‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 206 sur 246 · RETIENNE. 3J · texte numérisé non relu

RETIENNE. 3J

personne ne fait point de préjugé contre une autre. Cependant le tribun Marcellin ayant fait son rapport à l'empereur Honorius de ce qui s'était passé dans la conférence, et les donatistes ayant appelé devant lui, il y eut une loi donnée à Ravenne , le troisième des calendes de février, sous le* neuvième consulat d'Honorius et le cinquième de Théodose, c'est-à-dire le troisième de janvier 412, qui, cassant tous les rescrits que les donatistes pouvaient avoir obtenus , et confirmant toutes les anciennes lois faites contre eux , les condamne à de grosses amendes , suivant leur condition, depuis les personnes illustres jusqu'au simple peuple, et les esclaves à punition corporelle:; ordonne que leurs clercs seront- bannis d'Afrique et de toutes les églises rendues aux catholiques. La conférence fut le coup mortel du schisme des donatistes ; et depuis ce temps ils vinrent en foule so réunir à l'Église, c'est-à-dire les évéques avec les peuples entiers (1). »

En effet, la masse des schismatiques, suivant la remarque de Fleury et de quelques autres historiens, revint à l'Église catholique. Mais cette conversion , œuvre de la force , n'était point sincère. Les donatistes voulaient, avant tout, échapper aux amendes, à l'expropriation , à l'exil, à tous les châtiments enfin prononcés par l'édit d'Honorius contre ceux qui persévéraient dans le schisme. Ils conservaient sous les dehors d'une apparente soumission un vif ressentiment de leur défaite. Ils le montrèrent bientôt. Deux ans à peine s'étaient écoulésdepuis la conférence de Carthage, qu'ils profitèrent de la rébellion du comte Héraclien et des désordres qui la suivirent pour se venger. Ils s'attachèrent surtout à perdre le tribun Marcellin, le plus implacable de leurs ennemis. Ils le firent décapiter avec son frère. Quand le pouvoir impérial se fut raffermi en Afrique, ils cédèrent etse soumirent de nouveau. Ils vécurent ainsi , cachant leur haine, jusqu'en l'année 4 29, où l'invasion des barbares leur offrit l'occasion d'exercer sur les catholiques de nouvelles vengeances.

OPINIONS DE SAINT AUGUSTIN SUE (i) Fleury; Hist. ecclés., t. V, p. 345 et suiv.

L'UNIVERS

l'intervention du pouvoir temporel DANS LES AFFAIRES DU SCHISME.

— Saint Augustin montra à tous les instants de la lutte qu'il eut à soutenir contre les donatistes, de la modération , de la douceur et de la charité; plus d'une fois, cependant, il se laissa entraîner par les passions de son parti et de son temps. Sa polémique fut alors dure et violente; il demanda et en même temps déclara légitime l'intervention du pouvoir temporel dans les affaires religieuses, et il invoqua la persécution. Mais, nous le répétons , 1 esprit de charité domina toujours dans saint Augustin. Au moment même où il se réjouissait de la sentence portée par le tribun Marcellin et de l'édit d'Honorius, où les officiers impériaux sévissaient avec rigueur- contre les donatistes , son âme s'attendrit , la douceur l'emporta sur la passion, et comme le prouve le fait que nous allons raconter, il devint le protecteur des persécutés. A Hippone, les donatistes étaient nombreux. Après la conférence de Carthage ils se soulevèrent et se portèrent à de graves excès; ils tuèrent un prêtre catholique appelé Restitut et en blessèrent un autre. Les coupables furent jetés en prison , battus de verges , conduits enfin devant les magistrats impériaux. Ce fut alors que saint Augustin écrivit aux juges Marcellin et Apringius deux lettres où l'on trouve les passages suivants :

« J'ai appris, dit-il à Marcellin , que « ces circoncellionsetces clercs du parti « donatiste,que l'autorité publique avait « transférés delà juridiction d'Hippone « à votre tribunal , avaient été enten- « dus par votre excellence, et que la plu- « part d'entre eux avaient avoué l'homi- « cide qu'ils avaient commis sur le pré- « tre catholique Restitut et les blessures «qu'ils ont faites à Innocent, prêtre « catholique, en lui crevant un œil et en « lui coupant un doigt. Cela m'a jeté « dans une grande inquiétude que votre « excellence ne veuille les punir avee « toute la rigueur des lois , en leur fai- « saut souffrir ce qu'ils ont fait. Aussi, «j'invoque par cette lettre la foi que « vous avez en Jésus-Christ ; et, au nom « de sa divine miséricorde, je vous « conjure de ne point faire cela , et de « ne point permettre qu'on le fasse. Quoi-

« que nous puissions en effet paraître « étrangers à la mort de ces hommes qui « sont soumis à votre jugement, non sur « notre accusation , mais sur l'avis de « ceux auxquels est confié le soin de la « paix publique, nous ne voulons pas « que les souffrances des serviteurs de a Dieu soient vengées , d'après la loi du « talion, par des supplices semblables.

« Non que nous vou lions em pécher q u'on « ôte aux hommes coupables le moyen « de mal faire ; mais nous souhaitons « que ces hommes, sans perdre la vie, et « sans être mutilés en aucune partie de « leur corps, soient, par la surveillance « des lois, ramenés, d'un égarement fu- « rieux, au calme du bon sens, ou dé- « tournés d'une énergie malfaisante , ■ pour être employés à quelque travail a utile. Cela même est encore une con- « damnation; mais peut-on ne pas y « trouver un bienfait plutôt qu'un sup « plice, puisqu'eu ne laissant plus de « place à l'audace du crime, elle permet « le remède du repentir? Juge chrétienci remplis le devoir d'un père tendre; « dans ta colère contre le crime, sou- « viens-toi cependant d'être favorable « à l'humanité; et en punissant les ato tentats des pécheurs, n'exerce pas « toi-même la passion de la vengeance. » Augustin terminait cette lettre touchante par des raisons prises dans l'intérêt du christianisme, et qui lui conv mandaient la douceur : « J'atteste, di- « sait-il, que cela seul est utile, est « salutaireà l'Églisecatholique;ou,pour « ne point paraître sortir de majuridic- « tion , je l'atteste du moins, de 1 église « d'Hippone. Si tu ne veux pas écouter * la prière d'un ami , écoute le conseil « d'un évêque. • La lettre qu'il adressait au proconsul Apringius était non moins expressive : « Epargne, lui disait- « il, ces coupables convaincus; laisse-leur « la vie et le temps du repentir (1). »

Rapprochons encore de ces paroles les opinions pleines de tolérance et de douceur que saint Augustin professa, à diverses époques , soit dans les livres, soit dans les discours qu'il adressa aux fidèles de son Église : « L'homme n'apas été douéde la faeultéde prévoir infan.i-

(I) M. Vîliemain ; de r Éloquence chrétienne dans le quatrième siècle. Voy. Mélanges UtU* raircs, p. 471 et suiv.

blâment ce que penseront, dans la suite des temps, ceux de ses semblables qu'il juge être actuellement dans l'erreur; il ne sait pas jusqu'à quel point les foutes des méchants contribuent au perfectionnement des bons. Il faut donc bien se garder d'ôter la vie à ceux-là ; car voulant tuer des méchants, on ne ferait souvent que tuer ceux qui sont destinés à rentrer dans la bonne voie, ou bien on nuirait aux bons, auxquels, quoique malgré eux, les méchants sont utiles.

On ne peut porter de jugement fondé et équitable sur les hommes qu'à la (in de leur vie, lorsqu'il n'y a plus possibilité, ni de changer de conduite, ni de servir la cause de la vérité par la comparaison de Terreur. Mais ce jugement, il n'est donné qu'aux anges de le porter, et

non aux hommes Reste bon et

souffre les méchants. Il vaut mieux, demeurant dans le sein de l Église, supporter les méchants à cause des bons, nue de s'exnoser à s'en séparer, abandonnant et les bons et les méchants. S'il y aavectoi des bêtes féroees, c'est-à-dire s'il y a avec toi dans l'Église des apôtres de doctrines erronées, de faux croyants, hérétiques ou schismatiques, ou mauvais catholiques , cherchant, comme les bêtes féroces, à dévorer lésâmes, qu'elles soient tolérées jusqu'à la fin des siècles Tolère ; tu es né pour cela :

tolère, car tu as probablement aussi besoin d'indulgence. Si tu as toujours été bon, montre-toi miséricordieux ; si tu as commis des fautes , n'en perds pas La mémoire. Il faut souffrir l'ivraie dans le bon grain, les boucs entre les chevreaux , les béliers entre les moutons.

Ce mélange aura un terme, et le temps

de la moisson viendra Sois bon,

et prends le mal en patience. Sois bon intérieurement; car si tu ne l'es pas de cette manière , tu ne peux pas te vanter de l'être. Quand tu seras bon intérieurement , tu supporteras celui qui est méchant intérieurement et extérieurement. Tolère l'hérétique déclaré, tolère le païen, tolère le Juif, tolère enfin le mauvais chrétien caché. » Ce sont là de grands et généreux sentiments que de nos jouisles ennemis les plus ardents de l'Église catholique ont loués et admirés (1). En lisant les lignes que nous (l) Voy. M. de Potter*; Histoire philosophé

venons de transcrire, on oublie volontiers que parfois, dans l'ardeur de la lutte, saint Augustin se laissa emporter jusqu'à prêcher l'intolérance.

i. r. PELAGIAMSMR EN AFRIQUE. ~

L'Église catholique en Afrique venait à peine de triompher du schisme qu'elle fut exposée à un nouveau danger. C'était l'hérésie, cette fois, qui devait la diviser.

Au commencement du cinquième siècle, deux hommes originaires de la Grande-Bretagne, Pélage et Célestius se mirent à sonder, soit dans la méditation, soit dans leurs entretiens, les

Questions les plus graves et les plusdifciles qui aient jamais agité l'esprit humain. Ce fut , dit-on , un certain Rufin, venu de Syrie, qui leur donna l'im-

Fmlsiou et leur fournit quelques-unes de eurs solutions. Ils vivaient alors à Rome, où ils arrêtèrent leur doctrine.

Ils s'étaient demandé : Dieu intervientil dans nos actes? Sommes-nous libres d'accomplir, à notre gré, le bien et le mal? Est-ce Dieu qui veut pour nous, et ne sommes-nous que des instruments dont les mouvements sont prévus et réglés à l'avance? Si, disaient-ils, nous ne pouvons nous déterminer par nousmêmes , nous ne sommes point responsables du bien et du mal que nous faisons; nous ne méritons ni ne déméritons. — Ces raisonnements les conduisirent peu à peu à rejeter la grâce divine, sans laquelle, suivant l'Église, l'homme ne peut rien, et à rapporter exclusivement! dans chacun de nos actes, le bien et le mal à la faculté que nous avons de nous déterminer par nousmêmes, à notre libre arbitre.

Pélage et Célestius quittèrent Rome vers 409, pour aller en Sicile : delà ils passèrent en Afrique. Ils s'arrêtèrent d'abord à Hippone (410); puis, ils se

que, etc. , du Chrittianisme, t. H, p. IM). — Nous devons ajouter ici que parmi les écrivains ecclésiastiques, plusieurs, aujourd'hui même, semblent approuver les pages ou sain» Augustin, parlant de l'intervention du pouvoir temporel dans le schisme des donalisles, admet la persécution comme moyen légitime de répression. Les doctrines de ces écrivains ne sont point de notre siècle, et ne portent pas remprunte du véritable esprit chrétien. D ailleurs, comme nous venons de le voir, elles sont condamnées par saint Augustin lui-même.

L'UNIVERS

rendirent à Carthage. C'est de là que partit Pélage pour aller dans la Palestine. Célestius était resté dans la capitale de l'Afrique pour y propager la nouvelle doctrine. C'était , s'il faut en croire ses contemporains, un homme plus audacieux encore que Pélage. Il ne reculait devant aucune des conséquences de son système; et bientôt on le vit repousser, comme contraire à la théorie du libre arbitre, la croyance au péché originel et nier la nécessité du baptême et de la rédemption.

L'Église d'Afrique s'alarma des progrès de l'hérésie, et un concile convoqué a Carthage (412) condamna Célestius.

Le pélagianisme, comme on l'apprend par l'acte d'accusation oui fut dressé alors, attaqua, dès son début, les doctrines de PEglisecatholique avec une singulière hardiesse. On reprochait à Célestius d'avoirdit : « 1° qu'Adam avait été créé sujet à la mort ; 2° que son péché n'avait nui qu'à lui et ne s'était pas communiqué à sa race , ce qui détruisait la croyance du péché originel; 3° que les enfants en naissant sont dans le même état où était Adam avant son péché; 4° que le péché d'Adam n'est

Kàs la cause de la mort de tout le genre umain, non plus que la résurrection de Jésus-Christ la cause de la résurrection de tous les hommes ; 5° que la loi naturelle conduit au royaume des cieux comme l'Evangile; 6* que même avant la venue de Jésus-Christ , il y avait des hommes impeccables , c'est-a-dire sans péché ; 7° que les morts sans baptême ont la vie éternelle. » Après sa condamnation Célestius se retira en Asie (1).

SAINT AUGUSTIN COMBAT LES pélagiens; concile; RAPPORTS DES

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