AFR. CHRÉT
les lettres de Pétilien , évêque donatiste de Cirta ou Constantine.
L'Eglise catholique d'Afrique, aussi bien qu'Augustin, avait repris courage et force. Elle multiplia alors les conciles. Les Pères se reunirent une fois à Hippone ; mais en général Carthage était le lieu fixé pour les assemblées. En 398, on compta dans la capitale de l'Afrique, sous la présidence d'Aurélius, deux cent quatorze évêques. La question du schisme était toujours agitée dans ces grandes réunions, et les Pères ne se séparaient jamais sans avoir promulgué quelques canons contre les donatistes.
DERNIERS VESTIGES DU POLYTHEIS- ME EN AFRIQUE ; LE TEMPLE DE JUnon-céleste; POLÉMIQUE DE SAINT AUGUSTIN CONTRE LES PAÏENS. — Le
schisme et l'hérésie n'étaient pas les seuls ennemis que l'Église catholique et saint Augustin eussent à combattre en Afrique. Le paganisme avait laissé dans cette contrée une profonde empreinte.
Dans les Mauritanies , la Numidie, la Proconsulaire , la Byzacène , à Carthage même, on trouvait encore, au commencement du Ve siècle , de nombreux adorateurs des anciens dieux. Les temples avaient été fermés , il est vrai , par ordre de Théodose; mais la sévérité des lois impériales n'empêchait pas les païens de se livrer, comme par le passé , aux pratiques de leur religion, et ils ne cessèrent point dans les jours solennels de se rassembler pour faire des sacrifices. La plus célèbre et la plus vénérée de toutes les divinités de l'Afrique était l'Astarté des Phéniciens. La race punique n'avait point été anéantie tout entière au moment où Scipion avait renversé l'ancienne Carthage. Parmi les hommes de cette race, beaucoup échappèrent alors au fer des Romains ou à l'esclavage, et continuèrent à vivre sur la terre d'Afrique. Les descendants des Phéniciens se soumirent, il est vrai, aux lois des vainqueurs; mais ils ne perdirent pour cela ni leur caractère national ni les traditions de leurs ancêtres. Ils conservèrent leurs dieux et leur culte, et les rapportèrent dans la colonie de Caïus Gracchus, où ils relevèrent le temple d'Astarté. 11 était dans la politique des Romains, non de combattre les croyances religieuses des vaincus, mais de les
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L'UNIVERS
adopter» ou plutôt de les combiner avec leurs propres croyances. Ainsi , ils essayèrent de concilier le culte d'Astarlé avec celui de leurs divinités , et sous le nom de Junon-Céleste ils adorèrent la déesse phénicienne. Le temple de Ju* non-Céleste fut , au temps de l'empire , le plus riche et le plus révéré de Carthage : Théodose le fit fermer en 891. Un peu plus tard , l'évéque Aurélius en prit possession et le dédia au Christ.
Mais après cette consécration , les païens (c'étaient sans doute des hommes de race punique et les derniers descendants des Carthaginois) ayant osé pénétrer dans son enceinte pour y renouveler en l'honneur d'Astarté leurs sacrifices et leurs cérémonies, il fut renversé de fond en comble (1).
L'empereur Honorius, dans son zèle, ne se borna pas à persécuter en Afrique le polythéisme oriental, grec ou romain; il envoya aussi dans les diverses provinces des officiers qui avaient pour mission de détruire, comme cela se fit avec éclat dans la Mauritanie, les images des dieux adorés par les po* pulations indigènes. Mais les païens étaient encore nombreux et puissants sous le fils de Théodose, et plus d'une fois ils opposèrent une vive résistance aux édits impériaux. A Suffète, par exemple, dans la Byzacène, ils massacrèrent soixante chrétiens qui avaient brisé une statue d'Hercule.
Us écrivirent aussi pour défendre leurs croyances ; et parmi eux il se trouva des hommesinstruits et éloquents qui firent une rude guerre au christianisme. Ce fut l'infatigable Augustin qui, oubliant alors pour un instant le schisme et l'hérésie, se chargea de réfuter les doctrines du polythéisme. Depuis longtemps les païens faisaient valoir contre la religion chrétienne un argument qui pouvait ébranler les ignorants. Ils disaient : Quand nos dieux étaient adorés, il y avait sur cette terre, pour les hommes , bonheur et sécurité.
C'est avec l'assistance de ces dieux que Rome a conquis le monde, qu'elle ra soumis à ses lois et qu'elle a rassem-
blé, pour ainsi dire, pour le protéger et le défendre, tout le genre humain dans son vaste empire. Tant que notré religion a régné sans partage, l'empire romain n'a pas rétrogradé et nul barbare n'a franchi^ impunément ses frontières. Qu'est-il arrivé après le triomphe du christianisme? l'empire a été en proie à d'effroyables calamités ; il a été sans cesse harcelé, envahi, ravagé, amoindri par les populations barbares.
Nos dieux se sont vengés, et il semble même qu'ils aient fait éclater particulièrement leur colère à l'égard des empereurs partisans et protecteurs du christianisme. Y eut-il jamais une famille plus malheureuse que celle de Constantin? Il faut donc attribuer à notre religion les anciennes prospérités de l'empire, et au christianime tous les maux qui nous accablent. Voilà le grand argument que firent valoir souvent avec une haute éloquence, comme Libanius et Symmaque, les défenseurs du polythéisme. La prise de Rome,
(>ar Alaric, en 410, sembla Justifier es raisons des païens. Le coup qui avait frappé la ville éternelle eut dans toutes les provinces un long retentissement.
Il y eut alors bien des hommes qui , dans des instants de doute et de découragement, furent tentés d'attribuer au christianisme les calamités de l'empire.
Ce fut au milieu de ces grandes catastrophes que se mirent à l'œuvre Paul Orose et Augustin : l'un composa son Histoire, l'autre sa Cité de Dieu. Tous deux par des voies diverses tendaient au même but. Ils voulaient raffermir leurs frères qui chancelaient, amener à la foi ceux qui ne croyaient pas en-
core, et pour cela ils s efforcèrent de montrer à tous les yeux combien étaient vaines les accusations que le polythéisme, aigri par sa récente défaite et le sentiment de son impuissance, avait portées contre le christianisme victorieux.
les d0nat1stes sont poursuivis avec acharnement; conciles de cabthage; conférences db l'an