‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 234 sur 246 · LEGENDES ETVTEILL ES TRADITIONS · texte numérisé non relu

LEGENDES ETVTEILL ES TRADITIONS

rapportées par procope. — L'apparition subite, sur les côtes d'Afrique, de l'armée impériale, la marche heureuse et rapide de Bélisaire, cette révolution enfin qui avait enlevé, en quelques jours, un trône à Gélimer, et aux Vandales une conquête achetée par un demi-siècle de fatigues et de combats, firent sur les masses une vive et profonde impression. L'imagination était frappée de ces caprices inattendus et mystérieux de la fortune, et, par un penchant naturel, vainqueurs et vaincus cherchèrent à retrouver, dans le passé, les signes qui avaient annoncé les événements qui venaient de s'accomplir.

Depuis longtemps, à Carthage, les enfants avaient coutume de répéter dans leurs jeux : « Le G chassera le B, et, à son tour, le B chassera le G. » Ces mots, qui n'avaient aucun sens en apparence, dirent les Grecs après leur victoire,- renfermaient pourtant une prophétie; car ils indiquaient clairement que Genséric avait chassé Boniface, et que, plus tard, Bélisaire devait chasser Gélimer.

L'UNIVERS

Les catholiques, à leur tour, trouvèrent, dans le triomphe des troupes de Justinien , l'explication d'une merveilleuse vision qui les préoccupait depuis longtemps. Jadis, ils avaient élevé, sur le rivage, une magniGque église à Cvprien, le plus illustre des évéques de Carthage. Là, ils célébraient, chaque année, en grande pompe, une fête que, du nom du saint, on appelait Cyprienne. Au temps du roi Hunéric, cette église fut enlevée aux vrais croyants et donnée aux ariens. La tristesse des catholiques fut grande. Cependant une vision céleste vint les consoler. Cvprien apparut en songe à plusieurs fidèles, et leur dit : « Prenez courage; viendra un jour où je me vengerai. » Les paroles du saint se répandirent rapidement en Afrique.

Les catholiques, pendant un demisiècle, ne cessèrent d'espérer; seulement ils se demandaient : « Quand verrons-nous donc luire ce jour de la vengeance?» Enfin Bélisaire parut.

On était arrivé à la veille de la fête de saint Cyprien , lorsque les Vandales et Ammatas se rendirent à Décimura.

Les prêtres ariens faisaient alors pour la solennité annuelle de grands apprêts. Ils avaient suspendu aux murs de l'église festons et guirlandes, placé leurs plus beaux lustres, et tire enfin de leur trésor leurs plus riches ornements. Tout à coup, on vint leur apprendre que le frère du roi était tué, et que les Grecs étaient vainqueurs. Ils se sauvèrent à cette nouvelle, et les catholiques se mirent en possession de l'église de Saint-Cyprien. Ce furent eux, cette année, qui, allumant dans le sanctuaire d'innombrables lumières , célébrèrent, suivant leur rite, la fête de celui qui depuis si longtemps avait * promis de les secourir et de les venger. Les Vandales, enfin, se souvinrent, au moment de leurs désastres, des paroles qui avaient été prononcées, dans une circonstance solennelle, par un vieillard de leur nation. Il y avait un siècle et plus, qu'au temps de leur émigration, ils avaient laissé une partie des leurs dans la Germanie. Ceux qui n'avaient point voulu s'associer au roi

Godigiscle , trouvèrent aisément, après le départ de leurs frères, de quoi se nourrir sur leurs propres terres et sur celles qui avaient été abandonnées.

Plus tard , Genséric fit la conquête de l'Afrique. Les Vandales de la Germanie éprouvèrent alors une grande joie.

Cependant il leur vint en pensée que les victoires des compagnons de Genséric pourraient être suivies de revers, et que peut-être un jour les émigrants reviendraient dans leurs anciens établissements. Or, ils savaient bien que les cantons qu'ils occupaient n'étaient pas assez vastes ni assez fertiles pour nourrir ce surcroît dépopulation, et qu'ils auraient à souffrir, comme autrefois, les horreurs de la famine. Pour se mettre en mesure, en quelque sorte, contre l'avenir, ils envoyèrent des députés à Genséric. Us ne s'étaient considérés jusque-là que comme les fermiers des terres abandonnées par les conquérants de l'Afrique, et ils voulaient dorénavant les posséder à .

titre définitif. Arrivés à Carthage et admis en présence du roi, les députés félicitèrent Genséric sur ses glorieux succès; puis ils lui dirent : « Puisque tu possèdes en Afrique une grande et fertile contrée, les terres que tu as laissées en Europe te sont inutiles. Donneles en toute propriété aux hommes de ta race qui vivent en Germanie. Si tu accueilles notre demande, nous serons, plus qu'autrefois, intéressés à défendre jusqu'à la mort notre pays, ton ancienne patrie. » Genséric et les chefs vandales qui l'entouraient écoutèrent les députés avec faveur. Déjà le roi allait prendre un solennel engagement, lorsqu'un vieillard illustre dans la nation , par la noblesse de sa race et par sa prudence, se leva, et dit:

« Les choses humaines sont de leur nature incertaines et périssables; ce qui nous paraît improbable peut arriver un jour. Qui oserait nous assurer que nous serons toujours maîtres de l'Afrique, et que nous ne serons point forcés, dans un avenir que nul ne peut déterminer, d'abandonner notre conquête et de retourner dans nos anciennes demeures de la Germanie?»

Frappé par ces paroles, Genséric changea (ravis , et n'accueillit point la demande des députés. On se moqua alors du roi et de celui qui l'avait conseillé. Mais, plus tard, au temps de Bélisaire , la nouvelle génération des Vandales se souvint, au moment de ses revers, des paroles du vieillard, et les trouva pleines de sagesse.

gélimeh surveille a distance l'armée grecque; action glorieuse DE DIOGENE ST DE VINGT- DEUX cavaliers. — Gél iiiier se tenait à une assez grande distance de Carthage; cependant il surveillait avec soin son ennemi. Il avait envoyé dans toutes les campagnes des émissaires qui devaient exciter la population africaine, par l'appât du gain, à se lever en armes, et à défendre, contre les troupes impériales, la domination des Vandales. Il fit promettre une somme d'argent à quiconque apporterait à son camp la tête d'un soldat grec. Les Africains n'hésitèrent point : ils se mirent en embuscade , et s'emparèrent de tous ceux qui sortaient de Carthage pour piller dans les campagnes avoisinantes. Parmi les prisonniers, Les esclaves et les valets étaient plus nombreux que les soldats. Les paysans ne mettaient pas entre eux de différence; ils les tuaient indistinctement, et se hâtaient de porter les têtes à Gél i mer. Le roi les payait largement, et se réjouissait de se défaire ainsi, sans danger pour lui et pour les Vandales qui raccompagnaient, des soldats de Bélisaire.

Ces meurtres répétés et les dispositions hostiles des Africains durent frapper et inquiéter le chef de l'armée impériale. Il envoya un jour à la découverte Diogène, officier de sa garde, avec vingt-deux cavaliers. La petite troupe s avança dans le pays, et ne s'arrêta que dans un village qui était situé à deux journées de marche de Carthage. Les habitants auraient bien voulu tuer les Grecs; mais ils n'osaient attaquer vingt-deux soldats armés de toutes pièces, qui auraient fait, sans doute, bonne résistance, et les auraient peut-être exterminés eux-mêmes. Us

pensèrent qu'il était plus sage d'avertir

Gélimer. Le roi se réjouit fort de l'occasion qui lui était offerte de prendre ainsi, d'un seul coup, un officier des gardes et vingt-deux soldats d'élite. U fit partir au galop trois cents cavaliers vandales, leur recommandant, avant tout, de lui amener vivants Diogène et ses compagnons. Ceux-ci étaient loin de soupçonner rapproche de l'ennemi. Ils avaient fait choix, pour passer la nuit, d'une vaste maison.

Après avoir laissé leurs chevaux dans la cour, ils étaient montés à l'étage supérieur pour se livrer au repos. Les Vandales arrivèrent enfin. La nuit était profonde, et tout semblait les favoriser; mais au moment décisif la résolution leur manqua. Ils ne voulurent

ftoint briser les portes et pénétrer dans a maison avant le jour ; ils craignaient de s'entre- tuer dans un engagement nocturne, ou au moins de fournir aux Grecs les moyens de s'échapper. C'était la peur, dit Procope, qui leur dictait ces pensées; car rien n'eût été simple et facile comme de se rendre maître de Diogène et de ses compagnons, en pénétrant dans la maison avec des flambeaux, et même sans flambeaux , puisque ceux que l'on voulait surprendre s étaient couchés après avoir quitté leurs armes et leurs vêtements. Les Vandales ne montrèrent pas tant de hardiesse; ils se bornèrent, en attendant le jour, à placer des sentinelles autour de la maison, et un gros de cavaliers devant chaque porte.

Il arriva, par hasard, qu'un soldat grec se réveilla pendant la nuit. Le mouvement qui se faisait au dehors le frappa; il se leva et prêta une oreille attentive. Des armes qui se choquèrent et des mots prononcés à voix basse ne lui laissèrent bientôt aucun doute sur les projets des Vandales. Alors il réveille prudemment et sans bruit ses compagnons, et leur fait connaître le danger qui les menace. De l'avis de Diogène, tous s'empressèrent de se couvrir de leurs vêtements et de leurs armures, et d'abandonner la partie de la maison qu'ils occupaient. Quand ils furent dans la cour, ils s'élancèrent sur

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leurs chevaux. Jusqu'alors, nul ne s'é- Godas ne put résister et fut tué. On

tait présenté pour les combattre. Ils vint alors apprendre au vainqueur,

restèrent quelque temps immobiles ; mais sans rien ajouter à cette nouvelle,

puis, tout à coup, ils ouvrirent la porte qu'une flotte impériale avait touché

et se précipitèrent au dehors. Les les côtes de l'Afrique. Tzazon ne s'in-

Vandales, qui se tenaient sur leurs quiéta point; il croyait que Gélimer

gardes, voulurent les repousser; mais repousserait facilement les agresseurs

les Grecs, protégés par leurs boucliers et , dans cette pensée , il lui écrivit la

et frappant à coups de lance tous ceux lettre suivante: « Roi des Vandales

qu'ils rencontraient, traversèrent les et des Alains, j'ai pris Godas et je l'ai

rangs ennemis, et coururent vers Car- tué ; j'ai replacé la Sardaigne sous ton

thage de toute la vitesse de leurs che- obéissance ; célèbre ma victoire par

vaux. Ce fut ainsi que Diogène sauva des fêtes. On m'a dit que les Grecs,

d'une perte certaine, à l'exception de nos ennemis, avaient osé mettre le

deux, les soldats qui lui avaient été pied sur notre territoire. Crois-moi,

confiés. Cependant il faillit payer de ils éprouveront le même sort que ceux

sa vie son audace et sa généreuse ré- qui jadis ont attaqué nos pères. » Les

solution. Il avait eu un doigt coupé messagers qui devaient remettre au

dans l'action, et, de plus, il avait reçu roi la lettre de Tzazon s'embarquè-

au cou et au visage trois graves bles- rent et vinrent , sans déGance , abor-

sures. der au port de Carthage. Ils furent

bblisaibb bépabb les FOBTiPi- saisis, a leur arrivée, et conduits à cations SB carthage. — Les dis- Bélisaire : ils livrèrent la lettre qu'ils positions chancelantes ou hostiles des portaient et donnèrent tous les renseihabitants de la campagne, et la der- gnements qu'on leur demanda. Quand nière tentative des Vandales pour s'em- on les arrêta leur frayeur fut extrême, parer de Diogène et de ses cavaliers, A la vue des Grecs , ils demeurèrent inspirèrent à Bélisaire des craintes sé- frappés d'étonnement et ils cherchérieuses. Il pensa que l'inaction de rent , en vain , à se rendre compte de Gélimer n'était qu'apparente, et il se la brusque révolution qui venait de hâta de prendre, a Carthage, toutes les s'accomplir. Le général , par ses pamesures qui pouvaient le garantir d'un rôles et ses bons traitements, ne tarda coup de main. Il rassembla de nom- pas à les rassurer, breux ouvriers auxquels il promit une les ambassadeurs" de gélimer bonne paye , fit creuser autour de la en Espagne ; leub entbevue avec ville des fossés larges et profonds, re- le boi theudis ; leub mépbise ; ils leva la partie des murailles qui était tombent au pouvoib de béljs aire; tombée, et raffermit celle qui mena- courrier envoyé a justinien. — çait ruine. Les travaux furent conduits Une circonstance imprévue vint enet achevés avec une merveilleuse rapi- core fournir à Bélisaire , sur la situadité, et, en peu de jours, Bélisaire se tion des Vandales, de nouveaux rentrouva à l'abri de toutes les attaques. seignements. Gélimer avait bien corn-

les vandales en sabdaigne ; bé- pris , après la déposition de Hildéric , sultat de leub expédition. — Au que son pouvoir n'était point solidemoment .même où Gélimer , abandon- ment assis , et que pendant longtemps nant aux Grecs sa capitale, fuyait dans il aurait à défendre sa couronne conle désert , Tzazon triomphait en Sar- tre de nombreux ennemis. Il voulut daigne ; il était parti, comme on Ta vu, alors se ménager des auxiliaires pour avec cino mille soldats, l'élite de l'ar- l'avenir et , dans ce but , comme il ne mée vandale. Après une heureuse tra- pouvait se tourner ni vers l'Orient, ni versée, la flotte envoyée par Gélimer vers l'Italie, il rechercha l'alliance des arriva en vue de Caralis, la place la maîtres de l'Espagne. Il s'adressa donc plus importante de l'île. Tzazon Pat- à Theudis, roi des Wisigotbs. Les amtaqua brusquement et s'en empara, bassadeurs envoyés par Gélimer se

mirent en marche, traversèrent le détroit de Gadès, et touchèrent les côtes de l'Espagne sans avoir appris l'arrivée de Bélisaire en Afrique et les succès de l'armée de Justinien. Ils s'avancèrent , à petites journées , dans l'intérieur des terres, pour voir Theudis et pour s'acquitter, auprès de lui, de leur mission. Le roi des Wisigoths savait déjà , quand ils se présentèrent,

3ue Cartuage n'était plus au pouvoir e Gélimer. Le jour même où la ville avait été occupée par les Grecs, un vaisseau charge de marchandises avait quitté le Mandracium et , favorisé par le vent , était arrivé en peu de temps en Espagne. Ce furent les passagers qui apportèrent la nouvelle des succès obtenus par les troupes impériales.

Theudis recommanda aux gens de l'équipage , et à tous les marchands, de garder le silence sur les événements qui s'étaient accomplis en Afrique; puis , il se disposa à recevoir les ambassadeurs de Gélimer. Quand ils furent en sa présence, il leur fit bon accueil et les invita même à un grand banquet. Pendant le repas, au milieu des joyeux propos, le roi s'adressa aux , ambassadeurs , et leur dit : « Que font maintenant Gélimer et les Vandales?

Votre royaume est-il toujours florissant? — Tout va pour le mieux, répondit alors Gotthée , l'un des ambassadeurs. — Mais enfin , reprit Theudis , que venez-vous me proposer ? — Gélimer, repartirent les Vandales, t'offre son amitié , et il désire contracter avec toi une sincère alliance. » Le roi se prit à rire : « Retournez à la côte, dit-il aux ambassadeurs , et là vous apprendrez ce qui se fait en Afrique. » Les Vandales se levèrent de table sans trop se soucier des paroles qu'ils avaient entendues. Theudis, sans doute , avait beaucoup bu pendant le repas , et ils pensèrent qu'il était ivre. Ils revinrent donc le lendemain auprès du roi ; mais , comme la veille, il répondit à leurs propositions par des railleries. Dès lors 1 inquiétude se glissa dans leur esprit et ils commencèrent à croire qu'une révolution avait éclaté en Afrique après leur départ.

Cependant ils étaient loin de supposer que Carthage eût cessé d'appartenir aux Vandales. Ils suivirent le conseil qu'on leur avait donné, et ils se dirigèrent vers la côte. Là, ils s'embarquèrent pour rapporter à Gélimer les paroles au roi des Wisigoths. Au moment où ils mettaient le pied sur le rivage de l'Afrique , ils furent environnés par des soldats grecs qui les conduisirent à Bélisaire. Le général se plut à leur faire raconter au long leur voyage et leur entrevue avec Theudis, et, lorsqu'ils eurent achevé, il ordonna qu'on les mît en liberté.

Vers ce temps on vit entrer dans le port de Carthage Cyrille et les soldats qu'il commandait. Il avait été envoyé par Justinien au secours de Godas ; mais, au moment ou il approchait de la Sardaigne, il apprit la victoire de Tzazon : dès lors il renonça à se diri-

§er sur l'île et il se mit à la recherche e Bélisaire. Ce fut dans les murs de Carthage qu'il le rencontra. Le général, après tant d'événements heureux, résolut d'envoyer un de ses officiers à Constantinople , et il choisit Salomon pour porter à Justinien la nouvelle de ses premiers succès.

les m aubes; leurs dispositions.

— La plaine de Bulla où se tenait Gélimer était située à quatre journées de marche de Carthage , non loin des frontières de la Numidie. Là étaient accourus auprès du roi et de ses guerriers un certain nombre de Maures attirés par l'appât du gain et des aventures. C'étaient des hommes qui appartenaient à plusieurs tribus , et qui s'étaient rendus de différents lieux et sans chefs au camp des Vandales. En effet, la masse de la nation restait indécise et flottante; cependant, comme elle prévoyait la ruine de Gélimer, elle penchait déjà du côté des Grecs. Les chefs des tribus qui habitaient la Mauritanie, la Numidie et la Byzacène, s'étaient même avancés jusqu'à faire des promesses à Bélisaire ; ils lui avaient envoyé des ambassadeurs pour lui dire qu'ils étaient prêts à reconnaître la suprématie de l'empereur, et plusieurs, s'il faut en croire Procope, avaient

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livré, en témoignage de leur sincérité, Sardaigne, mais pour donner à Justileurs enfants comme otages. Seulement nien le temps de conquérir l'Afrique, ils demandaient qu'à son tour le re- Les événements qui viennent de s'acprésentant de Justinien voulût bien complir ont dévoilé à tous les yeux les reconnaître leurs titres et leur donner desseins de la fortune. Bélisaire n'est l'investiture suivant la forme accou- arrivé sur nos terres qu'avec des troutumée. Au temps de la domination ro- pes peu nombreuses, et cependant il maine, nul ne se déclarait chef de tribu nous a vaincus. Les Vandales ont qu'il n'eût reçu de l'empereur les in- perdu tout courage, et désormais ils signes du commandement. Les rois ne peuvent compter sur le succès, vandales s'étaient conformés à l'ancien AmmatasetGibamund sont morts par usage; mais les Maures ne regardaient la lâcheté de leurs soldats. L'ennemi point comme légitime l'investiture con- est maître de nos ports, de nos arseférée par les usurpateurs de la puis- naux , de nos agrès , de nos chevaux , sance impériale. Bélisaire s'empressa de Carthage , enfin de l'Afrique end'accueillir la demande qui lui était tière. Rien ne peut tirer les Vandales adressée. Il envoya à chacun des chefs de l'engourdissement et de la stupeur des tribus maures une baguette d'ar- où ils sont plongés ; As semblent ignorent doré , un bonnet d'argent fait en rer qu'ils compromettent ainsi , par forme de couronne , un manteau blanc leur honteuse conduite , leurs biens et qu'une agrafe d'or attachait sur l'é- la liberté de leurs femmes et de leurs paule droite , une tunique qui, sur un enfants. Nous n'avons plus rien en fond blanc, offrait des dessins variés, notre puissance que la plaine de enfin des chaussures travaillées avec Bulla. C'est là que nous nous mainteun tissu d'or. Il joignit à ces orne- nons , dans l'espérance que toi et les ments qui étaient le signe matériel du tiens vous ne tarderez pas à venir à pouvoir suprême, de grosses sommes notre secours. Hâte-toi ; vole sur les d'argent. Cependant les tribus ne se eaux avec toute ta flotte; ne songe déclarèrent point encore. Elles n'en- plus désormais à renverser le tyran et voyèrent point aux Grecs des troupes a replacer la Sardaigne sous nos lois, auxiliaires ; mais d'un autre côté, elles Ce n'est plus contre cette Ile , mais n'aidèrent pas les Vandales. Elles at- contre Bélisaire, qu'il faut diriger nos tendaient , au repos et en observant , coups. Unissons nos forces et marqu'entre Justinien et Gélimer la for- chons à l'ennemi : désormais nous detune se fut prononcée d'une manière vons vaincre ou supporter, en comirrévocable. mun , le poids de nos désastres. •

tb1stesse et découbàgement de tzazon quitte la sabdaignb ; il gélimeb; sa lettbb a tzazon. — abbive au camp de bulla; son Gélimer ne se faisait point illusion entrevue avec gélimeb. — Après sur les dangers de sa position. L'es- avoir reçu, au port de Caralis, la pérance même du succès semblait l'a- lettre de Gélimer, Tzazon réunit les voir abandonné. Il fit porter en Sar- Vandales et leur apprit les nouvelles daigne, à son frère Tzazon, une lettre qu'on lui avait apportées. Toute l'arqui trahissait ses impressions : « Ce mée fut alors en proie à une vive doun'est point Godas , disait-il , mais une leur. Les soldats n'osaient montrer maligne influence qui nous a arraché en public leur tristesse et leurs larmes, la Sardaigne. L'inspiration qui t'a en- Ils cherchaient à dérober leurs impreslevé à l'Afrique avec l'élite de nos sions aux habitants de 111e , et ce n'éeuerriers venait d'une puissance cé- tait qu'entre eux, et à l'écart, qu'ils leste, mais qui nous est ennemie, s'interrogeaient sur le coup terrible puisque, en nous privant ainsi de qui les avait frappés et qu'ils gémistu u tes nos ressources , elle a presque saient sur leurs infortunes. Après anéanti la maison de Genséric. Tu avoir pris à la hâte quelques mesures n'es point parti pour soumettre la qui pouvaient assurer la

et la soumission de Pîle, Tzazon ordonna aux troupes de monter sur la flotte et il fit voile pour l'Afrique. Il arriva , le troisième jour, sur le point de la côte où Ton rencontre les Frontières de la Numidie et de la Mauritanie. C'est de là qu'il s'avança à marche forcée vers la plaine de Bulla.

Quand le roi et son frère furent en

f)résence, ils se précipitèrent l'un vers 'autre, s'embrassèrent et confondirent sans prononcer une seule parole, leurs larmes et leurs sanglots. Les sol* dats qui revenaient de la Sardaigne et ceux qui étaient restés en Afrique se mêlèrent et? eux aussi, en se retrouvant, donnèrent les marques de la plus violente affliction. On ne parlait dans le camp, ni de Godas, ni de Belisaire. On ne cherchait point à s'éclairer par de mutuelles questions, car chaque soldat craignait que ses malheurs ne fussent encore plus grands qu'il ne l'avait imaginé. Cette scène fut déchirante et elle fit éprouver pendant longtemps à ceux qui la virent , et même aux ennemis des Vandales qui l'entendirent raconter, une vive et profonde émotion.

GÉLIMEB ET TZAZON SE POBTBNT sue carthage; ON CONSPIRE DANS LA VILLE CONTEE LES G BECS ; MAU- VAISES DISPOSITIONS DBS SOLDATS

huns. — Quand Gélimer se vit entouré de Tzazon et de tous les guerriers de sa nation , il quitta la plaine de Bulla et marcha sur Carthaçe. Il plaça son camp non loin de la ville , pour attirer Belisaire au combat. Il avait aussi coupé l'immense et bel aqueduc qui de l'intérieur des terres conduisait à Carthage l'eau qui servait aux besoins de la population (*); mais Bélisaire resta dans l'inaction et n'essaya point de repousser Gélimer. Alors le roi des Vandales leva son camp et divisa son armée : il envoya une troupe sur chacune des routes qui conduisaient à Carthage, et il crut dès lors qu'il avait assez fait pour priver son ennemi assiégé de toute commu-

(*) Voy. dans ce volume : Histoire de Carthage i topographie i p. 148.

nication et de toutes ressources. Soit pour ménager et gagner à sa cause les habitants de la campagne , soit qu'il persistât à regarder le territoire ou il s'était arrêté comme son bien et celui de sa nation , il le préserva avec grand soin du pillage et de la dévastation.

D'ailleurs, l'espéranoe commençait à renaître en lui ; il entretenait des intelligences à Carthage, et il supposait que non-seulement les Carthaginois, mais encore les soldats ariens qui servaient dans l'armée grecque, lui livreraient la place par trahison. Puis il avait étudié, par ses émissaires, les dispositions de la troupe des Huns, et il avait excité les barbares, par des promesses et sans doute aussi par de l'argent, à s'unir avec lui et à venir dans son camp. Les Huns, en effet, ne servaient l'empereur qu'à regret, et ils se plaignaient hautement (Tun officier nommé Pierre, qui avait employé un honteux mensonge pour les tirer de Constantinople et pour les amener en Afrique. Ils écoutèrent donc les propositions de Gélimer, et ils allèrent jusqu'à promettre qu'au jour de la bataille ils passeraient drins les rangs des Vandales. Ce furent des transfuges qui dévoilèrent à Bélisaire les projets des Huns. Des lors il résolutde ne point marcher à la rencontre de l'ennemi avant d'avoir pris toutes les mesures qui pouvaient lui conserver, même pendant une longue expédition, la possession de Carthage. D'autre part, quelques citoyens s'étaient aussi mis en rapport avec Gélimer. L'un d'entre eux, Laurus , fut dénoncé par son secrétaire. Sa trahison était manifeste, et Bélisaire le fit pendre au sommet d'une colline qui avoisinait la ville. Cette exécution effraya tous les autres , et nul désormais ne songea à conspirer.

Mais il importait surtout au général de ramener les Huns. Il les accabla de présents , les admit à sa table , et, à force de prévenances, il parvint à tirer d'eux-mêmes le secret de toutes leurs relations avec Gélimer. « Nous ne te cacherons point, lui dirent les barbares , que nous sommes mal disposés au combat. Nous craignons que

les Romains, après leur victoire, refusent de nous ramener à Constantinople, et qu'ils nous laissent vieillir et mourir sur la terre d'Afrique. Qui, d'ailleurs, nous garantit que Ton ne nous enlèvera pas le butin que nous avons fait ? — Moi , répondit Bélisaire, et je vous jure que si vous nous aidez a vaincre les Vandales , je vous renverrai à vos demeures avec une large

girt des dépouilles de l'ennemi. » Les uns s'engagèrent une seconde fois à servir dans I armée avec zèle et courage.

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