‹ Afrique. Tableau generalChapitre 211 sur 232 · JOIE DE BÉLISAIRE; GÉLIMER ABAN- DONNE MIDENOS ET SE REND; IL VIENT · texte numérisé non relu

JOIE DE BÉLISAIRE; GÉLIMER ABAN- DONNE MIDENOS ET SE REND; IL VIENT

a carthage. — Fara envoya en toute hâte à Bélisaire la lettre qu'il avait écrite au roi des Vandales avec les réponses qu'il avait reçues. Le lieutenant de Justinien , après les avoir lues, fut au comble de la joie ; il avait ardemment souhaité jusqu'alors de con-

duire Gélimer vivant à l'empereur, et la fortune semblait avoir pris plaisir à combler tous ses vœux. Il envoya donc au mont Pappua, Cyprien et quelques officiers qui devaient promettre à Gélimer, sous la foi du serment, qu'on n'attenterait point à sa vie , que l'empereur le recevrait d'une manière conforme à son rang et le traiterait avec distinction. Arrivés au camp des Hérules , les envoyés de Bélisaire se concertèrent avec Fara; puis, tous ensemble , ils se rendirent au pied de la montagne où ils firent appeler Gélimer. Le roi des Vandales n'hésita point : il quitta Midenos et, après avoir reçu les serments des officiers grecs , il se mit en marche avec les siens vers la capitale de son ancien royaume. On dit qu'avant d'entrer à Carthage, lorsqu'il aperçut les travaux exécutés par les Grecs', les fossés profonds qui avaient été creusés, les murs qui avaient été rehaussés ou réparés, il demeura frappé d'étonnement et déplora amèrement la négligence qui lui avait fait perdre un trône et causé tous ses malheurs (*). Lorsque Bélisaire s'avança dans un faubourg de la ville, pour recevoir le prisonnier, Gélimer s'abandonna à de grands éclats de rire. Les uns le crurent fou ; mais les autres , avec plus de raison peut-être, virent, dans les accès de cette étrange gaieté, une ironie , et ils déclarèrent que l'intention de ce roi qui , du faîte de la grandeur, était tombé dans la plus affreuse misère , avait été de montrer qu'on devait accepter les arrêts de la destinée et tous les événements heureux ou malheureux , avec le plus profond dédain.

Quand Bélisaire se vit maître de la personne de Gélimer, il envoya à Justinien un exprès pour lui annoncer cette bonne nouvelle et pour lui demander l'autorisation d'amener luimême, à Constantinople , son prison-

(*) Cette anecdote est rapportée par Procope dans la partie de son histoire où il parle des premiers soins qui occupèrent Bélisaire, après son entrée à Carthage {De Bel Vandal, I, a3.)

nier ; puis , comme il prévoyait la réponse de l'empereur, il se disposa au départ, et il eut soin qu'au premier signal la flotte fût prête à tenir la mer.

BÉLISAIRE ACCUSÉ PAR SES OFFI- CIERS AUPRÈS DE L'EMPEREUR; IL QUITTE L'AFRIQUE ET ARRIVE A CONS- TANTINOPLE. — Bélisaire avait hâte de quitter l'Afrique parce qu'il savait que l'empereur était, par sa nature, enclin aux soupçons et qu'il ne tarderait pas , en raison même des succès qu'il avait obtenus , à lui supposer des idées d'ambition; d'ailleurs, il n'ignorait pas que, parmi ses officiers, il avait des envieux de sa gloire , et que plusieurs l'avaient dénoncé comme traître à la cour de Byzance. Il avait saisi , sur un vaisseau qui était prêt à mettre à la voile, une lettre où on l'accusait de nourrir le projet de se rendre indépendant en Atrique, et de se substituer à Gélimer , le roi détrôné , et à Justinien qui , par ses troupes , venait de triompher.

L'empereur reçut à Constantinople plusieurs dénonciations ; elles l'agitèrent vivement, mais il sut dissimuler ses inquiétudes et ses craintes, et il envoya à Bélisaire une lettre où, sans lui parler des accusations portées contre lui , il lui proposait de rester en Afrique comme chef suprême de la province, en lui prescrivant toutefois de faire partir Gélimer et les Vandales , ou bien de revenir à sa cour avec les prisonniers. Bélisaire n'hésita point, et il embrassa avec joie le dernier parti qui lui permettait de confondre ses ennemis, d'enlever tout soupçon à Justinien, et de prouver sa loyauté. Il remit le commandement des troupes et de l'Afrique à Salomon qui , de retour de Constantinople , lui avait apporté les ordres de l'empereur ; il lui laissa même une partie de ses vétérans et de ses gardes, parce qu'il apprit, au moment où il allait quitter Carthage, que les tribus maures se levaient en armes et attaquaient les postes qu'il avait établis dans la Byzacène et dans la Numidie. Puis, il fit voile vers Byzance, et il arriva en vue de la ville dans un

L'UNIVERS

instant, peut-être, où Justinien songeait à arracher de l'Afrique , par la ruse ou par la force , le général que , sur de faux rapports , il croyait parjure et prêt à se révolter.

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