LA GUERRE RECOMMENCE ; RÉVOLTE
de vacca (108 av. notre ère). — Une chose pouvait favoriser Jugurtha, c'était la désunion gui existait entre Métellus et ses principaux officiers. Marius, fatiguédeservirenseconddans l'armée, aspirait alors au premier rang. Suivant une vieille tradition, un aruspice lui dit un jour, pendant un sacrifice, qu'il était réservé à de grandes et merveilleuses destinées. Marius prit les secrets mouvements de son ambition pour la voix du ciel; et, après le siège de Zama, il déclara à Métellus qu'il était décidé à quitter l'Afrique pour briguer le consulat. Celui-ci, orgueilleux comme tous les patriciens, se moqua des projets de son lieutenant, plébéien sans naissance, sans richesses et sans crédit. Marius ne pardonna point à Métellus ses dédains et ses paroles pleines d'ironie. Il fomenta le mécontentement parmi les troupes , et fit si bien , que Lientôt officiers et soldats écrivirent à Rome pour se plaindre de Métellus et demander son rappel. Dans toutes les lettres Marius était loué sans mesure , et représenté comme le seul homme capable de mener à bonne fin la guerre d'Afrigue.
Ce tut sur ces entrefaites que Jugurtha recommença la guerre. Son premier soin fut de reprendre Vacca , où Métellus avait mis garnison. Il ga-
§na les habitants , qui , à un jour onné , se jetèrent sur les soldats romains et les massacrèrent. Titius Turpilius Silanus , leur commandant , fut
de Vacca (Bedja), aux confins du territoire romain et du royaume de Nmuidie.
L'UNIVERS
le seul qui échnppa; il parvint à se sauver et à rejoindre le consul. A la nouvelle du massacre de Vacca , Métellus part en toute hâte avec une lé-
fion et un détachement de cavalerie.
I se jette sur la ville , qui ne s'attendait point à une attaque aussi prompte; et quand il est maître des portes et des murs , il tire du massacre de ses soldats une affreuse vengeance. Les habitants de la grande et opulente Vacca sont égorgés , et leurs biens H- < Très au pillage.
j TRAHISON DE BOMILCAR. — Métel-
)us s'était vengé, mais il n'avait pas vaincu Jugurtha. Le roi numide avait fait de grands préparatifs , rassemblé des troupes, et il pouvait résister longtemps encore aux Romains. Pour abattre enfin cet ennemi redoutable, le consul , suivant en cela les traditions invariables de la politique du sénat, eut recours aux plus odieux moyens; il entretint des traîtres aux côtés mêmes de Jugurtha. Parmi eux se trouvait Bomilcar, dont nous avons déjà parlé. Cet homme se mit à la téte d'un vaste complot, qui échoua par un concours de circonstances que Salluste nous a fait connaître, et que nous devons rappeler * à notre tour , dans ce récit. Bomilcar, à l'instigation de qui Jugurtha avait entamé le traité de soumission qu'il abandonna ensuite par crainte , se voyant suspect au roi et se défiaut de lui , aspirait à un changement; il cherchait une ruse pour le perdre, et travaillait nuit et jour pour mettre à exécution son criminel dessein. A force de tentatives, il engagea enfin dans son complot Nabdalsa , homme considérable parmi les Numides , par sa naissance , ses biens et ses qualités. Nabdalsa jouissait de toute la faveur du roi , qui lui confiait volontiers , dans ses expéditions , des corps de troupes nombreux , et l'initiait au secret de toutes ses affaires. Bomilcar et son complice fixèrent ensemble le jour où ils dresseraient un piège à Juurtha, et convinrent , pour le reste , e régler leurs démarches suivant l'occurrence. Tîabdalsaallajoindre l'armée qu'il avait ordre de tenir autour des
quartiers où étaient les Romains, pour les empêcher de ravager impunément la campagne; mais, frappé de la grandeur du crime qu'il allait commettre, il resta dans l'inaction au jour marqué. Bomilcar, impatient d'exécuter son projet, et craignant d'ailleurs que l'épouvante ne fit changer de dessein à son complice , lui écrivit par des gens affidés, pour lui reprocher son hésitation et sa pusillanimité.
« C'est à vous d'opter lui disait-il en terminant, entre les récompenses et les supplices. » Au moment même où arriva cette lettre , Nabdalsa , fatigué d'un exercice violent , se reposait sur son lit. Il lut d'abord la lettre de Bomilcar , puis il médita longuement sur son contenu ; enfin , il s'abandonna au sommeil. Il avait pour confident un Numide qui le servait, et auquel il avait fait part de tous ses projets , excepté du dernier. Celui-ci , sur l'avis qu'il a de l'arrivée d'un message, pensant que, suivant sa coutume, on peut avoir besoin de son ministère ou de son talent, entre dans la tente de son maître, prend , tandis qu'il dort, la lettre de Bomilcar , et la lit avec attention. Quand il a connaissance de la conspiration , il se hâte d'aller trouver le roi. ISabsalda s'éveille peu de temps après, ne trouve plus sa lettre, et âpprend de ses esclaves tout ce qui s'est passé : il fait d'abord poursuivre le dénonciateur; mais voyant qu'il ne pouvait l'atteindre, il va lui-même implorer la clémence de Jugurtha , et le conjure avec larmes de ne point le soupçonner de complicité dans la trahison qu'on lui avait dévoilée. Le roi lui pardonna en effet; mais il fit mourir Bomilcar et plusieurs de ses complices. Depuis cette conspiration , Jugurtha ne goûta plus un seul instant de repos. En proie, de jour et de nuit, aux plus vives inquiétudes, le moindre mouvement, le bruit le plus léger l'épouvantaient. Quelquefois , dans les circonstances où il n'y avait pas même l'apparence du danger , il s'éveillait en sursaut , se jetait sur ses armes , et donnait l'alarme à ses troupes. Les accès de sa frayeur
NUMIDIE ET
ressemblaient , s'il faut en croire les historiens romains, aux accès de la folie.