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FLOTTE A LA MER ; COMBAT NAVAL

147 avant notbe Ère. — Pour priver les Carthaginois des vivres qu'ils recevaient par mer , et leur enlever leurs dernières ressources , Scipion résolut de fermer l'entrée du port. « A partir de la bande de terre qui était entre le lac et la mer, dit Appien, il fit jeter une digue qui s'avançait presque en droite ligne vers l'embouchure du port, peu distante du rivage. Cette jetée avait vingt-quatre pieds de large au sommet et quatre-vingt-seize à la base (*). Scipion disposait d'une nombreuse armée qu'il faisait travailler jour et nuit, et les Carthaginois, qui d'abord aveient ri de ce projet gigantesque, allaient se trouver entièrement bloqués, car, ne pouvant recevoir de.

vivres par terre, et la mer leur étant fermée, la faim les eût contraints de se rendre à discrétion. C'est alors qu'ils entreprirent d'ouvrir une nouvelle issue dans une autre partie de

(*) « Celte jetée fut construite comme celles des rades de Cherbourg et de Plymouth l'ont été depuis, en lançant à flot perdu d'énormes quariiers de roches qai , par leur cohésion et l'inclinaison de leur pian , pussent résister à l'action de la mer. » Ai. Du* rcau de la MalU.

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leur port qui* regardait la pleine mer.

Ils choisirent ce point parce que la profondeur de l'eau et la violence des vagues qui s'y brisent rendaient impossible aux Romains de le fermer avec une digue. Hommes, femmes et enfants y travaillèrent jour et nuit, en commençant par la partie intérieure , et avec tant de secret que Soi pion ne put rien savoir des prisonniers qu'il lit alors , sinon qu'on entendait un grand bruit dans les ports, mais qu'on en ignorait la cause et l'objet. En même temps , les assiégés construisaient avec d'anciens matériaux des trirèmes et desquinquérèmes avec une adresse et une activité singulières. Enfin, lorsque tout fut prêt, les Carthaginois, au point du jour, ouvrirent la communication avec la mer, et sortirent avec ciauante trirèmes et un grand nombre 'autres navires qui avaient été appareillés avec le plus grand soin , et de manière à jeter la terreur parmi les Romains. »

Ceux-ci, en effet, à la vue de la (lotte carthaginoise, furent frappés de crainte. Les lourds et pesants vaisseaux de la station romaine n'avaient ni rameurs ni soldats, car les équipages étaient descendus à terre pour aider Scipion dans ses travaux. Si les Carthaginois, par une attaque soudaine, s'étaient portés sur les vaisseaux ainsi désarmés, ils auraient obtenu une victoire aisée, et ils auraient anéanti d'un coup toutes les forces navales de l'ennemi ; mais ils se contentèrent de se montrer et d'insulter les Romains par de vaines démonstrations. Quand trois jours après ils vinrent présenter le combat, l'occasion favorable était perdue et ils n'avaient plus les mêmes chances de succès : les rameurs et les soldats avaient regagné leurs vaisseaux , et les Carthaginois trouvèrent une flotte toute préparée à recevoir leurs attaques. Ils n hésitèrent point cependant , et une lutte terrible s'engagea. Oa se battit pendant une jour* née entière , et ce ne fut que vers la soir que les Carthaginois, fatigués et non vaincus, se dirigèrent vers la nou* velle entrée du port. Par cçtte entrée,

qui était fort étroite, les vaisseaux ne pouvaient pénétrer qu'en petit nombre à la fois et qu'avec une extrême difficulté. Alors, pour ne point être attaquées par les Romains, peudant les lenteurs de la retraite, les trirèmes carthaginoises remontèrent le long de la côte et jetèrent l'ancre vers un quai qui avait servi autrefois au débarquement des marchandises (*). Au moment même où les bâtiments légers venaient de se mettre à l'abri dans le port et où les gros navires s'arrêtaient non loin des murailles, la proue tournée vers la mer, on vit arriver la Hotte ennemie. Il fallut encore soutenir une nouvelle attaque. Quoique les Romains eussent à se défendre et contre les équipages des vaisseaux et contre les troupes, de terre qui étaient placées sur le quai, ils firent cependant éprouver à la flotte des assiégés des pertes considérables. La nuit mit fln au combat. Alors seulement les gros navires des Carthaginois parvinrent à se réfugier dans le port.

Les Carthaginois attaquent les Romains pendant la nuit et brûlent LEURS MACHINES DE GUERRE; DU CÔTÉ DE LA MER, SCIPION RESTE MAÎTRE DES OUVRAGES AVANCÉS DES

Carthaginois; 147 avant notre ère. — Le lendemain matin, Scipion s'empara du quai à l'abri duquel s'était placée la flotte carthaginoise. « Cet ouvrage , dit Apuien , devenait un point d'attaque tres-avantageux pour entamer le port ( le Cothôn ). Alors avant amené beaucoup de machines et batt* avec des béliers la fortification intermédiaire ( le rempart élevé dans la longueur du quai par les Carthaginois ) , il en renversa une partie. Les assiégés firent une sortie la nuit et se portèrent contre les machines des Romains, non par terre, car c'était impraticable, ni avec des vaisseaux, car la mer sur ce point est pleine de

(*) Ce quai était très-large. De peur qu'il ne servît d'esplanade à l'eunemi pour j'attaque des murailles, les Carthaginois l'avaient coupé dans sa longueur par un fossé et un rempart.

bas-fonds : ils y marchèrent tout nus, portant des torches non allumées pour n'être pas aperçus de loin. Ils entrent dans la mer sans être vus , et s'avancent les uns à la nage , les autres ayant de l'eau jusqu'à la poitrine. Lorsqu'ils sont arrivés près des machines , ils allument leurs torches, et alors le feu les ayant découverts, ils reçurent sur leurs corps nus de terribles blessures.

Mais telle fut leur audace et la force de leur désespoir, que, malgré ce désavantage , ils enfoncèrent les Romains et brûlèrent leurs machines. La terreur même fut si grande, que Scipion fut contraint de faire tuer quelques-uns des fuyards pour forcer les autres à rentrer dans le camp, où ils passèrent tout le reste de la nuit sous les armes. Les Carthaginois-, après avoir brûlé les machines, retournèrent à la nage dans la ville. »

Les Carthaginois se hâtèrent de réparer la partie de leurs fortifications qui était tombée sous les coups du bélier, et ils y élevèrent des tours en bois de distance en distance. Mais les Romains , après avoir construit d'autres machines , renouvelèrent bientôt leurs attaques : ils incendièrent quelques-unes des tours , en lançant contre elles des vases remplis de poix et de soufre enflammés. Enfin Scipion se rendit maître des ouvrages avancés des Carthaginois. Il éleva alors un mur en brique , égal en hauteur aux remparts de la ville et à peu de distance de ces remparts ; puis il plaça sur ce mur , qui était protégé par un fossé, quatre mille hommes de trait. Il pensart que ce corps d'armée , dans une position inexpugnable, suffisait pour contenir les assiégés pendant toute la durée de la grande expédition qu'il allait entreprendre.

Expédition de Scipion contre l'armée qui se tient à Nephéris; le camp des carthaginois est pris; siege de népréris; plusieurs»

TILLES SE RENDENT AUX ROMAINS \ 147 AVANT NOTRE ERE. — Jusqu'aux

derniers événements que nous venons de raconter, une chose avait entretenu le courage et les espérances dès Car-

thaginois : c'était la présence à Néphéris d'une armée nombreuse fortement retranchée, et qui paraissait surveiller, malgré l'éloignement , toutes les opérations des Romains. Scipion avait toujours à redouter une double attaque; et lorsque parfois il songeait aux expéditions malheureuses du consul Manilius, il n'était point sans inquiétude. Il crut, non sans raison, que la destruction de l'armée deNéphéris pouvait seule hâter les travaux du siège et consommer la ruine de Carthage. Il se mit donc en marche avec une partie de ses troupes, et il, se dirigea, avec Lœlius et Gulussa, vers le camp carthaginois. Diogène y commandait depuis le jour où Asdrubal s'était jeté dans la ville assiégée. Scipion prit position non loin de Néphéris. Il s'aperçut bientôt qu'en deux endroits les retranchements carthaginois s'étaient écroulés. Il prit alors la résolution de recourir à un expédient qui lui avait déjà réussi plusieurs fois : il se porta avec ses troupes vers une des brèches, et là, tandis qu'il occupait Dioçène par une attaque simulée, mille nommes qu'il avait cachés s'élancèrent dans le camp par l'autre brèche. Tandis que les soldats romains faisaient dans l'intérieur des retranchements un' horrible massacre, Gulussa et ses cavaliers numides poursuivaient et tuaient dans la campagne tous ceux qui avaient pris la fuite. « Dans cette journée, dit Appien, soixante-dix mille hommes perdirent la vie, dix mille furent pris, et quatre mille seulement parvinrent à s'échapper. »

L'armée carthaginoise ayant été anéantie d'un seul coup, les Romains se présentèrent devant les murs de Néphéris. Après un siège de vingt- deux jours, Scipion se rendit maître de la place. Ce rouveau succès eut un grand résultat. Quand Néphéris eut succombé, toutes Us villes a voisinantes se soumirent aux Romains. Toutefois, au moment même où s'évanouissaient leurs dernières espérances, les Carthaginois assiégés n'en persistèrent pas inoins dans l'héroïque résolution de se défendre jusqu'à la dernière extrémité.

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SCIP!©» ATTAQUE LE PORT DE CARTHAGE ; PBISE DU Cothôn ; LES

Romains dans Cabthagb; combat acharné dans les bues qui conduisaient de la place publique a

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