utique, au nord-ouest, et Tunis, au sud-ouest. Vers le continent, la ville était défendue par une triple défense : un fossé bordé d'une palissade, un mur d'une hauteur médioc/e, et un autre mur d'une élévation considérable. Du côté de la mer, il n'y avait qu'une simple muraille.

Au nord, se trouvait un faubourg qu'on appelait la Ville neuve ou Méâara. Un mur particulier séparait ce faubourg de l'ancienne ville. Au sud de Carthage se trouvaient deux ports; l'un était destiné aux vaisseaux marchands , l'autre aux vaisseaux de guerre. Les deux ports communiquaient à la mer par une entrée commune. Il fallait traverser le port marchand pour arriver au port militaire ou Cothôn. La place où se tenaient les assemblées du peuple était située près du Cothôn; et non loin de cette place, en se dirigeant vers le nord , on rencontrait la citadelle connue sous le nom de Byrsa.

Nous devons ajouter encore, afin de rendre plus clair le récit qui va suivre,

qu'il y avait au sud de Carthage une langue de terre étroite et allongée qui séparait le lac de Tunis de la mer.

Cette langue de terre s'appelait Tœnia.

Au point de jonction de la Tœnia et de la presqu'île où est bâtie Carthage, s'élevait un mur qui n'était pas tresélevé et qui n'avait qu'une médiocre épaisseur. C'était l'endroit le plus faible des fortifications de Carthage(*).

Arrivés sous les murs de la ville, les deux consuls combinèrent les opérations du siège. Manilius se plaça sur le continent, au nord de Carthage, non loin vraisemblablement de la porte d'Utique. Censorinus avec la flotte se porta à l'extrémité de la Tœnia , vers la partie faible de la muraille. Manilius et Censorinus s'étaient promis une victoire aisée : ils croyaient Carthage dépourvue d'armes et de soldats, et déjà ils se préparaient à livrer l'assaut, lorsqu'ils virent sur les murailles des hommes bien armés et qui faisaient bonne contenance. Tant de résolution et d'audace chez les assiégés étonna les consuls. Ils furent contraints alors, pour ne point s'engager témérairement dans une périlleuse entreprise, de prendre de nouvelles dispositions. Enfin, après quelques moments d'hésitation, ils voulurent tenter l'assaut et ils essayèrent une double attaque , mais ils furent repoussés par les Carthaginois.

Ce premier succès accrut encore le courage et l'ardeur des assiégés.

On vit bientôt paraître sur les bords du lac de Tunis l'armée d'Asdrubal.

Craignant à leur tour d'être enveloppés et assiégés, Manilius et Censorinus fortifièrent leurs camps et s'y tinrent renfermés ; obligés de se prémunir contre une double attaque , ils furent forcés de ralentir les opérations du siège. Asdrubal, en effet, surveillait tous les mouvements des armées consulaires. Un jour, Censorinus ayant traversé le lac de Tunis pour se procurer le bois nécessaire à la construction des machines de guerre, il se vit

(*) Nous renvoyons nos lecleurs à la partie de notre travail que nous avons consacrée à la topographie de Carthage.

CARTHAGE

attaqué à l'improviste par Himilcon , surnommé Phamaeas, général de la cavalerie carthaginoise. Le consul perdit cinq cents hommes dans cette rencontre.

Les Romains s'approchèrent alors des murs de la ville et tentèrent un nouvel assaut, mais cette fois encore ils furent repoussés par les Carthaginois. Cet échec fit croire à Manilius que du côté où il avait établi son camp Cartilage était inexpugnable , et il ne renouvela point ses attaques. Ccnsorinus ne perdait point courage , et il conservait toujours l'espoir d'emporter la ville en donnant l'assaut par la Taenia. Pour rendre plus faciles ses manoeuvres, il élargit, en comblant une partie du lac, l'étroit espace où campaient ses soldats ; puis il fît construire deux énormes béliers pour battre la partie faible des murailles. Mises en mouvement par d'innombrables mains, les deux machines ouvrirent bientôt une large brèche. Les Carthaginois ne restaient poi nt inactifs et ils relevaient pendant la nuit la partie des murailles qui s'était écroulée. Mais ils ne tardèrent point à voir que le travail des nuits était insuffisant pour réparer toutes les brèches que les machines faisaient pendant le jour; alors ils s'élancèrent hors des remparts avec des torches, ec ils incendièrent les deux béliers. Les Romains, à leur tour, essayèrent de pénétrer dans la ville par les brèches qui n'avaient point été ré-

{tarées. Ils apercevaient de loin , par 'ouverture des murailles, les Carthaginois rangés en bataille, et cette vue les irritait ; ils se précipitèrent sur l'ennemi qui les attendait de pied ferme, et une lutte terrible s'engagea. Enfin les Romains furent repoussés avec perte, et ils couraient déjà le danger d'être massacrés jusqu'au dernier, lorsque le jeune Scipion , qui servait dans 1 armée en qualité de tribun, s'avança avec des troupes de réserve, et assura par ses prudentes dispositions le salut et la retraite des soldats qui fuyaient.

On était en plein été , et la canicule faisait ressentir toutes ses ardeurs.

Des exhalaisons pestilentielles s'éle-

vaient du lac de Tunis , où se trouvait la flotte romaine. Déjà les équipages étaient soumis aux malignes influences de la saison , lorsque Censorinus ordonna aux commandants des vaisseaux de quitter le lac pour entrer dans la mer. Les Carthaginois profitèrent de cette circonstance ; ils observèrent le vent et lancèrent un jour des brûlots contre les vaisseaux romains. La flamme se communiqua à plusieurs galères , et peu s'en fallut alors que toute la flotte ne fut incendiée. Peu de temps après ce dernier événement , Censorinus fut rappelé à Rome pour assister aux comices où l'on devait élire les nouveaux consuls.

APRÈS LE DEPART DE CENSORI- NUS les Carthaginois redoublent

D'ACTIVITÉ', IMPRUDENCE Dp CON- SUL Manilius; l'armée romaine

EST SAUVÉE PLUSIEURS FOIS PAR LE JEUNE SCIPION ; EXPÉDITION DE MA- NILIUS CONTRE LE CAMP DE NÉPHÉ-

ris ; 149 avant notre ère.— Quand les Carthaginois eurent appris le départ de Censorinus , leur audace s'accrut, et ils conçurent le hardi projet d'attaquer Manilius dans ses retranchements. Ils sortirent de nuit, et ils se précipitèrent sur le camp romain. En peu de temps le désordre fut au comble clans l'armée de Manilius. Déjà les Carthaginois avaient arraché une partie des palissades, lorsque Scipion les repoussa avec une troupe de cavaliers, et les força à rentrer dans la ville. Au milieu dû tumulte, le jeune tribun s'était élancé hors du camp ; il avait tourné l'armée ennemie, et l'avait attaquée par derrière. Effrayés alors par l'arrivée imprévue d'une troupe de cavaliers, les Carthaginois avaient pris la fuite, et s'étaient retirés derrière leurs murailles. C'était la seconde fois que Scipion sauvait une armée romaine.

Depuis cette vive alerte, le consul Manilius se montra vigilant et se tint sur ses gardes. Puis , au lieu d'une palissade, il construisit un mur autour de son camp. Malgré ces précautions, l'armée romaine courait encore de grands dangers. Les vivres lui man-

I/UNIVÉRS

quaient. Les convois que Ton envoyait , par mer, à Manilius, étaient souvent interceptés par les Carthaginois. Pour protéger les débarquements, le consul avait fait élever un fort sur la côte ; mais, depuis longtemps, les provisions qu'il recevait ne pouvaient lui suffire. Il réunit alors dix miHe fantassins et deux mille cavaliers, et il leur ordonna de se répandre dans les campagnes 4)Our enlever les blés et le fourrage.

Ce corps d'armée eut bientôt à redouter les attaques de Phamaeas. Le général de la cavalerie carthaginoise se cachait dans les vallées, et, lorsqu'il voyait les fourrageurs romains épars ça et là dans la campagne, il se préci-

fiitait sur eux , et les massacrait. Parmi es tribuns qui commandaient à tour de rôle les soldats qui sortaient du camp, Scipion était le seul que Phamaeas n'osât point attaquer. En effet, le jeune tribun maintenait ses soldats dans une discipline sévère ; il ne leur permettait point de s'écarter des rangs ; et, lorsqu'il envoyait une troupe pour couper l'herbe et enlever le blé , il faisait garder les fourrageurs par de forts détachements de cavaliers et de fantassins. Scipion ne tarda point à rendre de nouveaux services à l'armée ; d'abord il repoussa les Carthaginois qui avaient essayé d'enlever le fort que le consul avait bâti au bord de la mer; ensuite il sauva Manilius et les soldats romains

3ui s'étaient imprudemment engagés ans une expédition contre Asdrubal.

Le général carthaginois avait établi son camp à Néphéris. C'était de là

Îju'il envoyait Phamaeas pour harceler es soldats romains. Le consul , malgré les avis de Scipion , prit un jour la résolution d'attaquer Asdrubal dans ses retranchements. Il se mit en marche et il se dirigea , à travers un pays qui lui était inconnu, vers l'armée ennemie. Les Romains n'étaient plus séparés du camp d'Asdrubal que par un espace de trois stades lorsqu'ils rencontrèrent un fleuve. En cet instant, Scipion conseilla à Manilius de rétrograder. Alors quelques-uns des tribuns, qui étaient jaloux de la gloire de Scipion , s'écrièrent que fuir à la vue

de l'ennemi , c'était montrer plus de lâcheté que de prudence. « Au moins, ajouta JScipion , restons de ce côté du fleuve , et attendons qu'Asdrubal vienne nous présenter la bataille. * Les tribuns repoussèrent encore cet avis. « Si nous devons ici, dit l'un d'eux, oBéir à Scipion , et non point au consul , je suis prêt à jeter mon épée. » Après cette vive altercation , Manilius passa le fleuve. Il y eut bientôt entre les Carthaginois et les Romains une sanglante mêlée ; mais il est vraisemblable que l'avantage ne resta point aux Romains, car, immédiatement après la bataille, ils se disposèrent à la retraite. Parmi eux, dit Appien , il y en avait déjà un grand nombre nui se repentaient d'avoir donné à Manilius le conseil d'entreprendre cette périlleuse expédition.

Au moment où l'armée , en se retirant, arriva aux bords du fleuve , l'embarras fut extrême , car on ne trouvait qu'un petit nombre de bateaux pour transporter les soldats d'une rive à l'autre. Les Romains, craignant alors d'être attaqués pendant les lenteurs du passage , rompirent leurs rangs , et bientôt , parmi eux, le désordre fut à son comble. Asdrubal épiait tous leurs mouvements. Quand il crut l'instant favorable , il se précipita sur eux et en fit un grand massacre. Trois tribuns des légions restèrent au nombre des morts ; c'étaient les mêmes qui naguère avaient conseillé à Manilius de persister dans son dessein, et de livrer bataille aux Carthaginois. L'armée romaine courait grand risque d'être exterminée tout entière , lorsque Scipion , prenant avec lui un corps de cavalerie, arrêta l'ennemi par ses habiles manœuvres. Il attira sur lui tout l'effort des Carthaginois , et donna le temps aux Romains de passer sur l'autre rive. Le consul et son armée se trouvant ainsi hors du péril, Scipion, avec ses cavaliers, se jeta dans le fleuve, au milieu d'une grêle de traits , et il parvint, non sans peine, à rejoindre ceux qu'il avait sauvés.

Au moment où Asdrubal avait commencé le combat , quatre cohortes romaines avaient été séparées du gros

CARTHAGE

de l'armée. Pour être en mesure de se défendre, elles s'étaient retranchées sur une émincnce. Là elles ne tardèrent point à être assiégées par toute Tannée carthaginoise. Les Romains ne s'aperçurent qu'après le passage du fleuve, de l'absence de ces quatre cohortes. Le consul et ses soldats lurent alors en proie à de vives inquiétudes.

Ils ne savaient à quoi se résoudre:

les uns voulaient marcher encore une fois à l'ennemi pour délivrer leurs compagnons assiégés ; les autres , au contraire , prétendaient qu'en essayant d'arracher a la mort un petit nombre d'hommes, on risquait de compromettre le salut de l'armée tout entière. Déjà ce dernier avis semblait prévaloir, lorsque Scipion dit au consul :

« Nos soldats courent le plus grand danger, et nous ne devons point les laisser périr. C'est maintenant qu'il faut avoir recours à l'audace. Si vous voulez me confier une partie de votre cavalerie, j'essayerai de les délivrer, ou je mourrai avec eux. » Quand Scipion se mit en marche avec la troupe qu'il avait choisie, l'armée le suivit àes yeux avec tristesse, car on craignait que lui-même ne revînt pas.

Mais , contre toute espérance , il délivra les cohortes assiégées , et les ramena au camp de Manilius. Par sa noble conduite , le jeune Scipion s'attira l'admiration des soldats. Ses louanges étaient dans toutes les bouches. On le proclamait le digne héritier de Paul Émile son père, et des Scipions qui l'avaient adopté. On disait même , et c'était l'opinion commune dans l'armée, qu'il avait pour conseiller et pour protecteur le dieu qui jadis avait accompagné le vainqueur d'Annibat , et lui avait dévoilé les secrets de l'avenir.

Cependant l'armée romaine continuait sa retraite au milieu des plus grands dangers , car Phamaeas la suivait de près avec sa cavalerie , et ne cessait de la harceler. Elle croyait enfin toucher au terme de ses longues fatigues, et déjà elle se préparait à rentrer dans son camp, lorsqu'elle fut attaquée inopinément par la garnison

8« Livraison. (Càrtiiàge.)

de Carthage. Elle livra alors un nouveau combat dans lequel elle perdit encore plusieurs soldats.

Mort de Massinissa; Gulussa

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