‹ Afrique. Tableau generalChapitre 101 sur 232 · IX. DOMINATION BYZANTINE · texte numérisé non relu

IX. DOMINATION BYZANTINE

Organisation civile et militaire de l'Afrique sous Justinien.

Organisation civile. — Avant que Bélisaire quittât l'Afrique, il avait été pourvu à l'organisation civile et militaire du pays par deux rescrits impériaux , datés l'un et l'autre du 13 avril 534, et adressés, le premier à Archélaùs, ancien préfet de Constantinople et d'IUyrie , en dernier lieu questeur de Bélisaire, et qui était nommé préfet du prétoire d'Afrique ; le second à Bélisaire lui-même en sa qualité de maître de la milice.

Ce sont deux monuments trop directement liés à notre sujet pour qu'il ne soit pas convenable d'en reproduire ici les dispositions principales :

on pardonnera sans doute, on nous saura gré peut-être, d'avoir conservé, par une version très-littérale, les formes et la couleur du style caractéristique de cette époque.

«Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ:

« l'Empereur et Césak Flavius Justinien, l'Allemanique, le Gothique, le Germanique , le Francique , l'Antique ,

(*) Décembre 533.

l'Alanique, le Vandalique , l'Africain, débonnaire, heureux, renomme, vainqueur et triomphateur, toujours au- GUSTE ,

« A Archélaùs Préfet du prétoire d'Afrique

« Notre esprit ne peut embrasser, notre langue ne peut dire tout ce que nous devons de remercîments et de louanges à Notre-Seigneur Dieu Jésus-Christ. Déjà nous avions reçu de Dieu bien des grâces, et nous confessons les innombrables bienfaits qu'il nous a accordés sans que nous eussions rien fait pour les mériter. Mais ce que le Dieu tout-puissant a daigné manifester en dernier lieu , par nous en son nom, dépasse toutes les merveilles accomplies en ce siècle : qu'eu si peu de temps l'Afrique ait par nos efforts recouvré la liberté après quatre-vingtquinze années de servitude sous les Vandales, ces ennemis des âmes et des corps à la fois , car ils entraînaient dans leur impiété, par un second baptême, les âmes trop faibles pour supporter les tortures diverses et les supplices, et ils soumettaient durement à un joug barbare des corps nés pour être libres. Us souillaient aussi de leurs impiétés les saintes églises de Dieu ; de quelques-unes ils avaient fait des écuries. Nous avons vu des hommes vénérables dont la langue coupée à la racine racontait douloureusement les souffrances ; d'autres , après des tortures diverses, dispersés en différentes provinces, avaient terminé leur vie dans l'exil. Par quelles paroles, par quelles œuvres pourrons-nous dignement rendre grâces à Dieu , qui, par moi le dernier de ses serviteurs, a daigné venger les injures de son Église et arracher au joug de la servitude les peuples de si vastes provinces ? bienfait que n'avaient pu obtenir de Dieu nos prédécesseurs, à qui nonseulement il ne fut point donné de délivrer l'Afrique, mais qui virent Rome elle-même prise par les Vandales, et tous les ornements impériaux transportés de là en Afrique. Tandis que maintenant Dieu, par sa miséricorde, nous a non -seulement livré

l'Afrique et toutes ses provinces, mais nous a aussi rendu ces mêmes ornements impériaux qui avaient été enlevés à la prise de Rome. Après donc de tels bienfaits que la Providence nous a départis , ce que nous attendons de la miséricorde du Seigneur notre Dieu , c'est qu'il affermisse et maintienne intactes les provinces qu'il a daigné nous rendre, et nous les fasse régir selon sa volonté et son bon plaisir, en sorte que l'Afrique entière éprouve la miséricorde du Dieu toutpuissant, et que ses habitants, délivrés de la plus dure servitude et d'un joug barbare, reconnaissent en quelle liberté il leur est donné de vivre sous notre heureux gouvernement. Nous réclamons instamment aussi des prières de la sainte et glorieuse Marie mère de Dieu , toujours vierge , que tout ce qui manque à notre empire, Dieu le lui restitue par nous les derniers de ses serviteurs , en son nom ; et qu'il nous rende dignes d'accomplir ses œuvres.

« 1. En conséquence, avec l'aide de Dieu et pour le bonheur de notre empire, nous voulons, par cette loi impériale , que toute l'Afrique que Dieu nous a confiée soit, par sa miséricorde , élevée au premier rang, et ait une préfecture propre , en sorte que, comme l'Orient et l'Illyrie, de même aussi l'Afrique soit spécialement dotée par notre Clémence de la suprême autorité prétorienne, dont nous ordonnons que le siège sera àCarthage, et que le nom soit ajouté dans le préambule des actes publics à celui des autres préfectures; et nous avons aujourd'hui t'ait choix de Votre Excellence pour la gouverner.

« 2. Et avec l'aide de Dieu, il y sera organisé sept provinces avec leurs magistrats, entre lesquelles celle de ïingis , celle de Carthage ci-devant appelée proconsulaire, celle de Byzacium, et celle de Tripolis, auront des gouverneurs consulaires; les autres, savoir , la Numidie, la Mauritanie et la Sardaigne, seront, Dieu aidant, administrées par des présidents.

« 3. Et quant aux bureaux de Vo-

tre Grandeur, ou de Sa Magnificence le préfet du prétoire d'Afrique en exercice, quel qu'il soit, nous ordonnons qu'il y sera employé trois cent quatre-vingt-seize personnes , réparties entre les diverses divisions et bureaux. Quant à ceux des consulaires et présidents, il y aura cinquante personnes dans les bureaux de chacun d'eux.

« 4. Les émoluments que, soit Votre Magnificence, soit les consulaires, les présidents et chaque employé des bureaux, doivent recevoir aux frais du trésor public , sont déterminés dans un état ci-après annexé.

« 5. Nous souhaitons donc que tous nos magistrats s'appliquent à administrer leurs gouvernements suivant la volonté et la crainte de Dieu , et suivant nos instructions et nos ordres, de manière qu'aucun d'eux ne s'abandonne à des exactions et ne commette lui-même, ou ne laisse commettre, par des magistrats, ou leurs bureaux , ou tous autres, aucune violence à l'égard des contribuables ; car bien que nous tâchions , avec l'aide de Dieu , que dans toutes nos provinces en général les contribuables n'éprouvent aucun préjudice , nous nous occupons surtout de ceux du diocèse d'Afrique, lesquels, après un si long eselavage, ont, avec l'aide de Dieu, obtenu par nos soins de voir de nouveau luire pour eux la liberté. Nous ordonnons donc que toutes violences, toute exaction cessent, et que la justice et la lo}auté soient gardées envers tous nos sujets ; c'est par là que Dieu sera satisfait, et qu'eux-mêmes pourront plus promptemeut, comme les autres contribuables de notre empire, se relever et fleurir.

« 6. Nous voulons que les bureaux de Sa Magnificence le préfet du prétoire d'Afrique, aussi bien que des autres magistrats, reçoivent leurs épices conformément à ce qui est réglé par nos lois et observé dans tout notre empire; en sorte que personne ne se permette, en aucun temps ni d'aucune manière, d'excéder le tarif.

« 7. Nous jugeons devoir régler

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aussi par la présente ordonnance, que les magistrats n'aient point à supporter de grands frais pour la mise en règle de leurs lettres ou commissions, soit en notre chancellerie, soit dans les bureaux du préfet du prétoire d'Afrique, afin que, n'étant point euxmêmes chargés de frais, ils n'aient aucun besoin de grever à leur tour les contribuables de notre Afrique.

Nous voulons, en conséquence, que les magistrats du diocèse d'Afrique, tant civils que militaires, ne payent à notre chancellerie, pour les droits de leurs commissions ou lettres de nomination, que dix sous d'or (*), et au bureau du préfet, que douze sous d'or. Que si quelqu'un excède cette taxe, le magistrat lui-même pavera une amende de trente livres d'or, et ses bureaux seront passibles non-seulement de pareille amende, mais même de la peine capitale; car si quelqu'un osait, en quoi que ce soit, excéder nos ordres, et ne tâchait pas , dans la crainte de Dieu, de les observer, nonseulement il aurait à craindre la perte de sa dignité et de ses biens , mais il encourrait même le dernier supplice.

« 8. Voici, avec l'aide de Dieu, l'état des émoluments : Pour les vivres et fourrages du préfet du prétoire de toute l'Afrique, en exercice, 100 livres d'or ; — pour les vivres des consulaires, 20 livres d'or; pour les vivres des [présidents], 7 livres d'or. (Suit le détail, très-curieux, mais très-peu intelligible, et d'ailleurs très-long, des émoluments des employés des bureaux.) r

« 9. Étant ainsi instruit de ce que, par cette constitution impériale, nous avons accordé, pour leurs frais, aux magistrats civils de l'Afrique et à leurs bureaux, c'est à-dire tant aux commis qu'aux autres employés de cette grande préfecture , Votre" Grandeur pourvoira à sa mise à exécution à dater des calendes de septembre de la prochaine indiction treizième (**),

(*) La valeur du sou d'or était d'environ 14 francs. Il y avait 72 sous à la livre, qui valait à peu près 1000 francs.

(**) C'est-à-dire du 1e1 septembre 534.

et à ce qu'elle soit observée et portée à la connaissance de tous par des édits publics; car ceux qui auront été établis par Votre Sublimité, conformément à la présente constitution impériale, seront maintenus à perpétuité dans leur situation.

« Nous statuerons , avec l'aide de Dieu , par une autre ordonnance sur les magistrats militaires et leurs bureaux, et sur l'armée.

« Donné à Constantinople, etc. >»

Organisation militaike. — Passons maintenant à cette organisation militaire annoncée dans le précédent rescrit, et en tête de laquelle nous nous dispensons de répéter l'invocation sacramentelle et la pompeuse série des titres officiels de l'empereur.

« A RÉLISAIRE,

Maître de la milice d'Orient.

« C'est au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ que nous poursuivons toujours nos desseins et nos actes; car c'est par lui que nous avons reçu les droits attachés à la dignité impériale, par lui que nous avons conclu avec les Perses la paix à perpétuité, par lui que nous avons renversé d'opiniâtres ennemis et des princes puissants, par lui que nous avons surmonté de nombreuses difficultés, par lui qu'il nous a été donné de secourir l'Afrique et de la réduire en notre pouvoir, par lui enfin que nous avons la confiance qu'elle sera sous notre autorité convenablement régie et fermement gardée. C'est ainsi que par sa grâce nous avons établi des magistrats civils avec leurs bureaux pour les provinces africaines respectives, et réglé l'émolument que chacun doit recevoir.

Soumettant encore notre esprit à sa providence, nous avons résolu d'organiser les troupes armées et les commandants militaires.

« 1. Nous ordonnons en conséquence que le duc militaire de la province Tripolitaine aura sa résidence provisoire dans la ville de Leptis la Grande ; que le duc de la province Byzacène résidera provisoirement dans les villes de Capsa et de Leptis la Pe-

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tite ; que le duc de la province de Numidie aura sa résidence provisoire dans la ville de Constantine; enfin, que le duc de la province de Mauritanie résidera provisoirement dans la ville de Césarée.

« 2. Nous ordonnons aussi que vous établissiez complètement, sur le passage qui est vers l'Hispanie et qu'on appelle Septa, en tel nombre que Votre Grandeur le jugera nécessaire, des soldats avec leur tribun, homme prudent et dévoué à notre empire , de manière qu'ils puissent toujours garder ce passage, et faire savoir au respectable duc tout ce qui se fait du côté de l'Hispanie, de la Gaule ou des Francs, afin que lui-même le rapporte à Votre Grandeur. Vous ferez établir en outre, dans ce passage, des vaisseaux légers, autant que vous le jugerez nécessaire.

« 3. Nous voulons qu'il soit établi un duc en Sardaîgne, et qu'il réside près des montagnes où se trouvent des populations barbares, avec autant de soldats que Votre Grandeur jugera nécessaire pour la garde des lieux.

« 4. Que tous veillent diligemment aux provinces commises à leur garde; qu'ils préservent nos sujets du préjudice de toute incursion des ennemis ; qu'ils tâchent , en invoquant jour et nuit l'aide de Dieu, et en travaillant activement , d'étendre les provinces africaines jusqu'aux limites où avant l'invasion des Vandales et des Maures l'empire romain avait ses frontières, et où les anciens entretenaient des postes, ainsi qu'on le voit par les clôtures et les tours; qu'ils se hâtent surtout de prendre et de fortifier, à mesure qu'avec l'assistance de la miséricorde divine les ennemis en seront expulsés, les villes voisines des clôtures et des limites, et qui étaient autrefois occupées comme étant établies sous l'autorité romaine ; que les ducs et les troupes se rapprochent successivement des points où étaient auparavant les limites et les clôtures des provinces, lorsque sous l'autorité romaine se conservaient encore intactes

les provinces africaines; ce que nous espérons, avec la permission de Dieu par l'aide de qui elles nous ont été rendues, voir arriver bientôt de notre temps. Et que les provinces, dans l'intégralité de leurs anciennes limites , soient maintenues en sécurité et tranquillité, que par la vigilance et les efforts des soldats les plus dévoués et les soins des respectables ducs en exercice, elles soient conservées intactes ; car il faut que les provinces aient toujours des gardiens fidèles, afin d'ôter aux ennemis la faculté d'envahir ou de dévaster les lieux possédés par nos sujets.

« 5. Quant au nombre de soldats,, soit fantassins soit cavaliers, qu'il faut placer sur chaque frontière pour la garde des provinces et des villes, Votre Grandeur le réglera ainsi qu'elle croira convenable, de manière que si ces dispositions nous paraissent suffisantes nous les confirmions, ou que si nous apercevions qu'il y eût à faire davantage nous y ajoutassions.

« 6. Ce qu'un duc doit recevoir à titre de solde, pour lui et ses hommes, et ce qui revient à ses bureaux, se trouve détaillé dans l'état ci-dessous annexé.

« 7. Ainsi donc qu'il a été dit, les ducs et les troupes résideront provisoirement, quant à présent, conformément à notre ordre, dans les villes et lieux que nous avons désignés, jusqu'à ce que Dieu prêtant aide à nous et à notre empire , ils puissent être rétablis par nos efforts dans les lieux où était fixée l'ancienne limite de chaque province, à l'époque où lesdites provinces étaient restées entières sous l'empire florissant des Romains.

« 8. Il nous paraît toutefois nécessaire que, pour l'organisation des frontières, il soit créé, en sus des troupes mobiles distribuées dans les forts, des troupes spéciales qui puissent défendre et les forts et les places de la frontière, en même temps qu'elles cultiveraient le sol; en sorte que les autres provinciaux les voyant là, aillent s'y établir aussi. Nous avons organisé un modèle de bataillon de frontière, que nous vous envoyons , afin que sur ce

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modèle Votre Grandeur en organise de semblables dans les forts et les places qu'elle choisira ; de façon cependant que si vous trouvez dans les provinces ou parmi les soldats qu'elles avaient antérieurement , des sujets convenables, vous en formiez un bataillon spécial pour chaque frontière; afin que s'il y avait quelque mouvement, ces troupes frontières pussent ellesmêmes , sans le secours des troupes mobiles, défendre avec leurs chefs les lieux où elles auront été placées, sans s'éloigner beaucoup de la frontière, ni les troupes , ni leurs chefs. Ces troupes frontières ne supporteront aucuns frais de la part des ducs ni des officiers de ceux-ci , qui ne pourront détourner frauduleusement à leur profit aucun droit sur leur solde. Nous voulons, au surplus, que ceci soit observé non-seulement à l'égard des troupes frontières , mais aussi à l'égard des troupes mobiles.

« 9. Et nous voulons que chaque duc, ainsi que les tribuns de ces mêmes troupes, exercent toujours leurs soldats au maniement des armes, et ne leur permettent pas de s'éloigner, afin qu'en cas de besoin ils puissent résister à l'ennemi ; et que les ducs ni les tribuns ne se permettent d'en envoyer aucun en congé, de peur qu'en cherchant à en faïre profit, ils ne laissent les provinces dégarnies. Que si les ducs susmentionnés ou leurs bureaux ou les tribuns s'avisaient de laisser quelqu'un des soldats en congé, ou de tirer quelque profit de leur paye, nonseulement nous voulons qu'ils restituent au trésor public le quadruple , mais encore qu'ils soient destitués de leur grade. Car les ducs et les tribuns doivent attendre de notre largesse, en sus des émoluments qui leur sont accordés, une rémunération proportionnée à leurs services, et non chercher à gagner sur les congés ou sur la solde des troupes qui sont organisées pour la garde des provinces ; d'autant plus que nous avons assigné des émoluments suffisants aux ducs eux-mêmes et à leurs bureaux, et que nous avons toujours eu soin d'élever chacun, en

proportion de ses services, à des emplois et des grades meilleurs.

« 10. Quand il aura plu à Dieu, que par les soins de Votre Grandeur toute la frontière ait été remise en son ancien état et soit bien organisée; alors, là où cela deviendra nécessaire les respectables ducs se prêteront, quand le besoin l'exigera , une mutuelle assistance, afin qu'avec faide de Dieu les provinces ou les frontières soient conservées intactes par leur vigilance et leurs efforts.

« 1 1 . De même que nous voulons que nos magistrats et nos troupes soient audacieux et intraitables envers les ennemis , de même nous les voulons doux et bienveillants envers nos contribuables , et qu'ils ne leur fassent aucun tort ni dommage. Que si un militaire se permettait de faire quelque tort à nos sujets , il sera puni exemplairement, sous la responsabilité du respectable duc , ou du tribun, où du premier commis , de manière que nos sujets soient indemnisés.

« 12. Que si, pour certaines causes, il était fait une interpellation par-devant nos magistrats, nous voulons que les exécuteurs ne reçoivent à titre d'épices rien au delà de*ce qui est fixé par nos lois , sans encourir la peine prononcée par les mêmes lois en cas de contravention.

« 13. Lorsque, avec la permission de Dieu, nos provinces africaines auront été organisées par Votre Grandeur conformément à nos ordres , que la frontière en aura été rétablie suivant l'ancien état de choses , et que toute l'Afrique aura été restaurée telle qu'elle était; lors donc que tout cela, avec l'aide de Dieu , aura été fait et achevé sous les yeux de Votre Grandeur, et que par vos efforts l'Afrique aura repris toutes ses anciennes limites, et que vous nous aurez rendu compte de l'organisation complète de tout le diocèse d'Afrique, savoir, dans quels lieux ou quelles villes et en quel nombre ont été distribuées les troupes, et de quelle espèce elles sont; combien de troupes frontières , et de quelle arme , en quels lieux elles ont

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été placées; alors nous voulons que Votre Grandeur revienne auprès de Notre Clémence.

« 14. En attendant, si Votre Grandeur jugeait que certaines places ou châteaux de la frontière étaient trop considérables pour être bien gardés , qu'elle les fasse rebâtir de telle manière qu'elles puissent être bien gardées par peu de monde.

« 15. Lors donc que Votre Grandeur, après avoir réglé toutes choses, effectuera le retour qui lui est ordonné; alors les ducs de chaque limite, toutes les fois qu'ils auront besoin de quelque chose pour la réparation des places ou châteaux, pour leur solde ou leurs provisions, le feront savoir au plus tôt au magnifique préfet d'Afrique , afin que lui-même fasse aussitôt ce qui sera nécessaire, et qu'aucun délai ne puisse nuire aux provinces.

« 16. Et ce qu'il aura fait lui-même, et ce à quoi il sera encore nécessaire de pourvoir ultérieurement, le magnifique préfet du prétoire d'Afrique susmentionné et les respectables ducs nous en rendront fréquemment compte , ainsi que de tout ce qui se passe ; pour que nous confirmions ce qui aura été bien fait, et que les dispositions qui auraient pu être mieux prises soient complétées par nos ordres.

« 17. Nous réglons en outre que les magistrats à établir sur les frontières africaines, n'auront rien de plus à payer, soit dans le palais impérial à aucune personne ou dignité, soit dans le prétoire d'Afrique à la préfecture ou au magistère de la milice, que ce qui est déclaré dans l'état ci-dessous annexé; car si quelqu'un exigeait ou recevait plus que ce qui est taxé audit état, il serait puni d'une amende de trente livres d'or , et encourrait de plus notre indignation. Ils n'auront rien à payer d'ailleurs à aucune autre personne, dignité, ou office, autre que celles dénommées en l'état ci-dessous.

« 18. Nous ordonnons en outre, avec l'aide de Dieu , que chaque duc, ainsi que ses bureaux , reçoive ses émoluments sur les tributs de la province d'Afrique , à partir des calendes de

septembre de la prochaine indiction treizième , suivant ce qui est réglé en l'état ci-dessous annexe.

« 19. Et voici, avec la volonté de Dieu, l'état de ce qui doit être alloué aux ducs établis en Afrique, et à leurs bureaux, pour les vivres et fourrages qui leur sont annuellement dus. (Suit un détail fort embrouillé des émoluments dus, pour eux et leurs gens, aux cinq ducs, qualifiés simplement ici de clarissimes ou très-distingués, au lieu de la qualification de spectabiles ou considérables, qui leur est donnée dans le reste de la loi.)

« 20. État des droits que le duc de chaque frontière doit payer à la chancellerie impériale, au prétoire de l'amplissime préfecture d'Afrique , et au secrétariat du maître de la milice en exercice ; savoir : à la chancellerie impériale six sous d'or; au secrétariat du magistère de la milice, pour l'enregistrement de l'ordre impérial deNotre Sérénité relatif à sa nomination, douze sous d'or ; au secrétariat de l'amplissime préfecture d'Afrique, pour l'enregistrement des mêmes lettres, douze sous d'or.

« 21. En conséquence Votre Gloire ordonnera la mise à exécution et l'observation de ce que Notre Éternité a réglé par cette ordonnance officielle.

« Loi rendue aux ides d'avril à Constantinople, sous le quatrième consulat de notre seigneur Justinien Père de la Patrie et Auguste, avec Paulin. »

Tout ce qui était ordonné à Bélisaire dans ce rescrit était sans doute en voie d'exécution quand ce grand homme quitta Carthage pour aller recevoir à Constantinople les honneurs du triomphe, et prendre bientôt après possession du consulat. Son départ laissa son œuvre inachevée, et priva l'Afrique de la main puissante qui seule pouvait retenir à la fois dans le devoir une armée hétérogène qui n'avait plus de romain que le nom, et des chefs maures dont sa renommée avait amené la soumission.

Guerres contre les Maures.

Première expédition de Salo-

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mon. — Trois chefs principaux commandaient aux Maures répandus sur le territoire romain; c'étaient, dans la Byzacène, Antalas(*), fidèle à l'empire, qui se l'était attaché moyennant une pension annuelle, et Coutzinas, le plus notable d'une foule de petits chefs que le nom de Bélisaire avait jusqu'à ce moment tenus en respect ; dans la Numidie, Iaudas, demeuré indépendant sur les montagnes d'Aurasion.

On peut croire que des conditions pareilles à celles d'Antalas auraient assuré la soumission des deux autres ; mais ils se plaignirent hautement d'avoir été déçus par de vaines promesses, et les vaisseaux de Bélisaire avaient à peine levé l'ancre, que déjà un soulèvement général se manifestait sur toute la frontière ; les postes romains dans la Byzacène et la Numidie, trop faibles "encore pour arrêter le torrent, étaient battus , et les barbares dévastaient tout le pays. Deux officiers distingués de la cavalerie impériale avaient été tués dans la Byzacène après une défense acharnée; dans la Numidie, Althias , qui était cantonné à Centuries (**) avec un corps de Huns pour la garde des forts d'alentour, avait été plus heureux, et il avait remporté sur Iaudas , auprès de la fontaine de Tigisis (où Procope met la fameuse inscription constatant l'origine cananéenne des Maures) , un avantage brillant quoique de peu d'importance. Salomon marcha d'abord contre Coutzinas et ses adhérents, qu'il battit rudement à deux reprises , d'abord à Mamma , puis sur

(*) Ce nom africain se montre plus tard dans l'histoire mauresque sous la forme Hliantkalah, suivant l'orthographe des Arabes.

(**) 'ExuYxave ôè AXÔiaç sv xevxouptaiç tcov èxeivY) ( Novjuôta ) <ppoupitov œuXoooQV &XWV- (Procope, Guerre des Vandales, II, i3.) Nous pensons, comme Ruinart , qu'il faut lire ici èv KevToupîai;, à Centuries, ce qui se rapporte au poste appelé ad Cenlenarium sur la Table Peutingérienne , entre Gasaupala et Tigisis, sur la route de Tipasa (Tyfèsch) à Conslantine par Sigus. Tiyiffiç est la moderne Teghzeh.

les monts Bourgaôn, les forçant à s'aller réfugier en Numidie auprès de Iaudas.. Il vint ensuite chercher celui-ci dans l'Aurasion , où il fut guidé par deux princes maures : l'un de ces guides était Orthaïas, chef des tribus cantonnées dans l'ouest de l'Aurasion, qui reprochait à Iaudas de favoriser Mastigas , chef des tribus de la Mauritanie, dans le dessein qu'avait celui-ci de chasser Orthaïas lui-même et ses Maures du pays où ils étaient depuis longtemps établis ; ce qui avait déterminé l'accession d'Orthaïas et des siens à la cause romaine. Après avoir campé sur le fleuve Abigas, qui s'échappe de ces montagnes, Salomon s'avança jusqu'à celle à'Jspis ou du Bouclier; mais craignant de s'engager trop avant avec des guides peu sûrs, il se borna pour lors à cette démonstration, renforça en se retirant les garnisons de la Numidie, et retourna passer l'hiver à Carthage (*).

Au printemps suivant, une mutinerie de ses troupes obligea Salomon à quitter précipitamment son palais , et à se réfugier à Missoua, vers le cap d'Hermès, d'où il dépêcha un courrier en Numidie, pendant que lui-même allait chercher Bélisaire à Syracuse. La révolte avait été excitée par les femmes et le clergé vandales , et les mutins grossissant leur nombre des débris du peuple vaincu, se réunirent dans la plaine de Bulla en un corps de huit mille hommes, sous le commandement de Stotzas , qui vint bientôt assiéger Carthage, mais qui battit en retraite au seul nom de Bélisaire arrivant avec quelques soldats. Le fameux guerrier vint défaire et disperser les rebelles auprès de Membressa, sur le Bagradas , à 350 stades ou cinquante milles romains de Carthaee , et, rappelé en Sicile par une autre révolte, il laissa à Salomon, pour suivre les affaires d'Afrique , deux braves officiers, Théodore et Ildiger, et repartit aussi-

(*) A la fin de l'année 535, et non en 536 comme l'indique Lebeau dans son Histoire du Bas-Empire, où cette date erronée remonte jusqu'à la bataille de Mamma.

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tôt. En Numidie, le duc Marcellus , ayant appris que Stotzas fugitif était avec peu de monde à Gazophyles (que les routiers romains appellent Gazaufula ou Gasaupala), à deux journées de Constantine, voulut l'y aller surprendre; mais le rebelle lui débaucha ses troupes , et le fit massacrer avec ses officiers.

Expédition de Germain. — Alors Justinien envoya en Afrique, pour remplacer Salomon comme maître de la milice, le patrice Germain son neveu , avec les sénateurs Symmaque comme préfet du prétoire , et Dominique comme maître de l'infanterie à la place de Jean récemment décédé. La vérification des matricules fit reconnaître qu'il manquait à l'appel les deux tiers des soldats : l'habileté de Germain en rappela un grand nombre dans le devoir, si bien que Stotzas résolut de livrer bataille avant que la désertion de ses adhérents ne fût complète , et il vint camper non loin de la mer, à trentecinq stades ou cinq milles romains de Carthage. Germain alla l'attaquer, le mit en déroute, le suivit en Numidie, et l'ayant atteint en un lieu que les Romains appelaient Cellas Vatari, ou les Magasins de Vatarum (*) , il le

(*) Personne encore n'a su reconnaître dans le texte de Procope le nom de ce lieu 8 S^i KaXXaç (3axàpaç xaXouai 'Ptou.aToi; Scaliger, sans l'appui d'aucun manuscrit, sans autre motif que sa fantaisie, pensa qu'il fallait lire IxàXa; pérepeç , forgeant ainsi le nom latin de Scalœ 'veleres, servilement adopté par tous les traducteurs, et retraduit à son tour dans notre langue en Vieilles échelles; mais il est évident que KaXXocç (âaxàpaç doit indiquer des celles ou magasins , cellas , comme on en connaît plusieurs en Afrique, où l'on ne trouve point au contraire d'échelles, scalas; et que (3aràpa; , vataras, est l'adjectif caractéristique du lieu, comme nous voyons l'adjectif picentinis attaché aux Cellis voisines de Tacape. Or Procope, en nous racontant la bataille qui a eu lieu en cet endroit, nous montre Germain partageant sa cavalerie en trois corps commandés par Ildiger, Théodore, et ce Jean frère de Pappus, auquel Jornandès applique le surnom deTroglita,

battit si complètement, que Stotzas prit le parti de se réfugier avec quelques Vandales jusqu'en Mauritanie, où il épousa la fille d'un chef indigène; et l'Afrique demeura enfin quelque temps en paix (*)

Seconde expédition de Salomon.—En 539, treizième année de son règne , Justinien rappela près de lui Germain, Symmaque et Dominique, et confia de nouveau le soin des affaires d'Afrique à Salomon, qui arriva avec des renforts de troupes et d'autres chefs. Il s'appliqua à purger le pays de tout ce qui y restait de rebelles et de Vandales , à fortifier les villes, à assurer l'observation des lois, l'aug-

qui se distingua particulièrement aux côtés de Germain , et dont Corippe a fait le héros de son poème de la Johannide : on doit donc trouver dans ce poème quelque allusion à la conduite glorieuse de Jean dans cette bataille; et en effet Corippe ne manque pas de rappeler cette circonstance dans ses vers, où il met dans la bouche d'un officier faisant en présence de Jean, alors maître de la milice , le récit des précédentes guerres, une indication précise de ce combat :

« Te quoque per médias vidit victoria pugnas; « Fortis et iiruptis truncabas agmina castris « linse gravi , similique viros virtute necabas. « Germano spargente feruin viclumque tyrannum, « Te Cellas Vatari iniro spectabat amore; «Te Autenti saevos mactantem viderat hostes. »

CoRitPE, Johannide, III, 3 r 4- 3 19.

Nous lisons dans ces vers Cellas Vatari comme porte le manuscrit de Trivulce , et non cultor Vatari, comme il a plu à Mazzuchelli de corriger.

La Table Peutingérienne nous avait déjà révélé l'existence et fait connaître la situation relative d'un lieu appelé Vatari , entre Sicca , Théveste et Cirta , de manière à en assurer la position à quelques milles dans le sud de Tipasa, aujourd'hui Tyfèsch. C'est là qu'a eu lieu la bataille décrite en détail par Procope. Mais les vers de Corippe nous indiquent encore une autre affaire, dont Procope ne dit rien, qui eut lieu à Autentum près de Suffelula.

(*) Cette paix est décrite avec beaucoup de charme dans les vers de Corippe, trèsremarquables pour l'âge de décadence complète où ils furent écrits; ils nous apprennent aussi qu'au milieu de cette paix survint une épidémie.

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mentation des revenus, et la prospérité publique. Puis il résolut une expédition contre Iaudas et les Maures de l'Aurasion; son avant-garde vint camper sur les bords de PAbigas, auprès de la ville abandonnée de Bagaï, où les Maures , par des barrages , l'eurent bientôt inondée; mais l'arrivée de Salomon les refoule vers les montagnes, en un lieu appelé Babôsis, où il vient les mettre en déroute ; une partie se retire en Mauritanie , une autre chez les barbares du Sud. Iaudas, ayant encore vingt mille hommes , va établir une forte garnison dans le château de Zervoula (*), et gagnant lui-même le haut des montagnes, il s'établit au milieu des rochers , sur un point entouré de pentes abruptes , en un lieu appelé Toumar, pendant que ses femmes et ses trésors sont renfermés , sous la garde d'un vieux guerrier, dans une tour écartée, anciennement bâtie à la cime d'un pic isolé appelé la Pierre de Géminien ; mais Salomon , après être allé fourrager dans les champs de ïamougadis, s'empare de Zervoula, force Iaudas dans sa retraite de Toumar, et enlève la tour de Géminien. Iaudas, blessé lui-même, se sauve en Mauritanie. Alors Salomon établit à demeure des postes fortifiés dans l'Aurasion , et chassant les Maures de toute la Numidie, il alla, dit Procope, soumettre le canton de Zaba , au delà de l'Aurasion , appartenant à la première Mauritanie, dont la métropole était Sitifis. Césarée était la capitale de l'autre Mauritanie, soumise tout entière au prince maure Mastigas, à la seule exception de Césarée elle-même, où les vainqueurs ne

(*) Procope l'appelle ZepêouXï) , qui devait se prononcer Zervouli; Corippe la nomme ZerquiUs , à côté de Geminam pelram, qui est évidemment la 7tÉTpav refJuviavoO de Procope : la synonymie de Zerquilis avec ZepëouXr) est donc certaine, et assure celle que la sagacité de M. Dureau de la Malle avait devinée entre ZepëouXïi et Zerqelah des géographes arabes. Le même savant a signalé avec la même justesse l'identité de Toumar etPetra Geminiani avec Tovu.âppa et TepEJuava de Ptolémée.

pouvaient en conséquence se rendre que par mer.

Justinien ayant, en 543, donné le commandement de la Tripolitaine à Sergius neveu de Salomon , en même temps qu'il accordait la Pentapole à Cyrus frère du premier, il y eut un soulèvement général des Maures Lévathes , par suite du massacre de quelques-uns des leurs à Leptis Magna, et les deux frères furent obligés de se sauver auprès de leur oncle. Les insurgés entrèrent dans le Byzacium, où ils trouvèrent Antalas tout disposé à faire avec eux cause commune ; car, à la suite de quelques troubles , Salomon avait puni de mort son frère Guarizilas, et supprimé la pension annuelle d' Antalas lui-même. Salomon marcha à leur rencontre , et leur livra, près de Théveste , un combat où il périt ; et les Lévathes s'avancèrent jusqu'à Laribus , qui se racheta d'un siège par une contribution en argent.

Expédition de Sergius et Ariobinde; usurpation de Gonthâris déjouée par Artaban. — Sergius succéda à son oncle dans le commandement , et se fit détester de tous par sa hauteur, si bien que les chefs de l'armée ne se souciaient point de lui obéir, tandis que les Maures, ayant appelé à eux le rebelle Stotzas, se montraient plus formidables que jamais. Le duc de la Byzacène, Himérios, ayant été pris dans une embuscade à Ménéfésis ( entre Suffétula et Théveste) , ils en profitèrent pour aller s'emparer par ruse d'Adrumète , qu'une autre ruse ne tarda pas à leur enlever.

L'empereur envoya le sénateur Ariobinde partager avec Sergius le commandement militaire des provinces de l'Afrique, lui donnant à cet effet quelques officiers et un petit nombre de nouvelles troupes pour continuer la guerre en Byzacène pendant que Sergius la ferait en Numidie. Athanase fut envoyé en même temps comme préfet du prétoire ; mais on conçoit que cette haute mngistrature civile était alors presque effacée au milieu du tumulte des armes. Ariobinde ayant

L'UNIVERS

appris que les ennemis étaient campés près de Sicca- Vénéria , envoya contre eux un de ses lieutenants , qui les attaqua dans le port ou défilé deTacia (*), tua Stotzas, et fut tué lui-même, au milieu d'une défaite que le concours de Sergius aurait empêchée: l'empereur alors rappela enfin ce jeune présomptueux. Gontharis, chef des troupes de la Numidie,eut l'ambition de se substituer à la fois à Sergius et à Ariobinde, en se liguant secrètement avec les Maures, et il ameuta Iaudas etCoutzinas contre Carthage, en même temps qu'Antalas s'y portait avec le rebelle Jean> que les soldats de Stotzas avaient élu pour chef. Ariobinde rappela aussitôt près de lui tous ses généraux, et s'efforça de désunir les chefs maures par des négociations secrètes. Gontharis devenu nécessaire à Carthage , y leva le masque , fit massacrer Ariobinde, et se saisit ainsi du pouvoir; Jean et les soldats de Stotzas , ainsi que le maure Coutzinas , vinrent se joindre à lui , tandis qu'Antalas prit le parti de se réunir aux troupes de la Byzacène restées fidèles dans Adrumète sous leur duc Marcentius; mais l'arsacide Artaban, d'accord avec le préfet Athanase que Gontharis avait dédaigné de frapper, fit assassiner le rebelle par un de ses Arméniens, trente- six jours après son usurpation , et rendit ainsi Carthage à l'empereur, qui l'en récompensa en le nommant lui-même stratège ou maître de la milice d'Afrique (**). Mais l'amour peut-être entrait pour une part dans la conduite d'Artaban , et en sacrifiant Gontharis c'est d'un rival qu'il s'était défait; peut-être Gontharis lui-même n'était-il devenu criminel que pour rompre le nœud qui unissait comme épouse à Ariobinde la jeune Préjecte nièce de Justinien, à la main de laquelle il prétendit aussitôt; Artaban fut plus heureux, et de-

(*) Procope parle du défilé sans le nommer ; mais le chroniqueur Jean de Valclara nous fournit une indication précise.

(**) En la 19e année du règne de Justinien, c'est-à-dire en 545.

manda son rappel pour l'aller retrouver à Constantinople, où il devint maître de la milice de la garde.

Expédition de Jean Tboglita.

—Ce fut alors Jean Troglita que l'empereur nomma stratège d'Afrique ; il vint débarquer à Caput-Vada comme Bélisaire, et après avoir réuni à Carthage les troupes d'Afrique, celles qu'il amenait , et les Maures de Coutzinas qu'une pension annuelle attachait alors à l'empire, il courut dans la Byzacène, à l'endroit autrefois appelé le Camp d'Antoine (*), remporta sur Antalas et ses confédérés une victoire complète, et retourna triomphant à Carthage. Mais une ligue formidable s'étant formée des Maures de la Tripolitaine avec ceux de la Byzacène , il réunit de nouveau ses troupes et ses alliés pour marcher à l'ennemi avant qu'il eût envahi cette dernière province. Au bruit de son approche , les Lévathes , qui étaient déjà sur la frontière, rebroussent chemin et s'enfoncent dans le désert de Gadaïas , où Jean Troglita les suit sans pouvoir les atteindre. Le manque d'eau et de vivres le rappelle vers la côte, où il reçoit les soumissions de quelques tribus; puis il se porte vers les collines de Gallica pour couper le chemin aux ennemis, que la soif ramenait sur les bords d'un fleuve, où il les devance avec quelques troupes : le combat s'engage avant que les Romains eussent assis leur camp; ils sont défaits, et Jean Troglita est obligé de se replier sur une petite ville, puis de regagner Vinci , où son armée s'était ralliée et l'attendait; de là il renvoie ses troupes se refaire dans leurs quartiers , et lui-même prenant la route du littoral, ne s'en écarte plus que pour gagner Laribus, où il donne rendezvous à tout son monde pour une nouvelle expédition (**).

(') « Jamque per extensos properans exercitus agros «Byzacii, carpebat iter quô Antonio Castra « INomine dictus avis locus est. »

CoRirpE, Joliannide, I, 460.

(**) Toute cette campagne est résumée par Procope en ces mois : «Les Lévathes « venant de !a Tripolitaine avec une grande

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Avant bientôt réuni les troupes et les munitions nécessaires, et un ren-

« armée, entrèrent dans la Byzacène et se « réunirent à Anlalas ; Jean ayant marché « contre eux fut vaincu , perdit beaucoup « de monde, et se réfugia à Laribus. » Corippe au contraire nous fait un long récit, où ne se trouvent malheureusement qu'en fort petit nombre les désignations précises nécessaires pour la détermination des localités ; et Saint-Martin les a même négligées dans son analyse du poëme ; nous avons au contraire soigneusement relevé ces faibles indices, que certaines corrections hasardées par Mazzuchelli et répétées par le second éditeur, M. Emmanuel Eekker, rendaient plus difficiles à saisir, en transportant dans la Tingitane ce qui regarde exclusivement la Tripolitaine, bien que la leçon du manuscrit se prêtât mieux à la restitution plus naturelle que nous avons adoptée. Ainsi, quand la renommée fait connaître aux Maures l'approche de Jean ïroglita avec tous ses ducs, ce n'est point Abylœ Tingensis ad arva qu'elle peut raisonnablement aller, mais bien

« Lnguatan gentis ad oras «Improba tendit iter. Fines jàm raptor iniquus « Byzacii vastabat eques : sic pectora rumor « Nominis incutiens magna virtute Johannis «Terruit, innumeras acies post terga reflexit.

« Siccas superare Gadaias

« Nec dubitant.tristesque locos,quîs nullus eundi « \ ivendique modus. »

Gadaïas ne s'identifie ni à Cydamus ou Gadames, ni à Gadabis qui est vers Leptis la Grande ; mais c'est évidemment dans les mêmes cantons que la position en doit être cherchée. Quand les Romains sont revenus à la côte,

« tune maie fida Latinis

« Urceliana manus Romanis addita fatis.

« Subjicit ipsa... sese

« Astricum gens clara virûm. »

Puis lorsque Jean Troglita va couper aux ennemis le chemin du fleuve,

<t Infandum carpebat iter, coliesque malignos « Tristis et infaustos monstrabat Gallica campos. »

Dans un autre passage, le nom est écrit Gallida ; mais l'une ni l'autre forme ne nous rappelle un point déjà connu. Après la défaite

a Suecessit parvsc defessus mœnibus uvbis.

« Inde petens Vinti Romanum contrahitagmen.»

Vinci ne nous est pas plus connu que Gadaïas , que Gallida , que les Urcéliens et les

fort considérable de Maures alliés , il se remit en campagne. Les ennemis s'étaient avancés jusqu'aux frontières de la Byzacène, et dévastaient le plat pays autour de Mamma ; à la nouvelle de son approche, ils se retirèrent au désert pour qu'il s'y engageât encore à leur poursuite , et s'éloignèrent jusqu'à une distance de dix journées. Jean Troglita ayant envoyé reconnaître leur position, s'avança jusqu'à la ville de Vinci auprès de' laquelle ils étaient campés sur le bord de la mer, et pendant que les Maures se retiraient devant lui sur les hauteurs, il occupa le rivage, dont il fit rentrer tous les bâtiments dans le port de Lariscum ; puis il s'avança encore jusqu'en un lieu appelé le* Camp de Caton (où sans doute s'était jadis arrêté ce grand homme lorsqu'il ramena par terre les restes de l'armée des Pompéiens depuis Cyrène jusqu'à Utique). C'est là qu'ayant habilement attiré les ennemis dans la plaine, Jean ïroglita leur livra une sanglante bataille , où leur perte fut énorme (*); ils y perdirent, suivant Jornandès* dix-sept chefs de tribus, et demeurèrent complètement écrasés. Après avoir ainsi terminé la guerre, Jean Troglita rentra triomphant à Carthage, et s'appliqua à faire jouir l'Afrique des bienfaits d'une paix profonde.

Astrices; nous savons seulement que c'est une ville soumise aux Romains , non loin de la mer, à plusieurs journées au delà des limites de la Byzacène.

(*) La victoire de Jean Troglita fut remportée dans les mêmes lieux où il avait éprouvé une défaite; outre le voisinage de la ville de Vinci , qui est déjà un repère significatif, le Camp de Caton est lui-même indiqué dans le récit antérieurement fait par Corippe de cette défaite si bien rachetée, par cette allusion mise dans la bouche de son héros :

« Magnoque Calone seenndum « Me tentasse legent. »

En supposant que les trois campagnes de Jean ïroglita ne se soient succédé que d'année en année , la guerre aurait été terminée en 548 au plus tard.

Édifices de Justlnien en Afrique.

Alors sans doute s'achevèrent les ouvrages entrepris par Bélisaire et continués par Salomon pour la sûreté et l'embellissement des villes. Procope, en nous racontant au sixième livre de ses Édifices les constructions faites sous le nom de Justinien dans le ressort de la préfecture d'Afrique , nous fait apprécier l'étendue des travaux qui y furent exécutés. Il est intéressante jeter, sous ce point de vue , un coup d'œil rapide sur les indications de l'historien courtisan.

Édifices de la Tripolitaine.

— « La Tripolitaine, voisine des Syrtes, a pour habitants des Maures barbares d'origine phénicienne. Là est aussi la ville de Kidamè, peuplée de Maures dès longtemps alliés des Romains, et qui se sont aisément laissé persuader par Justinien d'embrasser le christianisme: on les appelle Pacali, pacifiés, à cause de la paix où ils se maintiennent vis-à-vis des Romains.

La ville de Lepti-Magna , autrefois grande et peuplée, «est devenue ensuite presque déserte, et le sable Ta envahie : Justinien en a relevé les murs depuis les fondements, mais sur une étendue bien moindre que l'ancienne enceinte:

il a laissé dans l'état où elle était la portion de la ville ensevelie sous les sables, et il a entouré de fortes murailles la partie restante : il y a fait construire un fort beau temple sous l'invocation de la Vierge, et quatre autres églises; il a restauré l'ancien palais de Septime Sévère , qui était né dans cette ville et y avait laissé ce monument de son élévation. Peu après l'avènement de Justinien , et avant la guerre de Bélisaire, des Maures barbares, appelés Leucathes, ayant chassé les dominateurs vandales de Lepti- Magna, l'avaient désolée complètement.

Justinien l'a décorée encore de bains publics et d'autres édifices. Quant aux barbares d'alentour , appelés Gadabitains , qui professaient le paganisme grec, il les a complètement convertis au christianisme. Il a aussi fortifié la ville de Sabaratha, et y a bâti une

belle église. A l'extrémité de la même plage sont les deux villes de Tacapa et de Girgis , entre lesquelles est la petite Syrte.

Édifices de l'Afrique propre.

— « Après la Tripolitaine et les Syrtes vient le reste de l'Afrique. Les Vandales, devenus maîtres du pays, avaient pensé qu'il convenait à leurs intérêts de démanteler toutes les places , de peur que les Romains venant à s'en emparer n'en tirassent avantage contre eux; ils épargnèrent les murs de Carthage et de quelques autres villes, mais les laissèrent se dégrader par défaut d'entretien : Justinien, après avoir arraché l'Afrique aux Vandales, nonseulement releva les forteresses détruites, mais en construisit en outre plusieurs nouvelles. Etd'abord, s'occupant de Carthage, appelée aujourd'hui a bon droit Justinienne, il en restaura complètement les murailles, et la ceignit d'un fossé neuf; il érigea dans le palais une chapelle à la Vierge, et hors du palais une autre à sainte Prime qui est l'une des saintes indigènes; il lit construire des portiques des deux côtés de la place dite de la Marine, et de très-beaux bains publics que l'on a appelés Théodoriens du nom de l'impératrice; il a en outre bâti sur le bord de la mer , près du port appelé Mandracion, un monastère si bien fortifié, qu'il en a fait un château inexpugnable : voilà les édifices dont Justinien a doté la nouvelle Carthage.

Dans la contrée environnante, qu'on appelle Proconsulaire, la ville de Vaga se trouvait sans murailles, au point que les barbares auraient pu la prendre sans effort et pour ainsi dire en passant : Justinien l'a fortifiée de manière à offrir de véritables moyens de défense à ses habitants, qui par reconnaissance ont donné à ieur ville, en l'honneur de l'impératrice, le nom de Théodoriade ; il a érigé aussi dans le même canton le château appelé Toucca.

Édifices de la Byzacène. — « Dans le Byzacium, la ville d'Adramyte, sur la côte, autrefois grande et peuplée , avait le rang et le titre de

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métropole de la contrée , tant à cause de son étendue que de son heureuse

{>osition; les Vandales en avaient abattu es murs pour que les Romains ne pussent s'y retrancher, et elle demeurait exposée aux courses des Maures ; les habitants avaient, pour leur propre sûreté, relié entre elles et fortifié leurs maisons contre les agressions du dehors; mais dans une telle situation leur salut ne tenait pour ainsi dire qu'à un fil, car les Maures les harcelaient, et les Vandales ne prenaient nul souci de les défendre. Mais Justinien devenu maître de l'Afrique, a entouré la place de fortes murailles et y a mis une garnison suffisante pour rassurer les habitants contre toute espèce d'ennemis; aussi appellent -ils également aujourd'hui cette ville Justinienne en témoignage de leur gratitude pour les bienfaits du prince; seul témoignage en effet qu'ils pussent lui donner et qu'il voulût accepter.

« Sur la côte de la Byzacène était un lieu appelé Capoudvada par les indigènes : c'est là qu'avait abordé la flotte impériale lors de l'expédition contre Gélimer et les Vandales , et Dieu y avait admirablement fait connaître sa bienveillance pour notre monarque en faisant naître dans ce lieu aride , où l'armée romaine souffrait beaucoup du manque d'eau, une source qui jaillit tout à coup sous la pioche des soldats, du sein d'une terre jusqu'alors desséchée; en sorte qu'après avoir trouvé là un campement favorable, ils purent le lendemain s'élancer vigoureusement à la conquête de l'Afrique. Aussi Justinien, pour consacrer d'une façon durable le souvenir de ce divin bienfait, ordonna aussitôt la fondation d'une belle et forte ville, dont il traça le plan; elle a été bâtie en effet , entourée de murs , et son existence a changé la face dé ce canton, car les habitants se sont civilisés, ont pris l'habitude de venir tous les jours au forum, de délibérer de leurs affaires dans des assemblées, d'établir des marchés, de faire en un mot tout ce qui se pratique dans les cités :

voilà ce que Justinien a fait sur le lit-

toral du Byzacium. Dans l'intérieur, sur les limites de la province habitées par des Maures barbares, il a établi des postes fortifiés, en sorte qu'ils ne peuvent plus faire d'incursions sur le territoire romain ; car après avoir entouré de fortes murailles les villes frontières de Mamma , Télepte, Kouloulis, et le château que les indigènes appellent Ammétéra , il y a mis de bonnes garnisons.

Édifices de la Numidie. — « Il a de même pourvu à la sûreté de la Numidie par des postes fortifiés et des garnisons , ainsi que je vais l'exposer. Dans cette province se trouve le mont Aurasion , qui n'a pas son pareil au monde, car il s'élève abruptement à une grande hauteur, et n'a guère moins de trois journées de circuit; l'abord en est très-difficile, et l'on n'y peut monter qu'à travers des précipices; mais le sommet en est plat, d'un parcours facile, couvert de prairies, de vergers et de bosquets odoriférants, de sources limpides, de ruisseaux paisibles, et chose surprenante, les moissons et les fruits n'y sont pas moins beaux que dans le reste de l'Afrique : tel est le mont Aurasion. Les Vandales s'en étant emparés au commencement de leur occupation, les Maures s'y établirent après le leur avoir enlevé, jusqu'à ce que Justinien les en ayant chassés, l'a réuni au domaine de l'empire; et afin d'empêcher qu'il ne retombe au pouvoir des barbares, il a fortifié les villes d'alentour, qu'il avait trouvées désertes et démantelées : de plus il y a placé deux châteaux avec des garnisons suffisantes pour ôter aux barbares du voisinage tout espoir de jamais reprendre F Aurasion. Il a également mis en état de défense les villes situées dans le reste de la Numidie.

Édifices en Sardaigne et a Septa.— « Dans l'île de Sardôs qu'on appelle maintenant Sardinia, estime ville nommée par les Romains le Château deTrajan; Justinien Fa ceinte de murailles et de fortifications, dont elle était auparavant dépourvue.

« Vers les colonnes d'Hercule, sur

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le rivage africain , était autrefois un fort appelé Septon , construit par les Romains à une époque antérieure, et croulant de vétusté par suite de l'incurie des Vandales : Justinien l'a entouré de bonnes murailles , y a mis une forte garnison, et y a bâti une belle église à la Vierge. f Comme c'est là que commencent ses États, il a fait en sorte que cette forteresse soit inexpugnable. »

Dernière période de la domination byzantine.

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