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ÉTAT DE LA NUMIDIE APRES LA DÉFAITE DE JUGURTHA; GAUDA

oxyntas. — Après la défaite de Jugurtha, les Romains disposèrent de la ÎNumidie à leur gré. Bocchus obtint, comme récompense de ses services, le pays des Massésyliens , contigu à la Mauritanie. Cette province lui avait

NUMIDIE ET MAURITANIE

été promise par jugurtha, s'il trahissait jes Pvomains ; il aima mieux la tenir de ces derniers, qui la lui avaient également promise. La Numidie proprement dite, ou le pays des Massyliens, fut divisée en trois parties : l'une d'elles fut annexée à la province d'Afrique, formée après la troisième guerre punique du territoire de Carthage. Les deux autres furent données a deux princes de la famille royale de Numidie. L'un de ces princes était Hiempsal II, nommé par Appien Mandrestal ; il était fils de Gulussa et petit-fils de Massinissa : l'autre était Hiarbas ou Hierta, fils de Gauda, frère de Jugurtha. Il paraît que Jugurtha avait forcé Gauda, son frère, à se jeter dans le parti des Romains. Voici la mention que Salluste fait de ce prince : « Il y « avait dans notre armée un prince « numide appelé Gauda , fils de Ma- « nastabal et petit-fils de Massinissa.

« Ce prince était si accablé d'infirmités, « que son esprit s'en ressentait un « peu. Il avait demandé à Métellus une « compagnie de cavalerie romaine pour « sa garde, et le droit de s'asseoir à « côte de lui , selon la coutume des « rois. Métellus lui avait refusé l'un et « l'autre : la prérogative, parce qu'elle « ne s'accorde qu'à ceux que la répu- « blique reconnaît pour rois; la garde, « parce qu'il lui semblait honteux que « des cavaliers romains fussent satel- « lites d'un barbare. Marius profita « du chagrin de Gauda pour lui offrir « ses services contre l'injustice du gé- « néral. Il n'eut pas de peine à ren- « verser cette tête faible, en la traitant « de roi, d'homme respectable, de pe- « tit-fils de Massinissa, à qui leroyau- « me appartiendrait sans contestation « si Jugurtha était pris ou tué. C'est « ce qui arriverait, ajouta-t-il, bientôt, «si, comme consul, j'avais le com- « mandement de l'armée. Par de tels

« propos, il engagea ce prince à

« écrire à Rome d'une manière désa- « vantageuse sur le compte de Métel- « lus, et à demander Marius pour gé- « néral (*). » Ainsi , Gauda avait con- (*) Nous empruntons la traduction du président de Brosses.

senti à servir l'inimitié de Marius contre Métellus; et ce fut en récompense des complaisances de son père pour le vainqueur de Jugurtha , qu'Hiar* bas reçut une part dans la dépouille du vaincu. Indépendamment des liaisons de Gauda avec Marius , la concession faite à Hiarbas d'une partie de la Numidie s'explique encore par l'esprit de la politique romaine, qui, ne voulant point effectuer la réunion définitive de cette vaste et embarrassante contrée, \ préférait la diviser et la confier aux princes restants de la famille royale.

Le sénat était sûr de leur docilité, ou du moins il ne craignait plus de résistance sérieuse de ces petits rois, que la chute récente de Jugurtha devait faire trembler, et que leur faiblesse contraignait au repos et à la soumission (*). Quant aux deux fils de Jugurtha, ils survécurent à leur père; mais ils terminèrent leurs jours dans la captivité. Ils étaient détenus à Venouse, en Apulie. Cependant l'un d'eux, nommé Oxyntas, eut l'occasion de jouer un rôle tout passif, il est vrai, dans la guerre sociale. Aponius, l'un des chefs des alliés, assiégeant la ville d'Acerres, avait pour adversaire Sext. Jul. César, dont l'armée était en partie composée de Numides. Connaissant le respect de ceux-ci pou« le sang de leurs rois, il fit venir Oxyntas de Venouse, le revêtit de la pourpre, le traita avec honneur, et le montra aux Numides de l'armée opposée. Ceux-ci , voyant le fils de leur ancien roi dans le camp des alliés, commencèrent à déserter en foule; et César, se défiant du reste, renvoya toute cette cavalerie en Afrique (90 avant l'ère chré-

(*) Il n'est pas certain qu'Hiempsal était fils de Gulussa. Le président de Brosses incline à croire qu'il était de la race des rois maures plutôt que de celle des rois numides, et peut-être l'un des fils de Kocchus , l'ami de Sylla. Il paraît , ajoute-t-il , que la race numide avait pris parti pour Marius, el la race maure pour Sylla. (Hist. de la répub. romaine, 1. 1, p. 33a). Cette opinion est confirmée en effet par la conduite que tinrent Hiarbas et Hiempsal dans les guerres * civiles de Marius et de Sylla.

L'UNIVERS

tienne). L'autre fils de Jugurtha est resté entièrement inconnu.

conduite d'hiarbas et d'hiempsal pendant la rivalité de m arius et de sylla ; perfidie d'hiempsal a l'égard du jeune marius; hiarbas se joint a domit1us et détrône hiempsal ; il est vaincu par pompée, qui donne son royaume A hiempsal (de 88 à 81 de notre ère). — La maxime du sénat romain, de diviser pour dominer, ne s'est jamais démentie. En distribuant à deux rois les restes de la Numidie mutilée, il savait bien qu'il y établissait deux rivaux.

Hiarbas et Hiempsal , empressés à se nuire, embrassèrent chacun, dans les guerres civiles de Sylla et de Marius, un parti opposé. Par un étonnant revers de fortune, Marius, chassé de Rome, s'était enfui vers les côtes d'Afrique, et se voyait réduit à mendier, pour lui et sa famille, les secours de ces mêmes Numides qu'il avait vaincus. Déjà son fils , Céthégus et plusieurs autres, étaient arrivés à la cour d'Hiempsal, dont ils attendaient du secours et une bonne réception. Marius , après avoir erré sur les ruines de Cartnage, s'apprêtait à les rejoindre, lorsqu'il apprit à temps que son parti ne pouvait pas compter sur ce roi. Vofci comment Plutarque raconte la réception perfide que Hiempsal fît à Marius et à ses amis : « Cependant Hiempsal, roi des Numides, ne sachant à quoi se résoudre, faisoit bon honneur et bon traitement au jeune Marius et à ceux de sa compagnie; mais quand ils s'en vouloient aller, il controuvoit toujours quelque nouvelle occasion pour les retenir, et il étoit aisé de voir qu'il ne reculoit point ainsi pour occasion quelconque qui fût bonne; toutefois, il advint à une chose qui servit à les sauver. C'est que le jeune Marius, étant beau de visage (on le surnommoit fils de Mars et de Vénus, à cause de sa beauté), fit pitié à l'une des concubines le voyant en tel état. Cette pitié fut un commencement et une couverture de l'amour qu'elle lui portoit : mais le jeune homme, à ses premières approches, ne vouloit

point y entendre, et la rebutoit : toutefois à la fin, voyant qu'il n'avoit point d'autre moyen de s'échapper de là, et considérant qu'elle faisoit toutes choses à leur avantage plus diligemment et plus affectueusement qu'elle n'eût fait si elle n'eût tendu à autre fin qu'à jouir seulement de son plaisir, il commença à la fin à accepter ses caresses, tant que finalement elle lui donna moyen de s'enfuir et de se sauver, lui et ses amis. Il se retira vers son père; et, après qu'ils se furent embrassés et salués, en cheminant le long de la marine ils rencontrèrent deux scorpions qui se combattoient l'un contre l'autre. Cela sembla un mauvais présage à Marius ; à l'occasion de quoi ils montèrent vitement sur un bateau de pêcheur, et passèrent en l'île de Cercina, qui n'est guère distante de la côte de terre ferme. Ils n'eurent pas plutôt levé l'ancre qu'ils aperçurent des gens de cheval que le foi Hiempsal avoit envoyés au lieu dont ils étoient partis, et ce fut l'un des plus grands dangers auxquels il eût échappé (*).» Pendant que Hiempsal se jetait dans le parti de Sylla; Hiarbas se déclarait pour Marius, et ce fut probablement dans les États de ce dernier que Marius et son fils, avec Céthégus, Granius, Albinovanus, Lœtorius et d'autres encore, passèrent l'hiver de l'année 88, qui avait commencé si misérablement pour eux.

Après leur départ, les deux rois numides se firent la guerre, vidant leurs différends particuliers au nom des partis qui divisaient Rome. Partout ceux qui s'étaient attachés à la fortune de Marius succombèrent. Il n'y eut qu'en Afrique où l'un des siens l'emporta; car Hiarbas dépouilla Hiempsal de son royaume. Aussi Domitius jEnobarbus', fuyant l'Italie où Sylla était revenu triomphant, se réfugia chez Hiarbas, qui se joignit à lui avec les forces dont il s'était servi pour détrôner Hiempsal. SyJIa chargea Pompée de poursuivre Domitius et de paci-

(*) Plutarque, Vie de Marius, traduction d'Amyot.

NUMIDIE ET MAURITANIE

fier l'Afrique. Pompée partit donc de Sicile avec six légions, 120 vaisseaux de guerre et 800 bâtiments de charge, qui portaient des munitions de toute espèce. Il vint prendre terre à Curubis, petit port voisin de Carthage, non loin du promontoire de Mercure, et marcha vers Utique , où Domitius et Hiarbas étaient campés avec des forces nombreuses. Les deux armées se trouvaient en présence; mais elles étaient séparées par un ravin dont la descente était rude et le sol raboteux. Domitius jugea l'attaque impossible , d'autant plus qu'il tomba pendant presque tout le jour une grosse pluie, accompagnée d'un vent violent. Il se retira vers son camp. Alors Pompée jugea que le moment favorable était venu ; il passa le ravin, et fondit à l'improviste sur l'armée qui se retirait. Le désordre se mit bientôt dans les rangs de Domitius et de Hiarbas. Ajoutez qu'ils avaient en face la pluie et le vent. Aussi éprouvèrent-ils une entière défaite. Les soldats de Pompée voulaient le proclamer imperator sur le champ de bataille ; mais leur chef leur ayant déclaré qu'il n'accepterait cet honneur qu'après la prise du camp ennemi, ilsy marchèrent à l'instant, et le forcèrent. Il était déjà nuit; Pompée combattit tête nue, pour être reconnu par ses soldats et éviter toute méprise funeste. Le camp fut emporté , et Domitius resta sur la place. Le carnage fut grand , et de 20,000 hommes il n'en échappa que 3,000. Hiarbas prit la fuite, abandonnant ses éléphants , que Pompée voulut plus tard atteler à son char de triomphe. Ce prince essaya de rentrer dans son royaume; mais il en fut empêché par les Maures auxiliaires que Gauda, fils de Bocchus, avait conduits à l'armée de Pompée. Il fut donc obligé de se renfermer dans Bulla. Cependant Pompée avait pénétré dans le pays pour rétablir Hiempsal ; les Numides effrayés prenaient tumultueusement les armes pour résister à cette invasion; mais Gauda, parcourant la contrée , vainquit toutes les bandes qu'il trouva formées , et Pompée rétablit sans peine Hiempsal sur son trône.

Quant à Hiarbas , il fut assiégé dans Bulla, pris et mis à mort. Pompée revint à Utique, après une campagne qui n'avait duré que quarante jours (81).

JUBA Ier SUCCÈDE A SON PERE HIEMPSAL II; IL DEVIENT L'ENNEMI PERSONNEL DE CESAR. — Lorsque

Sylla etMarius eurent disparu, de nouveaux ambitieux prirent leur place, et se firent les chefs des partis qui existaient dans l'État. César et Pompée se disputèrent à leur tour l'empire du monde, en s'appuyant, l'un sur la démocratie, l'autre sur l'aristocratie. La Numidie prit à leurs démêlés une part plus importante qu'aux troubles précédents, et fut d'un grand poids dans les événements de cette lutte. Le royaume de Hiempsal avait été agrandi par Pompée ; la mort de Hiarbas avait débarrassé ce prince d'une rivalité qui l'affaiblissait, et il avait transmis à son fils Juba Ier un royaume étendu et florissant. Outre la reconnaissance qui attachait Juba à la cause de Pompée, ce prince avait contre César des motifs de mécontentement personnel.

Suétone raconte qu'un différend s'étant élevé entre Hiempsal et un noble numide appelé Masintha, celui-ci implora la protection de César, qui commençait alors sa carrière politique.

César embrassa avec tant de chaleur la cause de Masintha, que, dans une violente altercation avec Juba , fils de Hiempsal, il s'emporta jusqu'à le prendre par la barbe. C'était le plus sanglant outrage que l'on pût faire à un Numide. Juba ne l'oublia jamais, et nous allons le voir dévoué à la cause de Pompée , non-seulement par reconnaissance et par dévouement pour lui, mais aussi par haine pour son adversaire.

EXPÉDITION DE CURION EN AFRI- QUE. JUBA MARCHE AU SECOURS DE VARUS. IMPRUDENCE DE CURION.

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