‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 161 sur 246 · ENTBEVUE DE MASSINISSA ET DE · texte numérisé non relu

ENTBEVUE DE MASSINISSA ET DE

scipion (206). — - L'alliance de Massinissa avec les Romains était encore secrète, et le prince numide avait sauvé les apparences en rejoignant Magon à Cadix , la seule place que Carthage possédât encore en Espagne. Il désirait ardemment une entrevue avec Scipion pour traiter avec lui d'une manière définitive. Celui-ci y consentit, et, ayant quitté Tarragone, se rapprocha de la Bétique. Massinissa,

L'UNIVERS

rétendant que sn cavalerie dépérissait ans l'enceinte étroite de l'Ile où elle était renfermée, passa sur le continent comme pour ravager les terres voisines. Trois chefs numides allèrent trouver Scipion pour Convenir avec lu!

du temps et du lieu de l'entrevue i deux d'entre eux restèrent comme otages, et le troisième amena Massi* nissa nu lieu indigné. Le Numide nè put dissimuler la joie et l'étOnnement qu'il éprouva à la vue dil héros dont il avait déjà une si haute idée. Il pro* testa du désir qu'il avait dé servir lâ république romaine » il engagea Scipion à éprouver Son zèle en passant en Afrique à la tête d'une armée, l'assurant que s'il exécutait ce dessein, ori verrait bientôt la On de l'empire de Carthage. Ainsi Massinissa se donnait aux Romains avec une ardeur qui allait presque, selon Tite-Live, jusqu'à l'enthousiasme; et Scipion dut Compren* dre qu'il venait de s'assurer urt allié plus fidèle et plus sincère que Syphax (206 avant J. C).

MASSÎN1SSA pressé tfcs îtôtoAtuS de PASSEh én aERIque. — Cette défection générale des prince* numides répandit l'épouvanté à Carthnge : le moment était venu dé l'ait iquer sut son propre territoire; mais, soit jalousie, soit prudence, Fabius arrêta l'ardeur de Scipion , et l'expédition fut retardée de deux ans. Pendant cet intervalle, la Numidie fut troublée par des événements gui y modifièrent grandement la face des choses. Massinissa fut dépouillé de son royaume par uné suite de circonstances que nous rap* porterons tout à l'heure; Syphax chan4 gea encore une fois de parti, et devint plus puissant due jamais. Il n'y eut que la fidélité de Massinissa pour ses nouveaux amis qui ne se démentit pas.

Malgré le désastre de ses affaires, il avait encore une troupe Considérable de cavaliers et de fantassins qu'il mettait à la disposition du général romain, s'il voulait se hâter. Lélius ayant fait une incursion sur les côtes d'Afrique pendant le séjour de Scipion en Sicile, Massinissa, alors dépouillé de ses États, vint le trouver près d'fiippone

(Bone), l'avertit dé se garantir de là flotte carthaginoise, et se plaignit des lenteurs de Scipion.

SYPHAX épouse sophoîiisbb H traite AtEc cartHAGB. — De son côté, Syphax, oubliant la Visité de Scipion et la foi jurée, se laissa regagner par les Carthaginois. Asdrubal, fils de Giscon, qui avait été l'hôte dè Syphax en même temps que Scipion, était père de la célèbre Sophonisbe, dont tOUs les nu leurs anciens s'accor*dent à vanter la beauté extraordinaire.

Dans le temps où Massinissa avait commencé à combattre pour Carthage, SOphonisbe lui avait été fiancée; mais comme elle était encore trop jeune, le mariage avait été remis à un autre temps. Quelques années plus tard, Sophonisbe était dans tout l'éclat de Sa beauté. Asdrubal, qui connaissait le défaut naturel du peuple numide, résolut de subjuguer Svphax par les charmes de sa tille; il réussit sans

peine î Svphax épousa Sophonisbe ; et,

non content de cette alliance domestique qui l'unissait à un des principaux citovens de Carthage, il conclut un traité avec la république, et s'engagea par serment à reconnaître les mémés amis et les mêmes ennemis que les Carthaginois.

DBftfttfetttt AMBASSADE DE SVPHAX

A SCIPIOft; R.ÉPONSB DE SCIPION. —

Le rusé Asdrubal avait rendu à sà patrie un service important, en corripromettant Svphax auprès des Ro* mains. Mais if n'avait pas oublié que ce prince avait récemment donné sa parole à Scipion; il connaissait l'esprit inconstant ou roi barbare, et il désirait l'amener à une rupture définitif!

avec Rome. Il détermina donc Syphax, tant par ses discours que par les caresses de Sophonisbe, à envoyer en Sicile des ambassadeurs, qui déclarèrent à Scipion que les promesses de leur maître n'étaient plus utt motif suffisant pour qu'il passât en Afrique.

Ils lui apprirent que Svphax avait épousé là fille d'Asdrubaï, et qu'en conséquence de ce mariage, qui le réconciliait avec les Carthaginois, il désirait que la guerre entre les deux

NUMIDIE ET MAURITANIE

{«publiques se fit toujours loin de 'Afrique, pour qu'il ne fût pas dans, la triste nécessité de se prononcer pour l'un ou l'autrè peuple. Ils terminèrent en déclarant que si les Romains venaient attaquer Cartilage, Syphax ne pourrait se dispenser de combattre pour la contrée qui lui avait donné naissance, et pour la patrie de son épouse et de son beau-père. Un tel langage équivalait à une déclaration de guerre. Scipion avait beaucoup compté sur Syphax pour la réussite de son projet; niais les menaces d'un Numide ne pouvaient faire reculer un Romain. Seipion répondit à Syphax

fiour l'exhorter à ne. point violer les ois de l'hospitalité; il lui parla au nom de sa foi, de sa conscience; il invoqua le respect dû aux dieux, témoins et vengeurs des traités. Tous ces motifs n'étaient guère propres à toucher le barbare; mais, en répondant ainsi , Scipion mettait la modération et la justice de son côté. Il se hâta de renvoyer les ambassadeurs numides; et quand ils furent partis, il lit croire à ses soldats qu'ils étaient venus pour l'exhorter à presser son départ, et H représenta Syphax comme faisant des vœux pour son entreprise, aussi bien que Massinissa. Telles furent les négociations de Rome et de Carthage avec les souverains de la Numidie avant la fin de la seconde guerre punique.

Elles nous font comprendre toute l'inn portance que les deux rivales atta* chaient à l'assistance de ces princes; et les détails dans lesquels nous som* mes entrés à ce sujet forment le corn* plément de l'histoire de cette seconde guerre punique dont l'ensemble a été présenté plus haut, dans la partie de ce volume qui traite de Carthage.

Page 1