MÉTELLUS RAVAGE LÀ NUMÎDIE; IL EST HARCELÉ PAR JUGURTHA
Enfin Métellus, après avoir pris soin des blessés et donné des récompenses aux soldats qui s'étaient distingués dans les deux batailles, abandonna la colline où il était campé. Il comprit alors qu'en poursuivant l'ennemi et en le poussant à une action générale, il n'arriverait point à son but, qui était d'abattre Jugurtha et de terminer promptement la guerre. Il perdait plus par sa récente victoire que les vaincus mêmes. Il se jeta donc sur la plus riche partie de la Numidie, et la ravagea , par le fer et le feu , dans tous les sens. Ce nouveau système de guerre, comme le remarque Salluste, inquiéta plus le roi que la défaite de ses troupes. Comme il n'osait s'opposer en plaine à Métellus, il tint le gros de son armée dans des lieux couverts, et surveilla, avec sa cavalerie seulement, la marche des Romains. Il gênait ainsi leurs mouvements, et, profitant des occasions qui lui étaient offertes, il leur fit essuyer plus d'une fois, par ses attaques imprévues, des pertes considérables. Métellus redoubla de surveillance pour ne donner aucune prise à l'ennemi. Quand il fallait du blé ou du fourrage, les cohortes, avec toute la cavalerie, escortaient les fourrageurs. Le consul avait divisé son armée; il en commandait une partie, et Marius l'autre. Ils campaient séparément, il est vrai; mais ils se tenaient à peu de distance l'un de l'autre, et quand il s'agissait de se mettre en force, ils se réunissaient promptement. Le but des dispositions de Métellus était, suivant le grand historien de cette guerre, de répandre plus au loin la désolation et l'effroi. Cependant Jugurtha suivait toujours les
les derniers mamelons du Djebel Mahoma, à l'ouest de Ripasa et sur la route de Guelma à Medjaz Hammar, où l'on rencontre beaucoup de forêts coupées en parcs naturels. » Voyez l'Appendice à Mannert déjà cité; M. Marcus cite à l'appui de ses dernières assertions l'ouvrage de M. Évariste Bavoux Jlgcr, t. II, p. 94, 1841.
Romains de colline en colline; il cher* chait à s'assurer d'une occasion ou d'un poste favorable pour attaquer; il brûlait les fourrages, empoisonnait les sources là où l'ennemi devait passer; il se montrait tantôt à Métellus, tantôt à Marius; il attaquait l'arrière-garde pendant la marche; et quand les Romains étaient prêts à le repousser, il regagnait les hauteurs au galop; puis il revenait donner l'alarme aux uns, aux autres, sans jamais engager une action. C'est ainsi qu'il ne laissait aucun repos à Métellus et à ses soldats.
MÉTELLUS ASSIEGE ZAMA; IL NE PEUT EMPORTER LA PLACE; IL DÉ- CAMPE. — Le consul , sans cesse poursuivi et harcelé par Jugurtha, se lassa à la fin de parcourir la iNumidie. 11 résolut alors de mettre le siège devant Zama (*). En attaquant cette place importante, il comptait forcer Jugurtha à se montrer en plaine, et à engager une action décisive dans un lieu où il ne pourrait fuir sans éprouver une perte considérable. Mais le roi avait été averti par des transfuges des projets du général romain. Il le devance, jette des renforts dans Zama, engage les habitants à faire bonne résistance, leur promet de ne point les abandonner, et se retire avec ses troupes à quelque distance. De la position qu'il avait choisie, il épiait tous les mouvements de ses ennemis. Au moment où Métellus approchait de la place, il faillit surprendre Marins, qui avait été détaché avec quelques cohortes pour faire provision de blé à Sicca. Ce ne fut point là le plus grand danger que courut l'armée romaine. Un jour que Métellus livrait un assaut à Zama, le roi numide se jeta à l'improviste sur son camp, qui était gardé avec négligence, et s'en empara. Ce ne fut pas sans de grands efforts et de grandes pertes que les assiégeants parvinrent a rentrer dans leurs lignes. D'autre part, la garnison de la ville, qui se composait en grande partie de transfuges, se battait avec bravoure, et re-
(*) Aujourd'hui Zouarin.
MJMIDIE.ET MAURITANIE.
poussait toutes les attaques. Le consul se vit enfin forcé, après plusieurs assauts meurtriers, de lever le siège de Zama. Comme la mauvaise saison approchait, il mit des garnisons dans toutes les villes qui s'étaient rendues à lui , et se retira avec ses troupes dans la province romaine qui confine à la Numidie.
MÉTELLUS ESSAYE DE SE RENDRE MAÎTRE DE JUGURTHA PAR TRAHI- SON; BOMILCAR; JUGURTHA SE DÉ- CIDE A FAIRE LA PAIX AVEC LES ROMAINS, ET A SE RENDRE (109 avant
notre ère). — Métellus ne resta pas oisif dans ses quartiers d'hiver. Il chercha, suivant l'expression de Salluste, à substituer les ruses et la perfidie à la force des armes, qui jusqu'alors, malgré son habileté et sa prudence, lui avait peu réussi. Il essaya donc de corrompre les confidents mêmes du roi. Il s'adressa à Bomilcar, que l'assassinat de Massiva, à Rome, avait gravement compromis. Il lui fit espérer, dans le cas où il livrerait Jugurtha mort ou vif, sa grâce et la possession libre de tous ses biens. Bomilcar se laissa gagner.
Jugurtha était en proie, depuis l'arrivée de Métellus en Afrique, à de vives inquiétudes. Bomilcar ne l'ignorait pas. Il profita d'un instant où le roi était plongé dans la tristesse et le découragement pour l'engager à faire la paix, même aux conditions les plus dures, avec les Romains. Jugurtha suivit ses conseils. Il envoya des ambassadeurs au consul, pour lui déclarer qu'il abandonnait sans réserve sa personne et son royaume à sa discrétion.
Alors Métellus, de l'avis de ses officiers, lui ordonna de livrer sans retard 200,000 pesant d'argent, tous ses éléphants, et une certaine quantité de chevaux et d'armes. Ces premières conditions furent acceptées; puis Métellus exigea encore les transfuges. Ils furent amenés au camp romain pieds et poings liés. Enfin Jugurtha fut mandé à Tisidium (*) pour recevoir des
(*) La ville numide de Tisidium, queStrabon appelle Tioiaov;, était située non loin
ordres. Cette fois, le roi de Numidie refusa brusquement d'obéir au consul.
Il aperçut le piège qu'on lui tendait; et, se prenant à réfléchir au châtiment que lui préparaient sans doute les Romains humiliés, il résolut, quoique privé de la meilleure partie de ses forces, de recommencer la guerre.
Ce fut vers ce temps que le sénat romain, après avoir mis en délibération le partage des provinces, décréta que Métellus serait maintenu dans le commandement de l'armée d'Afrique.