CIRTA , CAPITALE DE SYPHAX , TOMRE AU POUVOIR DE MASSINISSA
— Massinissa poursuivit la perte de
(*) Voyez dans ce volume YHistoire de Carthage, deuxième partie, p. 91.
son rival avec la plus grande activité. Conseillé par sa passion et par sa haine, il était le véritable chef des opérations, et imposait ses plans à Lélius. Il avait à cœur d'occuper à l'instant Cirta, où Syphax avait résidé depuis que son royaume s'était agrandi vers l'orient, et il persuada à Lélius de le suivre avec l'infanterie, tandis qu'il courrait en avant avec les cavaliers pour investir la place. Ce n'était pas seulement pour se rapprocher de Carthage que Syphax avait choisi ce séjour. Cirta était la place la plus forte de toute la Numidie, comme aujourd'hui encore la ville moderne q'ui la remplace (*). Massinissa arriva devanles murs de Cirta avant que la nouvelle de la captivité de Syphax y fût parvenue. Il demanda une entrevue aux principaux de la ville; mais ni les promesses ni les menaces ne pouvaient les déterminer à se rendre ; alors on leur montra Syphax enchaîné. A ce triste spectacle, un cri de douleur échappa de leur poitrine, et toute la ville fut bientôt dans la consternation. On ne songea plus à se défendre ; les uns , par crainte , abandonnèrent les murailles; les autres , pour obtenir le pardon du vainqueur, ouvrirent les portes et se rendirent. Massinissa plaça des gardes aux portes et autour des'muraiiles pour empêcher la désertion des habitants, et il courut de toute la vitesse de son cheval au palais de Syphax pour s'en rendre maître.
DISCOURS DE SOPHONISBE A MAS- SINISSA.— Au moment où il entrait
(*) Constantine. On trouve sur l'emplacement de cette ville de nombreuses ruines antiques, un arc de triomphe tel qu'on en voit à Rome, un édifice de marbre construit près d'une fontaine d'une eau très-froide. Hors de l'enceinte de Constantine , Shaw a vu plusieurs cippes couverts d'inscriptions funéraires. Au dedans de la ville sont plusieurs débris de constructions romaines, un palais, un amphithéâtre; enfin le pont du Pvummel , ouvrage romain d'une architecture remarquable. Les voyageurs Shaw et Poiret ont pensé que la ville moderne n'est pas aussi étendue que le fut l'ancienne Cirta.
L'UNIVERS
sous le vestibule du palais, Sophonisbe, fille d'Asdrubal, épouse de Syphax, se présente à lui. Elle, distingua facilement le roi de sa suite, à l'éclat de ses armes et à la richesse de tout son vêtement militaire, et, s'étant prosternée à ses pieds, elle lui parla ainsi : Les dieux, votre courage et votre fortune vous ont rendu maître absolu de mon sort. Mais s'il est permis à une captive d'implorer en suppliant celui qui est l'arbitre de sa vie et de sa mort , si vous m'accordez la faveur d'embrasser vos genoux et cette main victorieuse , je vous conjure, par la majesté royale dont nous étions encore tout à l'heure environnés, par le nom de Numide qui vous est commun avec Syphax , par les divinités de ce palais" que je prie de regarder votre arrivée plus favorablement qu'elles n'ont vu son triste départ; je vous conjure de m'accorder cette grâce, que vous décidiez vous-même de mon sort, quelles que soient vos dispositions à l'égard de votre prisonnière, et de ne point souffrir que je tombe sous la superbe et cruelle domination d'aucun Romain. Quand je n'aurais été que la femme de Svphax, j'aurais toujours préféré la foi d'un prince numide, né dans l'Afrique comme moi, à celle d'un étranger. Mais vous comprenez ce qu'une Carthaginoise, ce que la fille d'Asdrubal doit redouter des Romains. S'il n'y a que la mort qui puisse me soustraire à leur puissance, je vous prie et je vous conjure de me la donner. »