ASDRUBAL DÉTERMINE SYPHAX A ATTAQUER MASSINISSA; CELUI-CI EST
vaincu et mis en fuite (205 avant J. C. ) — En effet, Asdrubal était toujours auprès de Syphax, à qui il importait beaucoup que le royaume fût entre les mains de Lucumacès plutôt qu'au pouvoir de Massinissa. Asdrubal ne négligea rien pour augmenter les craintes que cette révolution inspirait au roi son gendre. Il lui représenta que c'était une grande erreur de croire que Massinissa se contenterait des États qu'avaient possédés Gula et Désalcès; qu'il y avait en lui plus d'ambition et de courage que dans aucun autre prince de sa race ; qu'en Espagne il avait donné, aux yeux de ses alliés et des ennemis, des prends d'un grand caractère ; que si les Carthaginois et Syphax ne s'entendaient pas pour détruire cette flamme naissante, ils seraient bientôt dévorés eux-mêmes par un vaste incendie; qu'il fallait profiter du momentoù Massinissa était encore assez mal affermi sur son trône.
Ces raisons persuadèrent Syphax , qui
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kumidie et Mauritanie.
Se présenta avec une armée sur les frontières des Massyliens, réclamant un territoire conteste depuis longtemps , et pour la possession duquel il avait luimême souvent combattu avec Gula.
Si Massinissa cédait la province en question , Syphax devait , profitant de sa faiblesse, pénétrer jusqu'au cœur de son royaume; s'il le défendait les armes à la main , l'infériorité de ses forces donnait à ses ennemis l'espoir de sa défaite. Cette dernière prévision se réalisa. Massinissa, voulant repousser l'invasion, fut totalement vaincu, et contraint de prendre la fuite avec quelques cavaliers.
MASSINISSA SE REFUGIE SUR LE MONT BALBÏIS ; SES COURSES SUR LES TERRES DE CARTHAGE. — Massinissa
supporta héroïquement ce nouveau revers de fortune. Pendant que tout son royaume subissait la loi du vainqueur, il se retrancha sur le mont Balbus(*), avee quelques familles qui lui restèrent IL les. Elles s'établirent sur la montagne avec leurs tentes et leurs troupeaux , qui formaient toute leur richesse. Cette montagne renfermait plusieurs sources d'eau, et était couverte de pâturages. Les réfugiés numides pouvaient donc y faire paître leurs troupeaux, dont le lait et la chair servaient à leur subsistance. D'abord ils firent furtivement des incursions nocturnes dans les campagnes environnantes ; puis , enhardis par leurs premiers succès, ils étendirent leurs ravages et ne se cachèrent plus. Ils pillaient de préférence les terres des Carthaginois, où le butin était plus abondant et plus facile que dans le
(*) Le mont Balbus est aujourd'hui le « >jebel-el-Resas entre Nabal (Neapolis) et Rhades (Maxula). Sur le flanc de la montagne est un lieu appelé El-Arbaim les Quarante, à cause d'un groupe de quarante tombeaux que les gens du pays regardent comme les monuments funèbres de pieux musulmans morts en défendant leur patrie adoptive. D'autres voudraient y voir les tombeaux des compagnons d'armes de Massinissa, qui furent massacrés pour la plupart par les soldats de Bocchar. Voir Mannert, traduct. de Marcus, p. 700.
pays des Numides. Ces brigandages de Massinissa firent plus de tort aux Carthaginois, et leur coûtèrent beaucoup plus d'hommes vendus ou massacrés, que ne l'aurait fait une guerre régulière. Les compagnons du roi fugitif étaient devenus si hardis, qu'ils allaient sur le rivage vendre les dépouilles à des marchands attirés par les profits de ce singulier commerce.