‹ Afrique esquisse générale de l'Afrique et Afrique ancienneChapitre 96 sur 246 · TAILLE EN PIÈCES LES CARTHAGI · texte numérisé non relu

TAILLE EN PIÈCES LES CARTHAGI

L'UNIVERS

NOis.— Sur ces entrefaites, Massinissa vint assiéger la place d'Oroscopa, qu'il désiraitréunir encore à ses usurpations, sans s'inquiéter davantage des traités.

Le boëtharque Asdrubal marcha aussitôt contre lui avec 25 000 hommes de pied et 4 000 cavaliers urbains, et il fut bientôt renforcé de 6000 cavaliers numides par la défection d'Osasis et de Suba , deux des généraux de Massinissa ; il eut d'abord l'avantage dans quelques escarmouches ; mais Massinissa , se retirant à dessein devant lui , le conduisit ainsi jusqu'à une grande plaine aride entourée de collines abruptes ; c'est là qu'à la vue de Scipion Émilien qui venait alors lui demander au nom de Lucullus un renfort d'éléphants pour l'armée de Celtibérie (*), le vieux monarque numide , agile encore malgré ses quatre-vingts ans , livra aux Carthaginois une bataille meurtrière et prolongée, où il eut le principal avantage. Instruits de la présence de Scipion , les Carthaginois réclamèrent sa médiation pour terminer enfin par un traité de paix une si longue querelle; ils consentaient à abandonner sans retour, à leur compétiteur, le district appelé Emporta , à lui payer mille talents d'argent ; le roi numide exigea qu'on lui livrât en outre les transfuges , et cette condition fit rompre aussitôt les négociations; mais un peu plus tard Asdrubal, bloqué, affamé, réduit à l'extrémité par la disette, la chaleur et les maladies , consentit à tout , la reddition des transfuges , la rentrée des quarante exilés, le payement d'une rançon de cinq mille talents en cinquante années, l'abandon de ses armes ; puis le vindicatif Gulussa tomba sur cette troupe désarmée, et Carthage revit à peine quelques soldats , des 58 000 hommes qu'avait eus Asdrubal.

Alors éclata la troisième guerre punique.

Nouvelles délimitations territoriales RÉSULTANT DES ENVA- HISSEMENTS de Massinissa. — En cherchant à se rendre un compte

(*) L'an i5o avant l'ère vulgaire.

exact des nouvelles limites qui séparaient à cet instant le domaine punique des Etats de Massinissa , on se rappellera les envahissements successifs du monarque numide au sud et à l'ouest de Cartnage , et l'on reconnaîtra , dès l'abord , qu'il s'était mis en possession de toute la Byzacène, et de tout le pays des Grandes Plaines ou de Tusca , probablement jusqu'auprès d'Hippone-Diarrhyte, sans parler de quelques autres points douteux ou moins connus. Quant à ceux-ci , on peut , du moins en ce qui concerne les cantons jadis enlevés à Carthage par Gala , à Gala par Syphax , à Syphax par Massinissa, puis repris par Syphax et rendus à Carthage , et repris enfin de nouveau par Massinissa , penser avec quelque raison que c'était la campagne au nord de la Byzacène, puisque nous avons vu précédemment Massinissa, vaincu par Syphax dans la lutte relative à la possession de ce territoire, se retirer sur le mont Balbum et dans le voisinage de Clypéa , c'està-dire jusque dans la grande presqu'île du cap d'Hermès.

Les états de Massinissa avaient dû s'agrandir considérablement aussi du côté opposé, car, en admettant que Vermina, lils de Syphax, eût gardé jusqu'à sa mort sans contestation nouvelle le sceptre des Massésyliens , il est certain qu'Archobarzanes, petitfils de Syphax, s'étant montré dans ces derniers temps l'allié de Carthage contre Massinissa, dut subir les vicissitudes de la cause qu'il avait embrassée, et se voir dépouillé de son royaume par l'heureux rival de sa famille : aussi Appien énonce-t-il que les états de Massinissa touchaient d'une part à la Mauritanie voisine de l'Océan , et de l'autre à la Cyrénaïque. Mais quant à la limite précise entre la JNumidie et la Mauritanie , on peut se demander si elle était restée au Molochath comme au temps où Syphax régnait à Siga , ou si elle avait été transportée au Mulucha, où nous la trouverons prochainement indiquée; la postérité de Syphax ayant dû être dépouillée dans les derniers temps du règne de Massinissa ,

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on peut supposer que le roi de Mau- bal, occupant tout le reste de TAfrique, ritanie Bocchus y aura concouru pour dirigeait sur Carthage de nombreux sa part et à son profit , en s emparant convois. Les consuls furent repoussés tlu canton de Siga et s'avançant jus- au premier assaut qu'ils voulurent qu'au Mulucha, qu'il déclarera plus tenter, et ils éprouvèrent encore ditard avoir été la limite commune en- vers échecs partiels ; harcelée joorneltre lui et Micipsa. lement par la cavalerie d'Asdrubal, qui On peut se former ainsi une idée avait établi son camp à Néphéris , à assez juste des conditions territoria- 180 stades de Carthage , l'armée rôles au milieu desquelles allait surve- maine se trouva plus d'une fois dans nir la reprise des hostilités. une position difficile , dont elle fut tirée chaque fois par la bravoure et l'ha- Troisième guerre punique. bileté de Scipion Émilien, alors tribun.

Ce jeune seigneur s'acquit ainsi une Premières opérations de la grande réputation tant parmi les siens guerre. — En prenant les armes sans que chez l'ennemi ; et le vieux Massila permission de Rome pour repousser nissa , qui voyait en lui le fils adoptif les agressions de Massinissa, Cartha&e de son premier protecteur , l'investit avait contrevenu aux conditions du en mourant du droit de régler le partraité que lui avait imposé sa rivale; tage de sa succession entre ses enfants, et elle redoutait maintenant d'autant Scipion adjugea à IMicipsa le gouverneplus le courroux des Romains, qu'elle ment politique, avec la possession de la venait d'éprouver des revers, et qu'Uti- royale Cirta ; il attribua à Mastanabal .que abandonnait sa cause pour se don- le pouvoir judiciaire ; et il réserva le ner à ses implacables ennemis. Elle commandement des troupes à Gulussa, essaya de conjurer l'orage en offrant qu'il ramena avec lui et un corps de satisfaction au sénat de Rome ; les con- cavalerie numide au camp des Romains suis Lucius Marcius Censorinus et devant Carthage. Marcus Manilius Nepos (*) furent en- Peu de succès des consuls Mavoyés en forces à Utique pour en die- nilius et Calpurnius. — Pour ter les conditions, pendant que trois laver la honte d'un premier échec cents otages étaient exigés comme gage reçu devant JNéphéris qu'il avait impréalable d'obéissance. Après ces ota- prudemment attaquée, Manilius vouges, les consuls se firent livrer toutes lut alors faire contre cette place une les armes, puis ils exigèrent l'abandon nouvelle tentative; il emporta pour de Carthage elle-même ; ce fut le signal quinze jours de vivres , et alla établir d'une tentative de défense désespérée, son camp dans le voisinage; mais il Le boëtharque A sd ru bal avait réuni n'eut pas plus de succès, et fut obligé 20 000 hommes sur le territoire exté- par le manque de vivres à effectuer rieur ; tous les citoyens en état de por- sa retraite le dix-septième jour, ayant ter les armes dans la ville se levèrent à faire en outre trois pénibles journées en masse et furent placés sous les or- de marche pour regagner son camp dedres d'un autre Asdruhal, petit-fils de vant Carthage ; et il fallut que l'habi- Massinissa par sa mère; on travailla leté de Scipion le tirât encore d'emjour et nuit à fabriquer de nouvelles barras.

armes , et l'on se trouva en état de De nouveaux consuls ayant été

soutenir vigoureusement un siège, nommés (*), Lucius Calpurnius Piso

d'autant plus que les Romains ne se Césonius vint prendre le commande-

procuraient qu'à grand'peine des vir ment de l'armée d'Afrique; mais il ne

vres qu'il leur fallait tirer exclusive- fut point heureux dans ses opérations,

ment d'Adrumète , Saxos , Leptis , Quittant le siège de Carthage , il alla

Achollè et Utique , tandis qu'Asdru- tenter contre Aspis ou Clypéa une

(*) L'an 149 avant Vère vulgaire. (*) L'an 148 avant l'ère vulgaire.

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uigmze

L'UNIVERS

double attaque par terre et par mer, et fut repoussé ; il s'en vengea en saccageant une ville voisine qui s'était rendue à lui. De là il marcha contre Hippone-Diarrhyte ( ou Uippagreta comme l'appelle Appien) qui profitait de son voisinage d'Utique pour intercepter les convois que celle-ci expédiait à Tannée romaine; la place était grande et forte, Calpurnius passa tout Tété à l'assiéger sans succès, et il s'en retourna, sans avoir rien fait, prendre ses quartiers d'hiver à Utique.

Pendant ce temps, les Carthaginois, rassurés parles échecs répétés de leurs ennemis et par l'accession de huit cents cavaliers numides qui abandonnèrent Gulussa pour venir avec leur chef Bithyas se ranger à leur parti, s'enhardirent à parcourir le pays , à y distribuer des garnisons, à se faire des partisans parmi les indigènes ; et le boëtharque Asdrubal , à qui l'on devait tous ces avantages, fut élu stratège de la république à la place de l'autre Asdrubal, qui fut mis à mort comme coupable d'intelligences secrètes avec son oncle maternel Gulussa , allié des Romains.

Scipion-Émilïen détruit Cartuage et réduit son territoire en province romaine. — Enfin le jeune Scipion Émtlien fut porté au consulat avant l'âge (*), dans la persuasion que la Gn de cette guerre lui était fatalement réservée, et il vint prendre le commandement de l'armée romaine ; il établit son camp devant Carthage, s'empara dans un premier assaut du faubourg de Mégara , et fit ses dispositions pour affamer la place par un blocus rigoureux ; puis il alla détruire devant Néphéris l'année extérieure des Carthaginois; et la prise de cette ville ayant amené la soumission de toutes celles du voisinage, tranquille désormais de ce côté, il revint presser le siège de Carthage (**), et malgré les efforts inouïs des assiégés, il emporta enfin la place , défendue pied à pied avec le courage du désespoir, et acheva

(*) L'an 147 avant l'ère vulgaire.

(**) L'an 146 avant l'ère vulgaire.

de détruire, après la victoire , ce que l'incendie et les dévastations de la uerre avaient pu laisser encore deout. Rome fut au comble de la joie, et le sénat délégua dix commissaires pour régler avec Scipion le sort du pays conquis. Il fut résolu que toutes les villes qui dans cette guerre avaient tenu le parti de Carthage seraient rasées , et leur territoire donné à celles qui avaient embrassé la cause des Romains ; Utique obtint ainsi tout le canton qui s'étendait d'un coté jusqu'à Carthage et de l'autre jusqu'à Hippone- Diarrhyte ; le reste lut déclaré tributaire, et il fut convenu qu'on y enverrait de Rome un stratège, ou préteur annuel , comme gouverneur.

Rome se substituait ainsi purement et simplement aux Carthaginois dans la possession de leur domaine d'Afrique , tel qu'il se trouvait en dernier lieu circonscrit par les états des monarques numides. Peut-être doit-ou penser qu'une partie au moins de la Ryzacène fut dès lors reprise par Scipion, et que dès lors aussi fut tracé le fossé de partage qui s'avançait jusqu'à Thènes; peut-être au contraire est-il permis de croire que la prolongation du fossé jusqu'à Thènes est un fait postérieur a la délimitation adoptée par Scipion, et dont nous rencontrerons plus tard quelques iudices.

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