INTERVENTION DE 1/ EMPEREUR DO
rient; mort du roi hunéric. — La persécution suivit de près cet édit, promulgué au mois de février de l'année 484. On prit contre les catholiques des mesures sévères, et bientôt même on eut recours aux supplices.
L'empereur d'Orient , Zenon , sollicité par le pape Félix, essaya alors, mais en vain, de faire sentir son intervention. S'il faut en croire d'anciens récits, le roi des Vandales, pour montrer qu'on ne devait trouver en lui ni miséricorde, ni pitié, fit parcourir à l'ambassadeur, venu de Constantinople à Carthage, des rues remplies par les instruments qui servaient aux supplices des catholiques.
Hunéric était encoreanimé par lesconseils des évêques qui l'environnaient, et qui étaient les chefs des hérésiarques. C'étaient ces évêques, et non les catholiques, comme disait l'édit, qui s'étaient opposés à une conférence pacifique et à la libre discussion. Avant la réunion, ceux qui suivaient les doctrines de l'orthodoxie avaient bien prévu ce résultat. Ils redoutaient ce concile, où, comme ils le savaient, on devait les condamner sans les entendre. Aussi ils avaient essayé, pour détourner le coup qui les menaçait et pour se créer des auxiliaires, de changer la nature de l'assemblée où on les appelait. L'un d'eux, le métropolitain Eugène, avait dit au roi qu'il ne lui semblait pas juste de faire discuter et résoudre par les évêques d'une seule province les questions qui intéressaient toute la chrétienté. Hunéric lui avait répondu avec dérision : « Eugène, soumets l'univers à ma puissance, et je réunirai en concile, comme tu le veux, les évêques du monde entier. » Cependant les catholiques, pour tenter sans doute la voie des conciliations, vinrent à Carthage; mais, nous le répétons, ils étaient condamnés à l'avance, et leurs ennemis avaient déjà tout disposé pour la persécution.
Nous ne voulons point énumérer ici les odieux moyens, exils et supplices , que l'on employa pour vaincre les catholiques et leur arracher une
abjuration. Dans l'histoire de cette persécution, racontée par Victor de Vita avec trop de passion peut-être, nous choisirons seulement un fait qui montrera, tout ensemble, les violences et la mauvaise foi du roi Hunéric et des hérésiarques ses conseillers.
Après avoir promulgué son édit, le roi fit chasser de Carthage les évêques catholiques qui, obéissant aux lettres de convocation, s'étaient réunis pour le concile. Il avait eu soin, au préalable, de les dépouiller de tous leurs biens; puis, il fit savoir que celui qui, par pitié ou autrement, donnerait aux proscrits un asile ou du pain, serait brillé avec sa maison. Les évêques ainsi chassés prirent la sage résolution de rester aux environs de la ville. Ils n'ignoraient pas que s'ils tentaient de s'éloigner, on les forcerait à revenir, et qu'usant du mensonge, leurs ennemis les accuseraient de s'être dérobés aux conférences et aux luttes de la discussion. D'ailleurs, qu'eussent-ils gagné à revoir leurs maisons et leurs églises déjà envahies par les persécuteurs? Ils restèrent donc auprès des murs de la ville. Là, ils gémissaient sur leur malheureux sort , lorsque , par hasard, ils rencontrèrent le roi qui était sorti avec une escorte. Ils se jetèrent sur son passage, et lui dirent : « Que t'avons-nous fait? quelles sont nos fautes ou nos crimes? Nous sommes venus, à ton appel, pour discuter et soutenir nos doctrines; pourquoi donc nous dépouiller de nos biens, nous chasser de Carthage, et nous livrer en proie à la faim et à toutes les misères? » Hunéric les regardait avec colère, et ils n'avaient point encore achevé, qu'il ordonna à ses cavaliers de les disperser. On lui obéit avec tant de promptitude, que plusieurs parmi les évêques ne purent échapper à ceux qu'on avait lancés à leur poursuite.
Les vieillards et les malades furent renversés et broyés sous les pieds des chevaux.
Peu de temps après, Hunéric indiqua aux évêques un lieu où ils devaient se rassembler. Ils étaient à peine arrivés, qu'ils furent abordés par des
officiers du roi. Ceux-ci leur montrèrent une feuille roulée, et leur dirent : « Hunéric, notre seigneur, malgré votre obstination et quoique vous refusiez d'embrasser ses croyances, veut encore vous offrir un moyen de rentrer en grâce. Si vous jurez d'observer ce qui est écrit sur cette feuille, il vous rendra vos maisons et vos églises. » Tous s'écrièrent alors : « Nous sommes cbrétiens; nous sommes évêques; notre doctrine est celle des apôtres; c'est la vraie doctrine, et nous ne voulons point y renoncer. » Comme les officiers du roi les pressaient de jurer, Hortulanus et Florentianus répondirent : « Sommes-nous donc des êtres assez dépourvus de raison pour promettre d'exécuter les clauses d'un écrit que nous ne connaissons point? »
On apprit alors aux évêques quel était le serment qu'on leur demandait. Il s'agissait de reconnaître, après la mort du roi, son fils Hildéric comme son légitime successeur. Après cette déclaration, les avis des évêques furent partagés; les uns se montrèrent prêts a obéir, mais les autres restèrent inébranlables, voulant observer dans toute sa rigueur cette parole de l'Évangile : « Vous ne jurerez point. » Après avoir constaté cette scission, les officiers royaux dirent : « Que ceux qui consentent à prêter le serment exigé se séparent de ceux qui persévèrent dans leur obstination. » Quand ils furent séparés, des greffiers recueillirent leurs paroles, et le nom de la cité à laquelle chacun d'eux appartenait. On procéda de même à l'égard de ceux qui n'avaient point voulu jurer. Mais les uns et les autres ne devaient pas tarder à s'apercevoir de la perfidie du roi Hunéric.
Tous indistinctement furent arrêtés et soumis à une dure surveillance; puis on prononça contre eux une double sentence. On s'adressa d'abord à ceux qui avaient prêté le serment :
« Puisque vous avez violé les préceptes de l'Évangile en consentant à jurer, le roi vous enlève pour toujours à vos cités et à vos églises; on vous reléguera dans des terres que vous cultiverez comme colons. Défense vous est
faite de chanter, de prier, de lire, de baptiser, de conférer les ordres sacrés et de remettre les péchés. » Ensuite, on dit aux autres : « Vous avez refusé de jurer, parce que vous ne voulez point avoir pour roi le fils de Hunéric, notre seigneur : c'est pourquoi vous serez transportés en Corse. Là, vous couperez le bois qui doit servir aux constructions de la flotte royale; »
A la fin de l'année 484, le roi Hunéric, s'il faut en croire les écrivains catholiques, mourut rongé par les vers.
Dix mois environ s'étaient écoulés depuis la promulgation de l'édit de persécution.
GUNTHAMUND SUCCEDE A HUNÉ- RIC; sa tolérance; ses guerres