RUSE DE JUBA ; SA CRUAUTÉ APRÈS
la victoire (49 avant notre ère). — Au début de la guerre civile , César avait rapidement enlevé l'Italie à Pompée et à ses partisans. L'un d'eux, Attius Varus, chassé d'Auximum, se réfugia dans la province d'Afrique, en
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expulsa Tubéroîi , et s'y rendit indépendant de l'autorité du sénat. Comme il tenait pour Pompée, Juba fit alliance avec lui , et César dépêcha à sa poursuite Curion, cet ancien tribun qui depuis peu se montrait si zélé pour sa cause. Ainsi Curion devait enlever l'Afrique à Varus et à Juba, comme autrefois Pompée à Domitius et à Hiempsal. Mais le lieutenant de Sylla avait remporté une victoire là où le lieutenant de César ne trouva qu'une défaite et la mort. Curion, imprudent et plein d'ardeur, n'avait pris que la moitié des forces que César avait mises à sa disposition. Il vint camper avec deux légions et 500 cavaliers sur les bords du Bagrada. Juba se hâta d'envoyer des renforts à Utique ; car, indépendamment de son antipathie pour César , il détestait Curion pour un motif tout particulier. En effet , Curion, étant tribun du peuple, avait proposé une loi pour confisquer le royaume de Juba et en faire une province romaine. Dans une première rencontre, 600 auxiliaires numides furent battus par la cavalerie de Curion, et se retirèrent après une perte de J20 hommes. Au commencement de cette campagne, Curion et Varus furent seuls aux prises, et le lieutenant de César eut toujours l'avantage. Il affermit la fidélité chancelante de ses légions, formées de déserteurs pompéiens , et que Varus essaya de lui débaucher. Il remporta sur Varus la victoire d'Utique , où il ne perdit qu'un seul homme , au rapport de César dans ses Commentaires. Enfin il contraignit l'ennemi à se renfermer dans Utique, et il en vint faire le siège. La population d'Utique, peu belliqueuse et toute commerçante, et d'ailleurs bien disposée pour César, dont elle avait reçu quelques services, voulait se rendre ,'et pressait Varus d'ouvrir les portes. Mais les courriers de Juba arrivèrent, annonçant que le roi approchait avec des forces considérables, et exhortant la ville à tenir bon quelque temps. Ces nouvelles changèrent l'état des esprits. Curion, qui en fut également averti , ne pouvait croire que
Juba osât venir l'attaquer , tant ses" premiers avantages , et ceux de César en Espagne, lui avaient inspiré de con-» fiance. Mais quand il fut certain que Juba n'était plus qu'à 25 milles d'Utique, il prit sagement le parti de se retirer dans le camp Cornélien, position avantageuse où le premier Scipion avait campé autrefois. Dans ce poste il n'était pas seulement en lieu sûr , mais rien ne lui manquait : bois, blé, eau , sel , tout était sous sa main. Il pouvait communiquer avec la mer, et il envoya des ordres pour hâter l'arrivée des deux légions qu'il avait laissées en Sicile. Il pouvait donc se tirer d'affaire en temporisant.
Mais il ne persévéra pas dans ces prudentes résolutions, et sa précipitation naturelle le fit tomber dans un piège que lui dressa le rusé Juba.
Quelques déserteurs d'Utique lui donnèrent le faux avis que Juba , rappelé par une guerre contre des peuples voisins, était retourné sur ses pas, envoyant à sa place Sabura, son général , pour délivrer Utique. Curion accueillit avec une confiance précipitée cette fausse nouvelle , et résolut d'accabler Sabura. Ce qui donnait une apparence de vérité au faux bruit dont il était la dupe, c'est que Sabura avait été envoyé en avant avec un corps peu considérable, et qu'il se trouvait près du camp, non loin du Bagrada ; mais Juba le suivait avec toutes ses forces, préparé à le soutenir. Il s'était arrêté en arrière, à la distance de 6,000 pas. Tout ce que Juba avait prévu se réalisa. Curion fit partir sur le soir sa cavalerie , qui tomba de nuit et à l'improviste sur les Numides commandés par Sabura. Plusieurs furent tués; quelques-uns , faits prisonniers , furent conduits à Curion, qui s'était mis en marche et qui était déjà loin de son camp. Il interroge les prisonniers, et leur demande le nom de celui qui les commande. Quand ils eurent nommé Sabura, Curion n'en demanda pas davantage; et rapprochant le témoignage de ces captifs avec celui des transfuges de la ville , il demeura plus convaincu que jamais que Juba était bien
loin. Ses troupes partageaient sa confiance ; il les enflamma encore par une allocution animée, où il les exhortait à aller non au combat , mais à la victoire. Puis il ordonne de se remettre en route ; mais sa cavalerie, fatiguée par une double marche, ne put suivre les fantassins : un grand nombre resta en chemin , s'arrêtant de distance en distance, là où leur fatigue devenait extrême, et il n'y en eut que 200 qui purent accompagner l'infanterie. Mais Curion regardait le succès comme trop certain , pour être arrêté par cet inconvénient. De son côté , Sabura avait informé Juba du combat nocturne qu'il avait soutenu. Le roi , comprenant aue tout dépendait de l'action qui allait s'engager , envoya à son général 2,000 chevaux espagnols et gaulois de sa garde, et ses meilleurs fantassins. Lui-même se mit en marche, mais plus lentement, avec le reste de ses forces et 40 éléphants. Sabura montra autant de prudence et de vraie habileté que Curion de présomption et d'ineptie. Après avoir rangé son armée en bataille, il fit avancer vers les Romains un détachement, comme pour engager l'action ; mais avec ordre de reculer peu à peu, et de prendre la fuite en donnant tous les signes de terreur et d'épouvante. Cet ordre fut parfaitement exécuté. Curion, déjà plein d'espérance, fut encore aveuglé davantage par la vue des ennemis fuyant précipitamment devant lui, et, quittant les hauteurs où il était toujours en sûreté, il descendit avec tous les siens dans la plaine. Ainsi , sans cavalerie, avec une infanterie harassée par une marche rapide de 16 milles, il descendit en rase campagne , en présence de forces
» supérieures. C'était se livrer soi-même à l'ennemi. Sabura, après avoir parcouru ses rançs, exhorté ses soldats, donne le signal de l'action ; toutefois, son infanterie resta immobile en arrière, car il ne voulait point la compromettre avec les légionnaires : ce fut sa nombreuse cavalerie qui se déploya rapidement pour envelopper les ennemis. Curion se comporta bravement dans ce dernier combat. Sa pe-
tite armée fit des prodiges. César, qui raconte cette défaite au second livre de ses Commentaires sur la guerre civile, se plaît à rendre cette justice aux soldats et à leur général. Malgré leur
f»etit nombre et leur fatigue, les cavaiers romains faisaient merveille partout où ils donnaient, et forçaient toujours l'ennemi à fuir devant eux ; mais il leur était impossible de les poursuivre, dans la nécessité où ils étaient de ménager leurs chevaux. Tous leurs efforts ne pouvaient empêcher la cavalerie numide d'exécuter la manœuvre que Sabura avait prescrite. Peu à peu les soldats romains furent entourés ; quelques cohortes se détachèrent pour briser le cercle qui enveloppait l'armée; mais les Numides, sans attendre leur choc, se retiraient avec vitesse avant d'avoir perdu un seul homme ; puis ils se réunissaient à une certaine distance, et ils revenaient attaquer en foule ceux qui les avaient poursuivis, et qui s'étaient ainsi séparés du gros de l'armée. Dans une telle position , tout était danger pour les Romains :
rester en place , conserver les rangs , courir à l'ennemi , rien ne pouvait s'opérer sans les plus grands risques.
La troupe de Sabura ne faisait qu'augmenter par les nombreux secours que Juba lui dépêchait en avançant lui-même en bon ordre. Les forces des soldats romains commençaient à s'épuiser. Ceux qui avaient reçu des blessures ne pouvaient ni s'éloigner du champ de bataille , ni se retirer en lieu sûr , car toute la plaine était fermée par la cavalerie numide. Alors les Romains commencèrent à désespérer de leur salut, et, comme il arrive ordinairement à des hommes qui voient leur dernière heure approcher, ils déploraient leur malheureux sort, ou ils se recommandaient leurs proches les uns aux autres, dans le cas où la fortune en sauverait quelques-uns de ce commun danger. Tous étaient consternés par la crainte et la douleur.
Curion , voyant les siens épouvantés, et ne pouvant plus rien sur eux , ni par les exhortations , ni par les prières, reconnut la faute qu'il avait faite,
4" Livraison. (Nlimidie et Mauritanie.)
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et voulut regagner les hauteurs. Il réunit ce qui lui restait, et ordonna d'aller replacer les étendards sur les collines; mais Sabura le prévint, et fit occuper ces collines par sa cavalerie.
Ainsi plus de ressource : la situation de l'armée romaine était entièrement désespérée. Les uns prennent la fuite , et sont tués par les Numides ; les autres sont massacrés en combattant à leur rang. Cn. Domitius, qui commandait la cavalerie romaine, voulut au moins sauver le général. Il lui proposa de l'accompagner jusqu'au camp avec les cavaliers qui pouvaient encore combattre. Cinq cohortes avaient été laissées à la garde du camp, et il était possible de s'y défendre. Domitius promettait à Curion de ne point l'abandonner qu'il ne l'eût mis en sûreté. « Non , répondit Cu- « rion, je ne paraîtrai jamais aux yeux « de César, après avoir perdu l'armée « qu'il avait confiée à ma conduite. » Il continua de combattre jusqu'à ce qu'il fût tué par l'ennemi. Sa tète, séparée de son corps , fut apportée à Juba. Toute l'infanterie fut taillée en
Kièces, et il n'en resta pas un seul omme. Quelques cavaliers échappèrent ; ceux qui étaient restés en chemin retournèrent au camp. Cette défaite eut lieu près du Bagrada, non loin du camp Cornélien que Curion avait quitté la nuit même (*).
Les troupes du camp étaient commandées par le questeur M. Rufus, qui fit tous ses efforts pour rendre quelque courage à ses soldats abattus ;
(*) «Le camp Cornélien, ditMannert, était « silué au nord du Bagrada.. . . C'était non « pas une ville , mais un port vaste et sûr ; - les hauteurs qui le dominent offraient un « emplacement favorable pour la construction « d'un camp, ce qui donnait à cette position « une grande importance stratégique. Aussi « est-ce sur ce point que les Romains diri- « gèrent continuellement leurs attaques en « débarquant sur la côte d'Afrique. » Ce port servait au commerce d'Utiqne, qui n'avait qu'une rade. Aujourd'hui, sur l'emplacement des Castra Cornelia , se trouve Porto Farina, qui sert de gare à la plus grande partie de la flotte de Tunis.
ce fut en vain, tous demandaient a grands cris d'être ramenés en Sicile.
Mais dès que la défaite de Curion eut été connue à Utique, Flamma, commandant de la flotte, s'était hâté, au rapport d'Appien , de lever l'ancre, sans songer à secourir les malheureux restes de l'armée vaincue. Il fallut donc traiter avec des négociants qui étaient en rade avec leurs navires , pour obtenir d'eux le passage. Au moment de l'embarquement , le bruit se répandit que les troupes de Juba approchaient avec les légions de Varus.
Quelques-uns crièrent qu'ils apercevaient la poussière soulevée par cette multitude. Alors une terreur panique s'emparant de tous les Romains , ils se ruèrent sur les barques avec tant de précipitation, qu'elles furent presque toutes submergées. Quelques-uns parvinrent cependant à gagner la pleine mer. Mais les marchands qui les transportaient les jetèrent dans les flots ,pour s'emparer de leur argent. Un très-petit nombre seulement arriva en Sicile. Une partie des cohortes n'avait point voulu fuir, et s'était rendue à Juba, sur la promesse qu'on leur conserverait la vie sauve. Mais Juba prétendit que ces prisonniers lui appartenaient, et, au mépris de la capitulation, il les fit égorger sous les remparts d'Utique, excepté quelques-uns qu'il emmena dans ses Ëtats. Varus n'osa pas réclamer contre une action si perfide et si outrageante ; car Juba , fier de ses forces et de ses services, imposait ses volontés au chef pompéien , et parlait plutôt en maître qu'en auxiliaire du parti qu'il soutenait. Il donna encore d'autres preuves d'arrogance :
il fit son entrée à Utique, à cheval, escorté par plusieurs sénateurs, entre autres par Serv. Sulpicius et Licinius Damasippus ; et quoique cette ville dépendît de l'empire romain, il y fit tout ce qu'il lui plut tant qu'il y demeura, après quoi il retourna dans son royaume.
APRÈS LA BATAILLE DE PHARSÀLE, LES PARTISANS DE POMPÉE SE RÉ- FUGIENT EN AFRIQUE AUPRÈS DB
juba (48 avant notre ère). — La dé-
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faite et la mort de Curion assurait au parti pompéien la supériorité en Afrique ; mais partout ailleurs César avait triomphé. Pompée, vaincu à Pharsale, périt sur la côte d'Egypte d'une mort déplorable. César, après avoir vaincu la résistance des Alexandrins *et la vaine tentative de Pharnace, roi de Pont , se prépara à poursuivre les vaincus , qui s'étaient réunis en Afrique auprès de Juba , leur dernier appui. Ce prince avait été comblé d'honneurs par les amis de Pompée, qui lui avaient conféré le titre de roi de toute la Numidie. De son côté, César l'avait déclaréennemi de larépublique, etavait adjugé la souveraineté de ses États à Bocchus et à Bogud, deux rois maures qui alors étaient entièrement dans ses intérêts. Mais cette décision resta nulle tant que César fut occupé par les soins de la guerre d'Orient. La puissance de Juba ne faisait que s'accroître ainsi que son orgueil ; et les vaincus de Pharsale , groupés autour de lui , ne paraissaient être que ses lieutenants. Varus , qu'il avait maintenu dans sa province d'Afrique par la mort de Curion , subissait continuellement ses caprices et ses hauteurs. Métellus Scipion , beau-père de Pompée , était un personnage plus considérable; mais son arrivée en Afrique , où il vint retrouver Juba , ne servit qu'à faire ressortir davantage l'humiliation du parti pompéien. Labiénus, Pétréius et Afranius n'avaient pas non plus assez d'importance ni assez d'élévation dans le caractère pour reprendre la supériorité qui convenait à des Romains. D'ailleurs la mésintelligence s'était glissée entre les principaux chefs fugitifs : Scipion et Varus se disputaient le commandement, dont l'un et l'autre étaient également indignes; et Juba, à la faveur de ces dissensions , les écrasait par son orgueil et sqn faste barbare. Il n'y eut que Caton qui sut se conduire envers Juba avec énergie et dignité. 11 était arrivé le dernier de tous les vaincus de Pharsale, après avoir parcouru les côtes de la Libye et fortifié Cyrène. Dans sa première entrevue avec Scipion et
Juba , le prince numide avait pris la place d'honneur entre lui et Scipion ; Caton, choqué de la prétention du roi barbare , transporta lui - même son siège pour mettre Scipion au milieu , entre le roi et lui. Quant à la querelle entre Scipion et Varus au sujet du commandement, Caton la fit cesser en se déclarant pour Scipion. On avait offert à Caton lui-même l'autorité suprême ; mais il la refusa par un vain scrupule de légalité dont il se repentit amèrement plus tard. Il prétendit qu'il ne convenait pas à un homme qui n'avait été que préteur , de commander là où il y avait un personnage consulaire , et il fit déférer le pouvoir à Scipion, qui avait été consul. Varus, Afranius, Pétréius et Labiénus suivirent son exemple , et la concorde fut rétablie dans le parti romain. Aucun choix ne pouvait être plus agréable à Juba, qui avait pris sur l'esprit de Scipion un grand ascendant.
JUBA PBOPOSE DE DÉTRUIRE UTI- QUE. CATON SAUVE CETTE PLACE, LA FORTIFIE ET S'Y RENFERME (47 avant
notre ère). — Il était important pour les chefs pompéiens et pour Juba de s'assurer des dispositions de la puissante cité d'Utique. Depuis la chute de Carthage , cette ville était devenue la capitale de la province d'Afrique ; elle était le siège du proconsul romain, d'un grand nombre de marchands italiens , et même de chevaliers que le commerce y attirait. Nous avons déjà dit que les habitants d'Utique étaient favorablement disposés pour César.
Juba les avait traités avec sa violence ordinaire, lorsqu'il avait séjourné dans leur ville après la défaite de Curion.
Les chefs réunis ayant délibéré sur le parti qu'il y avait à prendre à l'égard de cette cité , Juba proposa de la détruire et d'en exterminer les habitants. Scipion, fidèle à son système de basse et timide adulation , se prononçait , quoique faiblement , pour l'avis du roi. Mais Caton parla avec force contre un tel dessein ; il reprocha à Juba sa cruauté, et, par la véhémence de ses reproches et de son indignation, il fit repousser ce projet inhumain. Il
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fit plus encore, il se chargea de défendre cette place , et de Ta soustraire aux armes de César. Dès lors il ne quitta plus Utique, et il renonça à agir avec des hommes qui, pour échapper à la domination de César, s'abaissaient tous les jours devant l'orgueil de Juba. Tout son rôle dans cette grande guerre d'Afrique se borna donc à la défense d'Utique , où il se donna la mort quand la situation fut entièrement désespérée.
GUERRE D'AFRIQUE ; DEPART PRÉ- CIPITÉ DE CÉSAR ; IL SE TROUVE D'A- BORD DANS UNE SITUATION CRITI- QUE (47 avant notre ère). — Pendant que Juba et les pompéiens faisaient à grand bruit leurs préparatifs de guerre, César, avec sa célérité ordinaire, partait de Rome vers la fin de décembre de l'année 47, et, après une traversée périlleuse, il débarquait près d'Adrumète avant le 1er janvier de l'an 46, avec 3,000 hommes de pied seulement et 150 chevaux; le reste avait été dispersé, par la tempête et ne put le rejoindre que plus tard. Pour tout autre que César, il eût été imprudent de se présenter avec si peu de forces sur une côte bordée d ennemis, et d'affronter , avec une poignée d'hommes , les puissantes armées de Juba et de Scipion. Curion, qui avait tenté la fortune avec autant de précipitation , avait été puni de sa témérité. Mais ce qui était une faute dans un homme ordinaire devenait, entre les mains de César, un moyen de succès. Par l'impétuosité de son attaque et son audace même, il déconcertait l'ennemi et se préparait la victoire. Toutefois , les commencements de cette guerre furent pénibles pourlevainqueurdePharsale : il fut quelque temps dans une position critique, dont il ne sortit qu'à force d'habileté et d'énergie. Nous ne voulons pas entrer dans tous les détails rapportés dans les Commentaires de César, ou, si l'on veut, dans le livre d'Hirtius de Bello africano , sur cette guerre importante , dont le récit complet appartient plutôt à l'histoire romaine. Cependant nous donnerons un résumé général des faits, en
n'omettant rien de ce qui a rapport à l'intervention de Juba dans cette lutte où les plus grands intérêts étaient agités, et dont les résultats furent si considérables pour la Numidie et l'Afrique tout entière.
CÉSAR POSE SON CAMP PRES DE RUSPINA *, IL DÉFAIT LABlÉNUS ; SCI- PION ARRIVE AVEC SON ARMÉE (46 av.
notre ère).— La villed'Adrumète, près de laquelle César avait mis pied à terre, était au pouvoir de l'ennemi : il tenta de s'en emparer ; mais n'ayant pu gagner le gouverneur, il s'éloigna et fut inquiété dans sa marche par la garnison, qu'il mit en fuite. Il vint camper à Ruspina, autre ville de la Byzacène , située au sud d'Adrumète. Il y arriva le 1er janvier de l'an 46, et il y prit possession de son troisième consulat et de sa troisième dictature. En peu de temps César s'assura d'importantes
Positions sur cette côte qui regarde orient , et où se trouvaient tous ces ports qui l'avaient fait appeler Emporta. Ruspina , Leptis Minor , et d'autres places , se rendirent. César s'occupait en même temps d'amasser des vivres, de réunir tous ses navires dispersés sur les côtes d'Afrique, et de faire venir de Sicile et de Sardaigne de nouveaux renforts. Mais avant d'avoir rassemblé toutes ses forces, il eut sur les bras l'armée de Labiénus, qui était composée en grande partie d'Africains , parmi lesquels on comptait 8,000 cavaliers numides. César, qui était sorti de son camp pour aller aux fourrages, fut assailli par cette armée de beaucoup supérieure à la sienne; et, après avoir été enveloppé, il ne se dégagea que par un combat qui dura sept heures. Peu de temps après, Scipion parut avec huit légions et 4,000 chevaux, et César, déjà embarrassé par l'arrivée de Labiénus , se trouvait alors dans une position réellement périlleuse. Les vieilles troupes n'éfaient point encore transportées en Afrique; les vivres étaient très-rares, tandis que l'ennemi avait tout en abondance. César était resserré contre la mer, enfermé dans un espace de six milles seulement d'étendue, et n'ayant pour
NUMIDIE ET MAURITANIE
nourrir ses chevaux que de l'algue marine lavée dans de l'eau douce.
JUBA SE MET EN MARCHE POUR REJOINDRE SCIPION ; CESAR FAIT AT- TAQUER LA NUMIDIE PAR SITTIUS. —
Juba, instruit de la détresse de l'ennemi , partit de son royaume avec des forces considérables d'infanterie et de cavalerie. C'en était fait de César, si la jonction de Juba avec Scipion et Labiénus s'opérait dans ce moment où il était encore si faible et si au dépourvu; mais une diversion heureuse le sauva. Il y avait en Afrique un Romain appelé'Sittius , qui avait été mis en accusation autrefois, et qui s'était sauvé de Rome pour échapper à sa condamnation. Cet homme actif, entreprenant , audacieux , avait réuni autour de lui une bande considérable d'aventuriers ramassés en Italie, en Espagne, et s'était mêlé à toutes les guerres qui avaient eu lieu entre les petits princes, auxquels il vendait chèrement ses services. On avait remarqué que le parti pour lequel il combattait avait toujours été victorieux , et le bonheur qui accompagnait toutes ses entreprises lui avait donné une grande réputation. Aussi recherchaiton avec le plus grand empressement l'appui de Sittius. Il avait entretenu des relations avec Catilina , qui comptait sur sa coopération pour renverser la république ; mais l'éloignement des lieux et la chute de Catilina avaient sans doute empêché Sittius de se déclarer. Lorsque César vint en Afrique, il entama des négociations avec un auxiliaire si utile; et les anciennes liaisons de Sittius avec Catilina le déterminèrent sans doute à se déclarer pour un homme qui avait été l'ami de ce conspirateur contre les chefs d'un parti par lequel Catilina avait succombé. Ce fut au moment où Juha sortait de son royaume pour rejoindre Scipion, que Sittius rendit à César un service éminent. Ayant réuni sa troupe à l'armée de Bogud, il envahit les frontières de la Numidie, surprit. Cirta, et s'empara d'une forteresse située sur une montagne, dans laquelle Juba avait mis en sûreté des vivres , des armes ,
et d'autres munitions de guerre. De cette forte position , Sittius se répandait dans les campagnes et menaçait les cités de la Numidie. Juba, rappelé par le danger de ses propres États .
fut contraint de rétrograder , et il se contenta d'envoyer à Scipion trente éléphants, qui même n'étaient pas encore instruits et dressés.
CÉSAR SUSCITE A JUBA DE NOM- BREUSES difficultés; il reçoït