‹ Afrique. Tableau generalChapitre 181 sur 232 · NUMIDIE ET MAURITANIE SOUS L'AD- MINISTRATION IMPÉRIALE · texte numérisé non relu

NUMIDIE ET MAURITANIE SOUS L'AD- MINISTRATION IMPÉRIALE

Les deux premières parties de cette histoire ont été consacrées au récit de tout ce qui a rapport à la Numidie et à la Mauritanie, tant qu'elles restèrent indépendantes. La troisième partie traitera de l'état de ces contrées sous l'administration impériale; des changements qui y furent introduits alors; des soulèvements dont elles furent le théâtre, et de la part qu'elles prirent aux affaires générales du monde romain.

LA NUMIDIE SOUS SALLUSTE , SEX- TIUS, LÉPIDUS; AUGUSTE PARTAGE LES PROVINCES AVEC LE SÉNAT ; JUBA II : LA NUMIDIE , PROVINCE

sénatoriale. — César, après la victoire de Tapsus, ne réduisit en province qu'une partie de la Numidie, le reste ayant été partagé entre Bogud et Sittius (46 av. Jésus-Christ).

Crispus Sallustius , l'historien , fut le premier gouverneur de cette province de la Numidie proprement dite, à la-

quelle était jointe la Byzacène que Juba avait possédée ; on l'appelait aussi Afrique nouvelle, par opposition à Y Afrique ancienne ou Zeugitane , formée du territoire de Carthage. Salluste traita la Numidie comme un pays de conquête : il y laissa un nom odieux, et il s'y déshonora. Sa tâche était difficile, il est vrai: il fallait des rigueurs pour contenir une terre récemment soumise, où Rome n'avait ni colonies, ni établissements, où la civilisation avait à peine pénétré. César ferma les yeux sur la conduite de Salluste; peutêtre même l'avait- il autorisé à tout faire. Salluste fut remplacé par Sextius, qui administra le pays de l'an 44 à J'an 40 avant notre ère. La Numidie n'ayant plus ses rois était plus que jamais engagée dans les dissensions civiles de Rome : aussi fut-elle violemment agitée par tous les événements qui éclatèrent à la mort de César. Sextius, partisan de ce dernier, prétendit dépouiller Cornificius, gouverneur de l'Afrique ancienne. Cornificius prévint son attaque, et vint assiéger Cirta, capitale de la nouvelle province. Mais, soutenu par le Numide Arabion , dont il a été fait mention plus haut, et par les partisans de Sittius, Sextius délivra Cirta , et, après avoir vaincu Cornificius, le réduisit à se donner la mort. Quelque temps après, il eut à défendre sa province contre un nouveau gouverneur, Phangon, qui , par le crédit d'Octave, venait d'être nommé à la place de Sextius. Phangon eut le même sort que Cornificius: vaincu, abandonné de tous les siens, il se tua de sa propre main. Sextius, irrité contre Octave, se déclara dès lors partisan d'Antoine. Il possédait les deux provinces romaines en Afrique. Par une noire ingratitude envers Arabion, qui l'avait encore puissamment aidé clans la guerre contre Phangon , Sextius l'attira dans un piège, et le fit assassiner. Le territoire d'Arabion , qui comprenait presque tout l'ancien pays des Massésyliens , fut ajouté aux deux provinces romaines. Mais Sextius ne jouit pas longtemps du fruit de son crime. Antoine s'étant rappro-

ché d'Octave le sacrifia; et toute l'Afrique romaine, réunie et étendue par ses soins, fut donnée en gouvernement au triumvir Lépidus, qui l'administra en maître absolu pendant quatre ans. En 36 (avant l'ère chrétienne), Lépidus, après avoir contribué à la défaite de Sextus Pompée , fut dépouillé par Octave de son gouvernement, de ses dignités , de son armée et de sa flotte. Cette chute de Lépidus était le résultat de sa nullité personnelle ; elle n'était pas causée par la faiblesse de ses ressources, car il avait autant de légions qu'Octave, et autant de vaisseaux. Sans doute l'Afrique, où on l'avait relégué, le plaçait dans une grande infériorité politique à l'égard de ses collègues; mais il y trouvait tout autant de moyens matériels d'action que ceux-ci dans leurs provinces, et un autre homme aurait su en profiter.

Octave disposa du gouvernement des provinces d'Afrique après les avoir enlevées à Lépidus ; il les confia à Statilius Taurus, avec le titre de proconsul ; et, en 35 , Taurus obtint les honneurs du triomphe pour quelques exploits contre les tribus insoumises.

L'an 27, Auguste, devenu définitivement maître de l'empire, partagea l'administration des provinces avec le sénat, se réservant pour lui les postes les plus périlleux, mais où étaient concentrées toutes les forces militaires.

L'Afrique fut donnée au sénat. Pendant quelque temps , la Numidie fut reconstituée en royaume en faveur de Juba; mais quand celui-ci eut été placé sur le trône des Mauritanies , la Numidie fut ajoutée aux provinces sénatoriales. Alors cette province, comprise entre l'Ampsaga et la Tusca , commençait à se façonner au joug; des Romains et des Italiens s'y étaient établis en grand nombre ; les colonies s'y multiplièrent, la transformation de ce pays barbare commençait. En peu de temps , l'Afrique devint semblable à l'Italie, et le séjour en était également interdit aux criminels d'État que multirjlia bientôt la sombre tyrannie de Tibère.

NUMIDIE ET MAURITANIE

SOULEVEMENT DE TACFARINAS ; IL SE LIGUE AVEC MAZIPPA ; IL EST BATTU PAR FURIUS CAMILLUS (17 de

notre ère). — Dès la troisième année du règne de ce prince , l'Afrique et surtout la Numidie furent agitées par la révolte d'un audacieux aventurier, qui, pendant longtemps, tint en échec toutes les forces que Rome entretenait dans cette province. Il s'appelait Tacfarinas. Tacite a raconté cette guerre dans ses Annales. Il n'y a rien à ajouter, rien à retrancher dans sonrécit : nous le reproduirons ici tout entier. « Tacfarinas était un Numide déserteur des armées romaines , où il avait servi comme auxiliaire (*). II réunit d'abord , pour le vol et le butin, des bandes vagabondes, accoutumées au brigandage; bientôt il sut les discipliner, ïes ranger sous le drapeau, les distribuer en compagnies; enfin, de chef d'aventuriers , il devint général des Musulans (**). Ce peuple puissant, qui confine aux déserts de l'Afrique, et qui alors n'avait point encore de villes, prit les armes, et entraîna dans la guerre les Maures , ses voisins: ceux-ci avaient pour chef Mazippa. Les forces furent partagées; Tacfarinas se chargea de tenir dans des camps et d'habituer à l'obéissance des hommes d'élite , armés à la romaine, tandis que Mazippa, avec les troupes légères, porterait partout l'incendie, le carnage et la terreur. Déjà ils avaient forcé les Cinithiens (***), nation considérable, de se joindre à eux , lorsque Furius Camillus, proconsul d'Afrique, après avoir réuni sa légion, et ce qu'il y avait d'auxiliaires sous les étendards, marcha droit à l'ennemi. C'était une poignée d'hom-

(*) Tacit., Ann., 1. n , c. 5a , trad. de M. Burnouf.

(**) Les Musulans, Mussini de Pline, Musuni de Ptolémée , habitaient près du confluent du Muthui (Hamise) et du Eagratla (Medjerdah). ,

(***) Les Cinithiens, appelés Sintœ par Strabon, demeuraient , selon Ptolémée, sur le fleuve Triton, du côté où il forme le lac Libya.

mes, eu égard à la multitude des Numides et des Maures; mais on évitait surtout d'inspirer à ces barbares une crainte qui leur eût fait éluder nos attaques; en leur laissant espérer la victoire, on réussit à les vaincre. La légion fut placée au centre, les cohortes légères et deux ailes de cavalerie sur les flancs. Tacfarinas ne refusa pas le combat. Les Numides furent défaits ; et la gloire des armes , après de longues années, rentra dans la maison des Furius;... encore ce Furius dont nous parlons n'était-il pas regardé comme un grand capitaine. Tibère en fit plus volontiers , devant le sénat, l'éloge de ses exploits. Les pères conscrits lui décernèrent les ornements du triomphe ; distinction qui , grâce au peu d'éclat de sa vie , ne lui devint pas funeste. »

TACFARINAS ASSIEGEUNE COHORTE ROMAINE. MORT DE DECRIUS. DE- FAITE DU NUMIDE A THALA ; IL EST REPOUSSÉ DANS LE DESERT (de 18 à 20

de notre ère). — Peu de temps après, Tacfarinas recommença la guerre.

« Ce furent d'abord de" simples courses (*), dont la vitesse le dérobait à toutes les poursuites. Bientôt il saccage les bourgades, entraîne après lui d'immenses butins, et finit par assiéger, près du fleuve Pagida(**), une cohorte romaine. Le poste avait pour commandant Décrius, intrépide soldat, capitaine expérimenté, qui tint ce siège pour un affront. Après avoir exhorté sa troupe à présenter le combat en rase campagne, il la range devant les retranchements. Elle est repoussée au premier choc. Décrius, sous une grêle de traits, se jette à tra-

(*) Tacit., Ann., liv. ir, c. 20. Nous continuons à nous servir de l'excellente traduction de M. Burnouf.

(**) M. Marcus pense que le Pagida était situé sur la route de Cirta à Igilgilis (Gigeri). (Notes sur Mannert, p. 709). « Le siège principal des guerres contre Tacfarinas est dans le Jurgura et à l'entour d'Auzia, le fort Hamza, nommé par les Arabes sour Ghazlan, Or, ces cantons ne sont pas éloignés d'Alger de plus de vingt lieues. » (Recherches sur l'Afrique sept. , p. 66.)

L'UNIVERS

vers les fuyards, les arrête, crie aux porte-enseignes « qu'il est honteux que « le soldat romain tourne le dos à une « bande de brigands et de déserteurs. » Couvert de blessures, ayant un œil crevé, il n'en fait pas moins face à l'ennemi, et combat jusqu'à ce qu'il tombe mort, abandonné des siens.

« A la nouvelle de cet échec, L.

A pronius, successeur de Camillus, plus indigné de la honte des Romains qu'alarmé du succès de l'ennemi, fit un exemple rare dans ces temps-là, et d'une sévérité antique : il décima la cohorte infâme, et tous ceux que désigna le sort expirèrent sous la verge.

Cet acte de rigueur fut si efficace, qu'un corps de cinq cents vétérans défit seul les mêmes troupes de Tacfarinas devant le fort de Thala (*), qu'elles venaient attaquer. Dans cette action, Helvius Rufus, simple soldat, eut la gloire de sauver un citoyen.

A pronius lui donna la pique et le collier. Comme proconsul , il pouvait ajouter la couronne civique : il laissa ce mérite au prince, qui s'en plaignit plus qu'il n'en fut offensé. ïacfarinas voyant ses Numides découragés et rebutés des sièges, court de nouveau la campagne, fuyant dès qu'on le presse, et bientôt revenant à la charge. Tant qu'il suivit ce plan, il se joua des efforts de l'armée romaine, qui se fatiguait vainement à le poursuivre. Lorsqu'il eut tourné sa course vers les pays maritimes, embarrassé de son butin, il lui fallut s'assujettir à des campements fixes. Alors Apronius Césianus, envoyé par son père avec de la cavalerie et des cohortes auxiliaires, renforcées des légionnaires les plus agiles, battit les Numides, et les rechassa dans leurs déserts (18 à 20). »

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