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BELISAIRE SE DISPOSE A QUITTER

cabthage; il adresse aux TROU- PES une proclamation. — Au moment où Bélisaire cessa de craindre les trahisons, et quand il eut achevé de fortifier Carthage, il se décida à sortir pour marcher à l'ennemi. Avant le départ, il fit lire aux soldats rassemblés la proclamation suivante : « Vous avez gagné par une récente victoire Carthage et toute l'Afrique. Désormais mes paroles seront moins puissantes pour exciter votre courage que le souvenir de vos succès passés. Aujourd'hui , je ne vous dirai qu'une chose : c'est que du même coup, si vous êtes braves, vous enlèverez tout espoir aux Vandales, et vous mettrez fin à la guerre. Vous trouverez pendant l'action un secours que vous n'avez point rencontré dans vos premiers combats.

La cavalerie seule jusqu'ici a lutté contre l'ennemi : cette fois, l'infanterie prendra part à la bataille, et les défenseurs de Gélimer auront à soutenir le choc et les efforts de l'armée entière. On vous a dit que les Vandales, à la seule idée que vous étiez maitres de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs biens les plus précieux, sentiraient doubler leur courage. Ne vous laissez point tromper; leur rage sera grande, peut-être; mais elle les aveuglera. Souvenez-vous de mes paroles. Ayons bon espoir, et marchons hardiment à l'ennemi. »

DÉPART DE L'ARMÉE*, DISPOSI- TIONS DB BELISAIRE; LES HUNS*, LES BOMAINS ET LES VANDALES SONT

en présence. — Après cette procla-

mation, Bélisaire fit partir toute la cavalerie, à l'exception de cinq cents hommes qu'il retint auprès de lui. Il avait confié le corps d'élite et le drapeau à Jean l'Arménien, en Jui recommandant de ne point reculer devant les combats d'escarmouche; puis lui-même se mit en marche, le lendemain, avec les cinq cents cavaliers qui étaient restés à Carthage et toute son infanterie.

Les Huns accompagnaient aussi les Grecs; mais ils avaient tenu conseil entre eux , et, après avoir pesé les promesses de Gélimer et celles de Bélisaire, ils avaient pris la résolution de rester neutres au commencement de la bataille, pour se tourner ensuite, quand la fortune aurait prononcé, du coté de l'armée victorieuse.

Les Romains rencontrèrent les Vandales campés à cent quarante stades de Carthage, à Tricamara (*). Comme on était à la fin du jour, ils s'arrêtèrent, à une certaine distance de l'ennemi, pour passer la nuit. Là, dans leurs retranchements, au milieu des ténèbres, une chose vint frapper leurs regards : le fer des lances brillait d'un vif éclat, et l'on eût dit qu'il portait une flamme. Les soldats cherchèrent en vain à se rendre compte de ce prodige; seulement, après la bataille, ils n'hésitèrent point a prononcer que ce feu qu'ils avaient aperçu pendant la nuit, et qui leur avait* inspiré alors quelque frayeur, était un sûr présage de la victoire.

GÉLIMER ET TZAZON ESSAIENT DB RANIMEE LE COURAGE DES VANDA- LES ; PRÉPARATIFS DANS LES DEUX ARMÉES; ORDRE DE BATAILLE. — Le

lendemain du jour où avait paru la cavalerie romaine, Gélimer prit ses dernières mesures. Il voulut que, pendant le combat, on laissât dans le camp les femmes, les enfants, avec l'or et l'argent que les Vandales avaient pu

(*) « Tricamara devait être à 8 lieues au sud -ouest de Carthage. » Recherches sur l'histoire de C Afrique septentrionale , etc. , par une commission de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, tome I, p. 104.

sauver ; puis il rassembla ses soldats et les exhorta à bien combattre. Tzazon, qui exerçait sur les troupes revenues de la Sardaigne un grand ascendant, joignit ses prières à celles de son frère, et il adressa à ses compagnons d'armes une pressante allocution. Puis, l'armée entière s'ébranla, et se dirigea, en bataille, vers les Romains, qui se disposaient alors à prendre leur repas.

L'alerte fut vive parmi les troupes impériales; elles saisirent rapidement leurs armes, et se disposèrent, en un instant, à recevoir l'ennemi. Un faible ruisseau coulait entre les deux armées.

Les Vandales ne le traversèrent point, et s'arrêtèrent à quelque distance de sa rive. Les Romains, de leur côté, arrivèrent sur l'autre bord, et, à leur tour, ils Grent halte. Les deux armées étaient rangées en bataille dans l'ordre suivant : la gauche des troupes impériales était commandée par Martin, Valerien, Jean, Cyprien, Althias et Marcellus ; la droite, par Pappus, Barbatus et Aigan; Jean l'Arménien s'était placé au centre avec la cavalerie d'élite, les gardes de Bélisaire et le drapeau. Le général en chef lui-même arriva, en temps opportun, avec cinq cents cavaliers; il avait devancé, pour diriger le combat, son infanterie, qui, à son gré, marchait avec trop de lenteur. Les Huns se tenaient a l'écart, de manière cependant à tout observer.

Ils avaient refusé de prendre place à côté des autres troupes, alléguant, pour ne point éveiller les soupçons, que c'était la coutume des guerriers de leur nation de se porter pendant l'action où bon leur semblait, sans se conformer aux mouvements des corps réguliers. Du côté des Vandales, la gauche et la droite étaient confiées à des chiliarques; Tzazon, le frère du roi, se tenait au centre; les Maures, dont les dispositions étaient chancelantes, formaient une espèce d'arrière-garde. Quant à Gélimer, il parcourait les rangs à cheval, et exhortait ses soldats à se comporter avec bravoure; il leur " recommanda expressément de ne point user pendant le combat des armes de trait, et

de ne frapper l'ennemi qu'avec l'épée.

la. bataille; mort de tzazon.

— Les deux armées s'observèrent pendant quelques instants sans faire un mouvement; enfin Jean l'Arménien passa le ruisseau avec un petit nombre de cavaliers, et se présenta sur le front de l'ennemi. Tzazon se détacha alors avec un corps de Vandales, et se mit en devoir de repousser les Grecs; mais ceux-ci battirent en retraite et repassèrent le ruisseau. Les Vandales n'osèrent le traverser, et, arrivés sur le bord , ils cessèrent la poursuite.

Les cavaliers grecs revinrent à la charge avec un renfort; mais cette fois encore ils furent obligés de se retirer et de se replier sur l'armée. EnGn Jean, bien décidé à ne plus reculer, marcha à l'ennemi pour la troisième fois avec toute la garde de Bélisaire et le drapeau. La troupe, en s'élançant, poussa de grands cris. Les Vandales soutinrent le choc et reçurent les assaillants à coups d'épée. On se battit avec courage, et bientôt on vit tomber les plus braves guerriers des deux troupes, et parmi eux Tzazon, le frère du roi. Cette mort décida du sort des Vandales. Ceux qui avaient lutté avec tant de valeur contre les meilleurs cavaliers de l'armée impériale étaient sans doute les soldats revenus de Sardaigne, les vainqueurs de Godas. Quand ils eurent perdu le chef

âui les animait par son exemple, le esespoir les gagna, et le desordre se mit dans leurs rangs. Ce mouvement n'échappa point à Bélisaire, qui fit sonner la cnarge et lança toute sa cavalerie au delà du ruisseau. C'était au centre que se trouvait la principale force de Gélimer. Au moment où les troupes commandées par Tzazon commencèrent à plier, les soldats placés aux deux ailes abandonnèrent leurs rançs et prirent la fuite. La bataille était gagnée. Ce fut alors que les Huns, qui pendant l'action s'étaient tenus au repos, s'ébraulèrent, et se mirent à la poursuite des fuyards. Le succès les avait tirés d'incertitude, et après la victoire ils n'hésitèrent plus à se rattacher à Bélisaire. Les Vandales rega-

5* Livraison. (Hist. des Vandales.)

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gnèrent leur camp, et là ils purent se reposer quelques instants sans être inquiétés. La cavalerie impériale, qui n'était point en mesure de les forcer dans leurs retranchements, se répandit dans la campagne pour dépouiller les morts. Huit cents Vandales environ étaient tombés sous le fer ennemi ; les Romains n'avaient perdu que cinquante hommes, qui tous, il faut le supposer, avaient été frappés sur les bords du ruisseau, au moment où Tzazon soutenait encore les efforts de Jean l'Arménien.

FUITE HONTEUSE DE GELIMER; DÉ- BOUTE; BÉLISAIfiE ENTEE DANS LE CAMP DES YANDALES; L'ABIMEE IM- PÉRIALE FAIT UN BICHE BUTIN. —

Quand, vers le soir, Bélisaire eut été rejoint par son infanterie, il marcha, sans plus tarder, sur le camp des Vandales. Gélimer ne l'attendit point; il

f>rit avec lui quelques serviteurs (idées, sauta à cheval, et se sauva, à l'insu de ses troupes et sans laisser d'ordre, vers la Numidie. Sa fuite demeura cachée jusqu'au moment où chefs et soldats l'appelèrent pour lui montrer l'ennemi qui approchait, et pour lui demander ses conseils et ses ordres; puis, quand les Vandales se virent abandonnés, leur désespoir fut sans bornes, et ils poursuivirent de leurs imprécations le lâche qui, après avoir attiré sur l'Afrique l'invasion étrangère et tous les maux de la guerre, sacrifiait à sa sûreté personnelle la vie d'un peuple entier qui s'était armé pour sa défense. Les femmes et les enfants, rassemblés dans le camp, poussaient des cris qui venaient encore amollir l'âme des guerriers et augmenter la confusion. Bientôt une foule immense s'échappa de l'enceinte retranchée par toutes les issues, et se dispersa dans toutes les directions. Mais déjà il était trop tard, et les Romains étaient arrives. Après avoir pris possession du camp, et des richesses que Gélimer et les siens y avaient entassées, ils s'élancèrent à la poursuite des fuyards et les massacrèrent sans pitié Les scènes de violence et de carnage se prolongèrent pendant toute une nuit. Les femmes et les enfants n'échappèrent à

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