PEREUR TALER1EN; MARTYRE DE
saint cyprien. — Dans les premiers temps de son règne, l'empereur Valérien s'était montré favorable aux chrétiens.
En 257, il changea brusquement et il ordonna de les poursuivre. La persécution s'étendit bientôt dans tout l'empire. Ce fut alors que Cyprien, sous forme d'une lettre qu'il adressait à un certain Fortunat, composa pour les fidè.esune exhortation au martyre. Il devait bientôt lui-même encourager par son exemple, ceux qu'il avait tant de fois animés par ses écrits. Au mois d'août 257, il fut traduitdevant Paternus, proconsul d'Afrique. Il répondit avec fermeté aux questions qui lui furent adressées : il déclara qu'il était chrétien et évêque, et refusa , avec unegéuéreuse indignation, de dénoncer les prêtres de son Église.
Paternus se contenta de l'exiler. Il ne resta point oisif dans son exil. De là, il écrivait à Carthage, aux martyrs des diverses Églises de l'Afrique, et notamment, à neuf évèques qui avaient étécondamnés avec un grand nombre de < h rétiens à travailler aux mines de cuivre de la Numidie et de la Mauritanie.
En 258 , il obtint de l'empereur l'autorisation de revenir à Carthage. Mais il ne devait pas y demeurer longtemps en paix. La persécution n'avait point cessé. On conseillait à Pévêque, dans l'intérêt de l'Église, de fuir et de se cacher. Il résista aux pressantes sollicitations de ses amis. Enfin, il fut arrêté par ordre de Galérius Maxime, qui avait succédé à Paternus. Quand on sut dans la ville que Cyprien devait paraître devant le proconsul, il y eut une immense émotion. La foule se précipita autour de la maison où l'on gardait i'évêque, et sur tous les visages on voyait l'empreinte de la tristesse.
Cyprien avait compris que le temps du martyre était proche. Cependant quand il comparut devant le proconsul, il ne perdit rien de sa fermeté. Voici l'interrogatoire tel qu'il nous a été conservé dans un ancien document (1) :
« Le proconsul Galérius Maxime dit à I'évêque Cyprien : N'es-tu pasThascius Cyprien? L'évêque Cyprien répondit :
(I) Voy. Acta proconsularia S. Cypriani episcoji ctmartyris; ap. Ruiuart , p. 217 et
L'UNIVERS
Oui, c'est moi. Le proconsul Galérius Maxime dit : N'es-tu pas le pape d'une secte sacrilège? L'évêque Cyprien répondit : Oui. Le proconsul Galérius Maxime dit : Les très-sacrés empereurs t'ordonnent de sacrifier. L'évêque Çyprien répondit : Je ne le ferai point.
Galérius Maxime dit : Réfléchis. L'évêque Cyprien répondit: Fais ce qui t'est commandé. En une chose évidemment juste la réflexion est inutile. — Galérius Maxime (ici, nous reproduisons encore le document dont nous parlons,) après avoir pris l'avis de ses assesseurs, s'adressa à Cyprien , en ces termes :
« Tu as vécu longtemps avec un esprit sacrilège-, tu as rassemblé un grand nombre d'hommes pour les associer à ton abominable conspiration ; tu t'es déclaré l'ennemi des dieux romains et de la sainteté des lois; les pieux et très-sacrés princes Valérien etGallien, augustes, et Valérien, le très-noble césar, n'ont pu te ramener au culte de l'empire: c'est pourquoi, toi, l'auteur des crimes les plus odieux, tu serviras d'exemple à ceux que tu as choisis pour tes complices et tu sanctionneras la loi par ton sang. » Après cette allocution le proconsul lut sur une tablette un arrêt ainsi conçu : « Je condamne au glaive Thascius Cyprien.» A quoi l'évêque Cyprien répondit : « Grâces soient rendues à Dieu. » Dès que les chrétiens eurent entendu la sentence, ils se dirent les uns aux autres : Allons et qu'on nous fasse mourir avec lui. Il s'éleva donc parmi eux une espèce de tumulte et ils se précipitèrent enfouie, en suivant l'évêque, vers le lieu de l'exécution. Cyprien en arrivant se dépouilla de son manteau, se mit à genoux et pria. Puis, il ôta encore sa dalmatique, qu'il donna aux diacres, ne conservant sur lui qu'une tunique de lin. Quand le bourreau arriva, l'évêque ordonna aux siens de lui compter vingt-cinq pièces d'or. Cependant les frères jetaient des linges autour du martyr afin de recueillir son sang. Deux d'entre eux, sur ses ordres, Julien prêtre et Julien sousdiacre, lui attachèrent les mains. Ce fut alors que le bienheureux Cyprien eut la tête tranchée. Les chrétiens s'emparèrent de son corps, qu'ils transportèrent en grande pompe, avec des
torches et des cierges , dans une propriété du procurateur Macrobe Can* dide, située dans la rue des Mappaïes non loin des Piscines. Peu de jours après mourut le proconsul Gaiérius Maxime. »
Telle fut la fin du plus illustre évêque de Carthage. Quand il souffrit Iç martyre (14 septembre 258), il y avait dix ans que, par le choix de ses frères, il avait été appelé aux fonctions épiscopa- Jes. Ce fut dans le court intervalle qui sépare son exaltation de sa mort que Cyprien, génie facile, abondant, agréa ble, comme dit Tillemont, mais non sans vigueur, composa, à l'exception de trois , dans un style qui rappelle trop souvent peut-être les exercices de l'école, les nombreux écrits que nous avons signalés (1).
SUITE DES PERSÉCUTIONS EN AFRI- QUE; NOMBREUX MARTYRS; NOMS DES EVEQUES DE CARTHAGE QUI SUC- CEDENT a cyprien. — La persécution qui avait frappé saint Cyprien fit, en Afrique, de grands ravages. L'évêque d'Hippone, Théogène, fut mis à mort.
À Utique, on jeta dans un four à chaux cent cinquante, d'autres disent trois cents chrétiens. Les fidèles rassemblèrent avec respect les ossements consumés, et comme ils adhéraient les uns aux autres, ils appelèrent ces reliques, à cause delà couleur, la masse blanche. A Carthage, les martyrs Lucius, Montanus, Flavien, Julien, Victoriens, Primolus, Renus et Donatien, suivirent de près saint Cyprien. En Numidie, à Cirta et à Lambèse, le glaive des persécuteurs immola de nombreuses victimes, parmi lesquelles il faut compter Émilien, Agapius, Secundinus, Marien, Jacques, Antonia et Tertulla. La persécution ne cessa qu'au moment où l'empereur Valérien tomba aux mains des Perses. Mais elle devait encore se rallumer deux fois avant le sangjant édit de Nicomédie; d'abord sous Aure-
(I) Voy. sur saint Cyprien, indépendamment de ses œuvres : Tilleinont : Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles; t. IV, p. 45 et suiv. (Paris, 1704.) Fieury; Histoire eeclésiastique ; t. Il, p. 152
— 314. —L'abbé Robrbacher; Hisl. univers. de V Église catholique; t. V, p. 389— 48G.
— Aug. Neander; allgemeine Geschichle der christlichen lieliyion und Kirche (Hambourg, 1842 ); t. I, p. 380 et suiv.
AFRIQUE CHRÉTIENNE
lien, ensuite sôus Dioclétien, en 296.
Ce fut vers ces temps que la secte des manichéens se répandit en Afrique.
Cyprien eut pour successeurs , sur le siège épiscopal de Carthage, Carpophore (1), Lucien et Mensurius.
EDIT DE NICOMÉDIE; SES SUITES; SANGLANTE PERSECUTION. — Au
commencement du quatrième siècle, le christianisme avait envahi tout l'empire. Les partisans du polythéisme firent alors les derniers efforts pour anéantir cette vaste communauté chrétienne qui contenaitdans son sein toutes les classes de la vieille société et qui les resserrait eux-mêmes dans un cercle qui chaque jour devenait plus étroit. Ils avaient reconnu l'impuissance des édits impériaux promulgués à diverses époques contre les chrétiens; ils voyaient approcher le temps où ces édits cesseraient d'être applicables; ils se hâtèrent donc de s'armer en quelque sorte de la légalité qui leur échappait et qui allait passer en d'autres mains. Us organisèrent, dans leurs conseils, le plan d'une vaste extermination. Galérius, esprit violent et résolu, se fit l'instrument docile des philosophes , derniers sectateurs du polythéisme. Il mit à leur disposition ce qu'il possédait déjà d'autorité et son immense crédit auprès de Dioclétien.
Celui-ci, politique habile, qui avait régénéré l'empire par une savante et sage administration, vit d'abord tout le danger d'une persécution, et il opposa les raisons qu'il trouvait dans sa vieille expérience à la fougue de Galérius. Il montra au César que poursuivre les
( I) Fleury (Hisl. ecclés. t. II, p. 314 ), l'abbé Robrbacher (t. V , p. 485 ) et les autres écrivains ecclésiastiques ne font pas mention de Catponhore. Suivant eux, ce fut Lucien qui succéda immédiatement a saint Cyprien. C'est Morcelli, dans son Africa christiana, qui nous a fourni le nom de Carpophore ; les raisons sur lesquelles il s'appuie pour ajouter ce nom à la liste connue des évèques de Carthage nous ont paru décisives. Il dit : Nomen hujus servavit nobis Optati codex sangermaneusis. In eo enim, ubi Optatus agit de schismate Majorini adversus Cœcilianum legitimum episcopum, plena erat, inquit, cathedra episcopalis , erat altare loco suo , in quo pacilici episcopi rétro temporis obtulerant, Cyprianus, Carpophorus, Lucianus et ceteri ( de Schism. Don. i , 19 ). C'ongri/um guoqueest, binos saltem episcopos inter Cyprianum et M ensurium fuisse ; nam inter utrumque fluxere anni plus minus quadraginla. Voy. t. I, p. 52.
AFR. CHRÉT
chrétiens par le fer et la flamme , c'était porter, par une tentative vaine, au sein des populations entièrement envahies par le christianisme, la plus grave perturbation, et anéantir d'un coup le bon ordre que pendant vingt années il avait maintenu avec tant de peine dans le monde romain. Dioclétien , tolérant moins par nature peutêtre que par habileté, résista longtemps à Galérius. Il discuta avec lui pendant tout un hiver; mais enfin, soit que l'âge eût affaibli son esprit jusqu'alors si ferme, soit qu'il voulût donner un contentement à l'ambition de son César qui laissait percer son dépit de n'occuper qu'un rang secondaire dans la tétrarchie, il céda, et de son palais de Nicomédie (303) il promulgua l'édit de persécution (1).
En vertu de cet édit, les églises devaient être détruites et les livres de la religion :proscrite consumés par les flammes. Les chrétiens étaient mis hors la loi; les juges impériaux pouvaient, suivant des cas déterminés, les exproprier, les priver de la liberté, les tuer. Le zèle excessif, comme dit Fleury, de certains chrétiens vint encore aggraver les maux de l'Église.
Les persécuteurs s'organisèrent et ils se mirent à l'œuvre avec une violence sans égale dans les provinces administrées par Dioclétien , Galérius et par Maximien, Yauguste d'Occident.
Il n'y eut que le césar Constance Chlore, qui, dans l'Espagne, la Gaule et la Bretagne, pays dont le gouvernement et la défense lui avaient été confiés, tempéra, par sa tolérance et sa noble modération, les rigueurs de l'ordonnance de Nicomédie.