‹ Afrique. Tableau generalChapitre 161 sur 232 · BOCCHAR , LIEUTENANT DE SY- PHAX, FORCE MASSINISSA A QUITTER · texte numérisé non relu

BOCCHAR , LIEUTENANT DE SY- PHAX, FORCE MASSINISSA A QUITTER

cette retraite. — Les Carthaginois, qui souffraient considérablement de ces ravages, s'adressèrent à Syphax, afin qu'il exterminât ces débris dangereux du parti vaincu. Mais ce prince, jugeant indigne de lui de poursuivre dans les montagnes une troupe vagabonde de brigands, chargea Bocchar, un de ses lieutenants, homme actif et courageux, du soin de cette expédition. Il lui donna 4,000 fantassins et 2,000 chevaux , et l'exalta par l'espoir des plus grandes récompenses, s'il lui rapportait la tête de Massinissa , ou, ce qui aurait été un bonheur inappréciable, s'il le lui amenait vivant.

Profitant de la sécurité et de la négligence de Massinissa et des siens, Bocchar les assaillit à Pimproviste ; il lit main basse sur les troupeaux et la multitude de ceux qui étaient sans défense , et cerna le chef lui - même et ses guerriers sur le sommet du mont Balbus. Bocchar, regardant l'expédition comme presque terminée, envoya à Syphax tout le butin qu'il avait fait, avec une partie de ses troupes, ne gardant avec lui que 500 fantassins et 200 cavaliers, qui lui suffisaient pour achever la guerre. Il contraignit Massinissa à quitter les hauteurs, et l'enferma dans une vallée étroite , où il extermina presque toute sa bande , à l'exception de 50 cavaliers, qui échappèrent avec leur chef par des passagesinconnus. Cependant Bocchar retrouva leurs traces; il les atteignit de nouveau sur le territoire de Clypea (Ciybea auj.), non loin de la mer, et leur livra un dernier combat , dont il n'échappa que quatre hommes avec Massinissa, qui, dangereusement blessé,

2e Livraison. (Numidie et Mauritanie.)

L'UNIVERS

faillit tomber au pouvoir du vainqueur.

Bocchar répandit ses cavaliers dans la campagne, pour atteindre ces derniers fuyards. Ceux-ci , serrés de près , arrivèrent sur les bords d'une large rivière , où ils se jetèrent sans hésitation, préférant le moindre des deux dangers. La force du courant entraîna les plus faibles , qui s'abîmèrent duns le gouffre sous les yeux même , des ennemis. Ils crurent que Massinissa avait subi le même sort; mais il eut le bonheur d'échapper avec deux des cavaliers qui lui restaient , et il parvint à gagner l'autre rive, où il se cacha dans un taillis. Bocchar n'osa franchir le fleuve; il arrêta sa poursuite , qu'il considérait désormais comme inutile, et il revint auprès de Syphax, affirmant que Massinissa avait succombé. Des envoyés annoncèrent cette heureuse nouvelle à Carthage, où elle excita la joie la plus vive.

massinissa. se cache dans une caverne; il rentre dans son royaume, perd une grande bataille contre syphax et se joint aux romains ( 204 avant J. C. ). — Pendant que Syphax et les Carthaginois célébraient par de grandes réjouissances la mort de Massinissa, ce prince avait trouvé un asile sûr dans une caverne ignorée, où ses deux compagnons lui apportèrent des herbes pour panser ses blessures. Il y resta plusieurs jours en repos , nourri par les vols de ses fidèles cavaliers, jusqu'au moment où, ses plaies étant cicatrisées , il reparut de nouveau au grand jour , et étonna ses adversaires par un nouveau trait d'audace. Il rentra subitement dans son royaume, où la joie inespérée qu'on eut de le revoir, après l'avoir cru mort, rassembla en peu de temps autour de lui 10,000 hommes de pied et 4,000 cavaliers. En un instant il se retrouva maître de toute la contrée , et recommença ses ravages sur les terres des Carthaginois et sur les frontières de Syphax.

Comme il prévoyait bien que ce dernier répondrait a ces provocations , il posa son camp sur une montagne, dans un terrain très-avantageux, en-

te Cirta et îlippone. Cette fois , Syphax, voulant en finir avec cet ennemi indomptable, marcha lui-même contre Massinissa, accompagné de son fils Vermina. Bientôt les deux armées furent en présence. Syphax ordonna à son fils d'attaquer secrètement et par derrière, tandis qu'il mettait ses troupes en bataille pour en venir ouvertement aux mains. Massinissa comptait sur l'avantage de sa position , et il accepta bravement le combat. L'action fut sanglante et longtemps douteuse :

l'ardeur des Numides de Massinissa compensait la supériorité numérique de l'ennemi. Mais quand le corps d'armée de Vermina eut donné sur l.'arrière-garde , Massinissa et les siens , enveloppés de tous côtés , ne purent tenir plus longtemps , et la victoire cessa d'être douteuse. Le carnage commença, les Massyliens périrent ou furent fafts prisonniers; il n'en restait plus que 200, qui, groupés autour de leur chef, résistaient en désespérés. Ces braves n'avaient plus qu'à succomber en combattant, ou à se faire jour a travers l'ennemi le fer à la main. Massinissa prend ce dernier parti : il divise ses gens en deux troupes , et leur ordonne de percer comme ils pourraient les bataillons de Syphax, en leur indiquant un lieu de ralliement. Deux de ces pelotons ne purent échapper ; car l'un ayant perdu courage mit bas les armes , et l'autre fut écrasé par le nombre; le troisième, commandé par le roi lui-même, et qui se composait de 70 cavaliers , parvint à se dégager.

Puis , se répandant dans la campagne, il parvint, à force de courses et de détours, à lasser Vermina, qui s'était attaché à le poursuivre. Toujours infatigable et audacieux maigre ses revers, Massinissa parcourut en pillant la côte et les villes carthaginoises ; et , s'avançant jusqu'à la petite syrte , se retira chez les Garamantes. Peu de temps après, Lélius arriva en Afrique avec la flotte romaine, et Scipion ne tarda pas à le suivre. Massinissa vint se joindre à ses alliés, selon quelquesuns, avec 2,000 chevaux , selon d'autres , avec 200 seulement ; d'après cg

NUMIDIE ET MAURITANIE

que nous venons de dire du fâcheux état de ses affaires , on peut conclure que cette dernière évaluation est la plus vraisemblable.

l'arrivée de scipion relève massinissa et ruine syphax. — Jusque-là la fortune s'était acharnée à poursuivre Massinissa ; mais dès que les Romains eurent mis le pied en Afrique, les choses changèrent de face.

Ici l'histoire des deux rois numides se confond entièrement avec ceile de la seconde guerre punique , qu'il n'entre pas dans notre sujet de raconter. Cependant il importe de suivre la destinée de Massinissa et de Syphax, devenus les seconds de Rome et de Carthage dans cette grande lutte, où ils terminèrent aussi leurs longs démêlés (*). Syphax apportait à ses alliés une armée , un trésor , de vastes ressources ; Massinissa fut beaucoup plus utile aux siens en leur consacrant sa valeur, son expérience et sa fidélité. Il prit une part glorieuse à tous les exploits de Scipion et de Lélius, à la ruine de l'armée d'Hannon , à l'incendie des camps d'Asdrubal et de Syphax, à la victoire des grandes plaines, qui laissa Carthage sans défense, et la contraignit à rappeler Annibal ; enfin, à la défaite de ce dernier à Zama. En récompense de tant de services , les Romains l'aidèrent à ruiner la puissance de Syphax. Lélius ramena Massinissa dans son royaume.

Syphax, qui s'était enfui dans ses États, tenta encore une fois le sort des batailles, et il succomba devant les légions de Lélius. Il combattit bravement; mais son cheval s'étant abattu, il se blessa dans la chute, fut fait prisonnier, et conduit d'abord à Massinissa, qui goûta toutefois le plaisir de la vengeance en voyant l'abaissement de celui qui l'avait proscrit autrefois (202). Ensuite Syphax fut livré à Lélius.

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