‹ Afrique. Tableau generalChapitre 219 sur 232 · SOUS LA DOMINATION BYZANTINE · texte numérisé non relu

SOUS LA DOMINATION BYZANTINE

HISTOIRE DE L'AFRIQUE, DEPUIS LE DÉPART DE EELISA1RE JUSQU'A LA MORT DE JUSTINIEN (*). — Béli-

saire, après la victoire de Tricamara, s'était hâté de prendre possession, au nom de Justinien, de toutes les provinces qui avaient appartenu jadis à l'empire romain (v. p. 69). Il avait aussi placé des garnisons dans l'intérieur des terres , sur les frontières de la Byzacène et de la Numidie. Justi- (*) Voyez, sur l'histoire de l'Afrique sous la domination byzantine : Papencordl (Geschichte der vandalischen Herrschaft in Afrika) , liv. III , ch. 9 , p. 3og-334.

nien avait approuvé toutes les dispositions prises par son lieutenant , et il avait envoyé en Afrique des lettres où on lisait ces mots : « Que nos officiers s'efforcent avant tout de préserver nos sujets des incursions de l'ennemi etd'étendrenos provinces jusqu'au point où la république romaine, avant les invasions des Maures et des Vandales, avait fixé ses frontières ; qu'ils se hâtent également de se rendre maîtres et de réparer les fortifications des places où l'on tenait garnison au temps de l'empire romain. » Les ordres de Justinien furent promptement exécutés. Cepen-

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dant le vaisseau qui devait ramener à Constantinople le vainqueur de Gélimer n'avait point encore quitté le Mandracium , que déjà les Maures s'étaient levés en armes, et apparaissaient sur les frontières de la INumidie et de la Byzacène. Les soldats grecs étaient peu nombreux en Afrique, et Bélisaire se vit contraint de laisser une partie de ses gardes à Salomon, qui le remplaçait comme chef militaire. Archelaùs*, le questeur, avait été déclaré, sous le titre de préfet du prétoire, chef civil des provinces nouvellement conquises. Bientôt Justinien fit passer à Salomon de nouveaux renforts sous les ordres de Théodore et d'Ildiger. Les Maures faisaient chaque jour de nouveaux progrès : ils portaient en tous lieux le pillage et la dévastation , et ils avaient massacré, en Byzacène, Aigan et Rufin, officiers renommés par leur habileté et leur bravoure. Il fallait se hâter, et Salomon marcha vers la Byzacène. Il rencontra les Maures dans la plaine de Mamma. Ils étaient au nombre de 50,000 , sous les ordres de Cuzinas et de trois autres chefs. Salomon remporta s*ur eux une victoire complète (536). Les Grecs célébraient encore à Carthage, par des fêtes publiques, l'heureux succès de la campagne , lorsqu'on apprit que les Maures, irrités plutôt qu'abattus par leur défaite, avaient repris les armes et ravageaient de nouveau, avec une espèce de rage, tous les cantons de la Byzacène. Salomon se remit en marche "et battit encore l'ennemi au pied du Burgaon.

S'il faut en croire un contemporain, les Maures perdirent cette fois 50,000 hommes; ceux qui échappèrent au fer du vainqueur se réfugièrent auprès d'Yabdas , qui était maître du mont Aurasius.

La Numidie était aussi en proie au ravage des Maures. Yabdas descendit plus d'une fois, pour la piller et la dévaster , de sa montagne , où la nature lui offrait des positions inexpugnables.

Mais il fut arrêté par la brillante valeur d'Althias , qui commandait la troupe des Huns. Salomon, cependant, voulut forcer les Maures dans leurs

retraites. Il gravit donc avec son armée le mont Aurasius; mais son expédition n'eut aucun résultat (*).

Rentré à Carthage, il s'apprêtait à réprimer les désordres qui avaient lieu en Sardaigne, lorsqu'il eut à se défendre contre ses propres soldats. Ceuxci, excités par les femmes* vandales qu'ils avaient épousées, et aussi par les exhortations secrètes des prêtres ariens, réclamèrent comme leurs propriétés les terres conquises qu'ils exploitaient seulement comme fermiers.

Salomon n'échappa qu'avec peine à la mort, et il se sauva, accompagné, de l'historien Procope , auprès de Biélisaire, qui se trouvait alors en Sicile. Les insurgés prirent pour chef un soldat audacieux appelé Stozas, qui donna a>s armes aux esclaves et aux Vandales qui étaient restés en Afrique. Puis, tous ensemble , ils quittèrent la plaine de Bulla, où ils s'étaient réunis , pour s'emparer de Carthage. Bélisaire arriva à temps pour sauver la ville. Avec le petit nombre de guerriers qui l'avaient accompagné, et avec ceux qui, à Carthage, étaient restés fidèles à l'empereur, il s'avança contre les rebelles, qu'il atteignit et battit près de Membresa. Il crut alors avoir donné le repos à l'Afrique, et il revint en Sicile; mais il se trompait. Stozas réorganisa son armée, attira de nouveaux soldats dans son parti , et massacra par trahison, en INumidie, Marcellus , Cyrille, Barbatus , Térentius et Sarapis , qui étaient comptés parmi les meilleurs officiers de l'empereur (536).

A cette nouvelle, Justinien envoya en Afrique son neveu Germain pour remplacer dans le commandement suprême Théodore et Ildiger , qui étaient restés comme chefs à Carthage après le départ de Salomon. Germain était un général brave et habile. Dès son arri vée (537), il rétablit la discipline parmi les troupes restées fidèles à l'empire et, par ses promesses et sa douceur il attira dans ses rangs un grand nom

(*) Voyez, sur les diverses expéditions de Salomon : Recherches sur l'hist. de l'Afrique septentrionale, etc., par l'Académie des inscript., 1. 1, p. 113-149.

bre de ceux qui , sous les ordres de Stozas , avaient combattu jusqu'alors pour l'indépendance de l'Afrique.

Quand il se crut assez fort, il s'avança contre l'ennemi. Il l'atteignit en Numidie, dans la plaine appelée Scalx Feteres, et là , il lui livra un sanglant combat. Stozas fut vaincu, et les Maures , commandés par Yabdas , qui étaient accourus pour l'aider , en se tournant subitement du côté de Germain, achevèrent sa défaite. Stozas se sauva en Mauritanie. Un certain Maximin voulut le remplacer comme chef de parti. Germain, après l'avoir convaincu de trahison, le fit pendre aux portes de Carthage. Germain gouverna l'Afrique pendant deux ans avec une grande douceur. En 539. il fut remplacé par Salomon, qui, débarrassé cette fois des complots et des séditions, songea à enlever aux Maures leurs positions de l'Aurasius. Il se mit donc en marche, et, plus heureux que dans sa première tentative, il prit à Yabdas ses places de Zerbulle et de Tumar, et la tour de Géminianus, où le chef maure avait enfermé ses femmes et ses trésors. Salomon plaça des garnisons sur plusieurs points de l'Aurasius , et , maître de la Numidie, il se dirigea vers la Mauritanie sitifienne , qui se soumit à l'empereur. Un chef indigène possédait la Mauritanie césarienne, à l'exception de la capitale, Césarée , où Bélisaire , après sa dernière victoire sur les Vandales, avait envoyé une garnison.

Depuis quatre ans, l'Afrique jouissait d'un grand repos, lorsque la mauvaise conduite et la perfidie des neveux de Salomon la replongèrent dans une nouvelle série de calamités. Sergius, gouverneur de la Tripolitaine, ayant fait assassiner par trahison quatre-vingts Maures qui s'étaient rendus à Leptis sur sa parole, toutes les tribus prirent les armes (543). Trop faibles pour résister, Sergius, et son frère Cyrus qui commandait dans la Pentapole, se retirèrent à Carthage auprès de Salomon. Celui-ci, accompagné de ses neveux, marcha contre les Maures, qu'il rencontra à Theveste.

Il leur livra bataille; mais, mal secondé par ses troupes, il fut vaincu et tué. Justinien donna pour successeur à cet habile et brave officier, Sergius son neveu, qui avait allumé la guerre. Ce choix excita un vif mécontentement dans toute l'Afrique. Stozas sortit de sa retraite, et se joignit à Antalas, le chef des Maures de la Byzacène. La valeur de Jean, fils de Sisinniolus, ne put arrêter les progrès de l'ennemi.

Dans cette extrémité, Justinien envoya pour collègue à Sergius le sénateur Aréobinde. Mais la mésintelligence avant éclaté entre les deux gouverneurs, les désastres se multiplièrent pour l'armée impériale. Gontharis, qui commandait en Numidie, essaya alors de se faire roi. Sergius avait été rappelé, et Aréobinde était resté chef unique des provinces africaines. Gontharis, aidé secrètement par les Maures, se rendit maître de Carthage. Il excita une sédition parmi les troupes, et fit massacrer Aréobinde. Mais il ne jouit pas longtemps du pouvoir qu'il avait usurpé; il fut lue à son tour par Artaban, officier arménien, que Justinien nomma gouverneur de l'Afrique (546). Rappelé sur sa demande, Artaban remit son commandement à Jean Troglita.

Jean Troglita, qui avait servi avec distinction dans les guerres contre les Perses, était destiné à réparer en Afrique, par d'éclatants succès, les échecs subis jusqu'alors par les armées romaines (*). Dès son arrivée, il eut à combattre une confédération de toutes les tribus maures qui s'étaient réunies dans la Byaacène. Antalas, le chef suprême, avait sous ses ordres toutes les hordes du désert, parmi lesquelles

(*) Les détails des guerres que Jean Troglita eut à soutenir contre les Maures nous ont été conservés dans un poëme de Flavius Cresconius Corippus. C'est à l'aide de ce poëme, publié à Milan, en 1820, par Mazzucchelli, que Saint -Martin a composé le curieux récit qui se trouve dans son édition de Y Histoire du Bas-Empire de Lebeau (t. IX, p. 92-119). Saint-Martin a donné dans ses notes de nombreux fragments de Corippus.

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se distinguait celle des Ilasguas, qui était venue avec son chef Ierna et l'image de son dieu Gurzil (Jupiter) de l'oasis d'Ammon. Jean remporta sur les tribus réunies une victoire signalée et les mit en fuite. Mais les Maures ne tardèrent point à se rallier sous les ordres de Carcasan. Jean entreprit contre eux une nouvelle expédition.

Cette fois, entraîné trop loin dans les déserts qui se trouvent au midi de la Byzacène, il se vit obligé de revenir sur ses pas sans avoir vaincu l'ennemi qu'il poursuivait. Encouragés par la retraite des Romains, les Maures d'Antalas et ceux de Carcasan se réunirent, et ils portèrent leurs ravages jusqu'aux bords de la mer. Ils rencontrèrent Jean Troglita dans les champs de Caton. Là , ils éprouvèrent une sanglante défaite. Carcasan fut tué, Antalas se soumit, et l'Afrique entière fut pacifiée (550).

En 564, les Maures des frontières de la Numidie se soulevèrent pour venger un de leurs chefs, Cuzinas, qui avait été assassiné à Carthage, par les ordres du gouverneur, Jean Rogathinus. Marcien, neveu de l'empereur, s'avança contre eux, et la révolte fut promptement réprimée.

HISTOIRE DE L'AFRIQUE , DEPUIS LA. MORT DE JUSTINIEN JUSQU'A LA PRISE DE CARTHAGE PAR LES ARA- BES. — «Après la mort de Justinien (565), dit l'Académie des inscriptions (*), il y eut quelques soulèvements des Maures, quoique ces peuples eussent alors embrassé volontairement le christianisme. Deux exarques d'Afrique furent vaincus et massacrés par leur roi Gasmul, qui, devenu tout-puissant par ses victoires, donna à ses tribus errantes des établissements fixes, et s'empara peut-être de Césarée, soumise aux Romains depuis la conquête de Bélisaire. Ce roi maure semble même avoir été un conquérant ambitieux et assez entreprenant, car, Tannée suivante , nous le voyons marcher contre les Francs et tenter l'invasion de la Gaule. A la vérité, il

l (*) Recherches sur l'histoire de l'Afrique septentrionale, etc., 1. 1, p. 43 et suiv.

échoua dans cette entreprise; mais cette expédition lointaine atteste sa puissance; et ce fait curieux pour l'histoire du Bas-Empire, pour l'histoire de l'Afrique et celle de notre pays, méritait d'être recueilli par deux écrivains français très-érudits, Lebeau et Saint-Martin , qui l'ont entièrement laissé dans l'oubli. Tibère succède au faible Justin tombé en démence; il choisit pour vice-roi de l'Afrique Gennadius, habile général et soldat intrépide. Ce guerrier reproduit dans cette contrée l'exemple des hauts faits d'armes de Probus. Il défie en combat singulier Gasmul, roi des Maures, remarquable par sa force, son courage et son expérience dans les armes; il le tue de sa propre main, remporte une victoire complète sur les Maures, extermine leur race, et leur reprend toutes les conquêtes qu'ils avaient faites sur les Romains. A partir de cette époque, pendant les règnes de Tibère, de Maurice et de Phocas, l'histoire se tait sur l'Afrique. Ce silence est presque une preuve du calme et de la tranquillité uniforme dont jouit alors cette contrée. Les époques stériles

Eour les historiens sont généralement eureuses pour les peuples. Sous l'empire d'Héraclius, l'Afrique septentrionale tout entière, depuis l'océan Atlantique jusqu'à l'Egypte, était soumise au trône de Byzance (*), car ce prince en tire de grandes forces pour sa guerre contre les Perses. Suinthilas, roi des Goths espagnols, profite du moment pour s'emparer de plusieurs villes situées sur le détroit de Cadix, qui faisaient partie de l'empire romain. Ce fait, qui nous a été conservé par Isidore, a encore été négligé par Lebeau, Gibbon et Saint-Martin. Il méritait, à ce qu'il nous semble, d'être consigné dans leurs écrits, puisqu'il nous montre l'étendue des limites oc-

(*) Nous devons dire ici, pour compléter le résumé que nous empruntons à l'Académie des inscriptions , que ce fut de l'Afrique, où son père commandait en qualité d'exarque, que partit Héraclius pour renverser Phoca.s qu'il devait remplacer sur le trône impérial.

cidentales de l'empire à une époque fameuse par la fondation de l'islamisme, qui devait bientôt ébranler le trône de Byzance, et lui arracher ses plus belles provinces. En 647, les Arabes s'emparent de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine (*). En 658, un traité partage l'Afrique entre Constant et Moawiah, qui se soumet, disent les Grecs, à payer un faible tribut. En 666 ou 670, ce même Moawiah fonde la ville de Kairouan, qui devient le siège de la domination musulmane en Afrique. Enfin, en 697 (**), Carthage est prise et détruite par Hassan , et le nom grec et romain effacé de l'Afrique.

l'administration byzantine en Afrique; ses résultats (***). — Devenu maître, par les victoires de Bélisaire, des provinces soumises aux Vandales, Justinien voulut d'abord, comme nous l'avons dit, que les frontières de ses nouvelles possessions fussent celles que Rome avait fixées dans les derniers jours de la république et sous l'empire. Puis, comme l'attestent des actes nombreux, il s'occupa de rendre à l'Afrique , sauf quelques mo-

(*) Nous devons ajouter aussi que le patrice Grégoire qui lutta, en 647 contre les Arabes , est le dernier qui ait été revêtu en Afrique de la dignité de préfet du prétoire. Voy. Morcelli; Africa christiana; t. I , p. 29.

(**) lllud certe constat anno 691 , ab Hasano Saracenorum duce qui Occidentem occuparant, Cartliaginem ipsam eversam esse, dit Morcelli {Africa christiana ; t. III , p. 3q3). L'Académie des inscriptions place en 697 , comme Y Art de vérifier les dates , la prise et la destruction de Carthage.

(***) Voyez sur ce point : Cad. lib. I, tit. 27 et Novel. 36, 37, i3i. — Ludwig; Vit. Justinian., p. 349-377. — Gibbon; Histoire de la décadence , etc., ch. 41 et 43. — Lebeau ; Histoire du Bas-Empire; t. VIII, p. 264 et suiv., éd. Saint-Martin. — Recherches sur l'hist. de l'Afrique septentrionale , etc., par une commission de l'Académie des inscriptions, 1. 1, p. 43. — Papencordt (Geschichte dervandalischen Herrschaft in Afrika); liv. III, ch. 9, p. 309-334. — V Africa christiana de Morcelli (t. I, p. 27, 28 et 29 ) contient aussi sur ce sujet un excellent résumé.

difications amenées par les circonstances et le temps, les anciennes formes de son administration et le gouvernement romain. Dès l'année 534, par des ordonnances adressées à Bélisaire et au questeur de son armée , Archelaùs, Justinien organisa le pays conquis de la manière suivante. Il divisa l'Afrique en sept provinces : 1° celle de Tingi; 2° celle de Carthage (l'ancienne proconsulaire) ; 3° celle de Byzacium; 4° celle de ïripolis ; 5° la Numidie ; 6° la Mauritanie; 7° la Sardaigne.

Les quatre premières devaient avoir pour gouverneurs des personnages consulaires ; les trois dernières des présidents. Depuis Constantin jusqu'à l'invasion des barbares, l'Afrique avait été placée dans la préfecture d'Italie.

Justinien créa, pour sa nouvelle conquête , une préfecture spéciale dont le chef-lieu fut Carthage. Archelaùs fut nommé préfet du prétoire. Après avoir organisé le gouvernement de l'Afrique et pourvu aux grandes charges , l'empereur régla les attributions et les appointements de tous ceux qu'il mit en exercice, non point seulement des plus haut placés , mais encore des 396 secrétaires ou employés qui servaient, à Carthage, dans les bureaux du préfet du prétoire et de ceux qui étaient attachés à chacun des gouverneurs des sept provinces. Pour mieux assimiler encore l'Afrique aux provinces qu'il possédait en Europe et en Asie et pour effacer les distinctions qu'avait pu laisser , même après la chute de Gélimer, la conquête des Vandales, Justinien imposa à tous ceux qui habitaient dans les limites de sa nouvelle préfecture, les lois romaines que ses jurisconsultes compilaient à Byzance.

L'Afrique dut se réjouir d'abord de la brusque révolution qui l'avait placée sous la domination des empereurs de Constantinople. Pour attacher les Africains à son empire par de forts liens, Justinien les autorisa à reprendre les propriétés qui avaient été enlevées à leurs aïeux , il y avait un siècle , par Genséric et ses compagnons. Il leur accorda , pour les réclamations, un délai de cinq ans. L'expropriation s'accomplit. Cette mesure

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violente enleva aux Vandales, qui étaient restés en Zeugitane, leurs dernières ressources et tous les moyens de rébellion; et, d'autre part, comme l'empereur l'avait prévu, elle mit en quelque sorte les nouveaux possesseurs de terres dans la nécessité de défendre et de maintenir la domination byzantine. D'ailleurs , après les premières victoires de Bélisaire, l'Afrique put croire un instant que Justinien avait le désir sincère de porter remède à ses maux et de la rendre florissante. Il s'était empressé , en effet , de relever les murailles des villes, de réparer et d'agrandir les ports et d'embellir chaque localité, Carthage surtout, qu'il appelait Justiniana, par d'utiles et somptueux édifices.

Mais c'étaient là de trompeuses apparences, et l'Afrique romaine ne tarda pas à sentir que le gouvernement des Byzantins était plus oppressif que celui des Vandales. D'abord elle ne trouva pas, dans les affaires religieuses, cette tolérance qui, après ses longs désastres et ses agitations , devait surtout contribuer à lui rendre la paix intérieure dont elle avait tant besoin.

Les catholiques , qui avaient changé de rôle avec les ariens, étaient devenus persécuteurs à leur tour. Puis, elle fut livrée de nouveau, comme une proie, à cette effrayante fiscalité qui jadis, au temps de Genséric, lui avait rendu supportable l'invasion barbare. Les Vandales étaient vaincus à peine que déjà Justinien songea àexploiter, par sesagents, sa nouvelle conquête. « On ne savait plus, dit un contemporain, ce que l'Afrique payait à l'ancien empire romain, parce que Genséric, au commencement de son règne , avait anéanti les rôles des contributions. C'est pourquoi Justinien envoya en Afrique Tryphon et Eustratius pour faire un cadastre et dresser de nouveaux rôles.

Cette mesure parut odieuse et intolérable aux Africains (Procop. , de Bel.

Vand. , II, 8). » Les agents du fisc impérial ne tardèrent pas à se mettre à l'œuvre. Ils se montrèrent impitoyables , et le pays en proie sur toutes les

frontières aux dévastations des Maures et théâtre de nombreuses séditions se trouva bientôt appauvri, ruiné, et complètement épuisé. « Justinien , dit Procope {Hist. arcan. , 18) , a ravagé l'Afrique de telle sorte que l'on parcourt aujourd'hui cette contrée , pendant plusieurs jours , sans rencontrer un seul homme. Les Vandales, dans les derniers temps de leur puissance , comptaient 160,000 guerriers. Qui pourrait dire le nombre de leurs femmes , de leurs enfants et de leurs serviteurs ? Qui pourrait énumérer aussi les Africains qui , à l'arrivée de Bélisaire , étaient répandus en foule dans les villes et dans les campagnes? J'ai vu de mes yeux cette forte et nombreuse population; maintenant elle a disparu. Si l'on joint aux Vandales et aux indigènes qui habitaient les côtes, des familles maures sans nombre et tous les soldats qui ont perdu la vie sous les drapeaux de l'empire, on ne saurait être accusé d'exagération en disant que l'Afrique, sous le règne de Justinien, a perdu cinq millions d'hommes. »

L'Afrique resta soumise un siècle et plus au gouvernement byzantin.

Cependant il est vraisemblable qu'à la fin elle eût secoué le joug qui pesait sur elle et se fût constituée , à l'égard de l'empire qui s'amoindrissait chaque jour et penchait vers sa ruine, dans un état de complète indépendance.

Alors, peut-être, en demeurant en possession de toutes les traditions de l'antiquité, elle eût contribué, par des relations fréquentes , au développement moral et intellectuel de l'Europe et abrégé, pour notre continent, la durée du moyen âge. Mais l'invasion des Arabes vint lui porter le dernier coup. Dans la seconde moitié du septième siècle, l'Afrique perdit une nouvelle part de sa population, ses villes tombèrent, ses déserts s'agrandirent, et elle vit disparaître jusqu'au dernier vestige de cette civilisation qu'avaient apportée tour à tour, sur ses côtes, depuis l'Egypte jusqu'à l'Atlantique, les Phéniciens , les Grecs , et les Romains.

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