‹ Afrique. Tableau generalChapitre 176 sur 232 · NOUVEAUX TRAITS D'ARROGANCE · texte numérisé non relu

NOUVEAUX TRAITS D'ARROGANCE

de juba. — Juba fit payer bien cher les secours qu'il amenait à Scipion.

Au fond , ce prince détestait les Ro-

mains de tous les partis ; on voit qu'il avait conçu le dessein de faire cesser leur domination en Afrique, puisque, selon Dion, il ne se rendit aux instances de Scipion que lorsqu'il en eut obtenu l'assurance d'être mis en possession de tout ce que les Romains possédaient dans cette contrée, dès que César en aurait été chassé. Et cependant il dissimulait ses projets, sa haine personnelle contre César, en se proclamant le défenseur du sénat et du peuple romain. Ainsi , son but était de détruire César et de dominer les pompéiens , ou du moins de les rejeter tout à fait de l'Afrique. Cette conception était grande et audacieuse ; mais Juba n'avait ni dans l'esprit , ni dans le caractère , les ressources nécessaires pour la réaliser; il n'y avait que la faiblesse et la pusillanimité de Métellus Scipion en sa présence, qui pussent lui inspirerdesi hauts desseins et lui en faire croire l'exécution possible. Hirtius rapporte deux faits qui montrent jusqu'où allaient la hauteur du Numide et l'humiliation du chef romain. On a vu que les désertions étaient fréquentes dans l'armée de Scipion , par l'influence qu'exerçaient , sur l'esprit des barbares , les noms de César et de Marius. Scipion surveillait les démarches des siens , pour empêcher toute relation avec l'ennemi.

Un jour , ayant aperçu un sénateur de son partie M. Aquinius, conversant avec un officier de César appelé Saserna , il lui fit dire qu'il ne devait point s'entretenir avec les ennemis, et qu'il ferait bien d'en rester là. Aquinius ne tint pas compte de cette invitation , et renvoya le messager de Scipion. Alors Juba lui dépêcha un viateur qui lui dit , en présence de Saserna : « Le roi vous défend de continuer cet entretien. » Aquinius eut peur, et il se retira. Ce n'est pas seulement à l'égard d'Aquinius , homme nouveau et simple sénateur, que Juba montra tant de hauteur; mais il ne ménagea pas plus Scipion , un homme d'un nom si recommandable par ses ancêtres , et qui avait lui-même exercé les plus hautes dignités. En effet, Sci-

NUMIDIE ET MAURITANIE

pion portait, ainsi que le roi , la cotte d'armes couleur de pourpre ; Juba fut choqué de voir Scipion porter le même vêtement que lui , et lui dit que cela ne convenait pas : alors Scipion renonça à se parer de la pourpre, et prit une cotte d'armes blanche. Ce dernier trait est si fort de part et d'autre, qu'il est presque incroyable. Hirtius lui-même ne le donne pas comme un fait certain , et il peut avoir été inventé par la haine et le mépris des césariens contre Juba et Scipion.

combats divers; batatlle de thapsus ; défaite de juba et des pompéiens ( 46 avant notre ère ). — Vers le même temps, César reçut le reste de ses légions , entre autres la dixième , sur laquelle il comptait le plus; en sorte que les deux partis ayant réuni toutes leurs forces, la querelle dut bientôt se décider. César profita du temps qui lui fut encore laissé pour châtier quelques désordres restés impunis, resserrer la discipline, et exercer ses soldats à combattre contre les éléphants et les Numides. Plusieurs rencontres eurent lieu avant la bataille de Thapsus, et sa présence décida toujours de la victoire. Une fois entre autres, il vainquit Varus en pleine mer, le poursuivit jusque dans la rade d'Adrumète, où il lui offrit un nouveau combat que l'ennemi n'osa pas accepter. Une autre fois , César étant sorti pour piller les souterrains où les habitants du pays gardaient leurs grains, Labiénus le rencontra et en vint aux mains avec lui. Mais ses Numides prirent la fuite à l'instant. Le lendemain, Juba fit saisir tous ces fuyards , et les fit mettre en croix. Toutes les actions de Juba sont empreintes du même caractère de cruauté et d'orgueil. Les habitants de Vacca avaient fait demander à César des secours, en promettant de se donner à lui et de lui fournir des munitions de guerre : Juba , informé de leur démarche , prévint le secours de César; il courut lui-même sur Vacca, s'en empara , et, après en avoir exterminé les habitants, il fit détruire la ville de fond en comble. Cependant, rendus plus circonspects par les défai-

tes continuelles qu'ils avaient éprouvées dans ces rencontres, Juba et Scipion reculaient maintenant devant une action générale. Ils s'étaient postés d'une manière avantageuse dans un camp fortement retranché , où César ne pouvait les contraindre à combattre. Il résolut de les tirer de là en allant faire le siège de Thapsus , ville importante , située au sud de Leptis- Minor, que les ennemis ne pouvaient sans honte se dispenser de secourir.

Ce qu'il avait prévu arriva ; Scipion et Juba le suivirent pour défendre la

f)lace, et Virgilius qui en commandait a garnison; ils vinrent se poster dans deux camps différents, à huit mille pas de Thapsus. Cette ville était sur le bord de la mer, et couverte, du côté de la terre, par un marais salant , entre lequel et la mer restait un espace de quinze cents pas. Scipion avait compté sur ce passage pour jeter du secours dans la place; mais César, qui s'en doutait, avait posté en cet endroit un bon corps de troupes; Scipion, trouvant la voie interceptée , renonça à son premier projet , et commença à fortifier son camp. De son côté, "César préparait tout, pour engager l'action ; il laissait deux légions à la garde de son camp devant Thapsus , faisait approcher ses vaisseaux le plus près possible du rivage , et marchait luimême avec le reste de ses forces contre les retranchements ennemis. Scipion s'était préparé à soutenir l'attaque; son armée, rangée en bataille, couvrait les travailleurs qui continuaient l'ouvrage commencé , et les éléphants étaient distribués à droite et à gauche sur les ailes. Ici les relations des historiens anciens nous présentent des circonstances singulières, et difficiles à concilier. L'auteur des mémoires sur la guerre d'Afrique assure que César voulut retenir l'ardeur de ses soldats au moment où l'action allait s'engager, mais que ceux-ci, entraînés par une impétuosité irrésistible , continuèrent leur course après avoir fait sonner la charge, sans que leur général en eût donné l'ordre , et qu'alors César, ne pouvant arrêter le torrent , donna enfin le signal , et pour mot la

L'UNIVERS

félicité. On peut conjecturer que César n'opposa ce dernier retard que pour donner encore plus d'élan et de vigueur au courage de ses soldats; maisHirtius ne paraît pas soupçonner cette intention dans l'esprit du général, et présente la résistance de César comme le résultat d'une hésitation sérieuse. D'un autre côté , que penser de cette circonstance dont Plutarque fait mention, et qui ne se trouve dans aucun autre auteur, à savoir, qu'au commencement du combat César fut surpris d'un accès d'épilepsie , mal auquel il était sujet, et qu a l'approche des premières convulsions, avant que d'y succomber entièrement, il se lit porter dans une tour voisine, où il demeura pendant toute la durée de la bataille ? Comprend - on qu'Hirtius n'ait rien dit de ce fait étrange? Comprend-on que la victoire de ïhapsus ait pu être remportée, César absent?

]\ous nous contenterons d'indiquer ces difficultés , sans grossir notre récit des interprétations oue nous pourrions en faire ; ce qui est certain, c'est que les soldats de César combattirent en cette journée comme ils l'avaient toujours fait sous les yeux d'un tel chef. La déroute des ennemis commença p;ir les éléphants; ces animaux, effarouchés par les traits et les flèches dont on les accabla , se retournèrent vers les rangs de leur propre armée, et, dans leur fuite précipitée et furieuse, ils écrasèrent tout sur leur passage. Ils renversèrent même les portes du camp, qui n'étaient point encore consolidées. La cavalerie de Juba, déconcertée par ce désordre, se débanda sans résistance, et les soldats de César entrèrent dans le premier camp en même temps que les fuyards : Scipion, Pétréius, Labiénus, Afranius, tous les chefs avaient pris la fuite. Les débris de J'armée vaincue ne pouvant se rallier ni se défendre, quittèrent le camp de Scipion pour chercher un asile dans celui de Juba ; mais les césariens l'avaient déjà occupé, et tous ces malheureux, tombant au milieu des vainqueurs , que le feu du combat avait animés , furent massacrés impitoyablement, malgré les ef-

forts de César pour les sauver. Dix mille restèrent sur la place, les camps furent pris ; il ne restait plus rien de cette formidable coalition. César laissa trois légions pour réduire Thapsus, fit investir Tysdrus, et marcha pour emporter Utique , où l'intrépide Caton pouvait encore l'arrêter longtemps.

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