TRANSFUGES ROMAINS SE DEFENDENT ENCORE DANS LE TEMPLE D'ESCULAPE
146 avant notre Ère. — Pour avancer plus rapidement dans leur œuvre de destruction, les. Romains ne se contentèrent pas de mettre le feu aux édifices et de les démolir par portions, ils les sapèrent par la base afin de faire écrouler la masse entière. On vit alors une chose hideuse : des corps humains tombaient avec les décombres; c'étaient les vieillards, les femmes et les enfants qui jusqu'à ce moment étaient parvenus à se dérober aux regards des vainqueurs, en se cachant dans les réduits obscurs et dans les endroits secrets des maisons. Ces corps étaient broyés sous les pieds des chevaux qui passaient et repassaient; puis , arrivaient avec des haches, des crocs et des fourches, ceux qui étaient chargés de déblayer le terrain. Ils enlevaient les monceaux de ruines et jetaient dans un même fossé, les poutres, les pierres, les cadavres et les corps de ceux qui respiraient encore. « Ce n'était point par cruauté ni à dessein, dit un historien de l'antiquité , que les Romains agissaient ainsi. D'abord, ils étaient animés par l'espoir d'une victoire prochaine; ensuite , le mouvement et l'agitation , la voix des hérauts , les sons éclatants de la trompette , les commandements des tribuns et des centurions qui dirigeaient le travail des cohortes, tous ces'bruits enfin d'une ville prise et saccagée inspiraient aux soldats une sorte d'enivrement et de fureur qui les empêchaient de voir ce qu'il y avait d'horrible dans un pareil spectacle. » Dans ces dures paroles d'Appien, il est facile de saisir les impressions de Polybe qui assista à la ruine et à la destruction de Cartilage, et qui ressentit, dans le camp romain, à côté de Scipion, son élève et son ami , tout l'enthousiasme de la victoire.
L'armée romaine passa six jours et six nuits à déblayer le terrain qui était couvert de ruines. Les soldats se succédaient dans le travail, pour ne point succomber aux veilles et à la fatigue.
Il y avait un homme cependant qui ne prenait ni sommeil, ni repos, qui sur-
veillait les soldats, les pressait et se portait sur tous les points : c'était Scipion. Enfin le septième jour, se trouvant accablé de lassitude, il monta sur une éminence et s'assit dans un lieu d'où il pouvait encore examiner ce qui se faisait dans son armée. En cet instant, on lui amena plusieurs Carthaginois. Ils venaient lui dire que tous ceux qui s'étaient enfermés dans l'enceinte de la citadelle étaient prêts à se rendre, s'il promettait de ne pas les égorger.
« Je vous le promets, dit Scipion;" les transfuges seuls n'obtiendront point de grâce. » Cinquante mille individus, hommes et femmes (*) , sortirent alors de Byrsa et furent mis sous bonne garde. Il ne restait plus dans la citadelle que neuf cents transfuges , Asdrubal , sa femme et ses deux enfants.