‹ Afrique. Tableau generalChapitre 131 sur 232 · TÉSIN ; DÉFAITE DES CARTHAGINOIS · texte numérisé non relu

TÉSIN ; DÉFAITE DES CARTHAGINOIS

a Lilybée; marche d'Annibal dans la Cisalpine; bataille de là Trébie; Annibal passe en Étrurie; bataille de ïrasimène; 218

ET 217 AVANT NOTRE ERE. — Les

Romains avaient essayé de faire face à tous les dangers. Ils avaient envoyé des armées en Espagne , en Sicile , pour combattre les Carthaginois, et en Cisalpine pour contenir les Gaulois qui menaçaient de se soulever. Scipion , après avoir envoyé son frère Cnéus en Espagne, attendait Annibal à la descente des Alpes. Annibal , de son côté, commençait à désespérer du succès de son entreprise quand il vit les Gaulois cisalpins rester neutres , contre leurs promesses , et refuser de venir se joindre à l'armée carthaginoise. Toutefois, un premier et brillant succès vint ranimer ses espérances. Il y eut un combat de cavalerie sur les bords du Tésin , où la victoire demeura aux Carthaginois. Le consul Scipion fut blessé dans cette rencontre. Rome se hâta de rappeler de la Sicile Sempronius, qui avait déjà fait éprouver aux Carthaginois des pertes considérables. Le préteur JEm\lius avait détruit, près de Lilybée,

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une flotte carthaginoise , et Sempronius lui-même s'était emparé de l'île de Malte. C'est alors que Sempronius, pour obéir au sénat , vint dans la Cisalpine au secours de son collègue Scipion. Annibal ne tarda point à se trouver en présence de l'armée romaine qui campait sur les bords de la ïrébie. Malgré les avis de Scipion, Sempronius attaqua les Carthaginois; mais bientôt il eut à se repentir de son im-

f)rudence. Annibal fut vainqueur, et es Romains perdirent dans la bataille trente mille soldats, qui périrent les armes à la main ou devinrent prisonniers. Cette éclatante victoire des Carthaginois fut le signal d'un immense soulèvement dans la Cisalpine. Les Gaulois n'hésitèrent plus à se ranger du côté des ennemis de Rome. Après la journée de laTrébie, Annibal compta dans son armée quatre-vingt-dix mille soldats. Il songea alors à pénétrer au centre de l'Italie. Il franchit l'Apennin et gagna l'Étrurie. Ce ne fut point sans s'exposer à de grands dangers qu'il traversa une partie de cette contrée. Enfin il rencontra les Romains. Il attira le consul Flaminius , non moins présomptueux et non moins imprudent que son prédécesseur Sempronius, dans une position défavorable. Il le força à combattre, et une nouvelle armée romaine fut exterminée sur les bords du lac Trasimène.

Annibal pénètre au centre de l'Italie; sa marche; bataille de Cannes; 217 et 216 avant notre ère. — Après la journée de Trasimène , Annibal passe en Ombrie et dans le Picenum, où il ravage les terres des alliés de Rome; puis il s'avance dans la Sabine et le Samnium, où il continue ses dévastations pour attirer encore une fois les Romains au combat. Mais dans cette marche, il rencontre un général plus prudent et plus habile que Sempronius et Flaminius; c'est Fabius, le bouclier de Rome, qui observe Annibal, le suit pas à pas, et évite néanmoins tout engagement sérieux. En temporisant, Fabius obtient un important résultat; il use les forces de l'armée carthaginoise, qui ne vit et

ne se recrute qu'avec peine dans les provinces centrales de l'Italie, où les populations sont habituées depuis longtemps à la domination romaine. Mais enfin Fabius est remplacé, et les consuls Paul Emile et Varron, qui lui succèdent dans le commandement des légions, en cessant de temporiser, offrent bientôt à Annibal l'occasion d'un nouveau triomphe. Il y eut une grande bataille près de Cannes , en Apulie , sur les bords de l'Aufide, où les Romains perdirent quatre-vingt mille hommes, deux questeurs, vingt et un tribuns des légions, quatre-vingts sénateurs et Paul Emile, l'un des consuls. Jamais, depuis la funeste journée de l'Allia , la puissance de Rome n'avait été aussi fortement ébranlée.

résultats de la bataille de Cannes en Italie; l'Italie centrale RESTE FIDÈLE AUX ROMAINS *,

la Cisalpine et l'Italie méridionale se donnent a Annibal; Annibal poursuit la guerre; 216 et 215 avant notre ère. — Lorsqu'on reçut à Rome la nouvelle de la bataillle de4 Cannes, il y eut dans la ville un deuil public et toutes les manifestations d'une grande douleur. On se hâta de faire de nouvelles levées, et les citoyens se soumirent volontairement aux plus grands sacrifices. La Cisalpine se déclarait alors ouvertement pour les Carthaginois, et les peuples de l'Italie méridionale offraient leur alliance à Annibal et lui promettaient de nombreux auxiliaires. Parmi les ennemis des Romains, on comptait les A puliens, les Messapiens, les Lucaniens, les Bruttiens , une partie des Samnites , et même quelques peuples de la Campanie. C'est Magon, le frère d'Annibal, qui va recevoir la soumission de ces nouveaux alliés de Carthage. H n'y avait que l'Italie centrale qui restât fidèle à Rome. Annibal, après avoir donné une partie de ses troupes à ceux de ses lieutenants qui devaient retenir les peuples de l'Italie méridionale dans les liens de la fidélité, s'avance vers la Campanie avec vingt-cinq mille hommes. Il vient d'abord assiéger fsaples* mais il échoue dans son entreprise. De

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Naples, il se dirige vers Capoue, qui lui ouvre ses portes. C'est alors qu'il envoie Magon à Carthage pour demander de l'argent et des~troupes.

Magon vient demander des secours a Carthage; délibération

DU SÉNAT CARTHAGINOIS. — Tite-

Live nous donne sur la mission du frère d'Annibal les détails suivants :

«Magon, fils d'Amilcar, était venu porter à Carthage la nouvelle de la victoire de Cannes. Son frère ne l'avait pas envoyé du champ de bataille même , mais il l'avait retenu quelques jours pour recevoir la soumission des Bruttiens et de quelques autres peuples qui s'étaient séparés des Romains. Introduit dans le sénat, Magon expose tout ce que son frère a fait en Italie. « Il avait combattu en bataille rangée six généraux, dont quatre consuls , un dictateur et un maître de la cavalerie, défait six armées consulaires, tué à l'ennemi plus de deux cent mille hommes et fait plus de cinquante mille prisonniers. Des quatre consuls, deux avaient péri, le troisième était blessé, le dernier avait perdu toute son armée et s'était enfui, a peine avec cinquante soldats. Le maître de la cavalerie, qui était revêtu à l'armée du pouvoir consulaire, avait été battu et mis en déroute. Quant au dictateur, il était regardé comme le modèle des généraux

f>ar cela seul qu'il n'avait jamais osé ivrer une grande bataille. Les Bruttiens et les Auuliens, une partie des Samnites et des Lucaniens, avaient abandonné le parti de Rome pour se donner aux Carthaginois. Capoue, la capitale, non pas seulement de la Campanie, mais de l'Italie entière, depuis que la journée de Cannes avait abattu la puissance romaine, s'était livrée à Annibal. Pour des triomphes si nombreux et si grands, il était juste de rendre aux dieux immortels de solennelles actions de grâces. » En témoignage de ces heureuses nouvelles, Magon fit verser dans le vestibule du sénat une quantité d'anneaux d'or si prodigieuse, que certains auteurs prétendent qu'il y en avait bien trois boisseaux et demi; mais la tradition qui a

prévalu , et qui se rapproche le plus de la vérité, est qu'il n'y en avait pas au delà d'un boisseau. Magon ajouta , pour faire sentir toute la grandeur des pertes éprouvées par les Romains, que les chevaliers et seulement les plus distingués pouvaient porter l'anneau d'or. Il dit, en terminant, que plus on avait l'espoir prochain de terminer glorieusement la lutte , plus il fallait prodiguer à Annibal toute espèce de secours. En effet, la guerre se faisait loin de Carthage, au milieu d'un pays ennemi; elle absorbait beaucoup de vivres et d'argent. Les batailles où les armées ennemies avaient été détruites avaient aussi causé des pertes au vainqueur.

Il fallait donc envoyer de nouvelles troupes, de l'argent et du blé pour la solde et la nourriture des soldats qui avaient si bien mérité du nom carthaginois. Ces paroles de Magon causèrent une grande joie dans le sénat. Alors Himilcon, de la faction Barcine, crut l'occasion favorable pour humilier Hannon. «Eh bien, dit-il, Hannon, re- « grettez-vous encore que l'on, ait fait « la guerre aux Romains? Ordonnez « maintenant de livrer Annibal; empê- « chez qu'au sein de la prospérité nous « rendions des actions de grâces aux « dieux immortels ! Écoutons ce que « va dire ce sénateur romain dans le « sénat de Carthage. » Alors Hannon :

« J'aurais aujourd'hui gardé le si- « lence , pour ne pas troubler l'allé- « gresse universelle par des paroles « qui ne respirent point Penthousias- « me. Mais puisqu'un sénateur m'a « demandé si je regrette encore que « l'on ait entrepris la guerre contre «Rome, je me hâte de répondre, « parce que mon silence serait inter- « prétédiversement; les uns pourraient « l'attribuer à mon orgueil, les autres « à la honte que l'on éprouve quand on « a commis une erreur. Je ne suis ni « orgueilleux ni repentant. Je dirai « donc à Himilcon que mes regrets sur « la guerre sont aussi grands' que par « le passé, et que je ne cesserai d'ac- « cuser votre invincible général que « quand je verrai la lutte terminée à «des conditions raisonnables, et je

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« n'excuserai la rupture de l'ancienne « paix qu'au moment où l'on aura fait « une paix nouvelle. J'avoue que tous « ces brillants succès que Magon vient « de nous raconter avec tant de com- « plaisance, et qui, dans ce moment, « font la joie d'Himilcon et des autres «partisans d'Annibal, font aussi la «mienne, parce que ces victoires, si « nous voulons user sagement de la «fortune, nous procureront une paix « plus avantageuse; mais si nous lais- « sons échapper cet instant, où nous « pouvons paraître donner la paix « plutôt que la recevoir, je crains fort « que cet éclat éblouissant ne s'éva- « nouisse promptement. Aujourd'hui « même que vient-on nous dire? J'ai «détruit les armées ennemies; en- « voyez-moi des soldats. Que deman- « deriez-vous si vous étiez vaincu? J'ai « pris les deux camps ennemis remplis «sans doute de butin et de vivres; « faites-moi passer du blé et de l'ar- « gent. Parleriez-vous autrement si « l'ennemi vous eût enlevé vos res- « sources, eût forcé vos retranche- « ments? Et pour que je ne sois pas « seul à expliquer ce que tout cela a « d'inconcevable (car, puisque j'ai ré- « pondu à Himilcon , j'ai bien le droit « de l'interroger à mon tour), je vou- « drais qu'Himilcon lui-même, ou Ma- « gon, me donnât quelque éclaircisse- « ment. Puisque la bataille de Cannes « entraîne la ruine entière de l'empire « romain , et qu'il est certain que toute « l'Italie est en pleine défection, qu'on « me nomme d'abord quelque peuple « de la confédération du Latium qui « ait embrassé notre parti ; puis quel- « que citoyen des tribus de Rome qui « soit passé dans le camp d'Annibal. — «Je ne saurais en nommer, répondit «Magon. — Ainsi donc, reprit Han- « non , il ne nous reste encore que trop «d'ennemis. Mais à Rome, quelle est «la disposition des esprits? Conser- « vent-ils encore de l'espoir? C'est un « point que je voudrais éclaircir. —Je « l'ignore, dit Magon. — Rien pour- « tant n'est plus facile à savoir, ajoute « Hannon. Les Romains ont-ils envoyé «des ambassadeurs à Annibal pour

« demander la paix? A-t-il été un seul « moment question de paix à Rome, « d'après les rapports que l'on vous a « faits? — Non, dit encore Magon. — « Eh bien , s'écrie Hannon , nous avons « donc la guerre tout aussi entière que « le jour où Annibal a mis le pied en « en Italie... Pour moi, si l'on met en « délibération, ou de proposer la paix « à l'ennemi ou de la recevoir, je sais « quel avis j'ouvrirai. Si vous vous oc- « cupez seulement des demandes de «Magon, je pense que si nos soldats « sont victorieux , il ne faut rien leur «envoyer; et s'ils nous abusent par « de faux rapports et par de chiméri- « ques espérances, il faut se garder en- « core davantage de leur envoyer quel- « que chose. »

« Le discours d'Hannon fit peu de sensation. Son animosité contre la famille Barca le rendait suspect de partialité, et les esprits étaient trop préoccupés des heureuses nouvelles du moment pour que l'on pût rien entendre qui tendît à diminuer l'allégresse générale. A Carthage, l'opinion commune était qu'avec le moindre effort on pouvait mettre fin à la guerre.

Aussi l'on décréta à une immense majorité, clans le sénat, que l'on enverrait à Annibal un renfort de quatre mille Numides, quarante éléphants et un grand nombre de talents d'argent.

On fit partir aussi un dictateur avec Magon pour l'Espagne, afin d'y lever vingt mille fantassins et quatre mille chevaux destinés à compléter les armées d'Espagne et d'Italie. »

Les nouveaux préparatifs des Carthaginois se firent, comme le remarque Tite-Live, avec négligence et une extrême lenteur. Au reste , les renforts votés par le sénat étaient insuffisants pour achever la guerre. Annibal , trompé dans ses espérances, n'eut plus recours alors qu'à sa prudence et à son habileté pour se maintenir en Italie.

Suite de l'expédition d'Annibal; LUTTE DES CARTHAGINOIS ET

des Romains en Italie jusqu'au moment ou Syracuse et une partie de la Sicile abandonnent l'alliance des Romains; 215 avant

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notée ère. — Maître de Capoue, Annibal se prépara à de nouvelles expéditions. Mais lesRomains lui opposèrent un général qui, par son activité, l'arrêta dans presque toutes ses entreprises ; c'était Marcellus, fépée de Rome.

Toutefois, Marcellus ne put empêcher Annibal de mettre le siège devant Casilin. Ce siège traînait en longueur, lorsque le chef carthaginois le convertit en blocus, et revint à Capoue pour y prendre ses quartiers d'biver. Ses soldats ne s'amollirent point alors, comme on l'a prétendu, dans une funeste oisiveté, car, dans les premiers jours du printemps, ils se reportèrent avec une nouvelle ardeur devant Casilin, qu'ils forcèrent à capituler à la vue de deux armées romaines. Mais Annibal, qui ne recevait point de Carthage des secours suffisants, voyait ses forces décroître de jour en jour. Les Romains, au contraire, faisaient les plus grands sacrifices; ils ordonnaient de nouvelles levées et augmentaient sans cesse le nombre de leurs soldats. Ils prescrivaient en même temps à Marcellus et à leurs autres généraux de n'agir qu'avec une extrême prudence. Annibal ne pouvant se maintenir dans l'Italie centrale , se dirigea vers le Brutium , où il devint maître de Pétilie, de Cosentia, de Crotone et de Locres, qui refusaient de s'allier aux Carthaginois.

Alors il revint dans les provinces qui avoisinent Rome, et il mit le siège devant Cumes. Repoussé avec perte, il s'éloigna de nouveau et entra en Lucanie, où il prit ses quartiers d'hiver. Au printemps, il s'empressa d'accourir au secours de Capoue, mais il éprouva sur tous les points une vive résistance; et bientôt la défaite de son lieutenant Hannon, qui, dans un combat contre l'armée de Gracchus , perdit seize mille hommes, lui enleva pour toujours l'espoir de se maintenir dans l'Italie centrale.

Annibal fait alliance avec Philippe de Macédoine; traité entre le général carthaginois et le roi de m acédoine ; 215 avant notre ère. — Privé des secours qu'il attendait de Carthage et de l'Espagne,

Annibal tourna ses regards vers la Grèce. Il s'adressa à Philippe, roi de Macédoine, qui, craignant la politique ambitieuse des Romains, n'hésita point à faire alliance avec le général carthaginois. Polybe nous a conservé le traité qui fut conclu alors entre Annibal et le roi de Macédoine.

« Voici le traité qu'ont juré le géné- « rai Annibal , Magon , Myrcal et Bar- « mocal , tous les sénateurs qui sont « auprès d'eux et tous les Carthagi- « nois qui sont dans l'armée, avec « Xénophane , fils de Cléomaque d'A- « thènes, envoyé comme ambassadeur « auprès de nous par Philippe, fils de « Démétrius, pour lui, les Macédo- « niens et leurs alliés.

« Ce traité a été juré en présence de Jupiter, de Junon et d'Apollon; en présence du génie de Carthage, d'Hercule et d'Iolaûs ; en présence de Mars, de Triton , de Neptune et des dieux qui combattent avec nous ; en présence du soleil , de la lune , de la terre, des fleuves, des prairies et des eaux; en présence de tous les dieux qui protègent Carthage; enfin de tous ceux qui protègent la Macédoine et le reste de la Grèce, et devant tous les dieux qui président à la guerre, et sont témoins de ce serment.

« Le général Annibal , tous les sénateurs de Carthage qui sont auprès de lui , et tous les Carthaginois qui sont dans son armée , avec l'assentiment des nôtres et des vôtres, nous nous jurons alliance d'amitié et de paix, comme amis, comme compagnons et comme frères aux conditions suivantes :

«Le roi Philippe, les Macédoniens et les autres Grecs leurs alliés, prêteront assistance et secours au peuple carthaginois, au général Annibal, à tous ceux qui l'accompagnent, aux sujets de Carthage qui reconnaissent ses lois , aux habitants d'Utique , aux villes et peuples soumis aux Carthaginois, à l'armée, aux alliés, à toutes les villes et à tous les peuples avec lesquels nous sommes liés en Italie, en Gaule et en Ligurie, et

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« avec lesquels nous pourrions encore « contracter dans ces pays des relations « amicales et des alliances. «

« Assistance et paix seront aussi ac- « cordées au roi Philippe et aux autres «Grecs alliés, par les Carthaginois, «les habitants d'Utique, toutes les « villes et tous les peuples soumis à «Carthage, leurs alliés et soldats, «et par les villes et peuples qui, en « Italie , en Gaule et en Ligurie, sont « ou pourraient devenir nos alliés.

« Réciproquement nous ne nous ten- « drons pas de pièges ou d'embûches.

« Vous serez ennemis des ennemis de « Carthage ; nous exceptons de ces en- « nemis les rois , villes et peuples avec « lesquels vous entretenezdes alliances.

« De même nous serons ennemis des « ennemis du roi Philippe, en exeep- « tant toutefois les rois, villes et peu- « pies avec lesquels nous avons con- « tracté des alliances. Vous serez aussi « nos alliés dans la guerre contre les « Romains , jusqu'à ce que les dieux « nous donnent ainsi qu'à vous la paix. « Vous viendrez à notre secours, quand « il sera nécessaire, et selon que nous « en conviendrons. Si les dieux vous « favorisent, ainsi que nous, dans la «guerre contre les Romains, et que « ceux-ci viennent à demander la paix , « nous la ferons de manière que vous « y soyez aussi compris. Il ne leur « sera "pas permis d'entreprendre une « guerre contre vous. Les habitants de « Corcyre, d'Apollonie, d'Épidamne, « dePharos,deDimalle, lesParthiniens « et les Atintanes ne pourront être sous « la domination romaine. Ils rendront « aussi à Démétrius de Pharos tous les « hommes de sa nation qui sont sur « leur territoire. Mais si les Romains « venaient à nous attaquer l'un ou l'au- « tre , nous nous assisterions comme « les circonstances l'exigeraient ; il en « serait de même si d'autres nous fai- « saient la guerre , en exceptant tou- « jours du nombre de nos ennemis les « rois, villes et peuples avec lesquels « nous vivons en alliance.

« Enfin , si nous jugions à propos « de retrancher ou d'ajouter quelque « chose a ce traité, il nous sera loisible

« de le faire d'un commun accord (*). » Continuation de la guerre en Italie jusqu'à la bataille du Metaure, en 207 avant notre ère. — Rejeté dans l'Italie méridionale, Annibal se vit contraint de soutenir sans interruption , dans l'Apulie, la Lucanie et le Rrutium , une lutte acharnée contre les armées romaines.

La révolte de plusieurs villes de la Sicile, et notamment de Syracuse, qui s'étaient déclarées pour Carthage, le délivra un instant de Marcellus qu'il comptait parmi ses plus redoutables adversaires. Cependant Rome ne cessait point de lui opposer ses meilleures légions et ses plus habiles généraux.

En 213, il eut à soutenir les efforts de deux armées consulaires. Celle de ces armées où se trouvait en qualité de lieutenant Fabius, le bouclier de

(*) Tite-Live parle aussi du traité qui fut fait entre Annibal et Philippe, roi de Macédoine; il dit : «Le traité fut conclu aux « conditions suivantes : que le roi Philippe, « avec une flotte Irès-considérable (il pou- «vait réunir deux cents vaisseaux), passe- « rait en Italie et ravagerait les côtes; qu'il « ferait la guerre de son côté sur terre et sur « mer; qu'au moment où elle serait termi- « née, toute l'Italie et la ville de Rome ap- <f partiendraienl à Annibal et aux Cartha- « ginois ainsi que la totalité du butin. Mais « une fois la conquête de l'Italie achevée, « les Carthaginois à leur tour s'engageaient « à se porter sur la Grèce , et à faire la « guerre aux rois ennemis de Philippe. Les « villes de la Grèce et les îles qui avoisi- « nent la Macédoine devaient être rattachées « au royaume de Philippe. Telles furent à « peu près , ajoute Tite-Live , les clauses du « traité conclu entre le général carthaginois « et les députés macédoniens » (Tite- Live , xxiii , 33). La version de Polybe qui a été admise jusqu'ici comme authentique diffère en plusieurs points de celle de Tite- Live. Pourquoi l'historien latin fait-il intervenir, dans les conditions du traité, ce partage qui doit donner un jour Rome et l'Italie aux Carthaginois et la Grèce entière à Philippe ? C'est qu'il a cru peut-être qu'en recourant à l'exagération il ferait mieux sentir à ses contemporains la grandeur du danger qui menaçait Rome et l'Italie à l'époque de l'expédition d'Annibal.

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Rome, obtint sur Annibal quelques avantages; mais, l'année suivante, le général carthaginois fit d'importantes conquêtes , et il se rendit maître de ïarente , de Sybaris et de Métaponte.

Il profitait des moindres fautes de ses ennemis, et plusieurs généraux romains expièrent cruellement leur imprudence. Dans une seule rencontre il tua quinze mille soldats aux Romains qui , sous la conduite de Centenius Penula, s'étaient engagés témérairement dans la Lucanie. En 211, Ànnibal accourut avec son armée au secours de Capoue. Cette ville, qui était restée si fidèle à l'alliance carthaginoise, était alors assiégée par deux armées romaines. Annibal, désespérant de faire lever le siège , essaya, par une audacieuse diversion, d'attirer sur lui tous les efforts des ennemis. Il marcha sur Rome, et il déploya ses enseignes près de la porte Colline. Mais il ne tarda pas à comprendre qu'avec des troupes peu nombreuses et épuisées par de longues fatigues et des combats sans cesse renouvelés , sa tentative ne devait point avoir de résultats. Alors il rétrograda et regagna le Brutium. Cependant les Romains pressent le siège de Capoue et ils entrent enfin dans cette ville où ils exercent de terribles vengeances. Pendant les années 210, 209 et 208, la lutte entre les Carthaginois et les Romains se continue dans les provinces de l'Italie méridionale. Fabius et Marcelius reparaissent à la tête des légions. Fabius, en 209, enlève ïarente aux Carthaginois; mais, l'année suivante, Home éprouve une grande perle. Marcellus , qui a été nommé consul , est tué dans un combat où succombent avec lui Crispinus , son collègue , et les principaux officiers de l'armée romaine.

Événements de la deuxième

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