TIBÈRE DISPOSE DU PROCONSULAT
d'afrique. — Tacfarinas ne tarda pas à recommencer ses incursions. Déjà Tibère ressentait une inquiétude sérieuse de la prolongation de cette lutte. Il redoutait la guerre, non pour les
(*) Thala, souvent confondu avec Telepte, ne correspond pas à cette ville, puisqu'elle
maux qu'elle cause, mais pour la gloire que d'autres pouvaient y acquérir. La Numidie appartenait au'sénat : la gravité des événements qui s'y passaient, l'importance de toute la province, déterminèrent l'empereur à en disposer lui-même. Il opéra ce changement à sa manière ordinaire, par la ruse et la dissimulation. Dans une séance du sénat, il lut des lettres d'Afrique qui annonçaient une nouvelle apparition de Tacfarinas, et il ajouta qu'il importait que le sénat choisît un proconsul habile et brave, capable de terminer une telle guerre. Un flatteur, prévenant les pensées de Tibère, s'écria qu'il fallait se garder de choisir Lépidus. Tibère le craignait, précisément parce qu'il avait toutes ces vertus qui désespèrent un tyran. Le sénat, pénétrant et lâche, comprit le vœu de Tibère. On décida que César choisirait lui-même le gouverneur d'Afrique. Tibère, qui ne se démasquait jamais, désigna deux candidats, Lépidus et Junius Blésus. Lépidus devait refuser, son salut en dépendait : il s'excusa sur sa santé. Blésus, qui était oncle de Séjan, fut donc nommé au proconsulat d'Afrique.
TACFARINAS DEMANDE DES TER- RES A L'EMPEREUR. GLORIEUSE CAM- PAGNE DE BLÉSUS, QUI NEGLIGE DE
l'accabler tout a fait (20 à 22 de notre ère). — Au reste, Blésus n'était pas indigne de ce choix. « Tacfarinas, souvent chassé par nos troupes, dit Tacite (*), et toujours revenu du fond de l'Afrique avec de nouvelles forces , avait enfin poussé l'insolence jusqu'à envoyer à César une ambassade, qui demandait un établissement pour lui et pour son armée, ou menaçait d'une guerre interminable. On rapporte que jamais insulte à l'empereur et au peuple romain n'indigna Tibère comme de voir un déserteur et un brigand s'ériger en puissance ennemie. « Il n'a- « vait pas été donné à Spartacus lui- « même, lorsqu'après la défaite de tant « d'armées consulaires il saccageait o impunément l'Italie, lorsque les gran-
(*) Tacit., Ann., liv. nr, c. 73.
NUMIDIE ET MAURITANIE
« des guerres de Sertorius et de Mithri- « date ébranlaient la république, d'ob- « tenir un traité qui lui garantît le «pardon; et l'empire, au faîte de la « puissance, se rachèterait par la paix, « et par des concessions de territoire, « des brigandages de Tacfarinas! » Il chargea Blésus d'offrir l'impunité à ceux qui mettraient bas les armes, mais de s'emparer du chef à quelque prix que ce fut.
« Beaucoup de rebelles profitèrent de l'amnistie. Bientôt, aux ruses du Numide on opposa le genre de guerre dont il donnait l'exemple. Comme ses troupes, moins fortes que les nôtres, et meilleures pour les surprises que pour le combat, couraient par bandes détachées, attaquant tour à tour ou éludant les attaques et dressant des embuscades, l'armée romaine se mit en marche dans trois directions et sur trois colonnes. Le lieutenant Cornélius Scipion ferma les passages par où l'ennemi venait piller le pays de Leptis, et se sauvait ensuite chez les Garamantes. Du côté opposé, le fils de Blésus alla couvrir les bourgades dépendantes de Cirta. Au milieu, le général lui-même, avec un corps d'élite, établissait dans les lieux convenables des postes fortifiés; de sorte que les barbares, serrés, enveloppés de toutes parts, ne faisaient pas un mouvement sans trouver des Romains en face, sur leurs flancs, souvent même sur leurs derrières. Beaucoup furent tués ainsi, ou faits prisonniers. Alors Blésus subdivisa ses trois corps en plusieurs détachements, dont il donna la conduite à des centurions d'une valeur éprouvée; et, l'été fini, au lieu de retirer ses troupes, suivant la coutume, et de les mettre en quartiers d'hiver dans notre ancienne province, il les distribua dans des forts qui cernaient pour ainsi dire le théâtre de la guerre. De là , envoyant à la poursuite de Tacfarinas des coureurs qui connaissaient les routes de ces déserts, il le chassait de retraite en retraite. Il ne revint qu'après s'être emparé du frère de ce chef; et ce fut encore trop tôt pour le bien des alliés, puisqu'il laissait der-
rière lui des ennemis prêts à recommencer la lutte. Tibère la considéra cependant comme terminée, et permit que Blésus fût salué par ses légions du nom d'imperator. Nul n'obtint plus ce titre après lui (22). »
NOUVELLES COURSES DE TACFART- NAS; IL ASSIEGE THUBUSQUE*, IL EST SURPRIS PAR DOLABELLA, ET SE
donne la mort (24 de notre ère). — Ce ne fut que deux ans après que l'Afrique romaine fut délivrée de Tacfarinas. «Jusqu'alors nos généraux, contents d'obtenir les ornements du triomphe, laissaient reposer l'ennemi dès qu'ils croyaient les avoir mérités (*). Déjà trois statues couronnées de lauriers s'élevaient dans Rome, et Tacfarinas mettait encore l'Afrique au pillage. Il s'était accru du secours des Maures, qui, abandonnés par la jeunesse insouciante de Ptolémée, fils de Juba, au gouvernement de ses affranchis, s'étaient soustraits par la guerre à la honte d'avoir des esclaves pour maîtres. Receleur de son butin et compagnon de ses ravages, le roi des Garamantes, sans marcher avec une armée, envoyait des troupes légères, que la renommée grossissait en proportion de l'éloignement. Du sein même de la province, tous les indigents, tous les hommes d'une humeur turbulente, couraient sans obstacle sous les drapeaux du Numide. En effet, Tibère, croyant l'Afrique purgée d'ennemis parles victoires de Blésus, en avait rappelé la neuvième légion; et le proconsul de cette année, P. Dolabella, n'avait osé la retenir : il regrettait les ordres de César encore plus que les périls de la guerre.
« Cependant Tacfarinas ayant semé le bruit que la puissance romaine, entamée déjà par d'autres nations, se retirait peu à peu de l'Afrique, et qu'on envelopperait facilement le reste des nôtres, si tous ceux qui préféraient la liberté à l'esclavage voulaient fondre sur eux , augmente ses forces, campe devant Thubusque(**),et inves-
(*)Tacit., Ann., 1. iv, c. a3.
(**) Thubusque est, selon Mannert (page
L'UNIVERS
tit cette place. Aussitôt Dolabella rassemble ce qu'il a de soldats; et, grâce à la terreur du nom romain, jointe à la faiblesse des Numides en présence de l'infanterie , il chasse les assiégeants par sa seule approche, fortifie les postes avantageux, et fait trancher la tête à quelques chefs musa* lans qui préparaient une défection ; puis, convaincu, par l'expérience de plusieurs campagnes , qu'une armée pesante et marchant en un seul corps n'atteindrait jamais des bandes vagabondes, il appelle le roi Ptolémée avec ses partisans, et forme quatre divisions, qu'il donne à des lieutenants ou à des tribuns. Des ofliciers maures choisis conduisaient au butin des troupes légères; lui-même dirigeait tous les mouvements.
« Bientôt on apprit que les Numides, réunis près des ruines d'un fort nommé Auzéa , qu'ils avaient brûlé autrefois , venaient d'y dresser leurs huttes et de s'y établir, se fiant sur la bonté de cette position, tout entourée de vastes forêts. A l'instant des escadrons et des cohortes, libres de tout bagage, et sans savoir où on les mène , courent à pas précipités. Au jour naissant, le son des trompettes et un cri effroyable les annonçaient aux barbares à moitié endormis' Les chevaux des Numides étaient attachés, ou erraient dans les pâturages. Du côté des Romains , tout était prêt pour le combat , les rangs de l'infanterie serrés, la cavalerie à son poste. Chez les ennemis, rien de prévu : point d'armes,
5ig), la même ville queTubusuptus, placée par l'itinéraire d'Antonin à 28 milles de Saldae, entre ce port et Silifis. C'était une des principales villes de l'intérieur. La carte de Shaw nomme cet endroit Burgh. On voit, comme le remarquent les auteurs des Recherches sur l'Afrique septentrionale, que le théâtre de cette guerre était la partie maritime de la province de Sitifis; Tacfarinas porta toujours ses efforts sur ce point. Mais sa retraite était au sud ; et quand on parvenait à le chasser, il fallait guerroyer vers le désert, et loin à l'est vers la Tripolitaine, puisque les Garamantes ses alliés habitaient la région actuelle du Fezzan.
nul ordre, nul mouvement calculé ; ils se laissent entraîner, égorger, prendre comme des troupeaux. Irrité par le souvenir de ses fatigues, et joyeux d'une rencontre désirée tant de fois et tant de fois éludée , le soldat s'enivrait dé vengeance et de sang. On fit dire dans les rangs de s'attacher à Tacfarinas , connu de tous après tant de combats ; car si le chef ne périssait, la guerre n'aurait jamais de fin; mais le Numide, voyant ses gardes renversés, son fils prisonnier, les Romains débordant de toutes parts , se précipite au milieu des traits, et se dérobe à la captivité par une mort qu'il fit payer cher. La guerre finit avec lui. » Ainsi périt Tacfarinas, aussi héroïquement que Spartacus , et après une lutte glorieuse contre Rome. Le roi des Garamantes fit sa soumission , et Ptolémée fut récompensé par le sénat.
L'histoire de Tacfarinas méritait d'autant plus d'être rapportée entièrement, que ce chef semble revivre de nos jours dans le prince africain qui oppose en ce moment aux armes de la France une résistance si acharnée. L'analogie est frappante : la tactique et les ruses du chef actuel des tribus africaines sont les mêmes que celles du Numide. Or, si les Romains, après une occupation déjà longue , employèrent sept années à réduire ce rebelle, faut-il s'étonner si nous n'avons pu encore, aux débuts de notre établissement dans ce pays, dompter un ennemi dont les ressources sont, sans contredit, plus considérables que celles de Tacfarinas , et qui , de plus , agit sur des populations encore fanatiques, non - seulement par l'autorité militaire, mais par l'influence plus grande de la religion?
CALIGULA SÉPARE EN AFRIQUE L'ADMINISTRATION CIVILE DE l'administration militaire. — Quoique Tacfarinas fût abattu , l'Afrique continuait toujours à donner du souci aux empereurs. Les nomades ne se fixaient pas encore , et l'intérieur du pays était éternellement agité. On avait tout à craindre d'une province si turbulente, où , comme en Egypte, la
NUMIDIE ET MAURITANIE
rébellion séjournait dans le peuple, et pouvait facilement entraîner les gouverneurs. Et cependant il importait de maintenir ce pays riche et populeux, qui nourrissait Rome et l'Italie. Aussi Caligula sépara l'administration militaire dans les provinces d'Afrique. Le proconsul n'eut plus le commandement des armées , et , là où il y avait deux pouvoirs et deux hommes, l'union pour la révolte devenait plus difficile. Bien plus, les dissensions des deux chefs, toujours en désaccord sur les limites de leurs attributions, étaient pour l'empereur une nouvelle cause de sécurité. Caligula avait pris cette mesure au moment où il confiait le proconsulat d'Afrique à M. Silanus, dont le rang et l'illustration étaient bien propres à lui inspirer des défiances. Cette disposition fut maintenue, et appliquée plus tard à toutes les autres provinces. Ce fut une des grandes modifications introduites par l'empire dans l'ancienne administration républicaine. ^
LA MAURITANIE DEVIENT PRO- VINCE romaine (42 de notre ère). — Le règne de Claude complète la conquête de l'Afrique septentrionale , en effectuant la réunion de la Mauritanie.
Les deux nouvelles provinces formées alors , la Tingitane et la Césarienne, furent au nombre de celles qui dépendaient de l'empereur, car il y fallait entretenir des forces considérables.
Chacune était gouvernée par un procurateur. Elles étaient séparées l'une de l'autre par le fleuve Mulucha. Plus tard, à une époque où les empereurs adoptèrent le système de subdiviser les provinces, la Mauritanie césarienne fut partagée en deux régions. Tout ce qui était à l'ouest du port de Saldae jusqu'au Mulucha, conserva le nom de Cxsariensis : depuis Saldae jusqu'à l'Ampsaga , on créa la province de Mauritania Sitifensis, ainsi appelée de Sitifis (Sétif), sa capitale (*). Ce
(*) Sitifis (Sétif) n'avait point eu d'importance sous les rois numides ; c'était une ville de l'intérieur. Les empereurs en firent un centre considérable , l'agriculture y de-
changement est rapporté aux temps de Dioclétien ; mais il n'en est fait mention la première fois que dans la notice de l'empire d'Occident.
ÉTAT DE LA NUMIDIE ET DE LA MAURITANIE SOUS LES ANTONINS ; INCURSIONS DES GETULES ET DES MAURES ; CHANGEMENTS DANS L'AD- MINISTRATION.—L'histoire de la Numidie et de la Mauritanie, dans les deux premiers siècles de l'empire, se résume en deux faits : efforts des princes pour acclimater sur le sol africain la civilisation romaine; défense des frontières contre les barbares du sud, qui les franchissaient fréquemment. Déjà, au temps de Pline, l'état social des anciens royaumes de Juba et de Bocchus était grandement modifié. La Mauritanie césarienne renfermait au moins treize colonies romaines , trois municipes libres , deux colonies en possession du droit latin, et une jouissant du droit italique. Toutes les autres villes étaient des villes libres ou tributaires. La Numidie avait douze colonies romaines ou italiques, cinq municipes, et trente et une villes libres : les autres étaient soumises au tribut (*).
Les incursions des Musulans, des Gétules et des autres tribus du désert, avaient commencé dès le principat d'Auguste , et rarement les possessions romaines furent en repos par le voisinage de ces barbares. On manque de documents sur les actes d'hostilités qui avaient lieu continuellement de part et d'autre. Seulement, on rencontre par intervalles, dans les historiens, de rares et courtes indications.
Ainsi on sait, par le biographe d'Adrien, Spartianus , qu'un certain Lusius Quiétus ayant soulevé plusieurs tribus de la Mauritanie, dont il avait le commandement, l'empereur chargea Martius Turbo de pacifier la province.
Ce général, formé à l'école deTrajan, quitta la Palestine, où il avait réprimé la turbulence des Juifs, et calma l'agi-
\int très-prospère; des routes y aboutissaient de toutes les directions.
(*) Recherches sur l'Afrique sept., p. 14,
L'UMVERS.
tation de la Mauritanie. Une statue fut élevée en son honneur.
Antonin força aussi les Maures rebelles à demander la paix. Voici comment Pausanias parle de cette guerre : « L'empire, dit-il, fut attaqué parles Maures, peuplade la plus considérable des Libyens indépendants. Ces Maures, nomades comme les Scythes, sont bien plus difficiles à vaincre que ces peuples, puisqu'ils voyagent a cheval , eux et leurs femmes , et non sur des chariots. Antonin les ayant chassés de toute la partie del'Afrique soumise aux Romains, les repoussa aux extrémités de la Libye, dans le mont Atlas, et sur les peuples voisins de cette chaîne.»
Sous le règne de Marc-Aurèle, les dangers de l'empire devinrent plus graves. Les barbares, comprenant que ce grand corps s'affaiblissait enfin, l'attaquèrent avec un acharnement incroyable. Depuis ce temps, Rome ne songea plus à envahir, s'estimant heureuse de pouvoir préserver ses frontières. Les Maures (et par ce mot il faut entendre les peuples indomptés voisins de l'Atlas) ne furent pas les moins ardents ni les moins dangereux.
Julius Capitolinus, dans la vie de Marc-Aurèle, nous révèle sur leurs tentatives un fait important et curieux : « Ni les garnisons romaines, ni le détroit de Gadès, n'empêchèrent les hordes de l'Atlas de prendre l'offensive, de pénétrer en Europe, et de ravager une grande partie de l'Espagne.
Tel est du moins le sens qui semble ressortir des paroles un peu vagues de Jules Capitolin(*), à moins qu'on ne veuille supposer que ces hostilités, réprimées enfin par les lieutenants de l'empereur, s'exerçaient par mer, et qu'il y avait déjà alors sur les côtes d'Afrique des corsaires ou des pirates, comme de nos jours nous en avons vu sortir des ports d'Alger.
« Les inscriptions découvertes en 1829, à Tarquinies, prouvent qu'il y eut des mouvements sérieux en Afri-
(*) Jul. Capit., Ant. Philos., xxi : « Cum Mauri Hispauias prope omnes vastarent, res per legatos bene geslœ sunt. »
que et dans la Bétique. En effet, dans cette province sénatoriale, nous voyons un P. Tullius Varro procurateur de la Bétique, c'est-à-dire gouverneur de la Bétique au nom de l'empereur. Dans ces inscriptions, où l'ordre de prééminence des titres est très-régulier, le mot procurateur succède à celui de légat propréteur, et précède celui de préteur. Or, Capitolin nous apprend que Marc-Aurèle fut contraint, par les nécessités de la guerre, de changer la hiérarchie établie pour les provinces.
« De même l'Afrique, province sénatoriale dont ce même Varron avait été proconsul, s'était révoltée plus tard, ou avait été attaquée par les Maures, puisque Marc-Aurèle y envoya des troupes et la rendit province impériale : le gouverneur Dasumius n'eut plus dès lors que le titre seul de légat, ou celui de légat propréteur.» Ainsi, le danger de l'empire et l'intérêt public forcèrent Marc-Aurèle à compléter ces usurpation^sur les droits du sénat, que les premiers empereurs avaient commencées par défiance et par tyrannie.
L'AFRIQUE SOUS LES SÉVÈRES ; PRO- GRÈS DE LA civilisation; ÉDIT DE caracalla. — Cependant, à mesure que la civilisation romaine se répandait dans l'Afrique occidentale, cette contrée exerçait une influence de plus en plus grande sur les destinées générales de l'empire. Au commencement du troisième siècle de notre ère, l'homme qui gouvernait le monde romain était né en Afrique. C'était Septime Sévère.
Il est vrai qu'il était de Leptis, dans la province proconsulaire; mais il regardait l'Afrique tout entière comme sa patrie, etellefut toujours pour ce prince un pays de prédilection. Ce n'était plus Rome seulement qui agissait sur les provinces : celles-ci devaient dominer tour à tour dans la cité qui les avait conquises. La Gaule et l'Espagne avaient placé sur le trône impérial les premiers empereurs étrangers à l'Italie : l'Afrique et la Syrie donnèrent la dynastie des Sévères. Une foule d'Africains, venus à Rome sous ces princes, y brillèrent au premier rang,
à l'armée, au barreau, dans la littérature. La Numidie, la Mauritanie ellemême présentaient partout l'aspect d'une terre civilisée. Des routes nombreuses et sûres sillonnaient ces contrées en tous sens, en longeant les côtes, ou en pénétrant dans les villes importantes de l'intérieur. Bientôt l'édit de Caracalla éleva tous les habitants libres de l'empire au rang de citoyens (216), et il n'y eut plus entre les hommes d'autre distinction que cellede Romains etd'esclaves. Cette mesure n'avait pas seulement pour objet d'augmenter le nombre des contribuables , elle, tendait encore à multiplier les ressources militaires de l'État et à faciliter sa défense, en donnant à tous le droit d'être enrôlés dans les légions. Du reste, on ne trouve aucune indication particulière sur la Numidie ou la Mauritanie à cette époque, excepté ces mots de Lampride dans la vie d'Alexandre Sévère : « Furius Celsus remporta des avantages dans la Mauritanie Tingitane(*).»>
TROUBLES EN AFRIQUE A LA MORT D'ALEXANDRE SÉVÈRE ; LES DEUX GORDTENS; ILS SONT VAINCUS PAR
capelien (237 et 238 de notre ère).
— Alexandre Sévère ayant été assassiné par le Goth Maximin, toutes les provinces virent avec effroi ce barbare maître de l'empire. L'Afrique donna l'exemple du soulèvement; le vieux Gordien, qui la gouvernait, fut proclamé à Tysdrus ; il prit son fils pour collègue, et le sénat les reconnut. Mais les deux Gordiens, proclamés en Afrique, y trouvèrent aussi la ruine de leurs espérances et leur fin. La Mauritanie avait pour gouverneur un certain Capelianus, ennemi personnel de Gordien , et dévoué à Maximin. A peine empereur, Gordien destitua Capelien, et lui donna un successeur.
Mais Capelien ayant réuni une armée composée de Maures d'élite et d'autres troupes rassemblées à la hâte, marcha sur Carthage , forçant les pays qu'il
(*) Actre sunt res féliciter et in Maurilania Tingitana per Furium Celsum (c. lviii).
traversait à désavouer Gordien. Celui-ci opposa son fils à cette attaque imprévue. Mais Capelien avait la réputation d'un vieux soldat plein d'expérience et de bravoure ; son adversaire était plutôt connu par son luxe et ses débauches que par ses talents militaires. Dans la bataille qui se livra, le jeune Gordien fut vaincu et tué; son corps , enseveli sous un monceau de cadavres, ne fut retrouvé que plusieurs jours après. A cette triste nouvelle, le vieux Gordien , considérant l'infériorité de ses forces, les ressources de Capelien, l'instabilité de la foi africaine, résolut de se donner la mort.
Il se pendit. Le vainqueur usa cruellement de son triomphe; il dressa des échafauds, prononça des confiscations, et n'épargna aucun des ennemis de.
Maximin : même les villes et les temples furent livrés au pillage, et le butin abandonné aux soldats. Capelien changea l'administration municipale des villes , et se rendit cher aux troupes et à la populace. Cet ancien intendant de la Mauritanie aspirait a la pourpre impériale , et préparait les voies pour succéder à Maximin. On ne sait rien sur la fin de sa carrière (238).
gallien; incursions des francs en mauritanie; tremblement de terre; l'usurpateur celsus (de 260 à 268 de notre ère). — Le règne de Gallien fut signalé par des calamités et des hontes de toute espèce. Pendant que l'anarchie intérieure semblait près de dissoudre l'empire, les barbares en ravageaient impunément les provinces.
Les Francs , après avoir franchi ie Rhin, se répandirent dans la Gaule et dans l'Espagne. Lorsque le pays, épuisé après douze ans de ravages, ne leur offrit plus de butin , ils s'emparèrent de quelques vaisseaux dans les ports d'Espagne, et passèrent en Mauritanie.
« Quel dut être, dit Gibbon , à la vue de ces peuples féroces, l'étonnement d'une région si éloignée? Lorsqu'ils abordèrent sur la côte d'Afrique , cù l'on ne connaissait ni leur nom , ni leurs mœurs, ni leurs traits, ils pa-
6e Livraison. (Numidie et Mauritanie.)
L'UNIVERS
rurent sans doute tomber tout à coup d'un nouveau monde (*). » Cette invasion passa sans laisser de traces; mais les Francs avaient indiqué la route que les Vandales devaient suivre deux siècles plus tard. Trébellius Pollion mentionne aussi à cette époque un terrible tremblement de terre qui bouleversa toute la Libye. La terre s'entr'ouvrit en plusieurs endroits, et la mer reflua sur les rivages et engloutit plusieurs villes. Toutefois, la Mauritanie et la Numidie furent à peine agitées par les désordres qui éclatèrent à cette époque où parurent les trente tyrans. Celsus , le seul usurpateur qui parut en Afrique , ne fut reconnu que par la Libye et la proconsulaire, et encore son règne ne dura que sept jours. Ainsi, l'Afrique occidentale resta fidèle à Gallien.