‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 169 sur 246 · FIN DE SYPHAX *, VEBMINA SE MAIN- TIENT DANS UNE PABTIB DES ÉTATS · texte numérisé non relu

FIN DE SYPHAX *, VEBMINA SE MAIN- TIENT DANS UNE PABTIB DES ÉTATS

de son pèbb (200 avant notre ère).

— Lélius avait été chargé par Scipion de conduire à Rome Syphax et les prisonniers numides les plus importants : la vue de tous ces captifs causa parmi le peuple une grande allé-

L'UNIVERS

•resté. Le sénat délivra sur té Sort de Syphax, et on décida qu'il serait enfermé à Albe, qui devint dès fors fa prison ordinaire des rois vaincus. Syphax ne tarda pas j y mourir de tristesseetd'enmii (*).Vermina,après avoir partagé la défaite d'Anhibal à Zama, leva encore une armée pour la conduire à Carthage , que Scipion mènaçait d'un siège. La cavalerie romaine l'ayant enveloppé , lui prit ét lui tuà plus de quinze mille hommes, termina s'échappa au milieu du tumulte, avec un petit nombre des siens, et se retira dans les provinces les plus recalées et les plus barbares du royaume de son père. Mais il n'y avait pas dé sûreté pour lui s'il né désarmait le courroux des Romains. Il envoya une ambassade à Rome, pour rejeter sur les Carthaginois tout le tort de sa conduite a l'égard dé la république. Il promettait d'imiter Massinissa dans son zèle et son attachement au peuplé romain « si, comme lui, il parvenait à être traité en allié et en au:i. Le sénat répondit que le titre d'allié était un honneur qu il n'accordait qu'à ceux qui avaient rendu dé grands services ; qu'avant de demander d'être traité en ami , Vermina devait se contenter d'obtenir la paix; que (es envoyés de la république allaient passer en Àfri-

3ue, et qu'ils lui signifieraient les confions auxquelles on consentait à traiter avec lui. Quand Vermina sut que l'ambassade romaine se dirigeait vers ses États, il s'empressa d'aller au devant d'elle jusqu'à ses frontières. Il sè soumit sans réclamer à toutes les conditions qu'on voulut bien lui prescrire, disant que toute paix avec les Romains lui paraîtrait juste et a van* tageuse. La paix lui fut donc accordée et imposée d'autorité, et il reçut l'ordre d'envoyer des députés à Rome pour en recevoir la ratification (200).

Ainsi * à la lin de la seconde guerre

(*) Syphax mourut atl moment dû il quittait Albe pour paraître au triomphe dè Scipion l'Africain. Les Romains lui firent des fiuiér&îlle* convenables. Tous les prisonniers numides obtinrent leur liberté.

punique", toute la Nutmdre était tombée sotïs* l'ascendant des Romains :

ceûtf - cf tté possédaient nés encore tm pcfcfce de terre en AfrJqtfe , mais déjà tônt f dépendait de feor volonté. Cependant la famille dé Syphax n'Mublin jamais que ftorne était la cause dé èoa âbalss^irfènt, ét eot toujours pins d'inclination pouf CartWage .

Lorsque Câtort le Censeur \ oui ut prouver aù sénat qifit fafïart détruire Carthagè, il dotïha, Comme line1 des preuves qu'e'Ië rédévéttait à craindre, les secours Considérables OU'Archobartané, pétit-fllà de Sypiha'x , avait armés pour th soutenir contre Massinissa.

COrtbttlTÈ DE MxSSINISSÂ i L*É- GÂRD DÉ CABtHAGÉ ET DE ROME. DE- BUTS LÀ Ffi* de La seconds gi f r. ht Unique Jusqu'à sa Hobt ;de 200 à i4& avant notré ère;». — Lè pfùS grand malheur de Carthage, âpres celui d'ayoir eu Romè pour rivâlë, fut d'être inquiétée continuellement pendant un demi-siècle par l'ambition dé Massinissa. Les Romains laissèrent à sa haine le Soin d'empêcher Carthage de se relever ; ils lui permirent dè lui enlèver ses meilleures provinces, de la dégarnir de tous côtés, d'anéantir ses dernières ressources; ét quand ils le jugèrent a propos, ils lai arrachèrent sa proie, et ruinèrent cette malheureuse ville de fond en comble. t*our tous les événements de cette lutte de Massinissa avec la république phénicienne, nous renvoyons â l'histoire même de Carthage , où les envahissements du roi numide et l'inique intervention des Roir.ainS sont complètement racontés (*). Ainsi ? nous n'ajouterons rien à ce qui a ete dit déjà sur les agressions successives par lesquelles Massinissa se rendit maître de la province appeléé Emporta, du territoire des grandes plaines , de la province de tysca, enfin de la ville dwoscope; ni sur la guene provoquée par cette dernière usurpation , dans laquelle Massinissa , combattant avec- toute l'ardeur de la jeunesse, extermina l'armée carthaginoise. Rome* n'avait rien à

(*) Carthage, deuxième partie, p. tôt.

numidie et Mauritanie

craindre en Italie» tandis que Carthage avait en Afrique, tout autour de ses frontières, un ennemi puissant et habile qui la détestait. Sa rufne était inévitable. Dans le reste de sa longue carrière, le roi numide conserva toujours l'amitié des Romains par son empressement à les servir. Quand ceux-ci firent la guerre à la Macédoine, il leur fournit un corps de mille cavaliers, autant de fantassins et trente-deux éléphants, et nomma son fils Misagènes pour commander ces renforts. Il leur envoya, à différentes reprises» des quantités considérables de grains; et, comme Cartilage en faisait autant pour désarmer le sénat, il en résulta que l'Afrique commença dès lors à suppléer à l'insuffisance de la production agricole en Italie, et à nourrir le peuple-roi. La conduite de Massinissa à l'égard des deux républiques était habilement calculée dans l'intérêt de sa grandeur. Si Rome conservait sa puissance, Massinissa jouissait toujours du bénéfice de son alliance; si quelque roi de l'Orient avait fini par l'abaisser» le Numide n'avait plus qu'à mettre la main sur Carthage, qu'il affaiblissait tous les jours, et à se proclamer souverain de toute l'Afrique. Il paraissait bien, à l'acharnement de Massinissa à poursuivre Carthage. que ce prince travaillait pour lui-même; et c'était la seule crainte du sénat qu'il n'en finît que trop tôt avec elle, et qu'il ne lui portât le dernier coup. Aussi cette défiance, que les Romains avaient conçue de leur allié, devint presque la seule défense de Carthage, et prolongea quelque temps son existence. Car si le sénat lâchait Massinissa contre elle , il le rétenait aussi. Massinissa sentait sa dépendance, et, à mesure qu'il devenait plus puissant, il en souffrait davantage. Quand les Romains S6 décidèrent a achever Carthage et déclarèrent la troisième guerre punique, le roi de Numidie ne put dissimuler le mécontentement que lui causa Je procédé de Rome. Il vit avec douleur qu'il n'avait été que l'instrument du sénat; que le résultat de ses efforts n'était pas pour lui. Aussi , lorsque

les consuls Censorinuset Manilius Tinrent lui demander des secours, il répondit sèchement qu'il leur fournirait des troupes dès qu'ils en auraient besoin. Mais s'il avait persévéré, les Romains n'auraient-ils pas eu le droit de l'accuser d'ingratitude? Rome avait fait sa grandeur, à condition qu'il se consacrerait tout entier à son service.

Et qui pouvait songer à se pourvoir en présence de ce peuple envahisseur qui, depuis longtemps, se sentait appelé à tout asservir? Aussi, cette irritation de Massinissa ne fut qu'un moment d'erreur dont il revint bientôt.

D'ailleurs, quels que fussent les désirs et les projets de Massinissa, il ne sentait plus en lui la force nécessaire pour rien entreprendre et rien réaliser davantage. Si son âme conservait son énergie et son ambition , son corps, si longtemps robuste et infatigable , était enfin Drisé par l'âge, et la vie allait l'abandonner.

DERNIERES DISPOSITIONS DE MAS- SINISSA î SA MORT ; SCIPION ÉMILIEN, MANDE PAR LUI, VIENT RÉGLER LES AFFAIRES DR LA NUMIDIK 148 avant

notre ère). — Alors, renonçant à tous les plans qu'il avait formés, il ne songea plus qu'à préparer un avenir paisible à ses enfants. Sentant sa fin prochaine, il fit prier Scipion Émihen, qui n'était alors que trimin dans l'armée romaine, de se rendre auprès de lui. Ses anciennes relations d'amitié avec la famille des.ScipionS, la haute réputation que le jeune Émilien avait déjà acquise, le déterminèrent à lui Confier le soin de partager ses États entre ses fils, pour les placer sous un patronage puissant. 11 voulait leur assurer un appui à Rome , et un médiateur qui préviendrait leurs propres dissensions. Mais, prévoyant qu'il alait mourir avant l'arrivée d'Émilien , 1 fit venir Sa femme ët ses enfants, et éur dît « quM laissait à Scipion le

K ou voir suprême dé disposer de ses iens et de partager son royaume entre ses fils ; qu'il voulait que tout ce qu'il aurait décidé fût exécuté rigoureusehient comme si lui-môme I avait ar* rêté par son testament. » Il termina en

conseillant à ses 61s de cultiver constamment l'amitié des Romains, de ne point contracter de nouvelles alliances, de placer toute leur confiance et toute leur force dans la protection du sénat. Quelques instants après , il expira , âge de quatre-vingt-dix-sept ans , l'an 148 avant l'ère chrétienne.

Jl avait confié son anneau à l'aîné de ses fils , Micipsa. Il laissa quarantequatre enfants de diverses femmes; mais trois seulement furent considérés comme ses héritiers légitimes, savoir : Micipsa, Gulussa et Manastabal.

A peine Massinissa avait-il rendu l'esprit, que Scipion Émiiien arriva à Cirta. Il fit le partage du gouvernement et des États de la Numidie entre les trois fils légitimes , en assurant aussi le sort de leurs frères. Micipsa eut Cirta, la capitale, et l'autorité principale. Gulussa , prince habile et belliqueux , eut le commandement de l'armée et la direction de tout ce qui avait rapport à la guerre. Manastabal, le plus jeune des trois, fut chargé de présider aux jugements , à tout ce qui était de la justice. Les immenses trésors de leur père leur furent laissés en commun , et ils eurent tous trois le titre de roi. Quand tout fut réglé, Scipion repartit de Cirta , emmenant avec lui un corps de troupes numides, sous la conduite de Gulussa, pour renforcer l'armée romaine, occupée alors au siège de Carthage. On peut remarquer avpc quelle adresse Scipion s'acquitta de la tâche difficile que Massinissa lui avait léguée : en disséminant l'autorité entre les trois frères, il les rendait plus dépendants de Rome, et établissait un équilibre par lequel ces trois rois se retenaient les uns les autres. Ainsi la mort de Massinissa était, comme sa vie tout entière , un événement favorable à la fortune des Romains. Carthage allait périr, et la Numidie, loin d'inspirer des craintes, était plus dépendante que jamais.

QUELQUES PARTICULARITÉS SUR MASSINISSA ; SES EFFORTS POUR CI- VILISER SON PEUPLE; SES HABITU- DES de vie; sa tempérance; sa vigueur , etc. — Peu de rois barbares

occupent dans l'histoire romaine une place aussi considérable que Massinissa. La longue durée de son règne contribua beaucoup à changer l'état social de la Numidie. Dans plusieurs contrées de son vaste empire, ce prince s'attacha à fixer les habitants au sol , à leur faire abandonner les habitudes de la vie errante , en leur enseignant à tirer parti de la fertilité de leur territoire, et à se livrer à l'agriculture. Il s'efforça surtout de discipliner ses soldats, de les façonner a la tactique romaine, de réprimer en eux l'instinct du brigandage. Lui-même donna plus d'une fois l'exemple du respect dû à la propriété, principalement à l'égard des dieux. Valere Maxime nous apprend que ses vaisseaux ayant fait une descente dans l'île de Malte, les soldats qui les montaient pillèrent un temple consacré à Junon , et y enlevèrent une grande quantité d'ivoire , que le chef de l'expédition vint offrir au roi. Massinissa, regardant ce présent comme sacrilège , rendit tout cet ivoire aux prêtres du temple, et fit graver en caractères numides, surquelques-unesdes pièces renvoyées par son ordre , qu'il avait restitué ces objets par respect pour la déesse à laquelle on les avait consacrés. Ce fait nous atteste de plus que les Numides avaient un alphabet qui leur était particulier. Les relations de ce prince avec les Scipions , les Romains les plus élégants et les plus policés de leur temps , lui firent connaître les raffinements de la civilisation grecque; et Athénée nous aprend qu'il avait des musiciens grecs ses repas. Le second de ses fils, Manastabal , connaissait parfaitement la langue grecque. Mais ce qu'il, y a de plus remarquable dans Massinissa , c'est que tout en comprenant les avantages de la civilisation , et en s'efforçant de la répandre autour de lui et parmi ses sujets , il ne changea rien pour lui-même aux coutumes de ses pères , ni aux habitudes de l'éducation rude et forte qui avait été celle de son enfance. Pendant que les étrangers qu'il admettait à sa table étaient servis dans de la vaisselle d'or, et qu'on

KUMIDIE ET MAURITANIE.

étalait à leurs yeux des vases précieux par la matière et le travail, le roi mangeait dans de la vaisselle de terre. Il se contentait des aliments les plus simples. Plutarque, d'après Polybe, raconte que, le lendemain d'une grande victoire sur les Carthaginois , on l'avait trouvé, devant sa tente, faisant son repas d'un morceau de pain bis. Pendant toute sa vie il s'exerça au travail et à la fatigue : selon Polybe, il se tenait souvent debout au même endroit depuis le matin jusqu'au soir , sans se donner le moindre mouvement; et d'autres fois il demeurait assis durant le même espace de temps. Sa force et son agilité, entretenues par ce genre de vie, étaient extrêmes. Il était le meilleur cavalier de toute la Numidie, et restait à cheval plusieurs jours et plusieurs nuits de suite. Il conserva cette vigueur jusque dans sa vieillesse la plus avancéè, et à l'âge de quatrevingt-dix ans on le voyait encore, tête nue, monter seul sur son cheval sans selle, et s'y tenir un jour tout entier. Sa constitution se conserva si robuste jusqu'à la fin , que le dernier de ses fils, nomméStembal, n'avaitquequatre ans quand il mourut. Il dirigea luimême la guerre qu'il fit aux Carthaginois deux ans avant sa mort, et s'y montra aussi actif, aussi infatigable (jue soixante-dix ans auparavant quand il commença à lutter contre Syphax et à combattre les Romains en Espagne.

Tel fut Massinissa, habile guerrier, bon politique, attaché aux Romains sans bassesse , d'un caractère fier et généreux , exempt de ces crimes odieux si communs dans Ja vie des rois barbares, et par là même placé au-dessus de Jugurtha, le seul de sa race qui puisse lui être opposé. Il fut le héros de la Numidie.

REGNE DE HICIPSâ; LA FAMILLE DU ROI ; JEUNESSE DE JUGURTHA (148

à 1 19 avant notre ère) (*).— Massinissa en mourant (148) avait légué à ses fils l'amitié si précieuse des Romains, et

(*) M. Yanoski nous a communiqué des notes qui nous ont considérablement aidé pour toute l'Histoire de Jugurtha,

ses vastes États, que, deux années plus tard , la prise de Carthage devait encore agrandir. Scipion Emilien , à la fin du long siège qui allait avoir pour issue l'entière destruction de la rivale de Rome , trouva dans les fils du vieux roi , et surtout en la personne de Gulussa , d'utiles et dévoués auxiliaires (*). Après l'anéantissement de Carthage, les vainqueurs, distraits à l'orient et à l'occident par des guer-, res importantes, ne songèrent point à étendre leurs conquêtes en Afrique.

Se bornant à occuper et à placer sous leur surveillance immédiate la province qui avoisinait la ville détruite, ils laissèrent en Afrique les vastes régions de l'ouest et du sud aux rois numides dont ils connaissaient les amicales dispositions.

Massinissa avait eu trois fils, Manastabat , Gulussa et Micipsa. Après la mort de ses deux frères, Micipsa se trouva seul héritier et souverain du royaume de Numidie. Ce royaume comprenait tous les pays situés entre le Mulucha et l'extrémité sud-ouest de la petite Syrte; il fallait en retrancher toutefois la nouvelle province romaine.

Micipsa gouverna en paix les nombreuses tribus disséminées dans ses États, et pendant le cours de son long règne il sut, comme ses frères et son père, se maintenir non point seulement dans l'alliance, mais encore dans l'amitié des Romains. Pendant trente années environ , le roi numide n'eut donc à combattre ni ennemis au dehors , ni révoltes au dedans ; néanmoins il ne fut pas heureux, et dans les derniers jours de sa vie surtout il fut en proie a de vives alarmes et à une profonde tristesse.

Il avait élevé près de lui , avec ses deux enfants Adherbal et Hiempsal , un neveu , Jugurtha, qui était (ils naturel de Manastabal. Jugurtha avait l'esprit étendu , vif, délié, pénétrant; il était beau de visage, et d'une force qui ne s'amoindrit jamais dans les plaisirs et les excès. Il était sobre comme

(*) Voy. ci-dessus Histoire du Carthage, deuxième partie, p. n3.

L'UNIVERS

tous les hommes de 6a race. Dès son adolescence il s'adonna avec passion aux exercices du corps ; il montait, à la manière des Numides, un cheval qui n*avait ni selle ni frein , le lançait au galop,et accomplissait tout armé, pendant les courses les plus rapides , ces brusques évolutions que les anciens admiraient et que nous admirons encore aujourd'hui chez les cavaliers • africains. Jugurtha était brave aussi ; dans les grandes chasses , il se précipitait hardiment, avec seulement un javelot , à la poursuite du lion et des autres animaux féroces qui habitent le désert. Les Numides admiraient et aimaient Jugurtha. Micipsa ne se fit point illusion sur les dangers qui menaçaient ses deux fils; il comprit que, parmi ces tribus africaines qui acceptent volontiers pour chef le guerrier le plus brave et le cavalier le plus habile, son neveu avait acquis des droits plus réels que ceux de la naissance, et qui devaient l'emporter un jour sur ceux d'Adherbal et de Hiempsal. Il songea plus d'une fois , comme l'atteste Safluste, à faire périr Jugurtha; mais la crainte d'exciter un soulèvement parmi les tribus soumises à son commandement l'arrêta. A l'époque du siège de Numance, il crut enfin avoir trouvé une occasion favorable de se défaire de celui qui lui inspirait pour l'avenir de si vives inquiétudes.

Les Romains avaient demandé au roi ,de Numidie, leur allié, un corps de troupes. Micipsa se bâta de leur envoyer en Espagne des cavaliers et des fantassins qu'il avait placés sous les ordres de Jugurtha ; il pensait que le ieune prince, emporté par son bouillant courage et sa témérité, trouverait la mort dans les rangs ennemis, et le dispenserait ainsi de recourir à un crime dont l'exécution jusqu'alors lui avait paru si périlleuse. Mais arrivé au camp des Romains, Jugurtha sut contenir son ardeur (133).

Chargé souvent par Scipion de missions difficiles, il lés remplit avec autant de prudence que de courage; en peu de temps il sut acquérir l'affection de l'illustre général sous les or-

dres duquel il avait été placé, et de tous les officiers qui l'environnaient.

Là , dans les travaux de la guerre , les repos et les veilles du camp, Jugurtha étudia , avec sa vire pénétration , le caractère de ses compagnons d'armes.

Il se lia d'amitié avéc certains hommes très-influents , mais qui, en général , suivant l'expression d'un historien de l'antiquité, étaient plus amis des richesses que de la vertu et de la probité. Il rechercha de préférence les plus corrompus, comptant sur eux pour réussir un jour dans ses projets ambitieux. Ce fut de ces hommes décriés que le jeune Numide apprit , dit Salluste, « qu'à Rome on obtenait tout à prix d'argent. » Enfin , Scipion prit et renversa Numance. Après le succès il renvoya ses auxiliaires. Toutefois , il ne se sépara point du corps des Numides sans lui avoir témoigné hautement sa satisfaction , et il donna à leur chef, pour Micipsa, une lettre ainsi conçue : « Jugurtha , ton neveu, « a montré la plus grande valeur dans « la guerre de Numance. Réjouis-toi :

« les services qu'il a rendus à l'armée « romaine lui ont acquis mon afifec- « tion ; je ferai tout pour lui assurer « celle du sénat et du peuple romain.

« Pour toi , je te félicite à cause de « l'amitié qui nous unit ; car tu as « dans ce neveu un homme digne de « toi et de son aieul Massinissa. » Cette lettre, loin de porter ta joie dans l'âme de Micipsa , ne fit sans doute que raviver ses craintes et sa tristesse. Mais il n'y avait plus à hésiter; il fallait jusqu'au bout conserver des ménagements et des dehors d'affection pour celui qui, par ses qualités personnelles et sa conduite habile, s était rendu également cher aux Numides et aux Romains.

MOBT DE MÏCTPSA; SBS DERNIERES

paroles. — Depuis la çuerre de Numance , le roi de Numidie traita Jugurtha comme l'égal de ses propres enfants; et plus tard, quand il sentit approcher sa fin , il résolut de lui donner une part dans son héritage , afin qu'il ne fût pas tenté de prendre le tout. Couché sur son lit de mort, il

NUMDIE ET B1AURITAISIE.

fit appeler Àdherbal , Hiempsaf , et celui qu'il appelait son fils d'adoption , êt adressa aux trois jeunes princes One touchante allocution. 11 leur recommanda dé vivre en paix et de se prêter, dans les circonstances difficiles, un mutuel secours. Il termina en disant : « Je vous laisse un royaume solidement affermi , si dans Vois rapports vous êtes loyaU* et gens de bien; mais aisé à détruire?, si vous ne l'êtes pas : car l'union augmente les forces des plus petites choses ; n désunion ruine insensiblement les plus grandes.

C'est à tdi , Jugùrtha , plutôt qu'à tes frères, puisque tu es le plus âgé et le plus sage, à prévenir les événements qui amènent la discorde et les ruptures ; parce que, dans tout démêlé, le plus iort, quoique attaque lêbremlef, nè laisse pas, a raison rriêmé de Sa supériorité, de passer pour Pagresseur. Pour vous, Àdhërfcal et tiiempsal, respectez et honorez Jugurtha. Soyez dorrime lui braves et habiles , et faites en sorte qu'à l'égard de mes enfants jè ne paraisse pas avoir* été plus heureux par 'adoption que pdr ta nature. * Jiigùrba témoigna sa Reconnaissance au roi mourant pat les plus vives protesta lions. MaiS IVÎicipsa avait à peine fermé lès yeux , que sa ftiriille fut accablée de tous les maux qu'il avait prévus (119).

PARTAGÉ DU ROYUiMF: 1a tlîS- CORDE ÉCLATÉ ENTR1 LES PBlNCRS.

— Lés trois princes songèrent d'abord à sô partager les provinces que1 Miclpsà létir avait léguées. Apres7 des arrangements pris et acceptés d'un dommun accord , Àdherbal réçut poUr sa part les terres confinées eiltre YJmpaa£ô(Oued-el-Kebir), la Tuccû (Zaïtie), et le Midhiil (Hamise) ; Jugurtha fut appelé à régner des rives de la Mulucha jusqu'à celles de YÀmpsaçja; tttUt le reste des États dé MicipSd tombait en partage à Miettipsal (*).

{*) Nous empruntons ces délimitations si précisés & Uti excellent travail deM. L. Mar» eus. Nous devons déclarer ici que nous nous conformerons eh général, dans le récit qui vasuitre, au* opinions émises dans ce ira*

Ce fut à l'occasion du partage que la discorde éclata entre les trois princes. Jugurtha aurait hésfté longtemps peut-être à mettre à exécution ses projets ambitieux , s'îl n'avait été violemment excité et entraîné malgré lui par le caractère fougueux et hautain de Hieifrpsal. tfn joùV, dans une réunion des trois princes, Hiempsal, le plus jeune , s'assit à la droite d' Àdherbal , afin que JUgurtha n'eût pas la place du milieu, que les Humides regardent comme la plus honorable ; cependant, \ à la fin. potir Se débarrasser des ins- ' tahees de sort frère, if consentit, quoique avee peine, à" siéger d'urt autre co*té. Ce fut dans la même réunion que Jugurtha ayant insinué qu'il convenait d'annuler Tes mesures prises par Micipsa dans leS Cinq dernières années de sa vie, parce que le roi ne jouissait plus alors de toute sa raison , Hiempsal repartit vivement : « J'y consens; Vous cesser Ûoitd d'être roi, puisque vous n'avez été appelé à partager le royaume que depuis trois ans. » Cette réponse fît sur l'âme de Jugurtha une vive impression , et il résolut de ne pas tarder à tirer vengeance de celui qui l'avait outragé.

jugubthâ assassine hiempsal*, Adherbal implore l'assistance des romains; partialité du sénat; dès commissaires Sont envoyés en apbiquê (de 118 à n i de fldtre èfe). — Après avoir accompli le

Etage d'un commun accord, les lecs s'étaient séparas. Hiempsal se dit à Thermida (*). Jugurtha, qui

vail , oui a pour titre : Parallèle entre les opérations militaires dé Métellus et de Marins contre Jugurtha , les premières invasions aes Arabes et les exploits des Français dans C Algérie. C'est à la suile de la traduction* de l'ouVrage de Manhert , faite en commun avec M. Duesberg, que M. Marcus ■ rejeté, sous forme d'appendice « le travail très-reruarquable dont nous parlons.

(*) • Thermida ou Th'umida (Mirait être la même ville que Timida de la Pruconsulaire, ou province de Cannage Cette villa porte souvent le nom de Regia dans les Actes de l'Eglise ; son emplacement coïncide,

28 L'Ufl

avait introduit ses soldats dans la ville, par trahison, l'y fit assassiner. La nouvelle de ce meurtre se répandit bientôt; mais Jugurtha, sans tarder, appelle autour de lui ses partisans , qui étaient nombreux et dévoués , et se met en mesure de s'emparer de toute la Numidie. Adherbal épouvanté s'était hâté d'envoyer des ambassadeurs à Rome, pour implorer l'assistance du sénat. Toutefois, sans attendre leur retour, il s'avance contre les meurtriers de son frère , à la téte des Numides qui se sont dévoués à sa fortune. Mais les soldats de Jugurtha étaient plus braves et mieux exercés que les siens ; dès le premier combat il fut vaincu , et force de se réfugier dans la partie de l'Afrique qui avait été réduite en province romaine. De là il gagna l'Italie et Rome. Le vainqueur ne fut pas complètement rassuré par la fuite d'Adherbal ; il crainait les Romains, et, pour diminuer effet que devaient produire sur le sénat les plaintes de celui qu'il avait dépouillé , il envoya , de son côté, avec des sommes considérables en or et en argent, des émissaires qui devaient gagner à sa cause les plus notables patriciens. Ces émissaires s'adressèrent d'abord aux nobles romains que Jugurtha avait connus au siège de Nuinance; puis, à Paide de ces anciens amis, ils en gagnèrent de nouveaux.

L'or et les promesses firent alors dans les esprits un si grand changement , qu'après avoir été l'objet de la haine la plus vive , Jugurtha, suivant le témoignage de Salluste, jouit tout à coup des bonnes grâces et de la faveur de la noblesse. Quand on assigna un jour à Adherbal pour entendre ses plaintes , sa cause, dans le sénat, était déjà perdue.

Les paroles adressées par Adherbal

selon toutes les apparences avec celui de la moderne Jama , prise à tort par plusieurs géographes de noire époque, pour l'ancienne Zama Begia, dont le nom actuel est "Zouarin.* M. Marcus; voy. les noies qui suivent sa traduction de la Géographie de f Afrique ancienne, par Mannert , p. 70a.

aux sénateurs furent touchantes. 'Après avoir exposé ses malheurs , il dévoila indirectement les manœuvres des émissaires de Jugurtha, et laissa entendre que plusieurs parmi ses juges avaient été gagnés à l'avance, a Pères conscrits, dit- il, Massinissa nous a formés , par sa conduite et par ses paroles , à ne nous attacher qu'au peuple romain, à ne faire ni alliances ni confédérations nouvelles, à nous croire très-puissants par votre amitié seule ; et si la fortune de votre empire venait à changer, à nous ensevelir on même temps sous ses ruines. Votre valeur et la faveur des dieux ont assuré votre grandeur et votre puissance ; tout seconde vos vues et obéit à vos lois; rien donc de plus aisé pour vous que de venger les injures faites à vos alliés. La seule chose que je craigne, c'est que quelques-uns de vos citoyens, séduits par des liaisons peu éclairées avec Jugurtha, ne traversent vos intentions ; et j'apprends, en effet, qu'ils n'épargnent ni efforts, ni brigues, niimportunités auprès de chacun de vous, pour vous engager à ne rien décider en son absence , et sans avoir examiné le fond de l'affaire; qu'ils m'accusent d'exagérer et de feindre que j'ai été forcé de fuir, quoique je sois libre de rester dans mon royaume. Puissé-je le voir , le parricide auteur de mes maux, réduit à feindre comme moi ! Puissiezvous un jour, vous ou les dieux immortels , prendre connaissance des affaires des hommes , afin que le malheureux qui aujourd'hui s'enorgueillit et se prévaut de ses crimes , livré alors à tous les supplices imaginables , soit rigoureusement puni de son ingratitude envers notre père , de l'assassinat de mon frère , et de mes propres malheurs. » Après avoir écouté Adherbal , les sénateurs donnèrent la parole aux ambassadeurs de Jugurtha. Ils dirent que les Numides avaient tué Hiempsal à cause de sa cruauté ; qu'Adherbal, ayant été l'agresseur, se plaignait, après avoir été vaincu, de n'avoir pu réussir dans son entreprise; que Jugurtha conjurait le sénat de ne le point croire autre qu'on ne l'avait

connu à Numance , et de ne pas s'en rapporter aux, invectives de son ennemi plutôt qu'à ses actions. Les discours étant terminés , les deux parties quittèrent rassemblée. Le sénat entra alors en délibération. Le nombre de ceux qui avaient été gagnés par l'or de Jugurtha était plus grand qu'Adherbal lui-même, dans ses craintes, ne l'avait pensé. Quelques hommes austères se levèrent, il est vrai , pour prendre la défense de l'opprimé; mais leurs paroles furent étouffées par ceux qui voulaient justifier Jugurtha. « Le parti victorieux dans le sénat, dit Salluste, fut celui qui préférait la richesse ou la faveur à la justice. Il fut arrêté que dix commissaires régleraient, entre Jugurtha et Adherbal, le partage des États de Micipsa. On mit a la tête de cette commission Lucius Opimius , personnage fameux, et qui avait alors un grand crédit dans le sénat, pour avoir, pendant son consulat, fait périr Caîus Gracchus avec M. Fulvius, et poussé jusqu'à la barbarie la victoire de la noblesse sur le peuple. Il s'était déclaré à Rome pour Jugurtha, et ce prince le reçut avec une distinction particulière ; à force de présents et de promesses , il l'amena au point d'en obtenir le sacrifice de sa réputation , de son devoir, en un mot, de ses plus chers intérêts : il tenta les autres commissaires par les mêmes voies, et la plupart se laissèrent gagner; bien peu préférèrent leur devoir à l'argent. Dans le partage, la partie de la Numidie, voisine de la Mauritanie, qui est la plus fertile et la plus peuplée , fut assignée à Jugurtha ; l'autre partie, qui a plus d'apparence que d'avantages réels , et qui est mieux pourvue en ports de mer et en édifices, devint la portion d' Adherbal. »

I.A GUERRE RECOMMENCE ENTRE JUGURTHA. ET ADHERRAL ; CELUI-CI EST vaincu; SIÈGE DE cirta; PRISE DE LA VILLE ; MORT D'ADHERRAL

(112 et 113 avant notre ère). — Après le départ des commissaires, Jugurtha, enhardi par le succès que ses envoyés avaient obtenu dans le sénat, et comp-

tant d'ailleurs , pour ses entreprises futures , sur la puissance de son or, n'hésita point à reprendre les armes et à faire une guerre injuste au malheureux Adherbal. Ce n'était point seulement une large part de la Numidie qu'il convoitait, il voulait encore régner seul sur les vastes contrées qui avaient appartenu jadis à Massinissa et à Micipsa. Il se jeta donc avec des corps armés sur les frontières d'Adherbal , porta le ravage dans les campagnes et dans les villes, et lit un grand butin. Adherbal , qui connaissait la force et les ressources de son rival , n'essaya point de se venger : il tenta encore la voie des négociations.

Ce ne fut qu'après le retour de ses ambassadeurs , qui avaient été reçus avec mépris et insulte, et lorsque son ennemi pénétra de nouveau dans son royaume avec une puissante armée, qu'il se décida à lever des troupes. Jugurtha n'avait rien tant désiré que de l'amener à cette extrémité. Les deux armées se rencontrèrent un soir, aux environs de Cirta. Pendant la nuit

Sui suivit cette rencontre , les soldats 'Adherbal se livrèrent au repos, en attendant le jour qui devait éclairer la bataille; mais Jugurtha, profitant de l'obscurité, se jeta à l'improviste sur le camp de ses ennemis, plongés dans le sommeil ; il remporta une facile victoire , et extermina tous ceux qui lui opposèrent de la résistance. Adherbal, escorté d'un petit nombre de cavaliers, se sauva en toute hâte à Cirta. Il était suivi de près par les vainqueurs , oui ne s'arrêtèrent qu'aux portes de la ville, défendues par des soldats italiens. Jugurtha voulant finir la guerre d'un coup, et comptant sur un facile succès , vint investir Cirta. Mais la ville, par sa position et par la bravoure des soldats italiens , était bien défendue. Jugurtha fut donc forcé de commencer un siège en règle. Il employa de nombreuses machines, et donna de fréquents assauts pour emporter la place. Cependant le bruit des événements qui s'accomplissaient alors en Afrique était venu jusqu'à Rome.

Le sénat envoya trois députés aux

NUMIDIE ET MAURITANIE

L'UNIVERS

deux rois, pour arranger, s'il était temps encore, tous leurs différends a l'amiable. Jugurtha trompa les Romains par des paroles pleines de soumission, et en protestant de son bon droit. Les députés revinrent en Italie sans avoir délivré Adherbal 9 et laissant toutes choses indécises.

Jugurtha redoubla alors de surveillance, et pressa de plus en plus le siège de Cirta. Adherbal , prévoyant les maux qui l'attendaient, résolut de s'adresser encore une fois au sénat romain. Il choisit , parmi ceux cjui l'avaient accompagne dans sa fuite, deux bommes dévoués, et prêts à braver pour lui tous les périls. Il les encouragea par des promesses, et les pressa de traverser le camp ennemi et de gagner le rivage. Ils devaient se rendre en Italie, etdemander au sénat romain une prompte assistance. Les deux Numides réussirent à échapper à l'ennemi, et en peu de jours ils portèrent à Rome la lettre d' Adherbal. Touchés des prières du roi assiégé et de ses pressantes instances , les sénateurs décidèrent que de nouveaux députés partiraient sans retard pour l'Afrique.

On les choisit parmi les personnages qui jouissaient dons la république,^ leur âge et les charges qu'ils avaient remplies, d'une grande illustration.

Arrivés àUtique, ils signifièrent à Jugurtha que, dans un bref délai, il eût .a se rendre auprès d'eux dans la province romaine. Jugurtha hésitait. Il woulut tenter encore , avant fl'obejr Bux ordres des députés , de prendre Cirta par la force. Il donna un assaut général, mais il échoua. Il se décida alors à se rendre dans la province romaine. Accompagné d'un petit nombre de cavaliers, il se présenta devant les envoyés du sénat, qui lui firent de I terribles menaces. Il ne se laissa point I -déconcerter; il eut recours à l'astuce, «et peut-être à l'argent; et , après bien des conférences inutiles, les Romains quittèrent l'Afrique sans avoir fait lever le siéee de Cirta. A cette nouvelle, le désespoir s'empara d'Adherbal et de la garnison de la ville assiégée. Les Italiens , qui jusqu'alors

avaient combatte si bravement, perdirent courage, et prirent la résolution de se sauver à tout prix. JTJLs conseillèrent à Adherbal 4e remettre sa personne et la ville entre les mains dfi Jugurtha, en stipulant toutefois qu'il aurai t la vie sauve; et j ls lui tirent en core espérer, pour l'avenir, l'appui du sénat. Ce conseil /était un ordre, et le malheureux roi, anan^onnasa f>ersonne et la ville à son implacable ennemi. Oubliant ses serments, Jugurtha livra Adherbal aux {lus affreux tourments ; puis il ût massacrer toute la garnison, sans épargner les Italiens, .oui invoquèrent en vain^comme leur sauvegarde, la majesté du .peuple romain.

GUERRE JDES ROMAINS ; CÀLPUJt- NIUS BESTIA ET fiCAUJMJfi; JUGUR- TJKA CORROMJPT LES G£N£JUJ x iu>-

mains (112 avant notre èi£).— Quand ces nquvelles vinrent à Kome, l'an^iguation du peimle fut portée à son comble, et le sénaj se vit contraint d'adopter contre Jugurtha des .mesures énergiques. L. .Calpurnius Bestia, l'un des consuls, lut désigne pour porter la guerre en Numidie. Ce fut en vain que le roi numide envoya en Italie son fils, et deux de ses plus intimes confidents. Ou leur refysa Centrée de Rome , et Calpurnius, réunissant ses légions, passa de ÎKhegiuro en Sicile, et de là en Afrique. Le consul commença la guerre avec vigueur ; il ravagea la Numidie , et s'empara de quelques villes. Calpurnius , s'iliaut en croire Salluste , était un homme brave et habile ; mais ces qualités étaient gâtées par une insatiable avarice. Quand Jugurtha, connut le caractère du général qui lui .était opposé, il se mit à l'œuvre pour le corrompre. Il tenta également, pardon or, le lieutenant Scaurus , qui , par prudence plutôt que par vertu, lui avait d'abord été opposé. Calpurnius ne résista point aux otfres , sans flqute considérables , qu'on lui fit. Après avoir reçu l'or du Numide, ce coeur malade d'avarice, dit Salluste, changea aisément de vues.

Cependant , il fallait traiter secrètement avec Jugurtha. Celui-ci , comme

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NUMIDIE ET MAURITANIE. *t

par soumission* se rendit au carop ro»

main, où il essaya, en présence detouft les officiers, de se disculper des crimes\ et des manquements de foi qu'on lui' reprochait. En public, il ne cessa de protester de ses bonnes intentions; mais'en secret il s'arrangea avec Calpurnius et Scaurus, et avec eux il se débarrassa de ia guerre aux conditions suivantes : il livra au questeur deCalpurnius trente éléphants, du bétail, un grand nombre de chevaux , et une somme d'argent peu considérable. A ce prix, comme le consul le lui avait promis, il devait rentrer eu grâce auprès du peuple romain. Après ce traité, Calpurnius , enrichi mais déshonoré, revint à Rome pour l'élection des magistrats. 1

JUGURTHA A, BOME ; LES TRIBUNS* MEMM1US ET BÉBIUS ; MASSIVA EST ASSASSINÉ ; JUGUBTHA SORT DR

bome (lit av. notre ère). — « Quand on eut, dit Salluste, la nouvelle de ce qui s'était passé, en Afrique , et de la manière dont les choses s'y étaient faites , il n'y eut à Rome ni lieu , ni assemblée où l'on ne s'entretînt de la conduite du consul. Le peuple en avait un vif ressentiment ; le£ sénateurs étaient fort embarrassés , et ils ne savaient s'ils devaient ratifier une prévarication si marquée, ou casser ce qui avait été réglé par le consul. C'était surtout le crédit de Scaurus , le conseiller et l'associé de Bestia dans cette affaire , qui les empêchait le plus de se déclarer pour la raison et la justice. » Cependant le peuple,, excité par les tribuns, surtout; par l'éloquence de C. Memmius, se décida à mander Jugurtha à Rome. Il voulait vérifier, par les dépositions du roi numide, le crime de prévarication que Ton reprochait au consul et à Scaurus. On envoya donc en Afrique le préteur L. Cas9ius, oui donna à Jugurtha un sauf-conduit. Le roi n'était pas encore décidé ou préparé à lutter ouvertement contre Rome ; il résolut d'obéir , comptant cette fois encore, non sans raison,, sur la puissance de son or et de ses présents. Il gagna en effet à sa cause un homme dont l'assistance , dans cette

conjoncture, devait être plus efficace pour lui que celle de ses anciens amis les sénateurs. C'était le tribun du peuple C. Bébius. Quand Jugurtha parut devant l'assemblée, on l'accabla de toutes parts , malgré son humble contenance , d'injures et de menaces. L© tribun Memmius contint le peuple, et :

lui rappela que le roi avait reçu un . sauf-conduit. Puis il interrogea Jugur- I tha sur ses crimes, et sur ses rapports , avec les nobles romains. On attendait » une réponse, lorsque C. Bébius, usant du privilège de sa charge , se tourna j vers le roi , et lui défendit de parler, i L'indignation du peuple fut portée à . son comble; et Bébius, malgré les clameurs et les menaces de ceux qui l'environnaient , persistant à imposer silence à Jugurtha , l'assemblée , à la fin , se sépara. Dès lors le roi numide, et ceux que l'enquête proposée par Memmius avait menacé», reprirent courage.

Jugurtha , débarrassé d'Adherbal , et arrivé à ses lias , puisqu'il se trou* vait seul maître de la JNumidie, eut évité peut-être la guene avec Rome , si , par un excès d'audace, H ne se fut porté, sous les yeux mêmes de ses ennemis et de ses accusateurs, à un nou* veau crime. Il y avait alors dans la ville un fils de Guluésa ; on t'appelait Massiva. Le successeur de Calpurnius dans le consulat, Sporius Albinos, lui fit espérer une part de la Numtdie , et l'engagea; dans ce but, à présenter une requête au sénat. Albinus désirait moins soutenir le Gis de Gulussa qu'ex* citer en Numidie une guerre qui , comme il le prévoyait , nécessiterait 1 envoi dune armée- consulaire. Blas~ siva se laissa tenter ; mais ses démarches lui coûtèrent la vie. Jugurtha fit aposter, par Bomilcar, son parent »ti des assassins qui tuèrent le nouveau •. prétendant. Cet attentat porta le der- *ï nier coup au crédit de Jugurtha. Il eut beau protester de son innocence, répandre son argent à pleines mains, il ne put se soustraire à l'indignation publique. Bomilcar parvint à se sauver et à rrgagner la Numidie ; et Jugurtha lui-même , sur l'ordre du se-

L UNIVERS

nat , fut obligé de quitter l'Italie. On dit qu'au moment où il sortit de Rome , il tourna ses regards vers la ville , et s'écria , après quelques instants d'une profonde méditation : « O « ville vénale, tu périras bientôt, si tu « trouves un acheteur ! »

GUERRE CONTEE JUGURTHA ; CON- DUITE DE SPUBIUS ALBIN US ET DE SON FRÈRE AULUS ; L'aBHÉE BO- M AINE PASSE SOUS LE JOUG (110 av.

notre ère). — La guerre était donc décidée. En conséquence, le consul Spurius Albinus passa en Afrique avec d'abondantes provisions et des renforts considérables. 11 commença la campagne avec vigueur, comptant sur un prompt et heureux succès. Mais il avait affaire à un ennemi habile, plein d'expédients et de ruses , qui l'amusa par de feintes soumissions, lui fit perdre en délais un temps précieux , et rendit vaines toutes ses opérations. Quand le consul retourna à Rome pour les comices, les légions romaines n'avaient fait en Numidie aucun progrès. Spurius Albinus avait laissé en partant le commandement des troupes à son frère Aulus, qui avait été propréteur.

Aulus voulut mettre à pront I autorité dont il jouissait , pour s'illustrer par une action d'éclat, ou pour forcer Jugurtha à lui payer de grosses sommes d'argent. C'est pourquoi il ordonna aux troupes de sortir de leurs quartiers d'hiver, et au mois de janvier il s'avança à marches forcées sur la place de Suthul , où le roi avait déposé ses trésors (*). « La rigueur de la saison,

(*) « Salluste dit, en parlant de Suthul , que le propréteur Aulus Posthumius marcha sur celte ville avec quarante mille hommes, dans l'espoir de s'emparer des trésors que Jugurtha y avait entassés; mais le prince numide le surprit, et le força de capituler avec tout son monde. Orose (v. i5) raconte^ que cet événement a eu lieu près de Ca* lama ; or, la position de celte place, qu'Edrisi nomme Calema, est connue; c'est la ville moderne de Gueima, où les troupes françaises avaient établi un camp fortifié lors de la première expédition contre Constantinc; donc Sulhnl correspond également à Gueima. Cette synonymie a été élablie pour

dit Salluste, et la situation avantageuse de la place, en rendaient la prise et même le siège impossibles ; car, située au sommet d'une montagne escarpée, les murailles en étaient environnées d'une plaine limoneuse , dont les pluies d'hiver avaient fait un marais. Cependant , soit par feinte , afin d'intimider le roi, soit par un désir aveugle de s'emparer de ce poste , à cause des trésors qu'il renfermait, Aulus fit avancer les galeries , élever des terrasses , et préparer toutes les choses nécessaires au succès de l'entreprise. » Néanmoins Jugurtha, pour dégager la pince, employa une ruse qui lui réussit. Il se montra disposé à se soumettre ; puis, pour inspirer à Aulus une confiance encore plus grande , il feignit de se sauver avec les troupes qui jusqu'alors avaient surveillé les opérations de l'armée romaine. Le propréteur n'hésita pas un instant à poursuivre l'ennemi , qu'il croyait réduit à la dernière extrémité. C'est ainsi que le roi numide, l'attira peu à peu dans des lieux d'un difficile accès, et se prépara à frapper un grand coup. Une nuit, pendant qu'Aulus et ses soldats, pleins de sécurité, se livraient au repos , Jugurtha , favorisé par les ténèbres et aussi par la trahison , se jeta sur le camp romain. Il y pénétra aisément. Si les Numides , au lieu de

la première fois par M. Dureau de la Malle, dans un article publié dans le Journal des Débats , sur les routes qui mènent de la côte à Conslantine , et plus tard dans sa description de la province de ce nom (p. 20). On a depuis copié à Gueima plusieurs inscriptions latines, dont ^quelques-unes ont été publiées, par les soins de M. Hase, dans le Journal des savants, de 1837. Il serait bien plus intéressant d'éditer les légendes en caractères inconnus qui couvreul , à ce qu'on dit, plusieurs ruines de Gueima, parmi lesquelles on dislingue surtout treize tourelles et un cirque d'une étendue considérable. Il ne faut pas confondre Calama avec Cala, dont Possidius, l'auteur de la Vie de saint Augustin, était évéque à l'arrivée des Vandales en Afrique. - Marcus; voyez les notes qui suivent sa traduction de Mannert, p. 702.

NÛMIDIfi ËT MAURITANIE.

mettre leur victoire à profit , ne s'étaient livrés au pillage , l'armée d'Aulus périssait tout entière. Mais ils donnèrent le temps aux Romains , sinon de svarmer pour combattre , au moins de fuir par toutes les issues t et de se rassembler sur une hauteur voisine.

Le résultat de cette nuit fut pour Rome une humiliation non moins grande que celle des Fourches Gaudines. En effet, dès le matin, Jugurtha fit investir de toutes parts la hauteur où les Romains s'étaient réfugiés. Ceux-ci avaient laissé leurs armes dans le camp, ils ne pouvaient donc résister.

Ils avaient, pour sortir du danger où les avait jetés leur imprudent général, à choisir entre la mort et la honte. Ils préférèrent la honte. Voici à quelles conditions Aulus traita pour lui et les siens avec Jugurtha : son armée devait passer sous le joug , et sortir en dix jours de la Numidie.

Dés qu'on sut à Rome la nouvelle de ce traité, l'indignation fut extrême. Le sénat, se rendant alors l'interprète de tous les bons citoyens, déclara que, sans son ordre et celui du peuple , on n'avait pu faire aucun traité. D'autre part, le consul Albinus se hâta de lever des recrues pour l'armée , et de demander des troupes auxiliaires, comptant que par sa promptitude , et à l'aidé de forces supérieures , il parviendrait à battre Jugurtha , et à réparer ainsi le honteux échec subi par son frère. Il revint donc en Afrique ; mais il n'y trouva gué des soldats démoralisés, qui vivaient dans la licence et l'indiscipline , et il se vit contraint de renoncer à ses entreprises et de rester en repos.

MBTELLUS ; IL BÉTABLIT LA. DIS- CIPLINE dans l'abmée romaine;

CBAINTBS DB JUGUBTHA ( 109 avant

notre ère ). — Métellus lui succéda.

C'était un homme habile et courageux, qui, malgré son opposition au peuple, était estimé de tous les citoyens pour ses bonnes qualités. On avait foi , à l'avance , en ses succès , parce qu'on le savait incorruptible. Métellus, avant de se rendre en Numidie , fit à Rome et chez les alliés de grands approvi-

sionnements et de fortes levées ; puis il s'embarqua pour l'Afrique. Là , à la vue des désordres qui régnaient parmi les troupes, il comprit aisément que la négligence de Spurius Aibinus et de son frère Aulus était l'unique cause du désastre éprouvé par les armes romaines. Il résolut de porter au mal un remède prompt et énergique. Avant de se mettre en campagne et de commencer une guerre décisive, il rétablit la discipline dans le camp. 11 endurcit les soldats aux fatigues par de rudes exercices , et leur enleva tout ce qui pouvait les porter à la mollesse et à la lâcheté. Il décampait chaque jour , faisait de longues marches, puis s'arrêtait pour élever de forts retranchements qu'il abandonnait bientôt. En peu de temps son armée se trouva aguerrie , vigilante et pleine de vigueur : alors commença la guerre. Jugurtha connaissait Métellus. Il ne lui restait, pour éloigner de sa personne et de ses États un ennemi si dangereux , qu'un dernier moyen , la ruse ; et il remploya. Il fit porter au consul , par des ambassadeurs, des paroles dé soumission , déclarant que si on accordait à lui et à ses enfants la vie sauve , il était prêt à abandonner son royaume et ses richesses à la discrétion du peuple romain. Métellus ne se lia point, avec raison ; à ces trompeuses avances, et rejeta les prières du roi numide ; il fit plus, il essaya de gagner les ambassadeurs de Jugurtha , les excitant par de grandes promesses à trahir et à livrer leur maître ; puis , sans tarder, il entra en Numidie.

PBEMIÈBES OPÉBATIONS DE MÉ- TELLUS. — D'abord il ne rencontra

Koint l'ennemi. « Les maisons, dit Satjste , comme s'il n'eût pas été question de guerre, étaient habitées, et les campagnes couvertes ,de bestiaux et de laboureurs ; les officiers du roi venaient des villes et des hameaux au devant de l'armée, et offraient de fournir du blé, déporter les provisions, de faire enfin tout ce qui leur serait ordonné. » Métellus néanmoins, malré ces apparences,' marchait en ordre e bataille et avec les plus grandes

3e Livraison. (Numidie et Maubitanie.)

l/UNIVERS

précautions ; il se tenait à la téte des troupes, et Caïus Marius, son lieutenant , formait l'a rri ère-garde avec la cavalerie. L'armée romaine s'avança ainsi, sans être inquiétée, jusqu'aux environs de Varca, l'une des villes les plus florissantes de la Numidie (*). Metellus envoya garnison dans cette place,, qui lui offrait pour ses opérations de grands avantages. Alors Jugurtha essaya encore une fois d'obtenir la paix. Ce fut en vain ; le consul poussa les ambassadeurs à la trahison, et les renvoya. Trompé dans ses espérances, Jugurtha n'hésita plus, et rassembla des troupes pour tenter la fortune des armes. Il lit d'abord observer par ses cavaliers la marche de Métellus; et quand il put se rendre compte de la direction que prenait l'ennemi, il partit en toute hate pour occuper, sur la route que devaient parcourir les Romains, une forte position.

BATAILLE DU MUTHUL. — Dans la

partie de la Numidie où se trouvait alors l'armée de Métellus, était un fleuve nommé Muthul, qui avait sa source au midi (**}. A vingt milles de ce fleuve, et parallèlement a son cours, s'élevait une montagne stérile et inculte, vers le milieu de laquelle venait aboutir une longue colline couverte de myrtes et d'oliviers sauvages. Il n'y avait entre la colline et la montagne

?u'une plaine, ou plutôt une gorge troite entièrement privée d'eau. Ce fut sur la colline que se posta Jugurtha. Il détacha d'abord Bomilcar avec une partie de son infanterie et ses éléphants, et lui ordonna de continuer sa marche en suivant le défilé. Ce dé-

(*) Pacca répond k Bedja. M. Marcus, dans ses noies sur Mannert, réfute avec raison le géographe allemand, qui voit dana Bedja l'ancienne ville de Bulla regia, pag. 7o3 ; voy. aussi p. 67g.

(**) Mannert (trad. par MM. Duesberg et Marcus, p. 442)» confondant le Muthul de Salluste avec la Rubricatus de Ptolémée , voit dans eu fleuve la Seyùouse. M. Marcus, dans ses noies (p. 703), prétend avec raiaon , suivant nous , que le JwWiu/ n'est point la Sejbouse, mais YUamûe.

tacbement, comme le montre les événements qui suivirent, devait attaquer les Romains en téte, au moment où Jugurtha se jetterait tout à la fois, avec les troupes qui lui restaient, sur leur arrière-garde et sur leurs flancs. Dans ce but, Te roi numide prit position sur . le penchant de la colline, non loin de l'étroite plaine où devait passer Métellus. Celui-ci . en effet, parut bientôt au sommet de la montagne. En descendant vers la plaine, il examina la colline qui était placée devant lui, et it ne tarda pas à reconnaître l'ennemi. Cependant, à cause des bruyères et des arbrisseaux qui cachaient en partie les hommes et les chevaux, il ne put ni connaître les forces , ni se rendre compte des projets de Jugurtha. Pour ne point s'avancer témérairement, il fît taire halte à ses troupes, puis il changea ses dispositions, il plaça trois corps de réserve à sa droite, qui était proche de l'ennemi; entre les bataillons il jeta les frondeurs et les archers, et mit toute sa cavalerie sur les ailes. Après avoir pris toutes ses mesures et rangé son armée en bataille, il descendit dans la plaine. Les Numides ne firent aucun mouvement. Métellus, que cette inaction rendait de plus en plus défiant, et qui craignait d'être arrêté trop longtemps dans un pays sans eau, voulut, sans plus tarder, sa diriger vers le Muthul. Il détacha donc Rut il lus, un de ses lieutenants, avec les cohortes armées à la légère et une partie de la cavalerie, pour s'assurer, non loin du fleuve, d'une forte position. Rutilius se mit en marche et prit l'avance. Quant au consul, il s'avança au petit pas, en colonne serrée. Sou arrière-garde avait à peine dépassé les Numides, que ceux-ci, par une conversion rapide, se jetèrent sur elle à ]' improviste ; puis, la débordant des deux côtés, ils attaquèrent les Romains tout à la fois sur les derrières et sur les flancs. Jugurtha avait eu soin d'abord de faire occuper par 2,000 fantassins la partie de la montagne d'où le consul était descendu en plaine. L'apparition subite des Numilitas jetti Ici contusion dôris \ ôitixioq

NUMIDIE ET MAURITANIE

romaine. Au premier choc, les rangs furent rompus; mais Métellus parvint peu à peu à rallier ses soldats. La mêlée aura jusqu'à la nuit. A la fin, les Romains voyant qu'ils ne pouvaient battre en retraite, qu'ils perdaient une partie de leurs avantages dans cette action où la tactique était inutile, s' apercevant d'ailleurs que le 'our était à son déclin , gagnèrent, sur es ordres de Métellus, le sommet de la colline. Les Numides ne pouvaient songer à les forcer dans cette position, et ifs prirent la fuite.

Bomilcar ne fut pas plus heureux que Jugurtha. Il laissa d'abord passer Rutilius; puis, quand il sut que le lieutenant du consul avait assis son camp et se tenait au repos, il disposa ses fantassins et ses éléphants, et s'apprêta à l'attaquer. Rutilius fut averti de l'approche de l'ennemi par les tourbillons de poussière que soulevait, en marchant sur un sol aride, la troupe de Bomilcar. Il se hâta de sortir de ses retranchements et de se mettre en bataille. On se chargea bientôt de part et d'autre avec un grand acharnement.

Les Numides tinrent bon jusqu'au moment où les Romains eurent pris quatre éléphants et tué tous les autres, au nombre de quarante. Ils se sauvèrent ensuite, et n'échappèrent à la mort qu'à la faveur de la nuit. Rutilius, après sa victoire, abandonna son camp, et rejoignit le gros de l'armée sur la colline où Métellus avait pris position. Le consul demeura quatre jours dans ses retranchements sans faire un mouvement. « Quant à Jugurtha, dit Salluste, il s'était retiré dans des lieux couverts de bois et fortifiés par la nature; il y formait une nouvelle armée plus nombreuse, mais sans expérience et sans force réelle, composée de gens plus propres à faire valoir les terres et les troupeaux qu'aux expéditions militaires. Cela vient de ce que chez les Numides il n'y a que la * cavalerie de la garde du roi qui le suive dans une déroute; les autres soldats se dispersent, et chacun se retire où bon lui semble, sans enfreindre

en cela les lois de la guerre. Telle est la coutume du pays (*). »

(*) Voici comment M. L. Marcus détermine les lieux où s'accomplirent les événements que nous venons de raconter : « Métellus prit au printemps de Tan 109 le commandement de* troupes romaines destinées à combattre contre le roi de Numidie. Il employa les premiers mois de son séjour en Afrique à rétablir la discipline dans les rangs de l'armée, et à laisser le soldat s'endurcir aux travaux et aux fatigues de la guerre par des exercices de tout genre. Ensuite , il pénétra dans la Numidie du côté de la Tucca. La première grande ville qu'il rencontra sur sa roule dans le royaume de Jugurtha portait le nom de Vacca (Bedja)\ elle était située, suivant Salluste, à une journée de marche des lieux où les troupes romaines passèrent l'hiver de 109 à 108. De Vacca, Métellus s'avança sur les rives de

YHamise, que Salluste appelle MuthuI

La vaste chaîne de montagnes qui courait dans la même direction que le MuthuI est figurée, dans le quatrième segment de la Table de Peutinger , sur la rive droite de l'Hamise ; elle s'étend sur cette carte de la source de celte rivière jusqu'auprès de son embouchure, et forme la partie nord-est du dos montueux que Ptolémée nomme Butara.

La colline transversale dont Salluste fait mention parait être identique avec la hauteur dont Abou-Ol>aïd siguale l'existence à l'ouest de Tamedith, qui correspond à l'ancienne Zama, où Aimibal fut vaincu par Scipion. Cette place était située dans le voisinage de Naragarra, au midi de la route qui menait dudit endroit à Sicca Feneria. Les itinéraires marquent trente milles romains (dix lieues) d'intervalle entre ces deux places; Sicca était voisine du point de jonction de YHamise avec la Mcdjerdali ; il n'est donc pas surprenant que ce soit la première ville de la Numidié qui ait pris volontairement parti pour les Romains , immédiatement après leur victoire sur Jugurtha. La bataille du MuthuI a eu lieu quelques jours après l'entrée de Métellus dans la Numidie; elle fut donc livrée à quelques lieues de dislance , vers le couchant de l'embouchure de YHamise, qui est éloignée de V acea d'environ dix-huit lieues en ligne droite. L'emplacement des lieux couvert* de bois et d'un accès difficile, où Jugurtha se retira après sa défaite , doit être cherché dans

L'UNIVERS

MÉTELLUS RAVAGE LA NlîMÎDlE; ÏL EST HARCELÉ PAR JUGURTHA. —

Knlin Métellus, après avoir pris soin des blessés et donné des récompenses aux soldats qui s'étaient distingués dans les deux batailles, abandonna la colline où il était campé. Il comprit alors qu'en poursuivant l'ennemi et en Je poussant à une action générale, il n'arriverait point à son but, qui était d'abattre Jugurtha et de terminer promptement la guerre. Il perdait plus par sa récente victoire que les vaincus mêmes. Il se jeta donc sur la plus riche partie de la Numidie, et la ravagea , par le fer et le feu , dans tous les sens. Ce nouveau système de guerre, comme le remarque Salluste, inquiéta plus le roi que la défaite de ses troupes. Comme il n'osait s'opposer en plaine à Métellus, il tint le gros de son armée dans des lieux couverts, et surveilla, avec sa cavalerie seulement, la marche des Romains. 11 gênait ainsi leurs mouvements, et, profitant des occasions qui lui étaient offertes, il leur fit essuyer plus d'une fois, par ses attaques imprévues, des pertes considérables. Métellus redoubla de surveillance pour ne donner aucune prise à l'ennemi. Quand il fallait du blé ou du fourrage, les cohortes, avec toute la cavalerie, escortaient les fourrageurs. Le consul avait divisé son armée; il en commandait une partie, et Marius l'autre. Ils campaient séparément, il est vrai; mais ils se tenaient à peu de distance l'un de l'autre, et quand il s'agissait de se mettre en force, ils se réunissaient promptement. Le but des dispositions de Métellus était, suivant le grand historien de cette guerre, de répandre plus au loin la désolation et l'effroi. Cependant Jugurtha suivait toujours les

les derniers mamelons du Djebel Mahoma, à l'ouest de Ripasa et sur la route de Guelma à Medjaz Hammar, où l'on rencontre beaucoup de forêts coupées en parcs naturels. » "Voyez l'Appendice à Mannert déjà cité; M. Marcus cile à l'appui de ses dernières assertions l'ouvrage de M. Évariste Bavoux ^Iger, t. II, p. 94, 1841.

Romains de colline en colline; il cherchait à s'assurer d'une occasion ou d'un poste favorable pour attaquer; il brûlait les fourrages, empoisonnait les sources là où l'ennemi devait passer; il se montrait tantôt à Métellus, tantôt à Marius; il attaquait l'arrière-garde pendant la marche; et quand les Romains étaient prêts à le repousser, il regagnait les hauteurs au galop; puis il revenait donner l'alarme aux uns, aux autres, sans jamais engager une action. C'est ainsi qu'il ne laissait aucun repos à Métellus et à ses soldats.

MÉTELLUS ASSIEGE ZAMA ; IL NE PEUT EMPORTER LA. PLACE; IL DÉ- CAMPE. — Le consul , sans cesse poursuivi et harcelé par Jugurtha, se lassa a la fin de parcourir la Numidie. Il résolut alors de mettre le siège devant Zama(*). En attaquant cette place importante, il comptait forcer Jugurtha à se montrer en plaine, et à engager une action décisive dans un lieu où il ne pourrait fuir sans éprouver une perte considérable. Mais le roi avait été averti par des transfuges des projets du général romain. Il le devance, jette des renforts dans Zama, engage les habitants à faire bonne résistance, leur promet de ne point les abandonner, et se retire avec ses troupes à quelque distance. De la position qu'il avait choisie , il épiait tous les mouvements de ses ennemis. Au moment où Métellus approchait de la place, il faillit surprendre Marius, qui avait été détaché avec quelques cohortes pour faire provision de blé à Sicca. Ce ne fut point là le plus grand danger que courut l'armée romaine. Un jour que Métellus livrait un assaut à Zama, le roi numide se jeta à l'improviste sur son camp, qui était gardé avec négligence, et s en empara. Ce ne fut pas sans de grands efforts et de grandes pertes que les assiégeants parvinrent a rentrer dans leurs lignes. D'autre part, la garnison de la ville, qui së composait en grande partie de transfuges, se battait avec bravoure, et

(*) Aujourd'hui

NUMIDIE.ET MAURITANIE

poussait toutes les attaques. Le consul se vit enfin forcé, après plusieurs assauts meurtriers, de lever le siège de Zaraa. Comme la mauvaise saison approchait, il mit des garnisons dans toutes les villes qui s'étaient rendues à lui , et se retira avec ses troupes dans la province romaine qui confine à la Numidie.

METELLUS ESSAYE DE SE RENDRE MAÎTRE DE JUGUBTHA PAR TRAHI- SON ; BOMILCAR; JUGURTHA SE DÉ- CIDE A FAIBE LA PAIX AVEC LES BOMAINS, ET A SE RENDRE (109 avant

notre ère). — Métellus ne resta pas oisif dans ses quartiers d'hiver. Il chercha, suivant l'expression de Salluste, à substituer les ruses et la perfidie à la force des armes, qui jusqu'alors, malgré son habileté et sa prudence, lui avait peu réussi. Il es- ' saya donc de corrompre les confidents mêmes du roi. H s'adressa à Bomilcar, que l'assassinat de Massiva, à Rome, avait gravement compromis. Il lui fit espérer, dans le cas ou il livrerait Jugurtha mort ou vif, sa grâce et la possession libre de tous ses biens. Bomilcar se laissa gagner.

Jugurtha était en proie, depuis l'arrivée de Métellus en Afrique, à de vives inquiétudes. Bomilcar ne l'ignorait pas. Il profita d'un instant où le roi était plongé dans la tristesse et le découragement pour l'engager à faire la paix, même aux conditions les plus dures, avec les Romains. Jugurtha suivit ses conseils. Il envoya des ambassadeurs au consul, pour lui déclarer qu'il abandonnait sans réserve sa personne et son royaume à sa discrétion.

Alors Métellus, de l'avis de ses officiers, lui ordonna de livrer sans retard 200,000 pesant d'argent , tous ses éléphants, et une certaine quantité de chevaux et d'armes. Ces premières conditions furent acceptées; puis Métellus exigea encore les transfuges. Ils furent amenés au camp romain pieds et poings liés. Enfin Jugurtha fut mandé à Tisidium (*) pour recevoir des

(*) La ville numide de Tisidium, queStrabou appelle Twiaov;, était située non loin

ordres. Cette fois, le roi de Numidie refusa brusquement d'obéir au consul.

II aperçut le piège qu'on lui tendait; et, se prenant à réfléchir au châtiment que lui préparaient sans doute les Romains humiliés, il résolut, quoique privé de la meilleure partie de ses forces, de recommencer la guerre.

Ce fut vers ce temps que Je sénat romain, après avoir mis en délibération le partage des provinces, décréta que Méte||us serait maintenu dans le commandement de Tannée d'Afrique.

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