RÉVOLTE DE FIRMUS *, SA NAIS- SANCE ; CAUSE DE SA REBELLION ; IL
pille césarée (371 de notre ère).— Ce chef tant désiré ne tarda pas à paraître : ce fut le Maure Firmus, homme influent, actif et habile, réunissant toutes les conditions nécessaires à son rôle, et qui , dans l'histoire des résistances de l'Afrique contre Rome , se place , par son esprit de ruse et sa bravoure , au-dessus de Tacfarinas et à côté de Jugurtha. Le même intérêt que nous avons trouvé dans les autres guerres soutenues pour l'indépendance africaine se retrouve encore dans cette dernière lutte, qui nous offre aussi des rapprochements curieux et des leçons profitables. Malheureusement nous n'avons plus pour guides des historiens comme Tacite ou Salluste; la tentative de Firmus ne nous est racontée que dans un des chapitres les plus mutilés d'Ammien Marcellin (*). Cependant il faut rendre à cet écrivain cette justice, qu'il était habile homme de guerre , instruit en géographie , et ami de l'exactitude et de la vérité. D'ailleurs , Til-
(*) Gibbon, Dccad. de l'empire romain, (*) Amra. Marcel., liv. xxix, ch. aa et t. IV, p. i65 , ch. xxr. suiv.
NUMIDIE ET MAURITANIE
lemont a éclairci toutes les difficultés chronologiques ; les savants académiciens cités plus haut ont discuté tous les points de géographie avec une grande netteté; et, au moyen de tels secours, on peut venir à bout de l'insuffisance et des obscurités du texte de l'auteur ancien.
Firmus était fils de Nubel, puissant chef de tribus mauritaniennes. A sa mort, Nubel laissa une nombreuse postérité, qui se disputa sa riche succession; et dans ces querelles, Zamma , l'un de ses fils, fut tué par son frère Firmus. Romanus, dont Zamma avait su se concilier la faveur, poursuivit la vengeance de ce meurtre plutôt par des motifs d'avarice ou de haine personnelle que par amour de la justice, qui cette fois cependant était de son côté. Il ne négligea rien pour perdre Firmus, suscita contre lui des délateurs, qui aggravaient son crime en le calomniant auprès du prince. Il enleva à l'accusé tout moyen de justification.
Firmus comprit que sa perte allait se décider dans le consistoire impérial; et, pour échapper à une condamnation que le crédit de son adversaire rendait certaine, il prit les armes, et appela les Africains à la révolte. De toutes parts on accourt à sa voix , et sa première tentative est de marcher sur Césarée et o> la livrer au pillage ; puis il se fait reconnaître d'une grande partie de la Numidie et de la Mauritanie césarienne. Malgré le silence d'Ammien Marcellin , un passage de saint Augustin , confirmé par les textes d'Aurélius Victor , d'Orose , et par l'exergue d'une monnaie , font soupçonner que Firmus prit la pourpre et se fit proclamer empereur.
LE COMTE THÉODOSE EST CHARGÉ DE LA CxlIERRE CONTRE FIRMUS. SES PREMIÈRES OPÉRATIONS. IL SE PORTE
A sitifis (372 de notre ère). — Ces hardis commencements inspirèrent à Valentinien une vive inquiétude, et il envoya , pour châtier l'usurpateur , le meilleur de ses généraux , le comte Théodose, qu'Ammien compare à Corbulon et aux plus habiles lieutenants de Trajan. Théodose part sans bruit de
la ville d'Arles avec une petite flotte r et vient aborder sur la côte de la Mauritanie Sitifensis, que les habitants appellent Igilgitaine(*). Romanus se trouvait alors par hasard sur le même rivage : Théodose eut une entrevue avec lui, et, après quelques légers reproches sur ce qui s'était passé , il le chargea de surveiller les avant-postes et les frontières de la Césarienne. Il dépêcha vers Carthage Gildon , un des frères de Firmus, et Maximin, pour observer la conduite de Vincentjus, le complice des exactions de Romanus , qui l'avait laissé dans cette ville en qualité de vice -gouverneur. Ainsi Théodose concentrait toute l'autorité entre ses mains avant de commencer cette lutte, dont il ne voulait être distrait par aucun embarras. Après avoir reçu des renforts, il pénétra dans l'intérieur du pays, et s'assura de Sitifis, qui était restée fidèle , et qui fut le centre de ses opérations. Il ne se dissimulait pas toutes les difficultés de cette guerre , et nous le voyons dans Ammien méditer soucieusement son plan de campagne. « L'esprit rempli d'incertitudes , il s'efforçait de trouver par quels moyens il pourrait manœuvrer sur cette terre que l'ardeur du soleil avait brûlée , avec des soldats habitués aux frimas du Nord ; comment il parviendrait à surprendre un ennemi agile et insaisissable, et combattant plutôt par surprises qu'en batailles rangées. » Les obstacles du terrain semblaient insurmontables. « C'était dans la région la plus âpre et la plus escarpée de l'Afrique qu'existait le foyer le plus ardent de l'insurrection. C'est ce réseau de montagnes abruptes , c'est cet amas de gorges, de défilés, de pics, de lacs et de torrents qui se croisent sans inter ruption de Sétif à Cherchel, entre les deux chaînes de l'Atlas; c'est cette contrée presque inviable que Firmus avait habilement choisie pour y amener les Romains et en faire le théâtre de la guerre (**). »
(*) Il dut prendre terre au port de Gigelli , que Shaw appelle Jigel , et qui se trouve entre Bougie et le cap ftougiarone.
(**) Recherches sur l'Airiq. sept. , p. 32.
L'UNIVERS
FIRMUS ESSAYE DE TROMPER THÉO- DOSE. — Firmus, outre les avantages d'un caractère persévérant, possédait encore les ressources d'un esprit rusé et perfide. Pour inspirer à Théodose une fausse confiance, il affecta, comme Jugurtha à l'égard deMétellus, de désirer vivement la paix, et députa au chef romain quelques-uns des siens, chargés de lui exprimer son repentir, et de rejeter, sur ceux qui l'avaient poussé à bout à force d'injustices, le tort de tout ce qui s'était passé. Théodose promit la paix, si Firmus donnait des otages ; mais il ne se laissa pas prendre à ces manifestations suspectes, et il courut vers la station Panchariana (*) , pour y faire la revue des légions d'Afrique qu'il y avait réunies. Sa présence et ses paroles excitèrent au plus haut point l'ardeur des troupes. Il était également cher aux habitants de la province, dont il respectait les propriétés et qu'il garantissait de tout pillage. Après avoir opéré la jonction des légionnaires et des troupes indigènes, il marcha vers Tubusuptus, ville voisine des montagnes de Fer. Là, il rencontra une nouvelle ambassade de Firmus ; mais comme elle n'amenait pas les otages, il la renvoya.
Théodose avait pénétré les intentions de Firmus , et le temps d'agir était venu. Après une course rapide, l'armée de Théodose fut aux prises avec les tribus des Tyndenses et des Massissenses, que commandaient Mascézil et Dius, deux autres frères de Firmus.
On combattit d'abord de loin avec des flèches, puis une mêlée furieuse s'engagea , et l'horreur de ce combat était augmentée par les hurlements plaintifs des barbares blessés ou faits prisonniers. Les Romains vainqueurs se répandirent dans la campagne, et mirent tout à feu et à sang. Ce fut dans ce pillage qu'ils détruisirent de fond en comble la superbe résidence du fun-
(*) Lieu inconnu , à moins qu'on ne veuille y voir la même chose que la station Paratianis, aujourd'hui Pacdana, située près de la mer, sur la voie romaine de Saldee à Hippone.
dus Petrensis (*) , que l'un des frères de Firmus , Salmacès , venait de faire construire avec une somptueuse magnificence. Non loin du théâtre de cette première bataille était la ville de Lamfocta , dont Théodose s'empara à l'instant même. Avant de pousser plus avant , il fit amasser dans cette ville une grande quantité de vivres et de munitions, afin d'avoir un magasina sa portée, si la disette se faisait sentir. Au milieu de ces préparatifs, Mascézil, qui avait réparé ses pertes par de nouvelles recrues , affronte de nouveau l'armée romaine; mais il est vaincu une seconde fois, et ne dut qu'à la rapidité de son cheval de ne pas tomber aux mains des ennemis.