‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 205 sur 246 · CONDAMNATION «ES DON ATISTES', LE TRIBUN MARCELLIN; LOI D'HONO · texte numérisé non relu

CONDAMNATION «ES DON ATISTES', LE TRIBUN MARCELLIN; LOI D'HONO

bius. — Quels que fussent les travaux d'Augustin, ses yeux et son attention ne se détournaient jamais des douatistes. L'extinction du schisme était sa

(l) Yoy. sur la religion des Carlhiginois temple d Astarlé et la persistance de la race nique en Afrique, notre Histoire de Carthage, p. 139, 145 et l&:i.

Je pu-

grande affaire et , en cela , il se conformait à la pensée de tous les catholiques de l'Afrique. 11 arriva un moment où ceux-ci, poussés par le vif désir d'opérer la réunion des deux Églises, recoururent au moyen extrême d'invoquer l'Intervention du pouvoir temporel. En 404, les Pères d'un concile rassemblé à Carthage s'adressèrent à l'empereur pour obtenir de lui aide et appui dans leur lutte contre le donatisme. Dès lors ils ne cessèrent plus d'implorer son assistance. Hononus accueillit leurs demandes, et pour obéir aux instructions qu'ils avaient reçues de Ravenne, les officiers qui gouvernaient l'Afrique traitèrent les partisans du schisme avec une excessive rigueur. Mais ce fut surtout vers 410 que l'empereur donna aux catholiques des preuves éclatantes de sa bienveillance.

Il y avait longtemps qu'on voulait amener les évêques des deux Églises à discuter , dans une conférence publique, les motifs de la séparation. DepuisTnéodose, les catholiques désiraient ardemment cette conférence. Ils l'offrirent plusieurs fois aux donatistes. Ceux-ci, prévoyant les résultats qu'entraînerait inévitablement à sa suite une condamnation sous des empereurs qui leur étaient ouvertement hostiles, repoussèrent jusqu'en l'année 410 les propositions des catholiques. Alors quelquesuns d'entre eux se laissant entraîner acceptèrent la discussion publique. Les catholiques et l'empereur Honorius se hâtèrent de profiter de ces dispositions, et un rescrit émané de la chancellerie impériale enjoignit aux évêques des deux Églises de se rendre à Carthage. « Ce rescrit, dit Fleury , fut adressé à Flavius Marcellin, tribun et notaire, dignité alors considérable. C'était un homme pieux et ami de saint Jérôme et de saint Augustin, comme il paraît par leurs lettres. Le rescrit ordonne que les évêques donatistes s'assembleront a Carthage dans quatre mois, afin que les évêques choisis de part et d'autre puissent conférer ensemble. Que si les donatistes ne s'v trouvent pas , après ovoir été trois fois appelés, ilsseront dépossédés de leurs églises. Marcellin est établi juge de la conférence, pour exécuter cet ordre et les autres lois don-

ÎR ETIENNE iS

nées pour la religion catholique, et l'empereur lui donne pouvoir de prendre entre les officiers du proconsul , du vicaire, du préfet du prétoire et de tous les autres juges , les personnes nécessaires pour l'exécution de sa commission. Le rescrit est daté de Ravenne, la veille des ides d'octobre, sous le consulat de Varane, c'est-à-dire le quatorzième d'octobre 4 10 Le tribun

Marcellin étant venu à Carthage donna son ordonnance, par laquelle il avertit tous les évêques d'Afrique, tant catholiques que donatistes, de s'v trouver dans

auatre mois, c'est-à-dire le premier jour e juin, pour v tenir un concile. Il charge tous les officiers des villes de le faire savoir aux évêques et de leur signifier le rescrit de l'empereur et cette ordonnance. Il déclare, quoiqu'il n'en eût pas d'ordre de l'empereur, que l'on rendra aux évêques donatistes qui promettront de s'y trouver, les églises qui leur avaient été ôtées selon les lois , et leur permet de choisir un autre juge, pour être avec lui l'arbitre de cette dispute. Enfin il leur proteste avec serment qu'il ne leur fera aucune injustice, qu'ils ne souffriront aucun mauvais traitement, et retourneront chez eux en pleine liberté.

Il défend cependant que Von fasse aucune poursuite, en vertu des lois précédentes. Cet édit était du quatorzième des calendes de mars , c'est-à-dire du seizième de février 411 , en sorte que les quatre mois, à la rigueur, échéaient le seizième de mai ; mais par indugence il donnait jusqu'au premier de juin.

Les évêques donatistes se rendirent à Carthage au plus grand nombre qu'ils purent, pour montrer que les catholiques avaient tort de leur reprocher leur petit nombre. La lettre que chacun de leurs primats envoya, selon la coutume, à ceux de sa province, et que l'on nommait Tractoria , portait que, toutes affaires cessant, ils se rendissent à Carthage en diligence, pour ne pas perdre le plus grand avantage de leur cause.

En effet, tous y vinrent, excepté ceux que la maladie* ou l'extrême vieillesse retint chez eux , ou arrêta en chemin ; et ils se trouvèrent environ deux cent soixante et dix. Ils entrèrent à Carthage le dix-huitième de mai, eu corps et en procession , en sorte qu'ils attirèrent les

L'UNIVERS

yeux de toute la ville : les évéques catholiques entrèrent sans pompe et sans éclat, mais au nombre de deux cent quatre-vingt-six. Quand ils furent tous arrivés, Marcellin publia une seconde ordonnance, où il avertit les évéques d'en choisir sept de chaque côté pour conférer, et sept autres pour leur servir de conseil en cas de besoin, à la charge de garder le silence, tandis que les premiers parleraient. Le lieu de la conférence, ajoute-t-il, sera les thermes Gargiliennes. Aucun du peuple, ni même aucun autre évêquen'y viendra, pour éviter le tumulte. Mais avant le jour de la conférence tous les évéques de l'un et de l'autre parti promettront par leurs lettres, avec leurs souscriptions, de ratifier tout ce qui aura été fait par leurs sept députés. Les évéques avertiront le peuple, dans leurs sermons, de se tenir en repos et en silence. Je publierai ma sentence, et l'exposerai au jugement de •tout le peuple de Carthage : je publierai même tous les actes delà conférence, et , pour plus grande sûreté, je souscrirai le premier à toutes mes paroles, et tous les commissaires souscriront de même aux leurs, afin que personne ne puisse nier ce qu'il aura dit (1). »

Pour plus de sûreté encore, Marcellin choisit, dans chaque parti , quatre évé-

3ues chargés de surveiller la rédaction es actes de la conférence. Puis, il s'occupa de maintenir à Carthage la tranquillité publique. L'afïïuence des étrangers devait être grande alors dans cette ville déjà si populeuse; toutefois rien n'indique que des désordres y aient éclaté. Les évéques exhortèrent le peuple à la modération et à la paix, mais nul , il faut le croire , n'exerça plus d'autorité sur la foule que saint Augustin. Dans ces circonstances solennelles l'évêque d'Hippone était accouru pour donner à l'Église dont il était déjà depuis longtemps un des plus fermes soutiens, l'appui de son érudition, de son éloquence et de son nom. Quand on. eut réglé l'ordre de la conférence, les catholiques le mirent au nombre de leurs sept commissaires, lui adjoignant ses amis les

5 lus chers : AlypiusdeTagaste, Possidius e Calame et Aurelius de Carthage.

(I) FIcury ; Hist. ecclés. , t. V , p. 317 , 320 et

Enfin, le moment de comparaître et de discuter arriva. Alors les donatistes, qui se défiaient de Marcellin et de ses vingt assesseurs laïques, et qui se croyaient sans doute condamnés à l'avance, élevèrent.d ifficultés sur difficultés pour arrêter la conférence. D'abord Petilien de Cirta contesta au délégué impérial le droit de siéger dans une réunion d'évêques et de décider dans une question purement religieuse. Puis, les prélats donatistes demandèrent à assister à la discussion , non plus au nombre fixé par Marcellin, mais en corps. Ces débats préliminaires durèrent longtemps, il est vrai, mais ils ne firent pas perdre de vue aux catholiques le but qu'ils s'étaient proposé. Ils entamèrent la discussion ; ils parlèrent du schisme en général; ensuite ils abordèrent la question de fait depuis un siècle controversée qui concernait Cécilien et son élection. On lit dans les documents contemporains que les donatistes ne purent répondre aux arguments de leurs adversaires. « Enfin le tribun Marcellin dit : Si vous n'avez rien à dire au contraire , trouvez bon de sortir, afin que l'on puisse écrire la sentence qui prononce sur tous les chefs. Ils se retirèrent de part et d'autre; Marcellin dressa la sentence, et ayant fait rentrer les parties , il leur en fit la lecture. 11 était déjà nuit, et cette action finit aux flambeaux quoiqu'elle eût commencé dès le point du jour, et que ce fut le huitième de juin. Aussi les actes en étaient trèslongs, et contenaient cinq cent quatrevingt-sept articles. Il nous en reste deux cent quatre-vingt-un , c'est-à-dire jusques à l'endroit où saint Augustin commençait à traiter la cause générale de l'Église. On a perdu le reste, qui contenait plusieurs actes importants et curieux; mais saint Augustin nous en a conservé la substance et nous avons la table entière des articles, dressée par un officier nommé Marcel , à la prière de Severien et de Julien. La sentence du tribun Marcellin ne fut proposée en public que le vingt-sixième de juin. H déclare que comme personne ne doit re condamné pour la faute d'autrui, les crimes de Cécilien, quand même ils auraient été prouvés, n auraient porté aucun préjudice à l'Église universelle;

AFRIQUE Cl

qu'il était prouvé que Dona était l'auteur du schisme ; queCécilien et son ordinateur Félix d'Aptonge avaient été pleinement justifiés. Après cet exposé, il ordonne aux magistrats, aux propriétaires et locataires des terres d'empêcher les assemblées des donatistes dans les villes et en tous lieux ; et à ceux-ci de délivrer aux catholiques les églises qu'il leur avait accordées pendant sa commission; que tous les donatistes qui ne voudront pas se réunira l'Église, demeureront sujets à toutes les peines des lois , et que pour cet effet tous leurs évéques se retireront incessamment chez eux; enfin, que les terres où Ton retire des troupes de circoncellions seront confisquées. Ces actes de la conférence furent rendus publics, et on les lisait tous les ans tout entiers dans l'Église à Carthage, à Tagaste , à Constantine , à Hippone et dans plusieurs autres lieux ; et cela pendant le carême, lorsque le jeûne donnait au peuple plus de loisir d'entendre cette lecture. Toutefois, il y avait peu de gens qui eussent la patience de les lire en particulier , à cause de leur longueur et des chicanes dont les donatistes avaient affecté de les charger. C'est ce qui obligea saint Augustin d'en faire un abrégé, qui en comprend toute la substance; et il y avait ajouté des nombres . pour avoir facilement recours aux actes mêmes. Les donatistes se déclarèrent appelants de la sentence de Marcellin, sous prétexte qu'elle avait été rendue de nuit et que les catholiques l'avaient corrompu par argent : ce qu'ils avançaient au hasard sans aucune preuve.

Ils disaient aussi que Marcellin ne leur avait pas permis de dire tout ce qu'ils voulaient, et qu'il les avait tenus enfermés dans le lieu de la conférence, comme dans une prison. Mais saint Augustin réfuta ces calomnies par un traité qu'il lit ensuite, adressé aux donatistes laïques , où il releva tous les avantages que l'Église catholique avait tirés de la conférence, les efforts que les donatis* tes avaient faits pour éviter qu'elle ne se tînt; les chicanes dont ils avaient usé pour ne point entrer en matière ; les plaintes qu'ils avaient répétées deux fois , qu'on les y faisait entrer malgré eux ; enfin ce mot important qui leur était échappé, qu'une affaire, ni une

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