‹ Afrique. Tableau generalChapitre 137 sur 232 · ASDRURAL ET LES TRANSFUGES SE · texte numérisé non relu

ASDRURAL ET LES TRANSFUGES SE

jettent dans le temple d'esculape; Asdrubal se rend; incendie du temple; mort de la femme d'Asdrural ; conversation de Scipion et de Polybe; 146 avant notre ère. — Le temple d'Esculape était bâti sur un roc élevé , au sommet duquel on ne pouvait parvenir qu'en montant soixante degrés. C'est dans ce temple que se jetèrent Asdrubal et les transfuges. De ce lieu, ils pouvaient facilement repousser les assaillants et soutenir longtemps encore les efforts de l'armée romaine. Ils se défendirent d'abord avec tout le courage qu'inspjre le désespoir; mais enfin, épuisés par les veilles, par la faim et par des combats sans cesse renouvelés, ils abandonnèrent les alentours du temple et se réfugièrent dans les parties élevées de l'édifice. Ce fut alors qu'Asdrubal suppliant vint se rendre à Scipion. Le général romain le fit asseoir à ses pieds , et l'exposa ainsi prosterné et humilié , aux regards des transfuges. Ceux-ci accablèrent d'abord leur ancien chef des plus cruelles injures, ensuite ils mirent le feu au temple et tombèrent ensevelis

(*) Quarante mille hommes, suivant Florus ; trente mille hommes et vingt-cinq mille femmes, suivant Orose.

CARTHAGE

sous ses ruines. Au moment où l'incendie commençait à dévorer l'édifice, la femme d'Asârubal , revêtue de ses plus beaux vêtements, se présenta avec ses deux enfants, à la vue de Scipion; elle lui cria avec force : « Romain, les dieux te sont favorables, puisqu'ils t'accordent la victoire. Souviens-toi de punir Asdrubal qui a trahi sa patrie, ses dieux, sa femme et ses enfants.

Les génies qui protégeaient Carthage s'uniront à toi pour cette œuvre de vengeance. » Puis, se tournant vers Asdrubal : « O le plus lâche et le plus infâme des hommes! tu me verras mourir ici avec mes deux enfants; mais bientôt tu sauras que mon sort est encore moins à plaindre que le tien. Illustre chef de la puissante Carthage, tu orneras le triomphe de celui dont tu baise les pieds, et après ce triomphe, tu recevras le châtiment que tu mérites. » En achevant ces mots, elle égorgea ses deux enfants et se précipita avec eux au milieu des flammes. « Ce n'était point la femme d'Asdrubal, dit Appien, qui devait terminer sa vie par cette mort héroïque , mais Asdrubal lui-même. »

On raconte que Scipion , en voyant autour de lui tant de ruines accumulées, versa des larmes. Il pensait à la triste destinée de Carthage qui avait été si longtemps riche et puissante. Il lui arriva, au milieu de ses réflexions , de s'écrier avec Homère :

« Viendra un jour où périra Troie , la ville sacrée, et où périront avec elle Priam et le peuple de Priam (*). »

Polybe, qui se trouvait à côté de Scipion, lui dit alors : « Quel sens attachez-vous à ces paroles? — C'est Rome qui occupe ma pensée, répondit Scipion; je crains pour elle l'instabilité des choses humaines. Ne pourraitil point se faire qu'elle éprouvât un jour les malheurs de Carthage? »

Carthage ruinée; Scipion partage LE BUTIN ENTRE SES SOLDATS ;

joie a Rome a la nouvelle de la prise de Carthage; le territoire

CARTHAGINOIS EST RÉDUIT EN PRO- (*) Iliade iv, v. 164 et i65.

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