IV. Règne des Lagides
Rqis particuliers de la Cyrénaïque»
Magas gouvebnb d'abobd au nom de Ptolémée Lagide. — Depuis l'expédition de Magas, Ptolé-
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Poltbw, Stratagèmes, V. Agalh. 4.
(•) L'an 3ot avant notre ère.
L'UNIVERS
mée régna encore quinze années , pendant lesquelles Cyrène demeura tranquillement soumise à son sceptre, sous le gouvernement doux et ferme de son beau-fils; car la douceur de Magas n'est pas moins vantée que ses qualités militaires, et Plutarque cite un exemple de son indulgence envers le poëte Philémon , qui l'avait publiquement offensé par des railleries piquantes dans ses comédies : une tempête Payant poussé à Parétonion , Magas , pour toute vengeance, se contenta de l'effrayer par l'appareil du supplice, et tournant ensuite la chose en plaisanterie, il le renvoya chargé de jouets et de bagatelles comme un enfant.
L'historien Josèphe nous apprend gue c'est ce premier Ptolémée qui établit, à Cyrène et dans les autres villes de la Libye , de nombreuses colonies de Juifs, tirés de l'Égypte, où il les avait d'abord transportés après ses expéditions en Syrie , et où il en existait d'ailleurs déjà du temps d'Alexandre le Grand.
Sentant sa fin approcher, Ptolémée voulut désigner et même installer son successeur : il choisit l'aîné des enfants qu'il avait eus de Bérénice mère de Magas , et le fit solennellement proclamer roi à sa place (*) ; puis il s'éteignit environ deux ans après , dans un âge fort avancé.
Magas se déclare souverain et marche contee philadelphe. — Le nouveau roi d'Êgypte , frère utérin de Magas , avait nom Ptolémée comme son père; il fut surnommé Philadelphe , par une amère ironie de sa conduite envers plusieurs de ses frères , dont la vie fut sacrifiée à son ambition.
Magas n'attendit point d'être à son tour une nouvelle victime de cette amitié fraternelle; dix-sept années d'un gouvernement paisible avaient habitué les Cvrénéens à son autorité , et rendaient facile toute tentative d'indépendance de sa part : il avait d'ailleurs consolidé sa position en épousant
(*) L'an a85 avant notre ère.
Apamé, fille d'Antiochus Soter roi de Syrie, et petite-fille de Démétrius Polyorcète. Il profita des circonstances, prit le titre de roi (*), et se prépara à marcher contre l'Égypte. Avant de quitter Cyrène , il n'oublia point les précautions de prudence que commandaient l'esprit remuant et l'humeur changeante de ses inconstants sujets ; il eut soin d'y laisser une garnison dévouée , de renfermer dans la citadelle toutes les armes, machines et munitions de guerre, et de faire démanteler les murailles de la ville , afin d'être toujours, en cas de sédition , le maître d'y rentrer par cette voie. S*étant mis en marche, il s'empara bientôt de Parétonion , et il envoya de là des éclaireurs qui , s'avançant sous des dehors amis', conduisirent ainsi l'armée sans obstacle jusqu'au village de Khi (**), voisin d'Alexandrie.
Insurrection des Marmarides ; réconciliation de magas et de Philadelphe. — Ptolémée Philadelphe, à la première nouvelle de l'approche de Magas, se hâta de fortifier tous les passages, et se tint sur la défensive; mais dans ces conjonctures, Magas apprit que les Marmarides errants de la Lioye secouaient le joug et pouvaient rendre sa retraite périlleuse : il abandonna aussitôt ses projets pour regagner Cyrène. Ptolémée eût bien voulu le poursuivre, mais quatre mille Gaulois mercenaires qu il avait pris à sa solde pour se défendre contre les Cyrénéens, lui inspirèrent une telle défiance, aue son premier soin fut d'aller les perdre sur une Ile déserte du Nil , où il les laissa mourir de faim et de détresse.
Magas avait , d'un autre côté, engagé son beau-père Antiochus à venir porter la guerre en Égypte ; mais Ptolé-
(*) Il est parvenu jusqu'à nous des monnaies et des pierres gravées de cette époque.
(**) Ce village, ainsi nommé dans le Stadiasme anonyme de la Grande mer , est appelé de. même par Polyen, comme le marquait le ins. de Casaubon, bien que le ■avant critique ail regardé cette leçon comme fautive.
mée y obvia en dépéchant dans les États de ce prince des émissaires affîdés, chargés d'inciter les populations à la révolte , en sorte que le roi de Syrie fut retenu chez lui par le soin de ses propres affaires.
La concorde fut rétablie plus tard entre les deux frères , et la paix fut cimentée par les fiançailles de la jeune Bérénice, fille unique et héritière de Magas, avec le jeune Ptolémée, fils de JPhi/adelphe. Ainsi se trouvaient conciliées toutes les prétentions ; et Magas, passant les dernières années de sa vie dans le repos et la mollesse, acquit une telle obésité qu'il mourut étouffé par l'excès d'embonpoint, après avoir commandé à Cy rêne pendant cinquante années.
Troubles de Cyrène apaisés par ecdème et démophanes. — A la mort de Magas , privés d'un maître dont l'habileté avait su à la fois concilier et comprimer leurs rivalités et leur turbulence, lesCyrénéens se laissèrent de nouveau entraîner à des dissensions civiles : il y a lieu de croire que le parti populaire , ébloui de l'éclair de liberté qui sillonnait alors la Grèce et préludait aux grandes luttes de la ligue achéenne, renouvela ses anciennes prétentions à une prépondérance exclusive ; deux philosophes mégalopolitains , Ecdème et Démophanes , disciples d'Arcésilas , les deux plus grands publicistes de leur siècle, qui avaient délivré leur patrie de la tyrannie d'Aristodème , et puissamment aidé Aratus à délivrer Sicyone de celle de Nicoclès, furent appelés à Cyrène pour y rétablir l'équilibre entre les factions rivales ; et le double témoignage de Polybe et de Plutarque nous assure qu'ils remplirent avec succès leur mission, et maintinrent la versatile cité dans le paisible exercice d'une sage liberté.
BÉRÉNICE ÉPOUSE SUCCESSIVE- MENT Démétrius et Ptolémée Êvergète. — Cependant, le mariage de Bérénice avec le prince royal d'Etiypte n'était point encore accompli; et la reine Arsinoé, mère de la jeune princesse, contre le vœu de laquelle cette
alliance avait été résolue, s'empressa de la rompre pour faire passer entre les mains d'un autre époux le sceptre de la Cyrénaïque. Arsinoé jeta les yeux sur le beau Démétrius, fils du Polyorcète, et frère d'Antigone Gonnatas roi de Macédoine : ce prince accepta avec joie l'offre qui lui fut faite de la main de Bérénice et du trône de Cyrène; il accourut, fut fiancé à la royale héritière, et prit possession de son royaume : mais il n'en jouit pas longtemps.
Démétrius était d'une telle beauté, ue le philosophe Arcésilas s'en était pris, et que la reine mère conçut pour lui un amour auquel il ne sut pas luimême résister : Bérénice, offensée de l'oubli qu'il faisait de ses engagements envers elle , conjura sa perte ; et l'imprudent Démétrius fut surpris et mis à mort par ses ordres , dans la propre chambre d' Arsinoé, qui essaya vainement de le défendre (*).
Alors Bérénice, libre d'accomplir le mariage auquel son père l'avait destinée , apporta en dot à Ptolémée Evergète, au moment même où il montait sur le trône d'Égypte (**), la couronne de Cyrène , une beauté que les poètes ont célébrée, et une pureté virginale qu'ils ont aussi proclamée dans leurs vers (***). Callimaque la représentait comme la quatrième des Grâces, et Cyrène préparait ses parfums de rose les plus délicieux pour sa magnifique chevelure, immortalisée par le sacrifice qu'elle en fit à Vénus pour obtenir l'heureux retour de son époux lors de son expédition de Syrie, et par la flatterie de l'astronome Conon de Samos qui lui donna place
(*) Cùm in lectum socrùs concessisset pereussores immitluntnr.Sed Arsinoé audit  voce filiae ad fores stautis et prœcipieutis ul mairi parcerent, adulterum paulisper corporesuo protexit. (Jcstiw , Uist. XXVI.)
(**) L'an 347 avant l'ère vulgaire.
(***) Qui Rei tempettate, noria aoctua hynwneis ,
Vastatum firw» irerat Asaynoa, Dulcia noctornjc portans vestigia mas Quam de ▼irgineta geaserat exuviia.
Cavol&s , dt Com4 £«re»i«#.