ÉTAT RELIGIEUX DE L'AFRIQUE AU QUATRIÈME SIECLE ; SCHISME DES
donatistes.— Mais un mal auquel Constantin ne put remédier, ce furent les dissensions religieuses qui éclatèrent en Afrique quelques années après la défaite de Maxence. Aux rivalités des ambitieux qui se disputaient le siège primatial de Carthage se joignirent les ardentes controverses d'hérétiques opiniâtres, et le schisme des donatistes prit naissance. Il dura trois siècles, et ne disparut de l'Afrique qu'avec le christianisme même. Il y eut deux évêques hérétiques du nom de Donat : le premier, qui occupait le siège de Cases noires en Numidie , commença le schisme vers 305, en refusant d'admettre à la communion les traditeurs, c'est-à-dire ceux qui avaient livré les saintes Écritures pendant la persécution de Dioclétien. Il fit déposer Cécilien, évêque de Carthage, qui usait d'indulgence envers les traditeurs; mais il fut lui-même excommunié par le pape Melchiade (313) et par plusieurs conciles. Cependant Cécilien fut réélu primat d'Afrique ; mais les évêques de Numidie , qui n'avaient point pris part à cette décision , se déclarèrent, au nombre de soixante-dix, pour un second Donat, homme habile, et qui affectait les dehors de la
L'UNIVERS
vertu la plus austère (316). Pour empêcher ces déchirements de l'Église d'Afrique, le pape et l'empereur intervinrent; et les décrets des conciles d'Arles et de Rome , le jugement suprême de Constantin, dans son sacré consistoire , reconnurent les droits de Cécilien. L'exil fut prononcé contre les chefs du parti opposé; néanmoins, les donatistes se maintinrent dans plusieurs provinces , particulièrement en Numidie, et quatre cents évêques reconnurent l'autorité de leur primat.
« Mais l'invincible esprit de secte , dit Gibbon, dévorait les entrailles de la secte même , et l'Église schismatique était déchirée par des dissensions intestines. Le quart des évêques donatistes suivaient la doctrine indépendante des maximianistes. Le sentier étroit et solitaire que leur avaient marqué leurs premiers conducteurs les éloignait de plus en plus du genre humain; et la petite secte , à peine connue sous le nom de rogatiens , affirmait avec assurance que si le Christ descendait du ciel pour juger les humains, il ne reconnaîtrait la pureté de sa doctrine que dans quelques villages obscurs de la Mauritanie Césarienne (*). » Irrités par la persécution , les donatistes prirent les armes : un grand nombre d'habitants des campagnes , enrôlés dans la secte des circoncellions, portèrent de tous côtés le ravage et l'incendie. Constantin fut obligé de les combattre, et on en fit un grand carnage. Ces troubles funestes nuisirent à îa prospérité du pays , affaiblirent l'autorité impériale , et encouragèrent les révoltes des tribus indigènes.