‹ Afrique. Tableau generalChapitre 138 sur 232 · VINCE ROMAINE; 146 AVANT NOTRE · texte numérisé non relu

VINCE ROMAINE; 146 AVANT NOTRE

ère. — Scipion permit à son armée de piller les ruines de Carthage; toutefois, il fit mettre en réserve l'or, l'argent et les objets qui avaient été consacrés aux dieux dans les temples.

Puis, il donna une gratification à ses soldats. ïl envoya alors à Rome un vaisseau chargé de riches dépouilles, pour annoncer sa victoire. En même temps , il fit savoir aux peuples de la Sicile qu'il était prêt à leur restituer tout ce qui leur avait été pris pendant leurs guerres avec les Carthaginois (*). Ce fut un soir que l'on vit arriver à Rome le vaisseau envoyé par Scipion et que l'on apprit la nouvelle de la ruine de Carthage. La joie fut grande dans la ville. Pendant la nuit, les citoyens s'abordaient, s'interrogeaient et s'adressaient de mutuelles félicitations. On racontait aussi les guerres passées, et lorsqu'on rappelait les divers incidents de la dernière lutte, on trouvait qu'aucune victoire n'était comparable à celle que venaient de remporter Scipion et son armée.

Le succès même était si grand, que parfois on était tenté de n'y point croire, et l'on entendait des gens qui disaient : « Mais est-il bien vrai que Carthage ait été détruite ? » Toute la nuit se passa ainsi en joyeux propos et en manifestations de la plus vive allégresse. Le lendemain , à la pointe du jour , on se rendit aux temples pour faire des prières et des sacrifices. Après avoir rendu aux dieux de solennelles actions de grâces, on donna des jeux au peuple, et les fêtes commencèrent.

(*) « C'étaient,ditDiodore, des portraits peints de leurs hommes illustres , des statues exécutées avec un talent remarquable, et des offrandes en or et en argenl qu'on avait faites à leurs dieux. Himère y retrouva sa statue personnifiée sous les traits d'une femme et celle du poète Stésichore; Segeste, sa Diane; Gela, plusieurs objets d'art; Agrigente , le fameux taureau de Phalaris. Plusieurs villes d'Italie et d'Afrique recouvrèrent alors , par la libéralité de Scipion , les objets précieux dont elles avaient été dépouillées par les Carthaginois. » M. Dureau de la Malle.

L'UNIVERS

Cependant, le sénat envoya en Afrique dix commissaires choisis dans l'ordre des patriciens. Us devaient se concerter avec Scipion pour régler le sort de la province carthaginoise. A leur arrivée, ils ordonnèrent de détruire ce qui restait encore de Carthage. Us déclarèrent que nul, à l'avenir, ne serait autorisé à bâtir sur l'emplacement de la ville ruinée , et surtout à l'endroit où s'élevaient jadis les quartiers de Byrsa et de Mégara. Puis, comme s'ils avaient craint de voir les Carthaginois sortir de leurs tombeaux , ils accompagnèrent cette défense de tout l'appareil des cérémonies religieuses, et ils prononcèrent au nom des dieux, contre celui qui viendrait habiter ces lieux maudits, de terribles imprécations. Après avoir récompensé les peuples et les villes qui avaient prêté aide et appui aux Romains , dans la dernière guerre, et après avoir puni ceux qui étaient restés fidèles à Carthage, les commissaires délégués par le sénat revinrent en Italie. Avant leur départ, ils avaient réduit en province romaine toute la partie de l'Afrique qui avait appartenu aux Carthaginois.

Dans la même année ( 140 avant notre ère ), on vit à Rome deux triomphes; Scipion et Mummius montèrent au Capitole, en étalant aux yeux d'un peuple immense les dépouilles des villes qu'ils avaient vaincues. Certes, les deux triomphateurs étaient loin de prévoir qu'un siècle à peine après leur victoire, Rome elle-même essaierait de réparer ses propres injustices, et que César, en léguant aux héritiers de sa puissance le soin de relever Corinthe et Carthage, croirait faire satisfaction à l'humanité outragée.

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