‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 168 sur 246 · MASSINISSA LUI ENV01B DU POISON · texte numérisé non relu

MASSINISSA LUI ENV01B DU POISON

— Lélius avait fortement blâmé Massinissa de ce qu'il avait fait, et avait été sur le point d'enlever Sophonisbe, pour la réunir aux autres prisonniers.

Massinissa le supplia de la lui laisser, et Lélius consentit à s'en rapporter au jugement de Scipioo. Celui-ci ordonna hautement que Sophonisbe, femme de Syphax, lui fût remise.

Rien ne fait mieux comprendre la hauteur romaine à l'égard de quiconque prétendait avoir une volonté contraire a celle de Rome, que la manière dont Scipion contraignit Massinissa à sacrifier cette femme qu'il voulait sauver. Tite-Live, qui dans ses admirables narrations n'a pas toujours exactement représenté le caractère des faits ni des personnages, représente Scipion inquiet des dispositions de Massinissa, et tâchant de le ramener par des paroles pleines de douceur et de ménagements, où il mêle à des raisons politiques des conseils relatifs au mépris des passions et à l'empire sur soimême. C'est une leçon de morale qu'il invente, et non un lait qu'il rapporte. Scipion pouvait parler en maître , et il ne manque pas de le faire. Appien, moins élégant et moins habile que Tite-Live, est beaucoup plus près de la vérité, et son récit est plus frappant. Il dit que Massinissa ayant entrepris de toucher Scipion à l'égard de Sophonisbe, commençait à lui racontertoutel'infortunedecette femme, lorsque Scipion l'interrompit durement par ces mots : « Vous ne devez « pas priver Rome de ses dépouilles :

« il faut tout mettre en commun.

« Vous demanderez ensuite , et on « vous accordera si vous savez obte- « nir. » Massinissa se tut, et parut se résigner. Accompagné de quelques soldats romains, il partit comme pour livrer Sophonisbe. Mais ayant pris les devants, il la vit en secret et lui donna du poison , en lui disant : « Prenez « ceci , ou devenez l'esclave des Ro- « mains. » Il n'ajouta rien de plus, et remonta sur son cheval le coeur déchiré. Sophonisbe montra la coupe à sa nourrice, et, s'abstenant de toute

plainte pour mourir avec dignité , avala le funeste breuvage. Alors les Romains survinrent; Massinissa n'eut qu'un cadavre à leur montrer. Il (it à Sophonisbe de royales funérailles, et retourna près de Scipion. Telle était l'humiliation d'un roi puissant et dévoué en présence de ces fiers républicains.

ANNIBAL VAINCU A ZAMA; SCIPION DONNE A MASSINISSA i/lNVESTITUBB

db toute la NUMiDiB (202 avantnotre ère). — Annibal n'avait pas encore été vaincu, et les espérances que Carthage conservait encore dece côté avaient fait à Scipion la nécessité d'être inflexible envers Sophonisbe, qui pouvait changer Massinissa. Annibal trouva encore des alliés parmi les Numides : le prince des Aréacides, tribu dont le pays n'était guère éloigné d'Adrumète; Vermina, fils aîné de. Syphax ; Mésétule , l'ancien tuteur de Lucumacès; Tychée, prince numide, ancien allié de Syphax, se joignirent à lui. Mais Massinissa était à lui seul préférable à tous ces vaincus, qui n'empêchèrent pas le désastre de Zama (201). Avant de quitter l'Afrique, Scipion récompensa dignement son allié. Massinissa fut reconnu roi au nom du peuple romain.

Il reçut en présent , de Scipion , une couronne et une coupe d'or, une chaise curule, un sceptre d'ivoire, une robe de pourpre brodée , et tous les ornements dont se paraient les triomphateurs. Après avoir imposé à Carthage le traité qui termina la seconde guerre punique, Scipion déclara publiquement qu'il ajoutait aux États que Massinissa tenait de ses pères la ville de Cirta et les autres places que les Romains avaient enlevées à Syphax, établissant ainsi aux portes de" Carthage un ennemi acharné qui devait préparer sa ruine par de continuelles agressions.

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