‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 203 sur 246 · RETIENNE · texte numérisé non relu

RETIENNE

deux livres : l'un sur la Morale et les mœurs de l'Église catholique , l'autre sur la Morale et les mœurs des manichéens. Le résultat de cette comparaison , on le cqnçoit aisément, est tout entier à l'avantage de l'Église catholique. Augustin ne se contenta pas de montrer au grand jour la corruption des manichéens ; il les attaqua dans un des points fondamentaux de leur système ; et en examinant cette question : D'où vient le mal ? il combattit la doctrine des deux principes, l'un bon, l'autre mauvais , qu'ils admettaient. Ce fut sans doute cette controverse qui le conduisit à écrire son traité du Libre arbitre. En faisant au libre arbitre, dans tous les actes, une larjçe part (beaucoup plus large quecellequ'il lui accorda plus tard , dans la lutte contre Pelage et Célestius), il réfutait encore la doctrine des deux principes. Il n'acheva ce dernier traité qu'en Afrique, où il arriva enfin dans les derniers mois de l'année 388.

11 demeura quelque temps à Cartilage; puis, il revintà Tagaste, où il vécut, pendant trois ans environ, dans une profonde retraite. Il y acheva son ouvrage de la Musique, il composa à la même époque les deux livres de la Genèse , destinés à réfuter l'opinion des manichéens sur l'Ancien Testament, le livre du Maître, qui est un dialogue entre lui et son fils Adéodat, et le traité delà Fraie religion. Il sortit enfin de la retraite, et sur la demande d'un de ses amis qui voulait quitter le siècle et désirait ardemment le voir et l'entendre , il vint à Hippone. Il y fut retenu malgré lui , en quelque sorte, par les vœux du peuple ; et pour l'attacher à son église, l'éveque Valère l'ordonna prêtre, en 39 t. Le dernier lien qui unissait Augustin au monde avait été rompu par la mort prématurée d' Adéodat. Aussi , dès qu'il fut entré dans les ordres sacrés , il redoubla d'austérités, et sa vie fut encore plus retirée au'à Tagaste. Il fonda un1 monastère ou il rassembla autour de lui ses amis les pluschers, Alypius, Evck dius et Possidius. 11 ne sortait de sa retraite que sur les ordres de Valère, son évêque , pour instruire le peuple toujours avide de l'entendre.

La réputation d'Augustin était déjà grande à cette époque. Les évêques s a-

L'UNÎVERS.

dressaient volontiers à lui pour lui demander des prières et des conseils.

D'autre part, il exerçait sur ie peuple qu'il instruisait une autorité sans bornes. Ainsi, jusqu'à son temps, les évéques s'étaient en vain opposés dans la ville à certaine fétc qui entraînait à sa suite la débauche et de graves désordres.

Un concile même, tenu àHippone en 393, n'avait pu abolir les vieux usages. En 394, la parole seule d'Augustin fut plus puissante que les décrets du concile et que les exhortations des évéques ; elle fit cesser la féte populaire.

Au milieu des occupations nombreuses que lui imposait sa qualité de prêtre, Augustin trouvait encore le temps de servir l'Église par ses ouvrages. 11 écrivait son traité de t Utilité de croire , pour ramener à la foi un de ses amis appelé Honorât, et son livre des Deux âmes, pour réfuter les manichéens. Il attaqua encore ces derniers, en 394 , en soutenant contre l'un d'eux , Adimante , que l'Ancien et le Nouveau Testament n'étaient pas opposés Pun à l'autre , et que là même ou ils semblaient se contredire, il était facile de les concilier. Il entrait aussi volontiers en conférence publique avec les ennemis de sa doctrine ; c'est ainsi qu'en 392 il discuta pendant deux jours contre ie prêtre manichéen Fortunat, qui s'avoua vaincu.

Mais en Afrique ce n'était point le manichéisme oui avait porté les plus rudes coups à 1 unité de l'Église ; le catholicisme avait dans cette contrée des adversaires plus puissants et plus nombreux , les donatistes. Les partisans du schisme dominaient dans un grand nombre de provinces. Dans une de leurs réunions à Bagaïa , on compta plus de quatre cents évêaues dissidents. Augustin tourna bientôt tous ses efforts contre ces redoutables ennemis. Il essaya d'abord de ramener, par la persuasion, les donatistes nombreux qui se trouvaient à Hippone; puis il composa une sorte de chanson populaire où il racontait l'histoire du donatisme. II mêla au récit une réfutation du schisme. La forme qu'il avait adoptée dut contribuer singulièrement à propager son œuvre.

Ses idées étaient mises ainsi à la portée de tous, et pouvaient aisément pénétrer dans les villes et les campagnes, au sein

de la classe opprimée qui avait été gagnée presque tout entière à la cause du schisme.

Ce fut vers cette époque que Valère , accabléd'ans et d'infirmités, choisit Augustin pour coadjuteur et le lit nommer évéque d'Hippone.

tba vaux d'augustin dans l'épiscopat;il combat les hérésies; sa réputation s'étend au loin. — l'épiscopat ne changea en rien la vie d'Augustin. Il sortit, il est vrai , du monas-. tère qu'il avait choisi pour asile ; mais , au milieu du monde auquel il devait dès lors se mêler , il conserva les habitudes austères que depuis sa conversion il s'était imposées. Seulement son activité devint plus grande et le cercle de ses travaux s'agrandit. Il faisait au peuple de fréquentes instructions, visitait ou accueillait tous les citoyens d'Hippone qui réclamaient son assistance, et intervenait comme juge et comme médiateur dans les différends qui s'élevaient entre les membres de son Église.

On conçoit à peine qu'au milieu d'oocupations si diverses et si nombreuses, Augustin ait trouvé pour écrire quelques instants de loisir. Cependant dans les premiers temps de son épiscopat, il composa le Combat chrétien et le livre de la Croyance aux choses qu'on ne voit pas. Un peu plus tard, vers 397, il reprit la lutte contre les manichéens, et réfuta d'abord la lettre de Manès , appelée VÈpitre du fondement; puis, il fit ses Trente-trois Livres contre Fauste. Les ariens fixèrent aussi son attention, et il commença, pour les combattre, ses quinze livres de la Trinité. 11 écrivait aussi à la même époque le plus connu de tous ses ouvrages , les Confessions.

Tant d'activité et de science portèrent au loin la réputation d'Augustin. On le consultait de toutes parts. Pour lui, il répondait avec un zèle infatigable aux demandes qu'on lui adressait. Ce fut ainsi qu'au milieu des grands travaux que nous venons d'énumérer , il composa pour Deogratias, diacre de l'Église de Carthage , un traité sur la manière d'instruire les ignorants , et qu'il fit ( vers 397 ) deux livres pour résoudre certaines questions qui lui avaient été soumises par Simplicien,

AFRIQUE CHRÉTIENNE

évêuue de Milan et successeur de saint Ambroise. Le dernier de ces deux livres mérite une sérieuse attention. Il y expose déjà clairement, à propos de ces paroles de V Apôtre , « Qu'avez-vous ue vous n'ayez reçu? » cette doctrine e la grâce qui annihilait complètement le libre arbitre, et qu'il devait pousser jusqu'à ses dernières conséquences, dans sa lutte contre Pélage.

LES DONATISTES; LEURS DIVISIONS; LIVRES DE SAINT AUGUSTIN ; CONCI- LES. — Mais alors Augustin était surtout occupé par ses discussions contre les donatistes. L'occasion était bien choisie pour combattre le schisme. De»

puis plusieurs années déjà , l'église donatiste était en proie à de grandes divisions. Vers la Gn du siècle , les opinions de Ticonius, qui fut parmi les dissidents , suivant saint Augustin luimême, un éloquent et savant docteur, fournirent un nouvel aliment aux querelles et aux dissensions. La mort de Parménien, évêque donatiste de Carthage, acheva de désorganiser le schisme. Primien , qui fut élu , vers l'an 392 , avait excommunié un de .ses diacres, Maximien. Ce dernier, pour se venger, se fit un parti, et occupa par la force le siège de celui qui l'avait condamné.

Deux conciles se prononcèrent contre Primien ; mais un troisième, qui se tint à Bagaïa, prit sa défense et déclara cou-

{>ablé Maximien et ses adhérents. Ce fut à l'occasion d'une guerre où primianistes et maximianistes montrèrent une extrême violence.

Il faut encore ajouter à ces deux partis , dont le premier dominait à Carthage , dans la Proconsulaire et la Numidie , et le second, dans la Byzacène, celui des rogatistes, qui l'emportaient par le nombre sur tous les autres dissidents, dans la Mauritanie césarienne.

Augustin voyait avec joie toutes ces divisions. Elles lui fournissaient, dans ses conférences avec les évêques donatistes , avec Glorius et Fortunius , par exemple , aussi bren que dans ses écrits contre le schisme , des arguments sans réplique. Ce fut vers Tan 400 qu'il composa trois livres pour réfuter une lettre de Parménien adressée à Ticonius; sept livres sur la question tant controversée du baptême , et trois livres enfin contre

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