PERS
la mort que pour servir, comme esclaves, aux caprices et à la brutalité des vainqueurs.
Au témoignage des Byzantins, rien ne pouvait donner une idée des richesses accumulées dans le camp des Vandales. Là, en effet, se trouvait déposé le fruit d'un brigandage qui avait duré un siècle sans interruption; on y voyait les dépouilles de tous les
f>ays. L'Espagne, la Gaule, l'Italie, a Grèce, les îles de la Méditerranée, et même l'Asie , avaient été visitées ,
Sillées et ravagées tour à tour par les ottes qui sortaient des ports de Carthage. On eût dit , depuis les premiers succès des Vandales , que l'Afrique était destinée à recevoir, pour ne plus les rendre, les trésors du monde entier. Contré toutes les prévisions de la sagesse humaine , une seule bataille, qui ne coûta pas au vainqueur cinquante soldats , fit passer de Carthage à Constantinople les monceaux d'or et d'argent que la fortune elle - mémo semblait avoir pris soin d'assurer pour totijours aux héritiers des compagnons de Genséric.
DÉSORDBE APRÈS LA VICTOIRE ; CRAINTES DE BELISAIRE; SES SOL- DATS LE REJOIGNENT ET BE PREN- NENT leurs bangs. — Bélisairte passa la nuit qui suivit sa victoire dans d'inexprimables angoisses. Son armée, si longtemps contenue dans l'ordre et la plus sévère discipline, venait de lui échapper et de s'exposer, par son aveugle emportement, à périr tout entière. Bans l'enivrement du succès, les soldats mettant en oubli les conseils de la prudence, et n'obéissant plus à la votx de leur chef, avaient rompu les rangs et s'étaient précipités, cavaliers et fantassins mêlés, à la poursuite des ennemis; bientôt ils s'étaient disséminés sur une vaste étendue de pays. Chacun d'eux , sans se soucier de la présence des autres , s'engageait résolûment dans les bois, et pénétrait dans les cavernes où les Vandales avaient pu cacher leurs femmes et leurs trésors. Si le cœur n'eût point manqué à ceux qui fuyaient, s'ils avaient songé à se re-
tourner brusquement , les troupes impériales eussent été anéanties. Bélisaire qui seul , après la victoire , avait conservé du calme, se porta sur tous les points , et pendant cette nuit , qui lui parut bien longue, il chercha, par les prières ou par les menaces, à rallier ses soldats; mais nul ne répondit à son appel. Au point du jour il se retira sur une éminence. Ce fut alors seulement que les troupes commencèrent à le rejoindre et à se ranger autour de lui ; mais avant de se remettre en mouvement elles envoyèrent, sous bonne escorte , leur butin à Carthage. Gélimer perdit ainsi, par sa lâcheté , ses dernières espérances avec sa dernière armée. Il avait livré bataille vers le quinzième jour de décembre de l'année 633. Trois mois, suivant Procope, s' étaient écoulés depuis l'instant où Bélisaire avait pris possession de
DOUCEUR DE BÉLISAIRE A L'ÉGARD DES VAINCUS ; SES MESURES ; GÉLI- MER est poursuivi. — Tous les soldats ne revinrent pas au camp avec le jour ; pendant longtemps Bélisaire fut obligé de parcourir à cheval les lieux qui avoisinaient le point du ralliement pour ramener les traînards. Quand, au milieu de ses courses, il rencontrait des Vandales , il les rassurait et leur jurait qu'il ne leur serait fait aucun mal , seulement il les désarmait et les envoyait à Carthage. Il avait donné ordre de les recevoir et de les bien traiter à ceux qui gardaient la ville pendant son absence. Il prit soin également de faire sortir des églises les vaincus qui s'y étaient précipités en foule comme dans un asile inviolable.
Il promit la vie sauve à ceux qui déposeraient les armes et qui se soumettraient à la surveillance des officiers impériaux. Quand , par ces sages mesures, il eut mis les Vandales dans l'impuissance de tenter un nouveau
(*) Procop. de Bel. FandaL, II, 3. Le passage que nous signalons ici établit clairement que les Grecs entrèrent à Carthage, comme nous l'avous dit plus haut, vers le milieu du mois de septembre.
mouvement et de lui noire , il songea enfin à se rendre maître de la personne de Gélimer.
Déjà deux cents cavaliers, commandés par Jean l'Arménien, s'étaient lances sur les traces du roi , qui fuyait rapidement vers la Numidie; ils avaient ordre de courir jour et nuit , et de ne s'arrêter qu'au moment où ils auraient en leur pouvoir, vivant ou mort, celui qu'ils poursuivaient.
Bélisaire s'avançait, de son côté, avec toute son armée pour seconder Jean l'Arménien. Les cavaliers grecs mirent tant d'ardeur dans la poursuite, qu'après cinq jours d'une course non interrompue , ils atteignirent presque la troupe qui fuyait, et purent calculer les heures qui devaient s'écouler jusqu'à l'instant où Gélimer serait leur prisonnier; mais un événement imprévu les arrêta et sauva le roi des Vandales.