ÉGLISES D'AFRIQUE AVEC L'ÉGLISE DE
rome. — Le concile de Carthage n'avait point arrêté les progrès de l'hérésie : le pélagianisme pénétrait en tous lieux.
Alors, pour conjurer ce pressant danger, lès docteurs les plus illustres de l'Église catholique se mirent à l'œuvre. Pour
i II) Nous ne pouvons, dans ce résumé rapide, traiter avec quelque étendue la question du pélagianisme. Nous renvoyons sur ce point aux diverses histoires de l'Église. Il est inutile, suivant nous , de signaler ici , parce qu'elles sont connues de tous, les pages qui ont été écrites de nos jours sur ce grave sujet par MM. Guizot et J. J. Ampère.
eux la théorie du libre arbitre , telle que la formulaient Pélage et ses disciples, était un excès de l'orgueil humain.
Prétendre que l'homme avait la faculté de vouloir, de se déterminer, indépendamment de toute influence supérieure , et conclure, de là, que sans l'assistance de Dieu , il pouvait, suivant qu'il faisait un bon ou mauvais usage de son libre arbitre, mériter ou démériter, n'était-ce point enlever à Dieu une partie de sa toute-puissance, égaler en quelque sorte l'homme à Dieu? n'était-ce point comme le disait saint Jérôme , renouveler la tentative des anges rebelles? Aux yeux des défenseurs de la foi catholique, pour employer l'énergique expression d'un écrivain moderne, Satan aussi avait été péiagien (1).
Après avoir hésité quelque temps, saint Augustin se lança avec ardeur dans la discussion. Il n'essaya point de transiger , de concilier la liberté avec la grâce; il s'avança aussi loin dans la théorie de la grâce que Pélage dans celle de la liberté.
« De toutes les doctrines psychologi- Ues de saint Augustin, la plus digne 'attention est celle qu'il a émise sur la nature du libre arbitre. Les rapports étroits qui existent entre cette question et celle de la grâce, et l'autorité dont, jouit l'évéque d'Hippone dans l'Église, principalement à cause de la manière dont il a combattu les pélagiens , donnent une importance particulière à ce qu'il a écrit sur cet objet. Le traité du Libre Arbitre, divisé en trois livres, fut achevé par saint Augustin en 395, vingtdeux ans, par conséquent, avant la condamnation de Pélage par le pape Innocent Ier, en 417. Il était dirigé contre les manichéens, qui affaiblissaient la liberté en soumettant l'homme à l'action d'un principe du mal , égal en puissance au principe du bien. Il était naturel que, pour combattre avec succès de pareils adversaires, saint Augustin accordât le plus possible au libre arbitre. Aussi voit-on , par une lettre adressée à Marcellin,en4l2, qu'il n'est pas sans crainte que les pélagiens ne s'autorisent de ses livres composés longtemps avant qu'il fût question de leur erreur. La philoso-
(l) Rohrbacher; Hist. univers, de l'Église catholique f t. VII, p. 504.
AFRIQUE CHRÉTIENNE
phie ne peut donc rester indifférente au désir d'étudier de quelle manière fauteur du traité du Libre Arbitrez pu se retrouver plus tard le défenseur exclusif de la grâce , et concilier les principes philosophiques avec les données de la révélation. Nous ne pouvons toutefois , sur ce point , présenter que de courtes explications. Dans ses livres sur le Libre Arbitre, saint Augustin reconnaît que le fondement de la liberté est dans le principe même de nos déterminations volontaires. Le point de départ de tout acte moral humain est l'homme lui seul , considéré dans la faculté qu'il a de se déterminer sans l'intervention d'aucun élément étranger (deLib. Arb., Mb. III , c. 2 ). Dans sa manière de définir Le libre arbitre, le mérite de la bonne action appartient à l'homme ; rien n'a agi sur sa volonté en un sens ou en un autre; sa détermination est parfaitement libre. Saint Augustin a-t-il maintenu ces principes dans sa controverse contre Péîage? Une étude plus attentive des saintes Écritures, et principalement de saint Paul, ne luia-t-elle pas fait modifier sa manière de voir? L'examen philosophique de ses écrits ne nous semble laisser au critique impartial aucun doute à cet égard (1). » Au moment où parut le péla"ianisme, saint Augustin avait déjà modiliéses premièresopinions sur le libre arbitre. Dès l'année 398, comme nous l'avons dit, dans une lettre adressée à Simplicien, et à propos de ce texte de Saint Paul : Qitavez-vous que vous n'ayez reçu? il avait amoindri, si nous pouvons nous servir de cette ex-
firession , le libre arbitre pour exalter a grâce. Sa lutte contre Pélage et Célestius ne Gt que rendre ses opinions plus absolues. Dès lors dans ses conversations, ses sermons, ses ouvrages ( du Mérite et de la rémission des péchés; de la Grâce du Nouveau Testament ; de V Esprit et de la lettre; Traité de la nature et de la grâce ; de la Per> fection de la justice de l'homme; lettre à Hilaire en Sicile), il affirme que l'homme ne veut et ne peut que par Dieu, et si parfois il parie encore du
(I) Voy. Dictionnaire des Sciences philosophiques par une société de professeurs de philosophie: art. Saint Augustin ; 1. 1 . p. 257 ; Paris, 1814.
libre arbitre, il déclare que ce libre arbitre est dans la dépendance d'un pouvoir supérieur, qu'il est complètement subordonné à la grâce.
L'opinion de saint Augustin fut adoptée par l'Église d'Afrique. En 416, les évéques de cette Église tinrent deux conciles, l'un à Cannage, l'autre à Milève, où ils condamnèrent Pélage et Célestius. Puis, ils s'adressèrent au pape Innocent qui, en 417, donna son adhésion à la sentence qu'ils avaient prononcée. Mais on put craindre un instant (418 ) que Zozime, successeur d'Innocent , n'approuvât , comme l'avaient déjà fait avant lui les évéques d'Orient, rassemblés à Diospolis , quelues-unes des opinions du pélagianisme.
a conduite pleine de modération à l'égard de Pélage et de Célestius excita en Afrique de vives appréhensions.
Les évéques se rassemblèrent de nouveau à Carthage, en 418, et là ils confirmèrent en quelque sorte, par une nouvelle condamnation de l'hérésie, leurs premières décisions. La sentence qu'ils prononcèrent nous fait connaître les hardies conséquences que les pélagiens avaient tirées de leur théorie du libre arbitre. « Quiconque dira qu'Adam a été fait mortel , en sorte que , soit qu'il péchât ou qu'il ne péchât point, il dut mourir, c'est-à-dire sortir du corps, non par le mérite de son péché, mais par la nécessité de sa nature ; qu'il soit anathème ! Quiconque dit qu'il ne faut pas baptiser les enfants nouveau-nés ; ou que , bien qu'on les baptise pour la rémission des péchés , ils ne tirent d'Adam aucun péché originel qui doive être expié par la régénération, d'où s'ensuit que la forme du baptême pour la rémission des péchés est fausse à leur égard ; qu'il soit anathème! Quiconque dira que la grâce de Dieu qui nous justifie par Jésus-Christ , ne sert que pour la remission des péchés déjà commis , et non pour nous aider encore à n'en plus commettre; qu'il soit anathème ! Si quelqu'un dit que la même grâce nous aide à ne point pécher seulement en ce qu'elle nous ouvre l'intelligence des commandements , afin que nous sachions ce que nous devons chercher et ce que nous devons éviter; mais qu'elle ne nous